28.02.2010

Exposition sur le P. Matteo Ricci à Pékin

ASIE/CHINE - Écho de la presse officielle au sujet de l’exposition sur le P. Matteo Ricci à Pékin

Pékin (Agence Fides) – “Matteo Ricci – Rencontre de la civilisation dans la Chine des Ming”, c’est l’exposition pour commémorer les 400 ans de la mort du missionnaire jésuite italien, qui s’est ouverte à Pékin avec une grande répercussion de la presse officielle en langue chinoise et anglaise, comme l’agence Xin Hua, en soulignant que le grand missionnaire italien a été le premier européen qui a apporté les succès de la technologie et de l’art en Chine.

 

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Du 7 février au 20 mars 2010, au Capital Museum de Pékin, le public chinois peut apprécier le jésuite de Macera qui “s’est fait chinois”, l’étranger le plus estimé, connu et aimé tout au long de ces siècles en Chine. Aujourd’hui sa figure continue de briller dans le pays auquel il a dédié sa vie, où il est mort et où il a été enseveli, il y a exactement 400 ans.

L’exposition, promue par la Région des Marches en Italie, par le Centre d’Échange de la Section archéologique chinoise, par le Capital Museum en collaboration avec l’Institut Italien de la Culture de l’Ambassade Italienne auprès de Pékin, retrace la vie extraordinaire du P. Li Ma Dou, nom par lequel les chinois aiment appeler le P. Matteo Ricci.

Par ailleurs, l’exposition présente aussi deux cents chefs d’œuvre – peintures, incisions, cartes géographiques, montres… – pour raconter le chemin du P. Li Ma Dou dans l’histoire de la dynastie des Ming. L’exposition ira ensuite à Shanghai (Shanghai Museum, du 3 avril au 23 mai) et à Nankin (Nanjing Museum, du 5 juin au 25 juillet). (NZ)

(Agence Fides 24/02/2010)

04.12.2009

Chine: La volte-face d'un évêque relance la querelle entre Bertone et Zen

Chine. La volte-face d'un évêque relance la querelle entre Bertone et Zen

Pour le secrétaire d'Etat du Vatican, l'Eglise clandestine doit se montrer au grand jour et se mettre en règle avec les autorités chinoises. Pour le cardinal Zen, elle ne doit pas le faire, car ce serait se livrer à l'ennemi. L'affaire de l'évêque de Baoding


par Sandro Magister





ROME, le 3 décembre 2009 – En deux jours, les catholiques qui vivent en Chine ont reçu deux exhortations très différentes l’une de l’autre, écrites par deux poids lourds de l’Eglise mondiale : le cardinal Tarcisio Bertone et le cardinal Joseph Zen Zekiun.

Bertone et Zen sont tout à fait qualifiés pour s’occuper de la Chine. Le premier est secrétaire d’Etat et donc responsable de toute la géopolitique de l’Eglise, le second est évêque émérite de Hong-Kong et fait partie de la commission voulue par le Vatican pour suivre la mise en application de la lettre-programme écrite par Benoît XVI aux catholiques chinois en juin 2007.

Les cardinaux Bertone et Zen sont tous deux salésiens et se connaissent depuis très longtemps, ce qui ne les empêche pas d’être souvent en désaccord à propos de la Chine. Le premier paraît plus "réaliste", le second plus combatif. Chacun des deux estime faire la bonne interprétation de la lettre du pape.

Ces dernières semaines, une affaire concernant un évêque chinois a de nouveau fait éclater la divergence entre eux.


LES ANTÉCÉDENTS



L’évêque, c’est Francis An Shuxin (photo UCA News), 60 ans, coadjuteur du diocèse de Baoding, dont le premier titulaire, l’évêque James Su Zhimin, 75 ans, est détenu depuis 1996 dans un lieu inconnu.

Mgr An Shuxin a lui aussi été emprisonné. Dix ans. Il a été libéré le 24 août. Mais à un prix élevé : il a dû s’inscrire à l'Association patriotique, l’outil politique utilisé par les autorités chinoises pour contrôler l’Eglise nationale et la séparer de Rome.

La décision de l’évêque An Shuxin a troublé le clergé et les fidèles. Baoding se trouve dans le Hebei, la région de Chine ayant la plus forte concentration de catholiques, au moins un million et demi, pour la plupart non reconnus officiellement. En plus de Su Zhimin, deux autres évêques "clandestins" du Hebei sont actuellement en prison : Cosma Shi Enxiang, évêque de Yixian, 85 ans, arrêté et disparu le 13 avril 2001, et Julius Jia Zhiguo, évêque de Zhengding, 74 ans, de nouveau arrêté le 30 mars.

En même temps que l’évêque An Shuxin, deux prêtres de son diocèse sont sortis de prison en échange d’une inscription à l'Association patriotique. Certains évêques, prêtres et fidèles ont vu dans le geste des trois hommes une trahison, un passage à l’ennemi. Selon d’autres, c’est au contraire nécessaire pour sortir de la clandestinité, que Benoît XVI a définie, dans sa lettre de 2007, comme une situation "pas normale dans la vie de l’Eglise".

Le désarroi n’a pas été limité au Hebei, il a aussi atteint le Vatican. On entend souvent dire que la curie romaine incite les évêques et prêtres clandestins à obtenir la reconnaissance officielle pour normaliser la vie des diocèses, même s’il faut pour cela se plier à certains diktats du régime. Dans le cas de l’évêque An Shuxin, les soupçons se sont portés sur la congrégation vaticane pour l'évangélisation des peuples, au point qu’elle s’est sentie obligée d’affirmer – le 3 novembre, dans un communiqué – qu’elle n’avait jamais exercé de pressions sur lui.


LA LETTRE DE BERTONE



Dans ce contexte, le cardinal Tarcisio Bertone, secrétaire d’Etat, envoie de Rome, le 16 novembre, une lettre aux prêtres de l’Eglise chinoise.

Le point de départ est l'Année Sacerdotale lancée dans le monde entier par le pape Joseph Ratzinger.

Dans sa lettre, datée du 10 novembre, Bertone ne parle pas de l’affaire de l’évêque de Baoding. Mais il est facile d’y voir une référence quand le cardinal exhorte "à une réconciliation au sein de la communauté catholique et à un dialogue respectueux et constructif avec les autorités civiles, sans renoncer aux principes de la foi catholique".

On peut aussi appliquer facilement aux communautés clandestines l'affirmation de Bertone selon laquelle "une communauté ne peut se replier sur elle-même, comme si elle était autosuffisante, mais elle doit rester en communion avec toutes les autres communautés catholiques".

Toutefois, dans l’ensemble, la lettre de Bertone est intéressante à d’autres titres. En exhortant les prêtres chinois à pratiquer les vertus, elle met en évidence leurs vices : la fréquente infidélité aux vœux de pauvreté et de chasteté, le côté batailleur, le faible zèle pastoral, l’insuffisance des études, le peu d’envie de susciter des vocations, l'absence d’élan missionnaire...

En effet les données chiffrées ne sont pas encourageantes. Sur les dix dernières années, la population catholique en Chine n’a pas varié. Les vocations sacerdotales baissent, ainsi que les vocations religieuses féminines. Les prêtres et les évêques sont trop vieux ou trop jeunes. Il manque la génération intermédiaire et les jeunes prêtres ne sont pas aptes à être évêques. Cet état de faiblesse de l’Eglise est perçu par le régime comme un encouragement à exercer sur elle de fortes pressions et des contrôles. Depuis deux ans, le Saint-Siège n’a pas réussi à nommer un seul nouvel évêque en Chine.


LES INSTRUCTIONS DE ZEN



A en juger d’après les 23 pages d’instructions diffusées le 18 novembre par le cardinal Zen – son énième commentaire de la lettre de Benoît XVI de 2007 – la responsabilité de ce décevant état de fait retombe pour une bonne part sur les autorités vaticanes.

D’après Zen, une idée est en train de prendre pied : l’époque héroïque de l’Eglise clandestine serait finie, tous ses évêques et prêtres devraient entrer dans l’Eglise officielle reconnue par le régime.

Selon Zen, cette idée produit en Chine un asservissement encore pire de l’Eglise vis-à-vis du pouvoir et elle est fondée sur une interprétation abusive de la lettre de Benoît XVI.

Dans son instruction diffusée ces jours-ci, en effet, le cardinal réexamine de fond en comble la lettre du pape, en l’expliquant d’une façon que Zen juge la seule correcte.

D’après Zen, quand Benoît XVI écrit que "la clandestinité est une situation qui n’est pas normale dans la vie de l’Eglise", il n’ordonne pas aux communautés clandestines de céder aux prétentions du gouvernement, mais il leur dit de résister aussi longtemps que la situation anormale qui provoque la clandestinité continuera à exister.

Selon Zen, le pape n’interdit pas aux communautés clandestines de demander et d’obtenir la reconnaissance officielle, mais il ne les incite pas non plus à le faire d’un cœur léger. Au contraire. Le pape les avertit que "presque toujours" le régime concède la reconnaissance à condition que soient accomplis des actes "inconciliables avec la doctrine catholique".

L'inscription à l'Association patriotique est, selon le cardinal Zen, un de ces actes qu’un évêque clandestin ne devrait jamais accomplir, pas même pour obtenir sa liberté.

A l'objection selon laquelle ni le pape ni les autorités vaticanes n’obligent les évêques officiellement reconnus qui se sont déjà inscrits à l'Association patriotique à la quitter, Zen répond que ce compromis est dû à des circonstances historiques. L'Eglise permet aux évêques illégitimes nommés par le gouvernement et qui, se repentant, reviennent à la communion avec Rome, de rester dans l'Association, mais seulement de façon provisoire et avec l’intention sincère de changer au plus tôt cet état de fait.


DERNIÈRES NOUVELLES DE PÉKIN



Au Vatican, l'instruction du cardinal Zen a été accueillie comme son énième acte d'accusation contre la ligne "diplomatique" de la curie.

Il y a encore quelques mois ceux qui, au Vatican, s’occupaient de la Chine étaient surtout Mgr Pietro Parolin, sous-secrétaire pour les rapports avec les Etats, et Mgr Gianfranco Rota Graziosi, chef de service à la même section.

Parolin était le plus compétent en la matière et il suivait aussi la situation de l’Eglise au Vietnam. Mais, cet été, il a été envoyé comme nonce apostolique au Venezuela et personne ne l’a remplacé à la curie avec une compétence égale à la sienne sur le dossier chinois.

Mais à Pékin, les 25 et 26 novembre, une centaine de dirigeants catholiques nommés par le gouvernement, dont 40 évêques, ont renvoyé à une date non précisée la convocation de l'Assemblée nationale des représentants catholiques.

L’Assemblée est la plus haute autorité qui gouverne l’Eglise catholique en Chine, elle est formellement supérieure à l'Association patriotique et à ce faux double de conférence des évêques qu’est le Conseil des évêques chinois. Aucune de ces trois institutions n’est compatible avec l’organisation de l’Eglise catholique. Parmi les pouvoirs de l'Assemblée, il y a celui de nommer les présidents de l'Association patriotique et du Conseil des évêques. Les deux charges sont vacantes depuis des années, parce qu’elles étaient occupées respectivement par l’évêque "patriotique" de Pékin, Michael Fu Tieshan, mort en 2007, et celui de Nankin, Joseph Liu Yuanren, mort en 2004.

Ces derniers mois, le cardinal Zen a tout fait pour inciter les évêques et les prêtres gouvernementaux à boycotter les assises. Il n’y a pas réussi. Mais les autorités chinoises ont renoncé à la contrainte. Et en reportant l'Assemblée nationale des représentants catholiques à plus tard, elles ont laissé place à la possibilité – ou à la tentation – d’un éventuel énième compromis avec les autorités vaticanes.



La lettre du cardinal Tarcisio Bertone aux prêtres chinois, diffusée le 16 novembre 2009 :

> "Cari fratelli nel sacerdozio..."


L'instruction du cardinal Joseph Zen Zekiun diffusée le 18 novembre 2009 :

> An Aid for Reading the Holy Father's Letter to the Church in China


La lettre-programme de base que Benoît XVI a adressée le 27 mai 2007 aux catholiques chinois :

> Lettre du Pape...

Et son "Résumé" sous forme de questions-réponses, diffusé le 23 mai 2009 et fortement voulu par le cardinal Zen :

> Compendium of the Letter of the Holy Father...




Deux agences catholiques très riches en informations et analyses sur l’Eglise en Chine :

> Asia News

> UCA News


Tous les articles de www.chiesa à ce sujet :

> Focus CHINE


Traduction française par Charles de Pechpeyrou.

13.11.2009

Matteo Ricci. Comment 'inculturer' le christianisme en Chine

Matteo Ricci. Comment "inculturer" le christianisme en Chine

Au Vatican une exposition érige en modèle le grand jésuite missionnaire d'il y a quatre siècles. Mais pour les autorités de Pékin aussi, "Li Madou" est une gloire nationale


par Sandro Magister




ROME, le 13 novembre 2009 – Ce mois-ci et jusqu’au 24 janvier, on peut remarquer à Rome, place Saint-Pierre, une grande affiche où figurent deux personnages en vêtements chinois et des inscriptions en mandarin.

Le personnage de gauche est le jésuite Matteo Ricci (1552-1610) et celui de droite Xu Guangqi, un haut fonctionnaire chinois qu’il baptisa.

Une exposition est en effet consacrée à Matteo Ricci, pour le quatrième centenaire de sa mort, dans l’aile "Charlemagne" de la colonnade de la place Saint-Pierre.

Mais une autre exposition en son honneur va s’ouvrir à Pékin en février ; elle sera ensuite transférée à Shanghai, Nankin, Macao, et enfin à Séoul.

Matteo Ricci fait partie du tout petit nombre d’étrangers qui ont été mis au rang des pères de l’histoire chinoise. Au Millennium Center de Pékin, immense édifice qui célèbre les fastes du pays, le gigantesque bas-relief en marbres polychromes consacré à l’histoire de Chine, du premier empereur aux grandes figures du XXe siècle, ne comporte que deux étrangers, italiens l’un et l’autre. L’un est Marco Polo à la cour de Kubilaï Khan ; l'autre est précisément Matteo Ricci qui, habillé comme un mandarin confucéen, scrute le ciel.

Dans les derniers jours d’octobre dernier, à l'Université du Peuple de Pékin, Matteo Ricci a également été au centre de l'intérêt des chercheurs qui participaient à une grande conférence internationale de sinologie, discipline dont il est d’ailleurs considéré comme l'initiateur. Cette conférence avait été organisée par Yang Huilin, recteur-adjoint de l'Université du Peuple, qui est l’un des plus spécialistes les plus compétents du christianisme en Chine. Parmi les orateurs se trouvaient Hans Küng, en tant qu’auteur d’études sur les religions chinoises, et un Italien, Gianni Criveller, de l’Institut Pontifical des Missions Etrangères, qui a fait une communication sur les modalités que les jésuites venus en Chine à la suite de Matteo Ricci adoptèrent pour représenter en images la foi chrétienne dans son intégralité.

Ce colloque de sinologie s’est achevé de manière emblématique : par un repas à la Cité Interdite, siège du gouvernement impérial mais également épicentre de l'œuvre de nombreux missionnaires des XVIIe et XVIIIe siècles. Matteo Ricci, Li Madou pour les Chinois, est enterré non loin de là.


***


L’exposition de la place Saint-Pierre est structurée en deux parties : la première, sur fond bleu, présente Rome et l'Europe aux XVIe et XVIIe siècles ; la seconde, sur fond rouge, accueille des œuvres et documents de la Chine de la même époque. Le visiteur fait le parcours qui fut celui de Matteo Ricci au cours de sa vie.

Dans la première partie du parcours, le regard est attiré surtout par un chef d’œuvre de Rubens, une grande toile aux couleurs flamboyantes qui évoque la gloire de saint Ignace de Loyola et de ses disciples.

Dans la seconde partie, les visiteurs sont frappés par un autel confucéen en laque et or aux dimensions imposantes. Il fait face à un Bouddha pensif et compatissant, représentation parfaite de la religiosité philosophique raffinée des Chinois.

Matteo Ricci est entré à la Compagnie de Jésus en 1571, l'année où, à la bataille de Lépante, la flotte chrétienne a arrêté l'assaut des Turcs contre l'Europe. Mais l’état d’esprit du jeune jésuite n’était pas celui d’une chrétienté en état de siège. Au contraire.

Lors de l’inauguration de l’exposition, le directeur des Musées du Vatican, Antonio Paolucci, a décrit ainsi l'audace missionnaire de Matteo Ricci :

"En même temps que la Bonne Nouvelle chrétienne, Li Madou a apporté en Chine la géométrie d’Euclide, l'astronomie, la mécanique, la cartographie. Mais il a aussi apporté le 'De amicitia' de Cicéron, transcrit en un délicieux petit livre en mandarin, dédié à un haut dignitaire un peu confucéen, un peu animiste, un peu christianisant.

"Il a donc apporté la culture de l'Occident, que l’exposition présente sous forme d’astrolabes, de cartes du ciel, de cartes géographiques de la ville et de l'empire.

"Il a aussi apporté, bien sûr, la doctrine chrétienne. Mais il l’a fait en s’ouvrant un chemin par la science et la technique, patrimoine partagé par l’Occident et l’Orient. Il a toujours agi de manière délicate, avec une extraordinaire aptitude au mimétisme et avec un respect absolu et exquis de la culture et des traditions du pays qu’il avait décidé de faire sien.

"Il s’est fait Chinois parmi les Chinois. Il a adopté jusque dans ses vêtements l'aspect d’un fonctionnaire impérial. Il a été cérémonieux et rusé, hyperbolique et bureaucratique, poétique et pragmatique comme l’exigeaient la coutume et l’étiquette.

"S’il ne s’était pas comporté de cette manière, il n’aurait pas reçu les honneurs que lui reconnaît la Chine moderne et qui nous permettent de le placer vraiment sur les sommets de l’histoire.

"Une histoire interrompue trop tôt mais qui, aujourd’hui, à notre époque d’intégration fondée sur le dialogue et donc sur le respect et sur la connaissance, apparaît plus que jamais actuelle".


***


Et voici comment, toujours à l’inauguration de l’exposition, Claudio Giuliodori, l’évêque de Macerata, ville natale de Matteo Ricci, a mis en lumière le "caractère mondial" de son action :

"Il a dessiné des mappemondes qui ont fait connaître aux Chinois le reste du monde, dont ils ne savaient à peu près rien, et sur ces grande cartes il a représenté les lieux les plus importants de la chrétienté. Il a traduit en chinois des livres de philosophie, de mathématiques, d’astronomie, et révélé à l’Occident les textes de Confucius. Il a créé un dialogue très intense avec les lettrés et les hommes de culture les plus illustres de Chine et il a transformé ces discussions en livres, également destinés à préparer le terrain à la semence de l’Evangile. C’est ainsi qu’est née la 'Vraie signification du Seigneur du Ciel', publiée à Pékin en 1603, et que s’explique l’extraordinaire succès du livre 'Dix Paradoxes', publié à Pékin en 1607, dans lequel Matteo Ricci traite sous forme de sentences les grandes questions de la vie.

"Il est ainsi parvenu à établir des bases solides pour la pénétration de l’Evangile et pour une connaissance réciproque entre l’Orient et l’Occident, entre la Chine et l’Europe, entre Pékin et Rome, ouvrant une nouvelle phase de l’histoire de l’humanité, qui n’est pas sans rappeler ce qui s’était passé un siècle auparavant, de l’autre côté de la planète, avec l’entreprise de Christophe Colomb".

La cause de béatification de Matteo Ricci est en cours.



Une chronologie de la vie de Matteo Ricci diffusée à l’occasion de l'ouverture de l’exposition qui lui est consacrée au Vatican :

> Biografia essenziale

Et un portrait du personnage qu’a lu Claudio Giuliodori, l’évêque de sa ville natale, Macerata :

> "La sua straordinaria avventura..."


Le catalogue de l’exposition :

"Ai crinali della storia. Padre Matteo Ricci fra Roma e Pechino", sous la direction d’Antonio Paolucci et Giovanni Morello, Allemandi & Cie, Turin, 2009, 272 pages, 35,00 euros.



Le site web consacré aux célébrations du quatrième centenaire de la mort de Matteo Ricci :

> Padre Matteo Ricci 1552-1610


Le reportage de "MissiOnLine" à propos de la conférence internationale de sinologie qui a eu lieu à Pékin en octobre dernier :

> E gli studiosi cinesi riscoprono Li Madou [Et les chercheurs chinois redécouvrent Li Madou]


Tous les articles de www.chiesa à ce sujet :

> Focus CHINE


Traduction française par Charles de Pechpeyrou.

 

www. chiesa

20.05.2009

Message de Benoît XVI à propos de Matteo Ricci

L’inculturation du christianisme en Chine


ROME, Mardi 19 mai 2009 (ZENIT.org) - Benoît XVI cite le Traité sur l'Amitié (De amicitia - Jiaoyoulun) du P. Matteo Ricci, sj, comme un « modèle de rencontre fructueuse entre les civilisations européenne et chinoise » et pour « l'inculturation du christianisme en Chine ».

Le pape Benoît XVI a adressé un message à Mgr Claudio Giugliodori, évêque de Macerata-Tolentino-Recanati-Cingoli-Treia, à l'occasion de différentes initiatives pour la célébration du IV centenaire de la mort du P. Matteo Ricci, jésuite, apôtre en Chine, et originaire de Macerata.

 

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Message de Benoît XVI

J'ai appris avec joie que sont programmées dans ce diocèse différentes initiatives pour commémorer, dans des milieux ecclésiaux et civils, le IVe centenaire de la mort du P. Matteo Ricci, de la Compagnie de Jésus, survenue à Pékin le 11 mai 1610. A l'occasion de l'ouverture de cette année jubilaire spéciale, je suis heureux de vous adresser ainsi qu'à toute la communauté diocésaine ma salutation cordiale.

Né à Macerata le 6 octobre 1552, le jésuite Matteo Ricci, doté d'une foi profonde et d'un génie culturel et scientifique extraordinaire, a consacré de longues années de son existence à tisser un dialogue fructueux entre l'Occident et l'Orient, en menant de façon contemporaine une action efficace d'enracinement de l'Evangile dans la culture du grand peuple de Chine. Son exemple demeure aujourd'hui encore un modèle de rencontre fructueuse entre les civilisations européenne et chinoise.

Je m'associe donc volontiers à ceux qui considèrent ce généreux fils de votre terre comme un ministre de l'Eglise obéissant, et un messager de l'Evangile du Christ intrépide et intelligent. En considérant son activité scientifique et spirituelle intense, on ne peut pas ne pas rester favorablement frappé de la capacité innovante particulière avec laquelle il a abordé, en tout respect, les traditions culturelles et spirituelles chinoises dans leur ensemble. C'est en effet cette attitude qui a caractérisé sa mission visant à rechercher la possibilité d'une harmonie entre la civilisation chinoise, noble et millénaire, et la nouveauté chrétienne, qui est un ferment de libération et de renouveau authentique à l'intérieur de toute société, l'Evangile étant un message de salut universel, destiné à tous les hommes, à quelque contexte culturel et religieux qu'ils appartiennent.

En outre, ce qui a rendu son apostolat original, et l'on pourrait même dire prophétique, ce fut certainement la sympathie profonde qu'il nourrissait pour les Chinois, pour leur histoire, pour leurs cultures et leurs traditions religieuses. Il suffit de rappeler son Traité sur l'Amitié (De amicitia - Jiaoyoulun), qui remporta un large succès dès sa première édition à Nankin, en 1595. Modèle de dialogue et de respect pour les croyances d'autrui, votre compatriote a fait de l'amitié le style de son apostolat au cours de ses 28 années de séjour en Chine. L'amitié qu'il offrait était réciproque chez les populations locales, grâce justement au climat de respect et d'estime qu'il cherchait à cultiver, en se préoccupant de connaître toujours mieux les traditions de la Chine de cette époque. En dépit des difficultés et des incompréhensions qu'il a rencontrées, le Père Ricci a voulu rester fidèle jusqu'à la mort à ce style d'évangélisation, en mettant en œuvre une méthodologie, si l'on peut dire, scientifique, et une stratégie pastorale fondées d'une part sur le respect des sains usages du lieu, que les néophytes chinois ne devaient pas abandonner en embrassant la foi chrétienne, et d'autre part sur la conscience que la Révélation pouvait les mettre encore plus en valeur et les compléter. Et ce fut justement à partir de ces convictions que, à l'instar des Pères de l'Eglise lors de la rencontre de l'Evangile avec la culture gréco-romaine, il a imposé ce prévoyant travail d'inculturation du christianisme en Chine, en recherchant une constante entente avec les savants de ce pays.

Je souhaite vivement que les manifestations jubilaires en son honneur - rencontres, publications, expositions, congrès et d'autres événements culturels en Italie et en Chine - offrent l'occasion d'approfondir la connaissance de sa personnalité et de son activité. Qu'en suivant son exemple nos communautés, à l'intérieur desquelles vivent des personnes de différentes cultures et religions, puissent grandir dans l'esprit d'accueil et de respect réciproque. Que le souvenir de ce noble fils de Macerata soit aussi pour cette communauté diocésaine un motif de fortifier, à son école, cette aspiration missionnaire qui doit animer la vie de tout disciple du Christ authentique.

Frère vénéré, je formule des vœux fervents pour la pleine réussite des célébrations jubilaires prévues à partir du 11 mai prochain, je vous assure de mon souvenir dans la prière et, en invoquant l'intercession maternelle de Marie, Reine de la Chine, je vous envoie de tout cœur ma bénédiction ainsi qu'à ceux qui sont confiés à vos soins pastoraux.

Du Vatican, 6 mai 2009


© Copyright du texte original en italien : Librairie Editrice du Vatican

Traduit de l'italien par Zenit