14.03.2011

Immigration, unité italienne : le Pape exprime son point de vue

italie.jpgLe Pape estime que la diversité des composantes et des situations n’est pas en contradiction avec l’unité de la Nation italienne dont on célèbre le 150° anniversaire. Benoît XVI a profité d’une rencontre avec l’Association nationale des communes italiennes, ce samedi matin, pour intervenir dans un débat très animé dans la péninsule, notamment à l’approche de la date anniversaire du 17 mars. Unité et pluralisme – a-t-il dit – sont, sur des plans différents, y compris ecclésiologiques deux valeurs qui s’enrichissement réciproquement, quand on sait les maintenir dans leur juste équilibre.

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23.01.2011

Le Pape appelle à instaurer une nouvelle culture de la vie

defense de la vie.JPGBenoît XVI a fait parvenir un message au collectif d’associations qui organise ce dimanche sa septième marche pour la vie à Paris. Dans son message, le Pape encourage toutes les personnes engagées dans le combat pour la vie à contribuer avec constance et courage à instaurer une nouvelle culture de la vie, fruit de la culture de la vérité et de l’amour. Pour aimer et honorer la vie de tout homme et de toute femme, de sa conception à sa fin naturelle, Benoît XVI exhorte les participants à favoriser pour tous une existence digne et fraternelle.

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25.03.2010

Le scandale de la pédophilie

Genèse d'un délit. La révolution des années Soixante

Le scandale de la pédophilie a toujours existé; ce qui lui a donné des proportions énormes, c'est le virage culturel d'il y a un demi-siècle. Benoît XVI l'a écrit dans sa lettre aux catholiques d'Irlande, que commentent deux cardinaux et un sociologue


par Sandro Magister





ROME, le 25 mars 2010 – La loi et la grâce. La main de Dieu parvient là où la justice terrestre n’arrive pas. Dans sa lettre du 19 mars, Benoît XVI a ordonné aux catholiques d'Irlande ce qu’aucun pape de l’époque moderne n’a jamais ordonné à toute l’Église d’un pays.

Il leur a enjoint non seulement de déférer les coupables devant les tribunaux canoniques et civils mais aussi de se mettre collectivement en état de pénitence et de purification. Et cela non pas dans le secret de leurs consciences mais de manière publique, sous les yeux de tous, y compris leurs adversaires les plus implacables et les plus moqueurs. Jeûne, prière, lecture de la Bible et activités caritatives tous les vendredis à partir de maintenant jusqu’à Pâques de l’année prochaine. Confession sacramentelle fréquente. Adoration continuelle de Jésus – lui-même "victime de l’injustice et du péché" – devant la sainte hostie exposée sur les autels des églises. Et pour tous les évêques, prêtres et religieux, sans exception, une période spéciale de "mission", un long et rude parcours d’exercices spirituels pour une révision de vie radicale.

C’est une décision audacieuse qu’a prise là le pape Benoît XVI. Parce que le prophète Jonas lui-même ne croyait plus que Dieu pardonnerait à Ninive pour ses péchés, en dépit de la cendre de la pénitence et des sacs dont tous étaient couverts, depuis le roi jusqu’à la dernière des bêtes.

Et aujourd’hui encore beaucoup de gens concluent que l’Église reste condamnée irrémédiablement, même après la lettre dans laquelle le pape lui-même se déclare plein de honte et de remords à cause des abominations commises sur des enfants par certains prêtres, vis-à-vis desquelles certains évêques ont fait preuve d’une négligence coupable.

Et pourtant le pardon de Dieu est descendu même sur Ninive et le sceptique Jonas a dû revenir sur son opinion.  Ce prophète, Michel-Ange l’a justement représenté sur la partie supérieure du mur derrière l’autel de la Chapelle Sixtine, pour montrer que le pardon de Dieu est la clé de tout, depuis la création du monde jusqu’au jugement dernier.

Dimanche 21 mars, tandis que l’on donnait lecture de sa lettre dans les églises d'Irlande, Benoît XVI a commenté, pour les fidèles réunis sur la place Saint-Pierre au moment de l'Angélus, le pardon de Jésus à la femme adultère : "Il sait ce qu’il y a dans le cœur de chaque être humain, il veut condamner le péché, mais sauver le pécheur et démasquer l'hypocrisie". L'hypocrisie de ceux qui voulaient lapider la femme, bien qu’étant eux-mêmes les premiers à pécher.

Intransigeance vis-à-vis du péché, "en commençant par le nôtre", et miséricorde vis-à-vis des personnes. Telle est la leçon que Joseph Ratzinger veut appliquer à l’affaire irlandaise et, plus largement, à l’Eglise tout entière.

D’un côté, les rigueurs de la loi. Le prix de la justice devra être payé intégralement. Les diocèses, les séminaires, les congrégations religieuses où l’on a laissé se commettre des méfaits sont avertis : des visiteurs apostoliques vont venir du Vatican pour découvrir ce qui s’est passé et, même là où il n’y aura pas lieu de faire intervenir la justice civile, la discipline canonique punira ceux qui auront été négligents.

Mais, en même temps, le pape allume la lumière de la grâce. Il ouvre la porte du pardon de Dieu même à ceux qui se sont rendus coupables des pires abominations, s’ils se repentent sincèrement.

Quant à ceux qui se tiennent au premier rang des accusateurs, ceux qui sont les plus armés de pierres contre l’Église, aucun d’entre eux n’est sans péché. Pour ceux qui exaltent la sexualité comme pur instinct, libre de toute entrave, il est difficile de condamner ensuite tout abus qui en est fait.

La tragédie de certains prêtres et religieux, a écrit Benoît XVI dans sa lettre pastorale, a aussi été de céder à ce genre de "façons de penser" si répandues, au point d’en arriver à justifier l'injustifiable.

Une faiblesse qui ne peut certainement pas être reprochée à Ratzinger évêque et pape, même par ses adversaires les plus acharnés, s’ils sont sincères.



Le commentaire reproduit ci-dessus est publié dans "L'Espresso" n. 13 de 2010, en kiosque depuis le 26 mars.

A la fin, ce commentaire fait référence à un paragraphe précis - le quatrième - de la lettre de Benoît XVI aux catholiques d'Irlande.

C’est le paragraphe dans lequel le pape évoque les raisons qui ont favorisé, à partir des années Soixante du siècle dernier, l'expansion des abus sexuels commis par le clergé et surtout l'incapacité à en comprendre la gravité.

Le voici en entier.


BENOÎT XVI. LE PARAGRAPHE 4 DE SA LETTRE



"Au cours des dernières décennies, l’Église dans votre pays a dû affronter de nouveaux et graves défis à la foi, découlant de la transformation et de la sécularisation rapides de la société irlandaise. Un changement social très rapide a eu lieu, qui a souvent eu des effets contraires à l’adhésion traditionnelle des Irlandais à l’enseignement et aux valeurs catholiques. Très souvent, les pratiques sacramentelles et de dévotion qui soutiennent la foi et lui permettent de croître, comme par exemple la confession fréquente, la prière quotidienne et les retraites annuelles, ont été négligées.

"Au cours de cette période, la tendance, y compris chez certains prêtres et religieux, à adopter des façons de penser et de considérer les réalités séculières sans référence suffisante à l’Évangile, a été déterminante. Le programme de renouveau proposé par le Concile Vatican II a parfois été mal interprété et, à vrai dire, à la lumière des profonds changements sociaux qui avaient lieu, il était très difficile de savoir quelle était la meilleure façon de l’appliquer. En particulier, il y a eu une tendance, dictée par de justes intentions mais erronée, à éviter d’aborder sous l’angle pénal les situations canoniques irrégulières. C’est dans ce contexte général que nous devons chercher à comprendre le problème préoccupant des abus sexuels commis sur des enfants, qui a grandement contribué à l’affaiblissement de la foi et à la perte de respect pour l’Église et pour ses enseignements.

"Ce n’est qu’en examinant avec attention les nombreux éléments qui ont donné naissance à la crise actuelle qu’il est possible d’entreprendre un diagnostic clair de ses causes et de trouver des remèdes efficaces. Il est certain que, parmi les facteurs qui y ont contribué, nous pouvons citer : des procédures inadéquates pour déterminer l’aptitude des candidats au sacerdoce et à la vie religieuse ; une formation humaine, morale, intellectuelle et spirituelle insuffisante dans les séminaires et les noviciats ; une tendance de la société à favoriser le clergé et d’autres figures d’autorité, ainsi qu’une préoccupation hors de propos pour la réputation de l’Église et pour éviter les scandales, qui ont eu pour résultat la non-application des peines canoniques en vigueur et l’absence de protection de la dignité de chaque personne. Il faut agir d’urgence pour traiter ces facteurs, qui ont eu des conséquences si tragiques pour les vies des victimes et de leurs familles et qui ont diminué la lumière de l’Evangile plus gravement qu’au cours des siècles de persécution".


Deux cardinaux et un spécialiste de la sociologie des religions, entre autres, se sont exprimés à propos des facteurs culturels analysés par le pape.


LE COMMENTAIRE DU CARDINAL BAGNASCO


Le premier des deux cardinaux est Angelo Bagnasco, archevêque de Gênes et président de la conférence des évêques d’Italie (CEI).

Voici comment, le lundi 22 mars, dans le discours par lequel il a ouvert les travaux du conseil permanent de la CEI, Bagnasco a conclu le passage consacré à la lettre du pape aux catholiques d'Irlande :

"Différentes personnes, y compris des non-catholiques, ont souligné que, depuis un certain temps déjà, le phénomène de la pédophilie apparaît tragiquement répandu dans divers milieux et dans plusieurs catégories de personnes. Mais ce point, loin d’être mentionné ici pour diminuer ou relativiser la gravité spécifique des faits signalés dans les milieux ecclésiastiques, est plutôt un avertissement incitant à percevoir l’ampleur objective de la tragédie. Au moment même où elle se sent humiliée, l’Église apprend du pape à ne pas avoir peur de la vérité, même quand celle-ci est douloureuse et odieuse, à ne pas la taire, à ne pas la couvrir. Mais cela ne signifie pas subir – quand il y en a – des stratégies de discrédit généralisé.

"En réalité nous devons tous nous interroger, en rejetant désormais tout faux-fuyant, à propos d’une culture qui, de nos jours, règne incontestée et favorisée, et qui tend progressivement à effilocher le tissu conjonctif de toute la société, en se moquant, le cas échéant, de ceux qui résistent et tentent de s’opposer : c’est l’attitude de ceux qui cultivent une autonomie absolue vis-à-vis des critères du jugement moral et qui propagent comme bons et séduisants des comportements inspirés de désirs individuels et d’instincts parfois effrénés. Mais l’exacerbation de la sexualité détachée de son sens anthropologique, l’hédonisme à tout va et le relativisme qui n’admet ni barrières ni sursauts font beaucoup de mal parce qu’ils sont spécieux et parfois, sans que l’on s’en rende compte, omniprésents.

"Alors il faut que nous recommencions tous à appeler les choses par leur nom, toujours et partout, à identifier le mal dans sa gravité croissante et ses manifestations multiples, pour ne pas nous trouver, avec le temps, face à la prétention d’une aberration revendiquée sur le plan des principes".


LE COMMENTAIRE DU CARDINAL RUINI



Le second cardinal est Camillo Ruini, président du comité pour le projet culturel de l’Église italienne, prédécesseur de Bagnasco à la présidence de la CEI et vicaire du pape pour le diocèse de Rome de 1991 à 2008.

Dans une interview accordée au quotidien "il Foglio" du 16 mars, quelques jours avant que le pape ne publie sa lettre, Ruini a déclaré, entre autres :

"À mon avis, la campagne de diffamation contre l’Église catholique et le pape que mènent les médias s’inscrit dans cette stratégie qui est à l’œuvre depuis des siècles et que Friedrich Nietzsche théorisait déjà avec le goût du détail. Selon Nietzsche, l’attaque décisive contre le christianisme ne peut pas être portée sur le plan de la vérité mais sur celui de l’éthique chrétienne, qui serait l’ennemie de la joie de vivre. Alors je voudrais demander à ceux qui lancent les scandales de la pédophilie principalement contre l’Église catholique, en mettant éventuellement sur le tapis le célibat des prêtres, s’il ne serait pas plus honnête et plus réaliste de reconnaître que ces déviations, et d’autres, liées à la sexualité accompagnent certainement toute l’histoire du genre humain mais aussi qu’à notre époque, ces déviations sont encore plus stimulées par la ‘libération sexuelle’ si vantée".

Et aussi :

"Lorsque l’exaltation de la sexualité envahit tout l’espace de la vie et que l’autonomie de l’instinct sexuel par rapport à tout critère moral est revendiquée, il devient difficile de faire comprendre que certains abus déterminés doivent absolument être condamnés. En réalité la sexualité humaine, dès son début, n’est pas simplement instinctive, elle n’est pas identique à celle des autres animaux. Comme tout ce qui est humain, c'est une sexualité ‘pétrie’ de raison et de morale, qui peut être vécue de manière humaine et qui ne rend vraiment heureux que si elle est vécue de cette façon".



LE COMMENTAIRE DU PROFESSEUR INTROVIGNE


Le sociologue est le professeur Massimo Introvigne, président du CESNUR, Center for Studies on New Religion.

Dans un commentaire paru le 22 mars sur l’édition italienne du site de l'agence internationale "Zenit", Introvigne a notamment écrit :

"Ce que les Anglais et les Américains appellent 'the Sixties', les années Soixante, et les Italiens, en se concentrant sur l’année symbolique, 'il Sessantotto', apparaît de plus en plus comme une période de profond bouleversement des mœurs, ayant des effets cruciaux et durables sur la religion.

"Il y a d’ailleurs eu un Soixante-huit dans la société et un Soixante-huit dans l’Église : 1968 est justement l’année du désaccord public avec l’encyclique 'Humanae Vitae' de Paul VI, une contestation qui - selon une étude remarquable et influente du philosophe américain récemment disparu Ralph McInerny, 'Vatican II. Qu’est-ce qui est allé de travers ?' - constitue un point de non-retour dans la crise du principe d’autorité au sein de l’Église catholique. [...]

"Mais pourquoi les années Soixante ? Pour rester dans les îles britanniques, Hugh McLeod a publié sur ce sujet aux éditions Oxford University Press, en 2007, un important ouvrage, 'The Religious Crisis of the 1960s', qui fait le point sur les discussions en cours.

"Deux thèses se sont opposées : celle d’Alan Gilbert, qui pense que la révolution des années 1960 a été déterminée par le boom économique qui a répandu l’esprit de consommation et éloigné les populations des églises ; et celle de Callum Brown, pour qui le facteur décisif a été l’émancipation des femmes, suite à la diffusion de l’idéologie féministe, du divorce, de la pilule anticonceptionnelle et de l’avortement.

"McLeod pense - à juste titre selon moi - qu’une révolution d’une telle portée ne peut pas s’expliquer par un seul facteur. Le boom économique et le féminisme entrent en jeu, mais également des aspects plus strictement culturels, que ce soit à l’extérieur des Églises et communautés chrétiennes (la rencontre entre la psychanalyse et le marxisme) ou à l’intérieur (les 'nouvelles théologies').

"Sans entrer dans les éléments les plus techniques de cette discussion, Benoît XVI montre, avec sa lettre, qu’il est conscient du fait qu’il y a eu dans les années Soixante une authentique révolution – pas moins importante que la Réforme protestante ou la Révolution française – qui a été 'très rapide' et qui a asséné un coup très dur à la 'traditionnelle adhésion du peuple à l’enseignement et aux valeurs catholiques'. [...]

"Dans l’Église catholique on n’a pas tout de suite été suffisamment conscient de la portée de cette révolution. Au contraire, celle-ci a contaminé – estime aujourd’hui Benoît XVI – 'même des prêtres et des religieux', elle a déterminé des malentendus dans l’interprétation du concile et elle a été la cause d’une 'formation humaine, morale et spirituelle insuffisante dans les séminaires et dans les noviciats'.

"Dans ce contexte, les prêtres insuffisamment formés ou contaminés par le climat qui a suivi les années Soixante ne sont certainement pas tous devenus pédophiles, pas même un pourcentage significatif d’entre eux : nous savons par les statistiques que le nombre réel de prêtres pédophiles est très inférieur aux chiffres fournis par certains médias. Cependant ce nombre n’est pas égal à zéro – comme nous le voudrions tous – et cela justifie les propos très sévères du pape. Mais l’étude de la révolution des années Soixante et de 1968 est essentielle pour comprendre ce qui s’est produit par la suite, pédophilie comprise. Et pour trouver de véritables remèdes.

"Si cette révolution, à la différence de celles qui l’ont précédée, est morale et spirituelle, si elle touche à l’intériorité de l’homme, les remèdes ne pourront venir, en définitive, que de la restauration de la moralité, de la vie spirituelle et d’une vérité intégrale sur la personne humaine. Mais pour cela les sociologues, comme toujours, ne suffisent pas : il faut des pères et des maîtres, des éducateurs et des saints. Et nous avons tous grand besoin du pape, de ce pape, qui encore une fois – pour reprendre le titre de sa dernière encyclique – dit la vérité dans la charité et pratique la charité dans la vérité".




La lettre de Benoît XVI aux catholiques d'Irlande :

> "Vous devez en répondre devant Dieu"

Le texte complet du discours du cardinal Bagnasco au conseil permanent de la CEI :

> Prolusione, 22 marzo 2010

L’intégralité de l’interview accordée par le cardinal Ruini à "il Foglio" :

> Ruini contro l'assedio etico al clero

Et tout le commentaire du professeur Introvigne sur le site "Zenit" :

> La lettera del papa e la rivoluzione culturale degli anni Sessanta



Traduction française par Charles de Pechpeyrou.

www.chiesa

04.03.2010

Assistance médicale à la procréation : les ambivalences du féminisme

La Revue française de science politique d’avril 2009 a publié un article d’Isabelle Engeli, intitulé "La problématisation de la procréation médicalement assistée en France et en Suisse. Les aléas de la mobilisation féministe".

 

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Isabelle Engeli (photo), docteur en sciences politiques, se livre à une analyse comparée de l’évolution des mouvements féministes et leur impact sur le développement de l’assistance médicale à la procréation (AMP) en France et en Suisse. Elle montre que le discours féministe a eu une influence contrastée relative au contexte social dans lequel il s’est inscrit. Les discours de revendications sociales n’ont en effet aucune chance d’influencer le débat public s’ils n’entrent pas en résonance avec "le système de valeurs et de représentations de sens socialement partagées".


L’ambivalence des féministes

La procréation médicalement assistée et l’avortement, "en se situant chacun à des extrémités opposés du processus reproductif" ont, pour reprendre une expression de Marie-Josèphe Dhavernas lors du colloque L’ovaire-dose, "semé le désordre dans l’ordre reproductif" en perturbant profondément le cadre normatif traditionnel de la reproduction". Ce désordre a permis la remise en question de l’ordre traditionnel de genre "fondé sur la biologisation de la fonction sociale de la femme" destinée à la maternité. L’avortement et l’AMP ont donc posé deux défis importants à la société et aux féministes.


Après la revendication politique de l’avortement au nom du libre choix de la "non maternité", l’avènement des "nouvelles technologies de reproduction a frappé les courants féministes de plein fouet en posant cette fois la question de la réalisation de la maternité", sans qu’ils puissent y apporter une réponse unifiée. Initialement, les techniques d’AMP furent accueillies favorablement et de manière unanime : les féministes y voyaient le moyen de gommer définitivement les différences sexuelles et libérer la femme de la maternité. Rapidement, cependant les positions divergèrent. Pour les radicales et les éco-féministes, le développement des nouvelles technologies renforçait la domination masculine qui prenait les traits du pouvoir médical. Celui-ci accentuait à nouveau l’obligation sociale de maternité et de sexualité pour les femmes. Mais pour les libérales et les post-modernes, l’AMP était dans la continuité directe du contrôle des femmes sur la décision de maternité, inauguré avec la légalisation de l’avortement. Elle portait par ailleurs un fort potentiel de transformation des relations de genre et des structures familiales.


France : échec de la pensée radicale

En France, les courants féministes ont été confrontés à ces contradictions internes. Lors des discussions sur l’AMP au cours de l’élaboration de la loi de bioéthique de 1994, le débat public s’est concentré sur la notion de "désir d’enfant", rejoignant en cela une partie des féministes. Mais peu à peu, le discours féministe dominant s’est articulé autour de l’instrumentalisation du corps de la femme par les nouvelles technologies reproductives. Une telle thèse était en parfaite contradiction avec la consultation publique et le corps médical qui estimaient primordial que la médecine réponde à la souffrance des couples stériles. Leur discours devint "radical" : il allait "à l’encontre du système". Il va alors s’estomper progressivement jusqu’à "être largement oublié durant la suite du processus de décision qui mena aux lois de bioéthique de 1994". La législation adoptée, libérale en matière d’AMP, marque donc un échec du féminisme français à se faire entendre sur la scène législative.


Suisse : jeu des alliances
Alors que l’avènement des nouvelles technologies avait été accueilli avec enthousiasme en France, c’est un scepticisme inquiet de possibles dérives eugéniques qui prévalut en Suisse. Une vaste initiative populaire lancée par un magazine et intitulée "
Contre l’application abusive des techniques de reproduction et de manipulation génétique" fut rapidement rejointe par les mouvements pro-vie et les associations catholiques. La réflexion se fondait sur deux principes : le "respect de la dignité humaine" et la "protection de la famille". Les initiateurs du débat ne tardèrent pas à propulser les féministes radicales et écologistes sous le feu des projecteurs : elles luttaient pour "l’interdiction du don d’ovules et d’embryons en dénonçant l’instrumentalisation du corps de la femme par la médecine, ainsi que la pression maternelle imposée aux femmes stériles". Elles se retrouvaient ainsi en résonance avec un débat beaucoup plus large auquel ne s’opposait que le corps médical, qui passa rapidement d’une position pro-active à une position défensive. Face à cette montée en puissance, les courants féministes libéraux se démobilisèrent très vite. La réflexion des radicales et des éco-féministes, en revanche, s’intensifia rapidement : elle rejoint le Réseau international des femmes contre la procréation médicalement assistée (FINNRAGE) qui regroupe des associations féminines de toutes tendances. Lors de la deuxième phase de l’élaboration de la loi d’application sur la procréation médicalement assistée, leurs idées influencèrent largement le débat parlementaire, reprises par tous les partisans d’une politique restrictive, mais aussi par leurs adversaires. La loi fut finalement "placée sous le sceau d’une large interdiction [bannissant] la plupart des techniques de procréation médicalement assistée, et notamment le don d’ovule ainsi que le don d’embryon". L’assurance maladie ne couvre aucun des frais qui y sont relatifs.

 

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11.12.2009

Entre Rome et Moscou, c'est à nouveau le printemps

Entre Rome et Moscou, c'est à nouveau le printemps

Pour la première fois, l’Eglise orthodoxe russe publie dans un livre les textes d'un pape. L'auteur: Benoît XVI. Le sujet: l'Europe. L'objectif: une sainte alliance pour défendre la tradition chrétienne


par Sandro Magister





ROME, le 11 décembre 2009 – Dans un communiqué laconique, l’Eglise de Rome et la Russie ont annoncé, il y a deux jours, qu’elles allaient "établir entre elles des relations diplomatiques, au niveau d’une nonciature apostolique pour le Saint-Siège et d’une ambassade pour la Fédération de Russie".

Six jours plus tôt, le 3 décembre, le pape Benoît XVI avait reçu en audience Dimitri Medvedev, président de la Fédération de Russie. Il lui avait offert un exemplaire en russe de l'encyclique "Caritas in veritate" et avait discuté avec lui "de sujets culturels et sociaux d’intérêt commun, comme la valeur de la famille, et de la contribution des croyants à la vie de la Russie".

Mais il n’y a pas qu’avec les autorités de l’Etat russe que l’Eglise de Rome entretient aujourd’hui des relations jugées "amicales" par les deux parties.

Le printemps semble aussi se manifester avec l’Eglise orthodoxe de Moscou.

Un signe en a été donné au moment même de la visite de Medvedev en Italie. Le 2 décembre, un livre édité par le patriarcat de Moscou et réunissant les principaux discours sur l'Europe prononcés par Joseph Ratzinger, cardinal et pape, au cours des dix dernières années a été présenté à Rome.

Le volume est entièrement bilingue italien-russe. Son titre reprend une expression employée par Benoît XVI à Prague : "Europe, patrie spirituelle". Et la longue introduction est signée par le président du département des relations ecclésiastiques extérieures du patriarcat, l’archevêque Hilarion de Volokolamsk (photo), une autorité de première grandeur : on sait que le précédent titulaire de cette charge, Kirill, est aujourd’hui le patriarche de l’Eglise orthodoxe de Moscou "et de toutes les Russies".

On trouvera ci-dessous un extrait de cette introduction, très intéressant pour comprendre comment le patriarcat de Moscou voit son rôle en Europe.

Une Europe forgée par le christianisme mais aujourd’hui attaquée par un "sécularisme  militant" contre lequel la lutte est surtout menée par deux forces : l’Eglise de Rome en Occident et l’Eglise orthodoxe en Orient.

Ceux qui pensent que l’Eglise orthodoxe est hors du temps, toute en traditions lointaines et en liturgies archaïques, seront stupéfaits en lisant l'introduction de ce livre.

Elle a été inspirée par un document très vigoureux, sans précédent dans toute l’histoire de l'orthodoxie. Intitulé "Les bases de la doctrine sociale de l’église orthodoxe russe", il a été publié en 2000 par le concile des évêques russes.

L'image qui en ressort est celle d’une Eglise russe qui refuse d’être enfermée dans un ghetto et combat au contraire l'assiégeant séculariste avec toutes les armes pacifiques à sa disposition, y compris la désobéissance civile contre les lois "qui obligent à commettre un péché aux yeux de Dieu".

C’est un texte qui frappe aussi par son langage franc, politiquement incorrect, inhabituel sous la plume d’une haute autorité ecclésiastique.

Mais, avant de le lire, il est intéressant de connaître quelques particularités du livre.

Sa publication ne résulte pas de contacts œcuméniques officiels. Ni le conseil pontifical pour l'unité des chrétiens présidé par le cardinal Walter Kasper, ni aucun autre service du Vatican ne sont à son origine.

Les véritables promoteurs et éditeurs sont d’une part le département des relations ecclésiastiques extérieures du patriarcat de Moscou et d’autre part une association internationale ayant son siège à Rome : "Sofia : Idea Russa, Idea d’Europa".

Cette association est animée par Pierluca Azzaro, professeur d’histoire de la pensée politique à l'Université Catholique du Sacré-Cœur et responsable du livre. Elle agit à travers le "Forum de dialogue des sociétés civiles d’Italie et de Russie", coprésidé pour l'Italie par Luisa Todini, propriétaire d’une grande entreprise de construction et ancienne parlementaire européenne du parti de Silvio Berlusconi, et pour la Russie par Vladimir A. Dmitriev, président de la Vnesheconombank.

C’est ce Forum, né à la fin de 2004 d’une initiative conjointe de Berlusconi et du président russe Vladimir Poutine, qui a organisé à Rome, le 2 décembre dernier, la présentation publique du livre de Joseph Ratzinger/Benoît XVI, au ministère du Développement économique. Deux autres ministres, ceux de la Culture et de l'Instruction, étaient présents, ainsi qu’une nombreuse assistance d’industriels, de diplomates et d’experts en géopolitique.

Pour le monde de la culture russe, c’est le recteur de l’Université d’Etat des Relations Internationales de Moscou, Anatoly V. Torkounov qui est intervenu et, pour le monde de la culture italien, le recteur de l'Université Catholique du Sacré-Cœur, Lorenzo Ornaghi.

Le patriarcat de Moscou était représenté par le secrétaire du département des relations ecclésiastiques extérieures, Sergueï Zvonarev, et le conseil pontifical pour l'unité des chrétiens par Mgr Milan Zust, spécialiste des relations avec l'orthodoxie.

La rencontré était intitulée : "Le rôle des Eglises dans l’intégration culturelle de l’Europe".

Voici donc ce que pense, à ce sujet, le "ministre des Affaires étrangères" de l’Eglise de Moscou :
 



L'aide que l’Eglise Orthodoxe Russe peut apporter à l'Europe

par Hilarion Alfeyev, archevêque de Volokolamsk

Introduction à : Joseph Ratzinger/Benoît XVI, "Europe, patrie spirituelle", Moscou/Rome, 2009



Lors de mes voyages en Europe, surtout dans les pays de tradition protestante, je suis toujours étonné de voir un nombre non négligeable d’églises abandonnées par leurs paroissiens, surtout celles qui sont devenues des pubs, des clubs, des magasins ou des lieux d’activité profane d’un autre genre encore. Il y a quelque chose de profondément déplorable dans ce triste spectacle. Je viens d’un pays où, des décennies durant, les églises ont été utilisées à des fins irréligieuses. De très nombreux lieux de culte ont été totalement détruits, d’autres transformés en "musées de l’athéisme", d’autres encore réaménagés pour être confiés à des institutions séculières. C’était l’une des caractéristiques de ce que l’on appelait "l’athéisme militant", qui a prédominé pendant 70 ans dans mon pays et ne s’est effondré qu’à une époque assez récente. Mais quelle est, en Europe occidentale, la cause de tels phénomènes ? Est-ce le fait que la place de la religion au sein de la société occidentale a diminué de façon tellement significative au cours des dernières décennies ? Comment se fait-il que la religion ait de moins en moins de place dans la sphère publique ? Et encore : pourquoi cette réduction de la présence religieuse en Europe a-t-elle coïncidé avec les processus de consolidation en matière politique, financière, économique et sociale ? [...]

Au lendemain de la seconde guerre mondiale, quand l'Europe était en ruines, la nécessité d’une solidarité paneuropéenne est devenue évidente, pas seulement pour la survie du continent, mais pour celle du monde entier. [...] La présence d’un "grand frère" derrière le rideau di fer poussait aussi l'Occident à agir pour l'intégration et l'unification.

En principe ce processus a eu des dimensions uniquement économiques, militaires et politiques. Et pourtant, au fil du temps, l'exigence d’un espace culturel commun, d’une unique civilisation européenne, est devenue de plus en plus forte. Il a donc paru nécessaire de développer une idéologie nouvelle, universelle, qui, en réduisant les tensions idéologiques et religieuses existant entre les divers peuples, assurerait la coexistence pacifique entre les différentes cultures au sein d’une seule civilisation européenne.

Pour créer une idéologie d’une telle ampleur, il fallait réduire toutes les traditions culturelles, idéologiques et religieuses d'Europe à un dénominateur commun. Le rôle de ce dénominateur a été joué par l’humanisme occidental postchrétien, dont les principes essentiels furent formulés à l’époque des Lumières et "testés" pendant la Révolution française.

Le modèle d’une nouvelle Europe fondée sur cette idéologie présuppose la construction d’une société ouvertement séculariste, dans laquelle la religion ne peut avoir de place que dans la sphère privée. Conformément à ce modèle sécularisé, la religion doit être séparée à la fois de l’Etat et de la société : elle doit être sans aucune influence sur le développement social et ne pas interférer dans la vie politique. Non seulement un tel modèle réduit à zéro la dimension sociale de toute religion mais il constitue un défi pour la vocation missionnaire de beaucoup de communautés religieuses. Pour les Eglises chrétiennes, ce modèle représente une véritable intimidation, parce qu’il leur ôte la possibilité de prêcher l’Evangile à "toutes les nations", d’annoncer le Christ au monde. [...]
 
En Union Soviétique la religion a été persécutée pendant 70 ans. Il y a eu plusieurs vagues de persécution, chacune ayant son caractère particulier. A la fin des années 20 et pendant les années 30, les persécutions ont été plus cruelles. Une grande partie du clergé a été mise à mort ; tous les monastères ont été fermés, ainsi que les écoles de théologie et la majorité des églises. Une période moins brutale a suivi la fin de la seconde guerre mondiale : des monastères ont été rouverts, ainsi que quelques écoles. Dans les années 60, une nouvelle vague de dures persécutions a commencé, visant à l’anéantissement total de la religion qui aurait dû se réaliser avant le début des années 80.

Mais, au milieu des années 80, non seulement l’Eglise était encore vivante mais, en fait, elle se développait, même si c’était lentement. [...] Quelque chose, en tout cas, n’a jamais changé : l’interdiction faite à la religion de sortir du ghetto où elle avait été confinée par le régime athée. [...]

Aujourd’hui, les processus existant en Europe ont une certaine ressemblance avec ceux de l'Union Soviétique. Pour la religion, le sécularisme militant est aussi dangereux que le fut l'athéisme militant. Tous deux tendent à exclure la religion de la sphère publique et politique, à la reléguer dans un ghetto, à la confiner au domaine de la dévotion privée. Les règles non écrites de "political correctness" sont de plus en plus appliquées aux institutions religieuses. Dans bien des cas, cela implique que les croyants ne peuvent plus exprimer leurs convictions ouvertement, dans la mesure où l'expression publique d’une conviction religieuse pourrait être considérée comme une violation des droits de ceux qui ne la partagent pas. [...]

Les résultats de cette politique sont évidents. Dans certains pays, spécialement ceux qui ne sont pas majoritairement catholiques ou orthodoxes, les majestueuses cathédrales qui, il y a encore quelques décennies, contenaient des milliers de fidèles en prière sont à moitié vides ; les séminaires de théologie ferment par manque de vocations ; les communautés religieuses ne se renouvellent pas ; les propriétés des Eglises sont vendues ; les lieux de culte sont transformés en centres pour activités profanes. Encore une fois il est indéniable que, dans bien des cas, les Eglises elles-mêmes sont responsables de la situation, mais il ne faut pas sous-évaluer l'effet destructeur du sécularisme. La religion est vraiment expulsée de la sphère publique, de plus en plus marginalisée par la société sécularisée. Et cela bien que, dans tout l'Occident et en particulier en Europe, la majorité des gens croie encore en Dieu. [...]

L’Eglise orthodoxe russe peut donc aider l'Europe par son expérience unique de survie aux persécutions les plus dures et à la lutte contre l'athéisme militant, elle qui a émergé du ghetto au moment où la situation politique changeait, reprenant sa place dans la société et redéfinissant ses responsabilités sociales [...]. Contrairement à beaucoup de pays d'Europe occidentale, la Russie et les autres républiques de l'ex-Union Soviétique vivent une période de renaissance religieuse : des millions de gens reviennent à Dieu ; partout on construit des églises et des monastères. L’Eglise orthodoxe russe, indiscutablement l’une des Eglises au monde qui croissent le plus vite aujourd’hui, ne souffre pas d’une pénurie de vocations : au contraire, des milliers de jeunes entrent dans ses écoles de théologie pour consacrer leur vie à Dieu. [...]

"Les bases de la doctrine sociale de l’église orthodoxe russe", document que le concile des évêques a adopté en 2000, est la preuve écrite que cette Eglise [...] a un potentiel intellectuel lui permettant de donner des réponses équilibrées et compréhensibles. En lisant ce document - le premier texte de ce genre dans toute l’histoire de la chrétienté orthodoxe - tout le monde comprend qu’il appartient à une Eglise qui ne vit plus dans un ghetto mais est plutôt en pleine force. Durement frappée par l'athéisme militant, cette Eglise n’a jamais été détruite. Au contraire, elle est ressortie renouvelée et rajeunie de l’expérience terrible de la persécution. Descendue aux enfers et ressuscitée des morts, cette Eglise a vraiment beaucoup à dire au monde. [...]

Pour l’Eglise orthodoxe russe, il ne peut y avoir un seul modèle idéologique, ni un unique système de valeurs spirituelles et morales à imposer indistinctement à tous les pays européens. L’Eglise orthodoxe russe souhaite une Europe fondée sur le véritable pluralisme, une Europe où la diversité des traditions culturelles, spirituelles et religieuses soit pleinement représentée. Cette pluralité de traditions doit se refléter dans tous les textes législatifs et être respectée par tous les tribunaux dans leurs jugements. Si les lois et les décisions de justice ne reposent que sur les principes enracinés dans l’humanisme séculariste occidental – avec sa conception particulière de la paix, de la tolérance, de la liberté, de la justice, du respect des droits de l’homme, et ainsi de suite – elles risquent de ne pas être acceptées par une bonne partie de la population européenne, et en particulier par ceux qui, du fait de leur appartenance à une tradition religieuse, ont une vision différente de ces principes. [...]

L’ancienne dictature totalitaire ne doit pas être remplacée par une nouvelle dictature de mécanismes de gouvernement paneuropéens. [...] Pour l’Eglise orthodoxe russe, tout Etat doit avoir le droit de légiférer à sa guise sur le mariage et la famille, les questions de bioéthique et les modèles d’éducation. Les pays de tradition orthodoxe, par exemple, n’acceptent pas de lois légalisant l'euthanasie, les mariages entre homosexuels, le trafic de drogue, le maintien des bordels, la pornographie et ainsi de suite.

De plus, nous croyons que chaque pays doit avoir le droit de développer son propre modèle de rapports entre l’Etat et l’Eglise. Une législation qui se borne à garantir aux citoyens le droit à la liberté religieuse crée, en fait, les conditions d’une concurrence sauvage entre religions et confessions. Nous devons au contraire créer ensemble les conditions pour que les libertés démocratiques d’un individu, y compris son droit à l'autodétermination religieuse, ne s’opposent pas au droit des communautés nationales à préserver leur intégrité, la fidélité à leurs traditions, leur éthique sociale et leur religion. Ce sont des éléments particulièrement importants, surtout quand il s’agit de créer une réglementation relative aux mouvements à caractère religieux destructeurs et extrémistes, ou quand on a la preuve de violations de la liberté religieuse par des religions traditionnelles, dont l’expansion dans certaines parties de l'Europe menace l'ordre public et social. [...]

Des chocs et des affrontements seront inévitables entre les institutions religieuses d’un côté et le monde sécularisé de l'autre si aucune garantie n’est donnée aux communautés religieuses. Ils pourront avoir lieu à différents niveaux et sur différentes questions, mais il n’est pas difficile de prévoir que, dans la plupart des cas, ils porteront sur des problèmes de morale, dont les communautés religieuses ont une vision différente de celle de la société moderne. Il y a déjà une divergence assez claire entre le système de valeurs des religions traditionnelles et celui qui caractérise le monde sécularisé.

"Les bases de la doctrine sociale" n’est pas un manuel à usage privé : c’est un document public dans lequel l’Eglise orthodoxe russe exprime ses positions officielles de manière ouverte et explicite. Le langage du document diffère de celui de la société sécularisée : la notion de péché, par exemple, est pratiquement absente du vocabulaire du sécularisme. Mais l’Eglise estime avoir pleinement le droit d’exprimer ses positions publiquement, non seulement quand elles concordent avec les opinions généralement acceptées, mais aussi en cas de divergence.

Il y a de nombreuses positions développées dans "Les bases de la doctrine sociale de l’Eglise orthodoxe russe" qui pourraient ne pas correspondre aux standards du sécularisme. Par exemple, l’Eglise voit dans l'avortement "un péché grave", semblable à l'homicide, et déclare que "dès la conception, toute intervention contre la vie du futur être humain est criminelle". L’Eglise refuse aussi, comme "contre nature et moralement inadmissible", le système des "mères porteuses", ainsi que toute forme d'insémination extracorporelle. Le clonage humain est considéré comme un "défi sans équivoque à la nature même de l'être humain et à l'image de Dieu qui s’y trouve, dont font partie intégrante la liberté et l'unicité de la personne". La thérapie qui utilise le fœtus est considérée comme "absolument inadmissible". L'euthanasie est condamnée comme "forme d’homicide ou de suicide". Changer de sexe est considéré comme une "rébellion contre le Créateur" que l’Eglise n’admet pas : si une personne d’un sexe différent de celui qui était le sien à l’origine se présentait pour recevoir le baptême, elle serait baptisée selon le "sexe auquel elle appartenait au moment de sa naissance". [...]
 
Le droit de suivre leurs traditions canoniques plutôt que la loi sécularisée en cas de superpositions ou d’opposition évidente, doit être reconnu aux Eglises. Selon la doctrine sociale de l’Eglise orthodoxe russe, "quand la loi humaine rejette complètement la norme divine qui a une valeur absolue, pour la remplacer par une norme contraire, cette dernière cesse d’être loi et devient illégale, quels que soient les caractères juridiques dont elle est revêtue".

Donc, "pour tout ce qui concerne l'ordre exclusivement terrestre des choses, le chrétien orthodoxe doit obéir à la loi, si imparfaite et défavorable soit-elle. Mais, au cas où le respect de la loi menacerait son salut éternel et impliquerait l'apostasie ou l'obligation de commettre un péché aux yeux de Dieu et du prochain, le chrétien est appelé à professer audacieusement sa foi, pour l'amour de Dieu et de sa vérité et pour le salut de son âme, pour la vie éternelle. Il devra protester par les moyens légaux contre la nette violation des lois et commandements de Dieu commise par la société ou par l’Etat. Et si cela s’avère impossible ou inefficace, alors il devra passer à la désobéissance civile". (IV, 9)

Evidemment, la désobéissance à la loi civile est une mesure extrême, qu’une Eglise particulière peut adopter dans des circonstances exceptionnelles. Mais c’est une possibilité qu’il ne faut pas exclure a priori, au cas où un système de valeurs sécularisées deviendrait le seul en vigueur en Europe. [...]

Je crois que la solidarité entre chrétiens européens doit devenir de plus en plus manifeste au fur et à mesure que progresse le processus de définition d’un système commun de valeurs européen. Ce n’est qu’ensemble que les chrétiens, avec les représentants des autres religions traditionnelles en Europe, seront capables de sauvegarder leur identité, de combattre le sécularisme militant et d’affronter les autres défis de la modernité. L’Eglise orthodoxe russe est prête à collaborer, au niveau interconfessionnel ou interreligieux mais aussi au niveau politique, social et à tous les autres niveaux, avec tous ceux qui ne sont pas indifférents à la future identité de l'Europe, avec tous ceux qui croient que les valeurs religieuses traditionnelles font partie de cette identité.

Je voudrais enfin commenter la récente sentence de la Cour Européenne des Droits de l’Homme contre l'Italie, c’est-à-dire l’interdiction de placer des crucifix dans les écoles italiennes. Cette sentence va contre le droit de chaque Etat de préserver ses traditions et son identité ; elle porte donc atteinte à l'inviolable principe de l'authentique pluralisme des traditions. C’est une manifestation inacceptable de sécularisme militant. L'activité de la Cour Européenne ne doit pas se transformer en farce cynique. L'attitude ultralibérale qui a prévalu dans l'adoption de cette décision ne doit pas prédominer en Europe. Les origines de l'Europe sont chrétiennes. Le crucifix est un symbole universel et il est absolument inadmissible que, pour satisfaire aux standards ultralibéraux et athées, on prive l'Europe et ses institutions sociales des symboles qui ont formé et uni les gens pendant tant de siècles. Le crucifix n’est pas un symbole de violence mais de conciliation. Je pense que, dans tous ces domaines, nous pouvons collaborer avec l’Eglise catholique pour défendre la tradition chrétienne face au sécularisme militant et au libéralisme agressif.

Dans ce cadre, je voudrais en conclusion poser la question suivante : sommes-nous en train de construire une Europe complètement athée et séculariste, où Dieu est expulsé de la société et la religion poussée vers le ghetto du privé, ou la nouvelle Europe sera-t-elle vraiment la maison des diverses religions, devenant ainsi authentiquement accueillante et pluraliste ? Je crois que c’est la question que les Eglises d’Europe et les communautés religieuses doivent poser, une question à laquelle les hommes politiques ont le devoir de répondre. C’est sur cette question que le dialogue entre les communautés religieuses et les institutions politiques européennes devrait être centré.


Le texte de l'introduction de l'archevêque Hilarion au livre de Joseph Ratzinger/Benoît XVI "Europe, patrie spirituelle" a été reproduit presque intégralement le 2 décembre par "L'Osservatore Romano":

> L'Europe et les intimidations du sécularisme


Sur ces sujets, voir www.chiesa :

> Focus ÉGLISES ORIENTALES




Traduction française par Charles de Pechpeyrou.

www.chiesa

27.11.2009

Washington: L’Eglise catholique 'en disgrâce' pour vouloir protéger les enfants

Les institutions catholiques d’aide rompent leur collaboration avec Washington


ROME, Jeudi 26 novembre 2009 (ZENIT.org) - Devant la détermination des législateurs à vouloir redéfinir le mariage, l'archidiocèse de Washington D.C. (Etats-Unis) a déclaré ne pas avoir d'autre choix que d'interrompre sa collaboration avec la municipalité de la ville de Washington.

Une norme sur « l'égalité du mariage civil » impliquerait que les institutions catholiques garantissent les mêmes avantages aux employés qui ont une union homosexuelle qu'à ceux  qui sont mariés à une personne de sexe diffèrent. Dans ce contexte sont également en jeu les accréditations et/ou licences des institutions éducatives et professionnelles catholiques. 

 

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Dans un article d'opinion sur le Washington Post de mardi dernier, l'archevêque Mgr Donald Wuerl (photo) expliqué pourquoi la loi oblige l'archidiocèse à cesser sa collaboration.

L'Eglise, affirme-t-il, n'a pas lancé de défi ni d'ultimatum, mais reconnaît simplement que « les nouvelles mesures dictées par la ville à l'encontre des organisations religieuses afin que celles-ci reconnaissent les mariages homosexuels dans leurs politiques, pourraient réduire notre capacité de fournir le niveau de service que nous avons déjà ».

« Cela est dû au fait que le district demande aux institutions caritatives catholiques de certifier qu'elles respectent les lois de la ville quand des contrats et des donations sont demandées. Etant donné que les organismes catholiques de charité ne peuvent respecter les règles civiles et promouvoir les mariages homosexuels, la ville devra rejeter contrats et licences », explique-t-il. 

 

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Helen Alvaré (photo), experte en droit de la Fondation Culture of Life, a commenté la situation, soulignant  que le point fondamental, à son avis, est que « tous ceux qui voudraient redéfinir le mariage insistent sur le fait que les enfants, dans ces relations, pourraient ne pas mériter une reconnaissance particulière et le soutien de la loi et de la communauté ; l'Eglise catholique insiste sur le fait qu'ils ont besoin de cette reconnaissance et de ce soutien et qu'ils devraient l'avoir ». 

Les enfants, a-t-elle insisté, sont au cœur de cette bataille.

Helen Alvaré constate que pendant trop de temps, le droit de la famille a changé arrivant jusqu'à « faire passer avant les intérêts des adultes ».

« Après des décennies d'expérimentation sur la base de ce modèle, sociologues, psychologues, voire certains législateurs ont commencé à comprendre que ni la liberté des adultes ni celle des enfants n'a progressé dans la direction 'les adultes en premier' ».

La juriste pense que si les conseillers du district de Columbia « se permettaient de penser de manière plus large au bien-être des enfants et de leurs familles, ces mêmes conseillers devraient aussi craindre de perdre la collaboration d'un organisme qui, si profondément engagé pour le bien-être des enfants, est prêt à passer devant le tribunal de l'opinion publique parce qu'il défend leurs intérêts ».

04.06.2009

Veillée pour la Vie : Homélie du card. Vingt-Trois (28 mai 2009)

Lois de bioéthique, prier pour les parlementaires

 

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ROME, Mercredi 3 juin 2009 (ZENIT.org) - Le cardinal Vingt-Trois (photo) appelle à « prier pour tous celles et ceux qui sont appelés à définir le cadre législatif des lois de bioéthiques » spécialement en France.

Le site Internet du diocèse de Paris publie l'homélie intégrale du cardinal Vingt-Trois, président de la conférence des évêques de France et archevêque de Paris, ainsi qu'un compte-rendu de la veillée pour la Vie, du 28 mai dernier à Notre-Dame de Paris.


Frères et Sœurs,

Dans le débat qui s'est ouvert dans notre pays à propos de la révision des lois de bioéthique, les arguments et les réflexions, les raisonnements et les propositions s'échangent et s'expriment de toutes sortes de manières. Nous-mêmes, évêques de France, avons exprimé les nôtres avec suffisamment de clarté et une certaine publicité, afin que nul ne doute de ce que nous souhaitons partager à nos concitoyens. Mais cette veillée de prière que les évêques d'Ile de France ont souhaité vivre ce soir avec vous et tous ceux qui se joignent à nous et unissent leurs prières aux nôtres, poursuit une autre visée. Il nous a semblé que dans ce grand débat aux enjeux tellement considérables pour l'avenir de notre humanité, nous pouvions être plus que des interlocuteurs crédibles, ou des provocateurs qui incitent nos partenaires à affiner leur réflexion et leurs arguments. Nous avons pensé que nous devions apporter ce quelque chose dont personne ne parle et qui ne se dit pas en termes de licéité de tel dispositif ou de telle décision législative : le sens même de la vie humaine, cette réalité à la fois humaine et mystérieusement divine.


Et pour cela, plutôt que d'ajouter un nouveau message au corpus de la réflexion morale de l'Église depuis des décennies, il nous a paru important de poser un acte qui soit un signe du sens que nous reconnaissons à la vie humaine, qui se devait d'être une démarche devant Dieu, vers Dieu et pour Dieu. C'est le sens de l'invitation que vous avez reçue, de notre rassemblement de ce soir et de notre prière. Nous venons d'entendre des témoignages émouvants. Comme tous les témoignages, ils nous ont donné à voir des situations particulières. Mais ils visaient surtout à ouvrir nos esprits et nos cœurs à la réalité profonde de ce que vivent un certain nombre de nos contemporains. Peut-être l'évangile qui vient d'être proclamé peut-il nous aider à mieux comprendre le sens ultime de ces témoignages ? Dans la rencontre d'Elisabeth et de Marie il y a en effet des choses visibles, que l'on peut décrire, il y a des choses invisibles auxquelles l'interprétation des choses visibles nous conduit, et il y a un mystère. Ce qui est visible c'est qu'elles sont enceintes. Cette réalité, qui est celle de quantité de femmes en tout temps et en tous lieux, a une visibilité évidente et d'une certaine manière banale. Comme le témoignage que nous avons entendu tout à l'heure nous l'a montré, cette réalité visible ne porte pas en elle-même sa signification propre. Mais elle nous tourne cependant vers la réalité invisible qui est à la source de cette vie que portent ces femmes.


L'évangile de saint Luc a pris soin de faire précéder le récit de la Visitation de celui des annonciations. Il nous montre que pour Elisabeth comme pour Marie, leur grossesse n'est pas simplement un phénomène physiologique, ou le fruit de l'union d'un homme et d'une femme. Elisabeth avait en effet dépassé l'âge d'être enceinte et Marie ne connaissait point d'homme. L'Evangile nous révèle que la conception de Jean Baptiste comme celle de Jésus sont liées à un don spécifique. Mais ces récits ne nous sont pas simplement donnés pour nous faire comprendre que nous sommes devant des personnages exceptionnels. Ces deux cas particuliers mettent en valeur une réalité vraie de toute vie humaine. Le don fait par Dieu à Elisabeth, comme l'engendrement de l'Esprit-Saint en Marie, sont des signes qui nous ouvrent au fait que par delà l'invisible de toute conception, il y a le mystère de la vie humaine. Le surgissement de l'existence ne se résume pas à être seulement une réalité humaine. Il est tout ensemble une réalité humaine et divine, non seulement parce que toute vie vient de Dieu mais aussi parce que l'amour et la fécondité de l'amour viennent de Dieu.


Notre foi nous ouvre à ce mystère et nous appelle à participer à sa fécondité, si nous ne nous laissons pas arrêter par l'apparence, et si nous ne nous abandonnons pas à la séduction de l'invisible, pour être entraînés au delà. Comment notre foi nous aide-t-elle à comprendre, respecter et accompagner la vie de tant d'hommes et de femmes qui « n'ont plus figure humaine » comme cela est dit du Christ en sa Passion ? Comment faire lorsque la signification invisible d'une vie en rend la dignité humaine imperceptible ? Comment reconnaître en chaque personne, ce qui dépasse infiniment ce que voyons ou ce que savons, ce que chacun de nous a reçu sans le savoir et sans le voir ? Ainsi, frères et sœurs, notre veillée de prière n'est pas une manifestation. Nous ne sommes pas venus ici pour infléchir quoique ce soit. Nous sommes ici pour poser un acte de foi, dont nous espérons qu'il touchera nos cœurs, pour nous qui participons à cette veillé de prière, et pour ceux qui, sans y participer, pourront en avoir quelque écho ou tout simplement apprendront qu'elle a eu lieu.


Oui, la vie donnée par Dieu dans l'existence humaine est un mystère qui nous ouvre au mystère plénier qu'est la vie même de Dieu. C'est pourquoi nous ne pouvons accepter qu'aucune vie soit perçue comme une menace et un danger. C'est pourquoi nous ne pouvons accepter que l'intelligence et l'ingéniosité humaines soient mises au service de la lutte contre la vie. C'est pourquoi nous ne pouvons accepter que la fécondité soit une culpabilité. C'est pourquoi nous ne pouvons accepter que l'imperfection soit une condamnation à mort. C'est pourquoi nous ne pouvons accepter de nous donner à nous-mêmes le droit de trier, de choisir et de condamner. C'est pourquoi nous ne pouvons accepter que l'homme et la femme soient acculés à transformer leur relation d'amour en une relation de crainte. C'est pourquoi nous ne pouvons accepter que le fruit de l'amour soit fabriqué sans l'amour.


Mais c'est aussi pourquoi nous souhaitons et nous espérons que la venue d'un enfant en notre temps soit vécue comme une bénédiction, que la mission des parents puisse être une source de joie et d'épanouissement, que les plus généreux d'entre nous sachent se mobiliser pour entourer et accompagner jusqu'au bout tous ceux que la vie blesse, que la maladie affecte et que l'espérance déserte. Frères et sœurs, nous allons à présent invoquer le Dieu puissant et vivant qui a envoyé son Fils pour que nous ayons la vie. Nous allons intercéder pour celles et ceux dont la vie est fragile ou blessée. Nous allons prier pour tous celles et ceux qui sont appelés à définir le cadre législatif des lois de bioéthiques, pour les médecins, les chercheurs, le personnel soignant et tous ceux qui peuvent être en ce monde les serviteurs de la vie s'ils la choisissent, plutôt que les complices de la mort.


Nous vous invitons à prolonger la prière de ce soir dans les jours et les semaines qui viennent. Ainsi elle ne sera pas l'effet d'un instant, mais la mise en œuvre de cette attitude radicale de foi, qui nous tourne vers Dieu et nous conduit à rendre grâce devant la vie qu'il nous donne en plénitude. Amen