15.01.2010

Haïti: le séisme et le monde missionnaire

"Peut-être que cette fois, pour une fois, ce sont les plus pauvres, les habitants des bidonvilles, où rares sont les bâtiments à plusieurs étages, qui auront la vie sauve. Mais en réalité, nous ignorons totalement quelle est la situation à Cité Soleil ou Bel Air, quartiers densément peuplés de Port-au-Prince", dit à la MISNA père Michel Ménard, supérieur général de la Société des pères de Saint Jacques - congrégation missionnaire française fondée vers 1860 à Haïti -, contacté par téléphone en France.

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Les habitants de Port-au-Prince ont presque tous abandonné leurs maisons ou ce qui en reste pour se réfugier dans les rues et les places publiques.


"Depuis hier - continue-t-il - nous sommes assaillis par les coups de fil et les messages e-mail de personnes désireuses de recevoir des nouvelles de leurs proches ou de leurs parents. Même si nous pensions au début que tous nos confrères étaient vivants, nous sommes nous-mêmes sans nouvelles d'un de nos missionnaires et d'un diacre à Jacmel. Il semblerait que cette ville aussi, à 90 kilomètres environ de la capitale, ait été violemment frappée".

Entièrement retourné par les événements, père Ménard parvient néanmoins à fournir à la MISNA quelques informations sur les répercussions du séisme qui s'est vérifié mardi 12 janvier à Haïti à 17 heures locales : les sources contactées à Gonaïves, à 110 kilomètres au nord de Port-au-Prince, assurent que les dégâts enregistrés sur place sont relativement superficiels.

"Par contre, aujourd'hui, nous n'avons aucune nouvelle de Port-au-Prince. Nous n'avons pas encore reçu de message de nos confrères. Notre dernier contact remonte à hier soir. À cause des destructions, il est impossible de se déplacer en voiture dans le secteur de notre centre, rue Lafleur Duchêne, qui relie la zone centrale du stade Silvio Cator au quartier de Pacot, un des quartiers les plus nantis et coquets de la ville, avec ses maisons typiquement haïtiennes de style Gingerbread ('pain d'épices') aux multiples ornements en bois. "

"Là-bas aussi - poursuit père Ménard - nous avons trois confrères, qui portent assistance aux personnes réfugiées dans notre jardin. Mais ils sont isolés et ne peuvent se déplacer qu'à pied".

Les missionnaires scalabriniens font état pour leur part de graves dommages subis par leur centre en ville :

"Nous avons pu brièvement parler hier avec notre confrère, père Durante, avant d'être coupés. Mais les quelques secondes de communication nous ont permis de savoir que tous les religieux (dont deux Italiens, Giuseppe Durante et Sergio Marotti, Ndlr) et les séminaristes vont bien, c'est-à-dire 15 personnes en tout. La structure de notre mission a subi de grands dommages tout comme le quartier autour, à Port-au-Prince",

indique père Sergio Geremia, contacté à la maison générale de la congrégation à Rome. Les frères mineurs (capucins) ont eux aussi reçu un e-mail à leur maison générale, confirmant que le tremblement de terre n'a pas touché Les Cayes, dans le Sud du pays, et que tous les missionnaires (deux Français, un Brésilien et quatre Haïtiens) vont bien ; aucun d'entre eux néanmoins n'est en mesure de fournir des renseignements sur la situation dans la capitale haïtienne depuis que les communications ont été interrompues. En revanche, les informations sont plus confuses en provenance de Villa Manrèse, construction moderne où est sise à Haïti la congrégation des Clercs de Saint Viateur et centre d'accueil pour de nombreux voyageurs, qui surplombe le Sud de la capitale.

"Nous avons entendu dire par une source qu'il n'y aurait pas de gros dégâts mais une autre nous a affirmé que le centre avait été détruit et qu'une personne peut-être y aurait trouvé la mort - disent à la MISNA les membres de la congrégation contactés à Rome - et nous aussi attendons avec impatience des nouvelles".

Aucune trace pour l'instant de deux ou trois des 38 religieux, 13 associés et quelques novices de la congrégation présents à Haïti. Les missionnaires spiritains, dont la maison générale a été contactée par téléphone à Rome, sont à la recherche de nouvelles.

"Je suis attristé par l'ampleur de la dévastation, des souffrances, de la mort et du désespoir qu'a laissée derrière lui le séisme",

écrit père Pascual Chávez, recteur majeur des salésiens, dans un message adressé à père Ducange Sylvain, nouveau supérieur de la Quasi-Province “Bienheureux Filippo Rinaldi” de Haïti. La congrégation s'est déjà activée pour organiser un réseau mondial de collecte de fonds et d'aides en collaboration avec Catholic Charities, Catholic Relief Services et Feed the Children. Des informations viennent de parvenir des salésiens de la Quasi-Province “Bienheureux Filippo Rinaldi” de Haïti : père Attilio Stra, directeur de l'œuvre de Port-au-Prince-Enam, aurait été blessé, tandis que père Simon Gatine Joseph Maceus, fondateur du projet “Timkatec” en faveur des enfants des rues de Pétionville, a été emmené à Miami (États-Unis) pour y recevoir des soins bien que les médecins aient assuré qu'il était hors de danger. En revanche, personne ne connaît encore le sort des plus de 200 élèves de l'école de Port-au-Prince-Enam. (CC/CN)

 

MISNA

13.01.2010

Haïti: 'Nou atè net' (Nous sommes complètement écrasés)

“Nou atè net” : trois mots en créole ("Nous sommes complètement écrasés") concluent l'e-mail envoyé par père André Siohan, membre des missionnaires de Saint Jacques, pour transmettre des informations de la capitale Port-au-Prince, à quelques heures du séisme qui a frappé la ville.

 

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Photo Reuters


"On essaye de sauver un des séminaristes victime d'un traumatisme crânien. J'ai été en ville pour visiter les communautés religieuses amies. C'est terrible, le centre est totalement ravagé et il y a des milliers de victimes. Priez pour nous", écrit père André, qui parvient à communiquer à l'aide d'un dispositif satellitaire.

Contacté en France, père Pierre Le Beller, qui a opéré près de 30 ans à Haïti, continue le récit de son confrère.

"Nos confrères, plusieurs séminaristes, des amis et des voisins du quartier de Pacot se trouvent actuellement dans les tentes installées dans le jardin de notre centre, qui a été lourdement endommagé par le séisme. Nous redoutons un très grand nombre de blessés : la véritable urgence sera de les soigner", dit père Le Beller, avant de préciser que les hôpitaux sont déjà défaillants en temps normal dans le pays le plus pauvre d'Amérique du Sud.

"Les témoignages sont terribles. On entend les cris et les pleurs des blessés, on ignore combien d'entre eux sont pris au piège sous les décombres. On nous dit que la cathédrale s'est effondrée, tout comme le palais présidentiel et le siège de l'Onu, qui était un bâtiment de cinq étages, sur la route qui mène au quartier de Pétionville", poursuit notre interlocuteur, dont la voix se brise au moment d'évoquer la destruction du Centre Caritas dans le quartier central de Saint Antoine : un centre d'aide, d'accueil et de réinsertion pour les enfants des rues qu'il avait lui-même fondé. Il semblerait jusqu'à présent que tous les jeunes du centre aient survécu aux secousses.

Fondée en 1966 par Mgr François Poirier, à l'époque archevêque de Port-au-Prince, la Société des prêtres de Saint Jacques naît précisément à Haïti. Une vingtaine de missionnaires consacrés et une vingtaine de séminaristes se trouvent actuellement dans le pays. (Céline Camoin - MISNA)