08/05/2007

"Jésus de Nazareth" de Benoît XVI: dialogue aves Jacob Neusner

VATICAN - Une première approche du livre « Gesù di Nazareth » du Pape Benoît XVI

Jacob Neusner (Suzanne DeChillo/The New York Times)

Il y a quatorze ans, sortait un essai du plus grand spécialiste au monde du judaïsme des premiers siècles de l’ère chrétienne, Jacob Neusner. Intitulé « « A Rabbi talks with Jesus », le Cardinal Joseph Ratzinger le considéra alors comme l’ouvrage le plus important des dix dernières années pour le dialogue entre juifs et chrétiens. Il notait entre autres choses que l’honnêteté intellectuelle absolue, la précision de l’analyse, le respect pour l’autre partie, uni à une loyauté profonde envers sa propre position, caractérisait ce livre en en faisait un défi, spécialement pour les chrétiens, qui auraient dû bien réfléchir sur la différence entre Moïse et Jésus. Les questions que l’auteur nous adressait à nous, chrétiens, sont fondées et, précisément pour cela, elles sont fructueuses. En outre, le Cardinal avait apprécié l’approche de l’auteur qui ne se tournait pas, en fin de compte, vers Jésus comme vers une figure historique fictive, mais mettait toujours à sa juste place la figure réelle de Jésus, comme elle nous est présentée dans l’évangile de Mathieu.

http://mercy-center.org/osc/images/0773520465.jpg

A notre avis, ce jugement, « mutatis mutandis », peut s’appliquer au livre « Gesù di Nazaret » : pour le contenu et pour la méthode. Il est donc souhaitable que la sortie de ce livre du Pape amène à revoir cette présentation marquée de pluralisme relativiste, qui caractérise souvent les confrontations, étant donné que ce n’est pas une méthode scientifique, mais seulement une méthode qui se réfère à elle-même et « politically correct », ni même méthode ecclésiale, parce qu’elle n’aide pas, dirait saint Pierre, « à donner une réponse à ceux qui demandent raison de notre espérance ».

Et alors, étant donné que l’urgence de présenter Jésus dans son activité publique est destinée, comme le déclare l’Auteur dans les Prémisses « à favoriser chez le lecteur la croissance d’un rapport vivant avec Lui » (page 20), il faut placer l’ouvrage dans le contexte bimillénaire de la réflexion sur Jésus de Nazareth. Au deuxième siècle de notre ère, entendre parler de la résurrection de la chair, du corps et de l’âme de l’être humain, était beaucoup plus antithétique que l’on puisse le penser, étant donné la mentalité. Et si le Christ était une ressemblance de Dieu, dirent de nombreux chrétiens, quand les apôtres étaient encore en vie ; est-il possible que Dieu soit venu dans la chair ? Et Jean répond : « Tout esprit qui confesse Jésus venu dans la chair, est de Dieu ; et tout esprit qui ne confesse pas Jésus, n’est pas de Dieu : c’est là l’esprit de l’Antéchrist » (1 Jean 4, 2-3). Avec son Evangile, l’Apôtre, témoin oculaire, s’oppose à l’hérésie, appelée « docétisme » (du grec « dokêin »)

Deux siècles plus tard, d’autres chrétiens disciples du prêtre Arius, diront que le Christ est seulement un homme ; d’autres, au contraire diront qu’il est seulement Dieu. Le débat christologique semblait être terminé au 5° siècle avec le Concile de Chalcédoine ; mais, en réalité, il s’est poursuivi, avec des hauts et des bas, jusqu’à Bultmann et aux théologiens rationalistes, et à tous les autres qui ont distingué et/ou séparé le « Jésus historique » du « Jésus de la foi ».

L'image “http://www.rainews24.rai.it/ran24/immagini/papa_libro.jpg” ne peut être affichée car elle contient des erreurs.

Et aujourd’hui encore, on retrouve la même situation. Il y a ceux qui voudraient abolir ou réduire l’incarnation et la divinité du Christ, pour mieux dialoguer avec les juifs et avec les musulmans. Quand on pense que, pour soutenir la foi en l’Incarnation, Athanase fut plusieurs fois exilé, que Cyrille, Ambroise, Pierre Chrysologue ont supporté des insultes, le mépris et des persécutions ! A présent, Benoît XVI ne cache pas que sa tentative « est une tentative de présenter le Jésus des Evangiles comme le Jésus réel, comme le ‘Jésus historique’ au sens vrai et propre » (page 18).

A ce point, il est nécessaire de dire quelque chose à propos de l’exégèse actuelle de la Sainte Ecriture. C’est une idée néo-gnostique bien répandue que, pour faire de l’histoire, il faut se libérer de toute précompréhension ou interprétation en philosophique, en particulier s’il s’agit de foi. Un homme de foi ne peut être un historien sérieux ! Mais la foi biblique présuppose des faits réellement survenus, parce qu’elle n’est pas mythique, y compris les interventions de Dieu et les théophanies : pour en rester au seul Nouveau Testament, de la naissance de Jésus né de la Vierge Marie, à l’institution de l’Eucharistie lors de la dernière Cène, de la Résurrection corporelle de Jésus à la descente du Saint-Esprit. Cela n’exclut pas qu’il y ait des aspects particuliers qu’il faut éclaircir et approfondir.

En somme, revient la question de savoir si la foi est une manière pour connaître au même titre que la raison. On ne comprend pas pourquoi elle ne devrait pas l’être, étant donné que c’est admis dans les sciences naturelles qui, sur la base du soi-disant principe d’indétermination de Werner Heisenberg, l’homme connaît la réalité soit dans son objectivité, soit à partir de la position subjective et avec sa capacité de compréhension.

Et donc, la foi elle aussi connaît. Cette foi n’est pas seulement individuelle, mais celle du Peuple de Dieu en marche dans l’histoire, et les exégètes qui mettent souvent en exergue le rôle pour la formation et pour la compréhension des Ecritures, inspirées par Dieu à des auteurs de son peuple, devraient raisonnablement l’inclure dans la compréhension du Livre.

Un point encore. Le résultat de l’exégèse historico-critique et ses présupposés d’historicité et d’homogénéité, finissent par paralyser. Par exemple, on en est arrivé à considérer que les livres bibliques sont moins crédibles que les inscriptions des Pharaons, que l’on a retrouvées, ou celles de Gilgamesh ; mais les découvertes archéologiques ne « prouvent » pas la Bible ; tout au plus ajoutent-elles une évidence tangible à celle des textes, sans lesquels les premières seraient des blocs erratiques. Sinon, on fait de la Bible un livre fermé, dont l’interprétation toujours problématique requiert une compétence technique qui en fait un domaine réservé à quelques spécialistes. C’est à eux que s’applique la phrase de l’Evangile : « Vous avez enlevé la clef de la science ! Vous-mêmes n’êtes pas entrés, et ceux qui voulaient entrer, vous les avez empêchés » (Luc 11, 52 ; cf. Mathieu 23, 13).

L'image “http://www.editionsducerf.fr/html/livre/couverture/5/couv5618g_200.jpg” ne peut être affichée car elle contient des erreurs.

Le Père de Lubac, dans « Histoire et Esprit », sur l’œuvre exégétique d’Origène, sans mépriser la précision critico-historico-philologique, déclare que l’Ecriture est d’une certaine manière le corps du Christ, la parole de Dieu. Tout comme dans le Christ il y a une nature humaine et une nature divine, de même, dans son corps biblique il y a un sens littéral « la chair », et un sens spirituel « l’esprit » qui correspond à la divinité de la parole. Tout le cosmos, la vie et l’homme ont leur origine et se concentrent dans l’unité du Verbe : selon la pensée des Pères de l’Eglise, toute l’histoire est une genèse du Christ.

La Sainte Ecriture vaut surtout grâce à l’Esprit qui, dans la lettre, se manifeste selon une compréhension qui traverse en diagonale l’espace et le temps, depuis sa formation jusqu’à nos jours. Elle est donc Parole de Dieu, étant donné qu’elle se répercute dans un Corps vivant qui est l’Eglise, en lui donnant la voix et en lui ouvrant le chemin pour comprendre les mystères du Seigneur qui, sans cela, resteraient scellés, fermés et incompréhensibles. Vraiment, « ignorer les Ecritures, c’est ignorer le Christ, dit Saint Jérôme… Que dirai-je de sa doctrine sur la physique, sur l’éthique et sur la logique ». Les lire de manière individuelle ou en opposition à l’Eglise dans l’histoire a conduit aux courants ésotériques et aux hérésies.

Benoît XVI consacre à l’interprétation de l’Ecriture, ce passage de son livre, au chapitre 2°, sur les tentations de Jésus : « Pour attirer Jésus dans le piège, le Diable cite la Sainte Ecriture… il se présente comme théologien… Vladimir Solov’ëv a repris ce thème dans son ‘Récit de l’Antéchrist’ ; l’Antéchrist reçoit le titre de ‘docteur honoris causa’ en théologie, de l’Université de Tübingen ; c’est un grand expert de la Bible. Par ce récit, Solov’ëv a voulu exprimer de manière drastique son scepticisme vis-à-vis d’un certain type d’exégèse érudite de son époque. Il ne s’agit pas d’un ‘non’ à l’interprétation scientifique de la Bible en tant que telle, mais plutôt d’un avertissement hautement salutaire et nécessaire face aux voies erronées qu’elle peut prendre. L’interprétation de la Bible peut effectivement devenir un instrument de l’Antéchrist. Solov’ëv n’est pas le seul à le dire, c’est ce que montre implicitement le récit même des tentations. Les pires livres qui ont voulu détruire la figure de Jésus, des destructeurs de la foi, ont été forgés avec de soi-disant résultats de l’exégèse » (page 57-58).

Giuseppe Ricciotti, l’auteur de la plus célèbre « Vie de Jésus-Christ », écrite en 1941 et qui a été rééditée et réimprimés jusqu’à nos jours, écrit :

« Les Evangiles racontent que Jésus, scellé dans la tombe par les pharisiens est ressuscité. L’histoire raconte que le Jésus tué mille fois par la suite, a montré à chaque fois qu’il était plus vivant qu’auparavant. A présent, s’agissant de la même tactique, il y a toute raison de croire qu’il en sera de même avec le Jésus remis en croix par la critique historique ».

Il a eu raison, mais il ne pouvait pas imaginer qu’un Pape, un penseur d’exception, aurait été un des artisans de la nouvelle « résurrection », avec la publication du livre « Gesù di Nazaret » qui marquera l’existence des lecteurs, qu’ils soient croyants, qu’ils soient laïcs, favorables ou contraires.

Ainsi, Vittorio Messori a raison de remarquer que le livre de Joseph Ratzinger « veut être un instrument pour ‘recommencer depuis le début’ pour aller de l’avant dans cette ré-évangélisation déjà si vivement souhaitée par Jean Paul II ». Non pas toutefois dans l’équivoque du « nouveau début », qui a souvent conditionné même l’interprétation du Concile Vatican II, mais dans la certitude joyeuse de la continuité bimillénaire de l’Eglise, qui a toujours besoins de réforme, et gardienne, humble et certaine, de la Vérité de Dieu.

(Source: Agence Fides)

17:21 Écrit par Père Walter dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : pape, livrs a lire, ecriture sainte, evangile, dogme | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook | | | | Pin it! |