02.03.2010

Card. Rylko, Le père Matteo Ricci et le dialogue entre foi et culture

Texte intégral de la conférence du cardinal Rylko sur le P. Matteo Ricci

Une des figures « les plus significatives de l’histoire de l’humanité »

 

matteo ricci


ROME, Jeudi 25 février 2010 (ZENIT.org) - Pour le cardinal Rylko, le P. Matteo Ricci, sj, est « une figure comptant parmi les plus significatives de l'histoire de l'humanité » : un savant et un missionnaire qui « jeta les bases d'un développement de la connaissance réciproque et du dialogue entre l'Orient et l'Occident ».

Soulignant l'actualité du P. Ricci, il ajoute : « L'exemple du père Ricci indique clairement la route à suivre pour vaincre la méfiance et préparer le terrain en vue d'une collaboration effective et durable ».

Le cardinal Stanislas Rylko, président du Conseil pontifical pour les laïcs est intervenu à Paris, à l'UNESCO, de façon passionnante sur le thème : « Le père Matteo Ricci et le dialogue entre foi et culture », lors du colloque du 16 février, sur le thème : « Aux carrefours de l'histoire : le jésuite Matteo Ricci (1552-1610) entre Rome et Pékin ».



« Le père Matteo Ricci et le dialogue entre foi et culture »

par le card. Rylko

Mesdames et Messieurs,

J'adresse mes salutations les plus cordiales à toutes les personnes présentes à la projection du document-film « Matteo Ricci. Un jésuite au royaume du Dragon », et en particulier aux autorités de l'UNESCO qui ont permis la réalisation de cet événement. Une initiative - parmi de nombreuses autres - qui, pour le IVème centenaire de sa mort, nous fournit l'occasion de faire mémoire d'une figure comptant parmi les plus significatives de l'histoire de l'humanité et d'honorer sa stature spirituelle et intellectuelle. Homme de science et missionnaire, à une époque de grand ferment culturel et économique, à cheval entre le XVIème et le XVIIème siècle, Matteo Ricci jeta les bases d'un développement de la connaissance réciproque et du dialogue entre l'Orient et l'Occident ; entre Rome, cœur de la chrétienté, et Pékin, où depuis plus de deux siècles régnait la grande dynastie des Ming.

Ce jésuite, originaire de Macerata, dans les Marches italiennes, s'est gagné l'estime et l'admiration, en Chine comme en Europe, pour avoir ouvert la voie à la rencontre entre deux cultures aussi éloignées qu'inconnues l'une de l'autre ; une entreprise extraordinaire, plusieurs fois tentée par d'autres précédemment, mais que personne n'était jamais parvenu à faire aboutir. Et, par bien des aspects, bien plus importante par rapport à ce qu'avait fait et raconté l'autre grand Italien, Marco Polo, qui était entré indirectement en contact avec la Chine, trois siècles auparavant, par le biais d'échanges commerciaux avec les Mongols. L'œuvre du père Matteo Ricci mérite donc d'être davantage connue et approfondie, aussi bien pour mieux en comprendre les raisons et les modalités que pour mettre en valeur son actualité indéniable et permanente.

Les célébrations du IVème centenaire de sa naissance au Ciel constituent donc une heureuse occasion de relire cette œuvre, de retrouver le témoignage de Matteo Ricci et, par là même, l'enseignement qui en dérive pour notre monde, engagé précisément à tisser des rapports stables et constructifs entre l'Orient et l'Occident, entre le grand peuple chinois et les autres peuples. L'exemple du père Ricci indique clairement la route à suivre pour vaincre la méfiance et préparer le terrain en vue d'une collaboration effective et durable. Quel est donc son témoignage ? Quel chemin a-t-il entrepris ? Et nous, comment pouvons-nous l'aborder aujourd'hui ?

En dépit des difficultés de la langue, de la politique très fermée de la dynastie Ming et de la nouveauté totale des rapports avec le peuple chinois, Matteo Ricci sut développer un dialogue basé sur l'amitié, sur le respect des us et coutumes, sur la connaissance de l'esprit et de l'histoire de la Chine. C'est cette attitude, dépourvue de préjugés et de tout esprit de conquête, qui a permis à ce jésuite européen d'établir avec le peuple chinois un rapport de confiance et d'estime. Ce n'est pas un hasard si sa première œuvre en langue chinoise fut consacrée au thème de l'amitié. Or, ce recueil de 100 maximes sur l'amitié, puisées chez les classiques grecs et latins, suscita une grande stupeur chez les Chinois qui admirèrent la sagesse et la richesse spirituelle de cet homme venu de l'extrême Occident.

Toutefois, le père Matteo Ricci, ne se limita pas à manifester son amitié à l'égard du peuple chinois et son intérêt pour sa vie et sa culture. Il s'engagea pleinement pour apprendre sa langue et approfondit l'étude des classiques confucéens, au point d'être considéré comme un expert égal, sinon supérieur, aux lettrés chinois qui se pressaient pour le connaître et s'entretenir avec lui. En somme, il se fit Chinois parmi les Chinois, en s'adaptant en tout à leurs coutumes et en adoptant - après dix années d'analyse attentive et de connaissance de leur réalité - le profil et la teneur de vie du lettré, c'est-à-dire de cette catégorie de personnes qui orientait et guidait la société chinoise dans la ligne de la continuité avec la philosophie et la tradition confucéennes.

Ce trait caractéristique de son approche de la Chine ne doit certes pas être dissocié de l'échange culturel bénéfique qu'il instaura avec les Chinois sur tous les fronts du savoir humain. De la cartographie à l'astronomie, de la philosophie à la religion, des mathématiques aux techniques mnémoniques, en passant par les horloges mécaniques, la peinture et la musique : aucun domaine du savoir humain qui n'ait constitué un terrain fécond de confrontation et d'enrichissement réciproque entre les Chinois et cet homme que la Providence, selon ses amis lettrés chinois eux-mêmes, avait envoyé pour donner encore plus de lustre à la dynastie des Ming et pour faire participer les Chinois aux progrès que la science et la technique avaient réalisés au cours de la Renaissance européenne. Un exemple parmi tant d'autres de la haute considération en laquelle il était tenue : dès son arrivée à Pékin en 1601, selon la volonté de l'empereur Wanli, tous ses frais furent pris en charge par le trésor public et, à sa mort, le 11 mai 1610, il eut le privilège - jamais concédé jusqu'alors à un étranger - d'être enterré dans la Cité impériale. Ce n'est pas non plus un hasard si rien moins que la direction de l'Observatoire astronomique de Pékin et la révision du Calendrier chinois, achevée quelques années après la mort de Matteo Ricci, furent confiées aux jésuites qui poursuivirent son œuvre. La vaste documentation conservée dans l'ancien Observatoire astronomique de Pékin et l'inscription du père Matteo Ricci parmi les personnages les plus illustres de Chine témoignent aujourd'hui encore de la gratitude des Chinois pour la contribution apportée par le missionnaire jésuite et par ses confrères au progrès des connaissances humanistes et scientifiques dans leur pays.

Mais en quoi s'enracinait l'intuition géniale du père Matteo Ricci ? Quel peut être le motif de son actualité permanente ? Ce ne furent ni l'esprit d'aventure, ni la volonté de se faire l'ambassadeur de la Renaissance européenne en Chine qui poussèrent le missionnaire jésuite, mais bien le désir d'apporter au grand peuple chinois l'annonce évangélique comme couronnement de ce riche cheminement culturel et social qu'il allait d'ailleurs admirer et apprécier, comme en témoignent sa correspondance et son célèbre et minutieux compte-rendu autographe intitulé De l'entrée de la Compagnie de Jésus et de la Chrétienté en Chine.

Formé à la rigoureuse école des Jésuites et fasciné par l'esprit missionnaire de saint François-Xavier, qui avait dépensé sa vie pour l'évangélisation de l'Orient, alors qu'il n'avait pas encore trente ans, et avec une grande ardeur missionnaire, il commence son entreprise par Macao en 1582. A la différence de ceux qui l'avaient précédé dans les nombreuses tentatives d'entrer en Chine, le père Matteo Ricci comprend qu'il faut trouver une nouvelle méthode pour voir la culture chinoise s'ouvrir à la nouveauté de l'Evangile. Avec ses confrères responsables des missions de l'Orient, en particulier avec le père Alessandro Valignano, il élabore donc une nouvelle stratégie que l'on pourrait résumer par le mot " inculturation " : une optique dans laquelle la culture du peuple chinois n'est plus un obstacle à surmonter, mais une ressource pour l'Evangile.

Cette originalité de la méthode de Matteo Ricci, née d'une vision de la foi qui ne s'oppose ni à la science, ni à la raison, ni à la culture, mais qui entre en harmonie profonde et substantielle avec elles, a été soulignée par le pape Benoît XVI dans son Message pour le IVème centenaire de la mort du père Ricci :

« En considérant son intense activité scientifique et spirituelle, on ne peut manquer de rester favorablement impressionné par la capacité innovatrice et particulière avec laquelle il se familiarisa, dans un plein respect, avec les traditions culturelles et spirituelles chinoises dans leur ensemble. Cette attitude a en effet caractérisé sa mission visant à rechercher la plus grande harmonie possible entre la noble civilisation chinoise millénaire et la nouveauté chrétienne, qui est ferment de libération et de renouveau authentique au sein de toute société, étant donné que l'Evangile est un message universel de salut, destiné à tous les hommes, quel que soit le contexte culturel et religieux auquel ils appartiennent » (Benoît XVI, Message à S. Exc. Claudio Giuliodori, évêque de Macerata, 6 mai 2009).


Voilà pourquoi il est donc tout à fait approprié de commémorer, au siège de l'UNESCO aussi, le père Matteo Ricci, un grand homme qui a su tisser un réseau de relations et d'échanges culturels sans égaux dans l'histoire de l'humanité, en aidant ainsi l'Europe à connaître et à découvrir la sagesse et la civilisation chinoises et en introduisant en Chine, d'une manière judicieuse et avec beaucoup d'intelligence, le patrimoine de culture, de science, d'art et de foi de l'Occident. Il a concrètement démontré, de la sorte, que l'Evangile, précisément parce qu'il conduit au cœur de la vérité sur l'homme et sur son destin, est en mesure de se rapporter positivement à toute culture et à toute société capables de reconnaître la dignité et la grandeur de la personne humaine. Son labeur intellectuel et spirituel a eu pour finalité ultime de greffer dans les consciences et dans la culture chinoise les germes de la nouveauté et de la plénitude de la Révélation chrétienne. Il savait que le plus grand don que les chrétiens peuvent offrir aux peuples de l'Asie, c'est d'annoncer Jésus-Christ, qui répond à leur profonde quête d'Absolu et dévoile les vérités et les valeurs qui garantissent un développement intégral (cf. Jean-Paul II, Exhortation apostolique Ecclesia in Asia, n̊ 20).

Un an avant sa mort, il écrivait au Supérieur de la vice-province du Japon et de la Chine :

« Les Chinois ont une belle intelligence naturelle et aiguë ; ce qui transparaît bien dans leurs livres, dans leurs discours [...] et dans le gouvernement de cette machine qui émerveille tout l'Orient. Aussi, si nous pouvions leur enseigner nos sciences, [...] pourrions-nous à travers elles les conduire aisément à notre sainte loi et ils n'oublieront jamais un si grand bienfait, [...] car ne leur ayant enseigné jusqu'ici que peu de choses des sciences mathématiques et de la cosmographie, ils nous en sont tellement reconnaissants que bien des fois j'ai entendu, de mes oreilles, dire de personnes importantes que nous avons ouverts les yeux aux Chinois qui étaient aveugles ; et ils ne parlaient que de ces sciences naturelles que j'ai dites, de la mathématique ; que diront-ils donc des autres [...] comme les sciences physiques, métaphysiques, théologiques et surnaturelles ? » (Lettre au P. Francesco Pasio. Pékin, le 15 du mois de février 1609).

Ces mots explicitent, on ne peut mieux, aussi bien l'esprit qui animait son engagement missionnaire que la méthode avec laquelle le père Matteo Ricci a tracé un sentier indélébile dans l'histoire des rapports entre les peuples et les civilisations et du rapport entre la foi et les cultures. Ambassadeur d'amitié et de vérité, quatre cents ans après sa mort, il se dresse encore comme un exemple fulgurant d'ouverture universelle et de capacité à bâtir des ponts entre les civilisations et les cultures, en se faisant - en tant que messager de l'Evangile - l'artisan du bien véritable et du développement authentique des peuples. Je vous remercie de votre attention.

© PCPL

05.12.2009

Dévotion des catholiques chinois pour S. François-Xavier

ASIE/CHINE - Les catholiques chinois pèlerins sur l’île de Shang Chuan, manifestent leur grande dévotion pour saint François-Xavier, Patron des Missions

 

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La chapelle marque l'endroit où saint François-Xavier est mort


Pékin (Agence Fides) – La petite île de Shang Chuan, dans la province de Guang Dong, sur la côte sud de la Chine, où saint François-Xavier mourut le 3 décembre 1552, est la destination parfaite pour le pèlerinage des communautés, des paroisses et des organisations qui portent son nom. Ils sont nombreux les pèlerins à être venus de toutes les parties du continent, de Hong Kong, de Macao et de Taiwan, surtout durant les derniers jours, à la veille de la fête du saint Patron des Missions.

En ce lieu, désormais sanctuaire préféré des catholiques chinois qui sont très dévots à saint François-Xavier, on chante avec une grande foi et beaucoup d’enthousiasme l’hymne dédiée au saint : “grand prêtre, envoyé par le pape, apôtre de l’orient, venu pour nous sauver. Il annonça Jésus infatigablement, sans repos…”.


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En plus du pèlerinage à Shang Chuan, il y a la neuvaine, les rencontres de prière et de réflexion, qui scandent l’intense préparation des communautés catholiques du continent pour la fête du Patron des Missions, selon les informations parvenues à Fides. Pour les prêtres chinois, qui sont en train d’étudier et de réfléchir sur la Lettre du Secrétaire d’État, le Card. Tarcisio Bertone pour l’Année Sacerdotale, la fête ajoute en plus au sens missionnaire et vocationnel.

La dernière retraite spirituelle des prêtres du diocèse de Tai Yuan, à la fin de l’année liturgique, en préparation de l’Avent et de la fête de saint François-Xavier, a été centrée sur le thème de l’évangélisation sur les traces de François-Xavier.

Dans la cathédrale de Xi Kai, diocèse de Tian Jin, le mandat conféré aux ministres extraordinaires de la Communion, durant la solennité du Christ-Roi, a souligné le sens de l’Avent et de la fête du Patron des Missions. La fête de saint François-Xavier, qui est très aimé en Chine, est célébrée par une messe solennelle en son honneur, dans presque toutes les communautés, en particulier celles qui portent son nom. Avec son confrère, le Père Matteo Ricci, le grand missionnaire de la Chine, François-Xavier est aussi considéré par les catholiques chinois “comme un des leurs” : tous les deux jouissent d’une grande dévotion et d’un grand respect. Même les non catholiques les considèrent comme des précurseurs exemplaires et excellents dans l’échange culturel entre l’orient et l’occident.

(Agence Fides 02/12/2009)

13.11.2009

Matteo Ricci. Comment 'inculturer' le christianisme en Chine

Matteo Ricci. Comment "inculturer" le christianisme en Chine

Au Vatican une exposition érige en modèle le grand jésuite missionnaire d'il y a quatre siècles. Mais pour les autorités de Pékin aussi, "Li Madou" est une gloire nationale


par Sandro Magister




ROME, le 13 novembre 2009 – Ce mois-ci et jusqu’au 24 janvier, on peut remarquer à Rome, place Saint-Pierre, une grande affiche où figurent deux personnages en vêtements chinois et des inscriptions en mandarin.

Le personnage de gauche est le jésuite Matteo Ricci (1552-1610) et celui de droite Xu Guangqi, un haut fonctionnaire chinois qu’il baptisa.

Une exposition est en effet consacrée à Matteo Ricci, pour le quatrième centenaire de sa mort, dans l’aile "Charlemagne" de la colonnade de la place Saint-Pierre.

Mais une autre exposition en son honneur va s’ouvrir à Pékin en février ; elle sera ensuite transférée à Shanghai, Nankin, Macao, et enfin à Séoul.

Matteo Ricci fait partie du tout petit nombre d’étrangers qui ont été mis au rang des pères de l’histoire chinoise. Au Millennium Center de Pékin, immense édifice qui célèbre les fastes du pays, le gigantesque bas-relief en marbres polychromes consacré à l’histoire de Chine, du premier empereur aux grandes figures du XXe siècle, ne comporte que deux étrangers, italiens l’un et l’autre. L’un est Marco Polo à la cour de Kubilaï Khan ; l'autre est précisément Matteo Ricci qui, habillé comme un mandarin confucéen, scrute le ciel.

Dans les derniers jours d’octobre dernier, à l'Université du Peuple de Pékin, Matteo Ricci a également été au centre de l'intérêt des chercheurs qui participaient à une grande conférence internationale de sinologie, discipline dont il est d’ailleurs considéré comme l'initiateur. Cette conférence avait été organisée par Yang Huilin, recteur-adjoint de l'Université du Peuple, qui est l’un des plus spécialistes les plus compétents du christianisme en Chine. Parmi les orateurs se trouvaient Hans Küng, en tant qu’auteur d’études sur les religions chinoises, et un Italien, Gianni Criveller, de l’Institut Pontifical des Missions Etrangères, qui a fait une communication sur les modalités que les jésuites venus en Chine à la suite de Matteo Ricci adoptèrent pour représenter en images la foi chrétienne dans son intégralité.

Ce colloque de sinologie s’est achevé de manière emblématique : par un repas à la Cité Interdite, siège du gouvernement impérial mais également épicentre de l'œuvre de nombreux missionnaires des XVIIe et XVIIIe siècles. Matteo Ricci, Li Madou pour les Chinois, est enterré non loin de là.


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L’exposition de la place Saint-Pierre est structurée en deux parties : la première, sur fond bleu, présente Rome et l'Europe aux XVIe et XVIIe siècles ; la seconde, sur fond rouge, accueille des œuvres et documents de la Chine de la même époque. Le visiteur fait le parcours qui fut celui de Matteo Ricci au cours de sa vie.

Dans la première partie du parcours, le regard est attiré surtout par un chef d’œuvre de Rubens, une grande toile aux couleurs flamboyantes qui évoque la gloire de saint Ignace de Loyola et de ses disciples.

Dans la seconde partie, les visiteurs sont frappés par un autel confucéen en laque et or aux dimensions imposantes. Il fait face à un Bouddha pensif et compatissant, représentation parfaite de la religiosité philosophique raffinée des Chinois.

Matteo Ricci est entré à la Compagnie de Jésus en 1571, l'année où, à la bataille de Lépante, la flotte chrétienne a arrêté l'assaut des Turcs contre l'Europe. Mais l’état d’esprit du jeune jésuite n’était pas celui d’une chrétienté en état de siège. Au contraire.

Lors de l’inauguration de l’exposition, le directeur des Musées du Vatican, Antonio Paolucci, a décrit ainsi l'audace missionnaire de Matteo Ricci :

"En même temps que la Bonne Nouvelle chrétienne, Li Madou a apporté en Chine la géométrie d’Euclide, l'astronomie, la mécanique, la cartographie. Mais il a aussi apporté le 'De amicitia' de Cicéron, transcrit en un délicieux petit livre en mandarin, dédié à un haut dignitaire un peu confucéen, un peu animiste, un peu christianisant.

"Il a donc apporté la culture de l'Occident, que l’exposition présente sous forme d’astrolabes, de cartes du ciel, de cartes géographiques de la ville et de l'empire.

"Il a aussi apporté, bien sûr, la doctrine chrétienne. Mais il l’a fait en s’ouvrant un chemin par la science et la technique, patrimoine partagé par l’Occident et l’Orient. Il a toujours agi de manière délicate, avec une extraordinaire aptitude au mimétisme et avec un respect absolu et exquis de la culture et des traditions du pays qu’il avait décidé de faire sien.

"Il s’est fait Chinois parmi les Chinois. Il a adopté jusque dans ses vêtements l'aspect d’un fonctionnaire impérial. Il a été cérémonieux et rusé, hyperbolique et bureaucratique, poétique et pragmatique comme l’exigeaient la coutume et l’étiquette.

"S’il ne s’était pas comporté de cette manière, il n’aurait pas reçu les honneurs que lui reconnaît la Chine moderne et qui nous permettent de le placer vraiment sur les sommets de l’histoire.

"Une histoire interrompue trop tôt mais qui, aujourd’hui, à notre époque d’intégration fondée sur le dialogue et donc sur le respect et sur la connaissance, apparaît plus que jamais actuelle".


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Et voici comment, toujours à l’inauguration de l’exposition, Claudio Giuliodori, l’évêque de Macerata, ville natale de Matteo Ricci, a mis en lumière le "caractère mondial" de son action :

"Il a dessiné des mappemondes qui ont fait connaître aux Chinois le reste du monde, dont ils ne savaient à peu près rien, et sur ces grande cartes il a représenté les lieux les plus importants de la chrétienté. Il a traduit en chinois des livres de philosophie, de mathématiques, d’astronomie, et révélé à l’Occident les textes de Confucius. Il a créé un dialogue très intense avec les lettrés et les hommes de culture les plus illustres de Chine et il a transformé ces discussions en livres, également destinés à préparer le terrain à la semence de l’Evangile. C’est ainsi qu’est née la 'Vraie signification du Seigneur du Ciel', publiée à Pékin en 1603, et que s’explique l’extraordinaire succès du livre 'Dix Paradoxes', publié à Pékin en 1607, dans lequel Matteo Ricci traite sous forme de sentences les grandes questions de la vie.

"Il est ainsi parvenu à établir des bases solides pour la pénétration de l’Evangile et pour une connaissance réciproque entre l’Orient et l’Occident, entre la Chine et l’Europe, entre Pékin et Rome, ouvrant une nouvelle phase de l’histoire de l’humanité, qui n’est pas sans rappeler ce qui s’était passé un siècle auparavant, de l’autre côté de la planète, avec l’entreprise de Christophe Colomb".

La cause de béatification de Matteo Ricci est en cours.



Une chronologie de la vie de Matteo Ricci diffusée à l’occasion de l'ouverture de l’exposition qui lui est consacrée au Vatican :

> Biografia essenziale

Et un portrait du personnage qu’a lu Claudio Giuliodori, l’évêque de sa ville natale, Macerata :

> "La sua straordinaria avventura..."


Le catalogue de l’exposition :

"Ai crinali della storia. Padre Matteo Ricci fra Roma e Pechino", sous la direction d’Antonio Paolucci et Giovanni Morello, Allemandi & Cie, Turin, 2009, 272 pages, 35,00 euros.



Le site web consacré aux célébrations du quatrième centenaire de la mort de Matteo Ricci :

> Padre Matteo Ricci 1552-1610


Le reportage de "MissiOnLine" à propos de la conférence internationale de sinologie qui a eu lieu à Pékin en octobre dernier :

> E gli studiosi cinesi riscoprono Li Madou [Et les chercheurs chinois redécouvrent Li Madou]


Tous les articles de www.chiesa à ce sujet :

> Focus CHINE


Traduction française par Charles de Pechpeyrou.

 

www. chiesa

02.07.2008

Benoît XVI aux Evêques de Hongkong et de Macao

VATICAN - Discours du Pape Benoît XVI aux Evêques de Hongkong et de Macao : « Le Christ est, pour la Chine également, un Maître, un Pasteur, un Rédempteur amoureux : l’Eglise ne peut taire cette Bonne Nouvelle »

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L'évêque de Macao, Mgr Jose Lai Hung Seng

Rome (Agence Fides) – « Le Seigneur a donné à tout homme et à toute femme le droit d’entendre l’annonce que Jésus ‘m’a aimé et s’est livré lui-même pour moi’ (Galates, 2, 20). A ce droit correspond un devoir d’évangéliser : ‘En effet, ce n’est pas pour moi une gloire de prêcher l’Evangile ; c’est une devoir pour moi : malheur à moi si je n’annonçais pas l’Evangile ! (1 Cor 9, 16; cf. Rm 10, 14)’. Dans l’Eglise, chaque activité a une dimension évangélisatrice essentielle, et elle ne doit jamais être séparée de l’engagement à aider tous les hommes à rencontrer les hommes dans la foi, qui est l’objectif premier de l’évangélisation » :
c’est ce qu’a déclaré le Pape Benoît XVI dans son discours aux Evêques de Hongkong et de Macao reçus en audience le 27 juin à l’occasion de leur visite « ad limina ».
 
 http://www.papanews.it/Public/hon.JPG
Mgr John Tong Hon, évêque coadjuteur de Hong Kong

La Mission de l’Eglise s’exerçant aujourd’hui sur le fond de la globalisation, le Saint-Père a rappelé que pour s’opposer aux aspects négatifs de ce phénomène cultuel, comme la fragmentation, l’individualisme où domine le sécularisme, qui pousse en marge le transcendant et le sens du sacré, et éclipse la source elle-même d’harmonie et d’unité dans le monde, il était important d’avoir une formation solide, et un effort concerté pour soutenir l’âme spirituelle et morale des populations.
 
Le Saint-Père a alors invité les Evêques de Hongkong et de Macao
« à penser spécialement au jeune clergé qui est toujours soumis aux nouveaux problèmes pastoraux, liés aux exigences de la tâche d’évangéliser une société aussi complexe que l’est la société actuelle ».
La même sollicitude s’adresse
« aussi à toutes les personnes consacrées, hommes et femmes, qui sont appelées à rendre visibles dans l’Eglise et dans le monde, les traits caractéristiques de Jésus, vierge, pauvre et obéissant ».
Le Saint-Père a rappelé ensuite la contribution importante offerte par les écoles catholiques
« à la formation intellectuelle, spirituelle et morale des nouvelles générations »,
raison pour laquelle elles sont choisies par de nombreux parents, même non catholiques. Pour cette raison, il est
« de la plus grande importance, des rester proches des étudiants et de leurs familles, de veiller avec soin à la formation des jeunes à la lumière des enseignements de l’Evangile, et de suivre avec sollicitude les besoins spirituels de tous dans la communauté scolaire ».
Les écoles catholiques des deux diocèses, qui ont grandement contribué au développement social et à la croissance spirituelle de la population, rencontrent aujourd’hui de nouvelles difficultés ; mais le Saint-Père a assuré les Evêques de sa proximité et de ses encouragements
« afin que ce précieux service ne disparaisse pas ».
Le Saint-Père a lancé une invitation spéciale aux mouvements ecclésiaux et aux nouvelles communautés ; il a demandé aux Evêque d’aller à leur rencontre
« avec un grand amour, parce qu’elles sont une des nouveautés les plus importantes, suscitées par le Saint-Esprit dans l’Eglise, pour réaliser le Concile Vatican II » ;
il les a assurés également de sa prière
« pour que les mouvements mettent eux aussi tout leur engagement pour harmoniser leurs activités, avec les programmes pastoraux et spirituels des Diocèses »
Le Pape Benoît XVI a exprimé sa satisfaction aux Evêques de Hongkong et de Macao, pour les nombreuses réalisations de leurs communautés diocésaines généreuses, en leur demandant
« d’avoir un engagement toujours plus grand pour rechercher les moyens les plus adaptés pour rendre le message chrétien d’amour, plus compréhensible dans le monde dans lequel vous vivez… J’encourage vos Diocèses à continuer à apporter leur contribution à l’Eglise en Chine Continentale, en mettant à sa disposition le personnel pour la formation, et en aidant les initiatives bienfaisantes de promotion humaine et d’assistance. A ce sujet, comment ne pas rappeler le précieux service, fait avec générosité et avec compétence, par la Caritas de vos deux diocèses ! N’oubliez pas, toutefois, que le Christ est, pour la Chine également, un Maître, un Pasteur, un Rédempteur amoureux : l’Eglise ne peut taire cette Bonne Nouvelle »
Enfin, le Saint-Père a exprimé le désir suivant :
« Je souhaite, et je demande au Seigneur, qu’arrive bientôt le jour où vos confrères de Chine continentale pourront eux aussi venir à Rome en pèlerinage sur la tombe des Apôtres Pierre et Paul, en signe de communion avec le Successeur de Pierre et avec l’Eglise Universelle. Je saisis volontiers l’occasion pour envoyer à la Communauté Catholique de Chine et à tout le peuple de ce vaste Pays, l’assurance de mes prières et de mon affection »

(Agence Fides, 30 juin 2008)

18:15 Écrit par Père Walter dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : macao, hongkong, pape, vie de l eglise | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook |