21.03.2012

Toulouse : Juifs et Musulmans rejettent l'amalgame entre l'islam et le terrorisme

toulouse.JPGMoins de 48 heures après la fusillade de Toulouse, le tueur présumé a été localisé dans une zone résidentielle non loin de l'école juive d’Ozar Hatorah. Une opération de l’unité d’élite de la police est en cours pour l’interpeller. L’homme de 24 ans est retranché dans un pavillon, il se revendique d’Al-Qaeda et dit avoir voulu venger les enfants palestiniens. 


Les représentants juifs et musulmans de France ont immédiatement mis en garde contre les amalgames entre religion et violence. Le président du Conseil français du culte musulman, Mohammed Moussaoui, a déclaré que les tueries de Toulouse et Montauban étaient "en contradiction totale avec les fondements" de l'islam.

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04.05.2011

Les rivaux palestiniens scellent un pacte de réconciliation

fatah hamas.JPGLe Fatah et le Hamas ont officialisé mercredi leur réconciliation lors d'une cérémonie au Caire après de longues négociations sous médiation égyptienne. "Nous tournons pour toujours la page noire de la division", a assuré le président de l'Autorité palestinienne Mahmoud Abbas, en promettant de se rendre "bientôt" en visite dans la Bande de Gaza. Cette réconciliation met fin à quatre années d’antagonisme et de violences fratricides.

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27.12.2010

Bethléem a retrouvé le sourire

bethleem.JPGBethléem a retrouvé le sourire cette année. Alors que Gaza est en proie à un regain de tension, la ville natale de Jésus, en Cisjordanie occupée, a accueilli un nombre record de pèlerins : les hôtels de la ville affichaient complet. Du jamais vu depuis le pèlerinage de Jean-Paul II en l’an 2000.

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03.09.2010

Benoît XVI s'entretient avec Shimon Peres

Le président israélien, Shimon Peres, a été reçu pendant quarante minutes par le Pape ce jeudi matin, à la résidence pontificale de Castelgandolfo, près de Rome.


Le président israélien s’est d’abord entretenu avec le cardinal Tarcisio Bertone, Secrétaire d’État qui était accompagné du Secrétaire pour les Relations avec les États, Mgr Dominique Mamberti.

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04.06.2010

L’interview du Pape dans l’avion pour Chypre

Dans l’avion qui le menait à Chypre, Benoît XVI interrogé par les journalistes a évoqué plusieurs thèmes : l’assassinat ce jeudi de Mgr Luigi Padovese, le dialogue œcuménique ou encore la paix au Moyen Orient.

Benoît XVI a tout d’abord exprimé sa profonde douleur au lendemain de l’assassinat, de Mgr Luigi Padovese, président de la Conférence épiscopale turque qui a contribué à la préparation du synode pour le Moyen Orient. Mais a précisé le Pape «cette ombre n’a rien à voir avec les thèmes mêmes de la réalité du voyage car nous ne devons pas l’attribuer à la Turquie et aux Turcs».

Nous disposons de peu d’informations mais ce qui est sûr c’est «qu’il ne s’agit pas d’un assassinat politique ou religieux, il s’agit de quelque chose de personnel». Le Pape a ajouté «nous ne voulons pas mélanger cette situation tragique avec le dialogue avec l’islam».

Le pape s’est ensuite attardé sur ce voyage à Chypre indiquant qu’il s’inscrivait dans le prolongement des précédents déplacements en Terre Sainte et à Malte.

«Je ne viens pas avec un message politique», a-t-il souligné «mais avec un message religieux qui devrait préparer les âmes à trouver l’ouverture pour la paix».

Interrogé au sujet du récent raid israélien contre une flottille pro-palestinienne au large de Gaza, Benoît XVI a appelé à imiter la patience de Dieu, à ne pas perdre courage face à ces actes de violences, à recommencer toujours plus avec la certitude que nous pouvons aller de l’avant, que nous pouvons arriver à la paix et que la violence n’est pas la solution.

Enfin le dernier thème abordé a été le dialogue œcuménique entre Catholiques et Orthodoxes, le pape a notamment indiqué qu’il y avait de nombreux problèmes théologiques mais aussi des éléments d’unité particulièrement forts et profonds.

Le compte rendu de Xavier Sartre (Radio Vatican): >>


02.06.2010

Père Musallam : "la violence contre les palestiniens est quotidienne"

Deux jours après l'attaque israélienne contre la flottille humanitaire destinée à Gaza, les réactions continuent de fuser de toutes parts dans le monde. L'Union Européenne, principal bailleur de fonds des palestiniens s'est dit prête à faire pression pour une levée du blocus imposé par Israël à Gaza depuis 2007.

C'est ce blocus qu'entendaient briser les militants pro palestiniens embarqués sur la flotille partie de Chypre, blocus qui maintien le territoire palestinien contrôlé par le Hamas dans un état de pauvreté et de délabrement extrêmes.

 

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Le père Manuel Musallam (photo Mohammed Omar), ancien curé de Gaza entre 1995 et 2009 raconte la vie, la violence et les humiliations quotidiennes subies par les palestiniens de Gaza.

Propos recueillis par Faustine Prévôt (Radio Vatican): >>

 

cure a gaza

 

"Curé à Gaza": c’est le titre du livre d’entretiens qu’il vient de publier avec Jean-Claude Petit, journaliste et président de Chrétiens de la Méditerranée. Lui aussi nous dit son effroi et ses craintes pour le Proche Orient: >>


18.01.2010

Les gestes de Benoît XVI à la synagogue de Rome

Les gestes de Benoît XVI en visite à la synagogue de Rome

Un pèlerinage des douleurs et des joies ouvert à l’espérance

 

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ROME, Vendredi 17 janvier 2010 (ZENIT.org) - La visite de Benoît XVI à la communauté juive de Rome a comporté sept gestes significatifs marquant notamment la commémoration de la déportation de 1943 et de l'attentat de 1982, la visite de Jean-Paul II en 1986, avec une rencontre émouvante avec le rabbin Toaff, l'histoire des juifs et des papes : un pèlerinage des douleurs et des joies ouvert à l'espérance.


Le pape vient à pied

Le premier des gestes qui ont marqué la visite de Benoît XVI, on note son arrivée au Portique d'Ottavia, dans l'ancien quartier du Ghetto, et sa marche à pied jusqu'à la synagogue.

Benoît XVI était guidé par Riccardo Pacifici, président de la commuauté juive de Rome, et accompagné de Renzo Gattegna, président de l'Union des communautés juives italiennes (UCEI).

En chemin, le pape a posé trois autres gestes principaux. Il a tout d'abord rendu hommage aux juifs de Rome déportés après la rafle du 16 octobre 1943, devant la plaque qui rappelle cette tragédie. Il a déposé une gerbe de roses rouges et s'est recueilli.


La rafle de 1943 et la Shoah

La rafle a été ordonnée par le commandant des SS dans la Rome occupée, Herbert Kappler, à la demande de Berlin : 1021 juifs romains furent déportés, 17 d'entre eux revinrent des camps d'extermination, dont une seule femme.

Dans son discours, le pape a évoqué la Shoah comme un « drame singulier et bouleversant » qui « représente d'une certaine façon le sommet d'un chemin de haine qui naît lorsque l'homme oublie son Créateur et se met lui-même au centre de l'univers ».

Il a cité ses paroles lors de la visite à Auschwitz, du 28 mai 2006 « profondément imprimée dans ma mémoire », a-t-il souligné.


L'accolade avec le rabbin Toaff

Une rencontre non prévue a été particulièrement émouvante : celle, au pied de son immeuble, du grand rabbin émérite Elio Toaff, qui avait accueilli Jean-Paul II à la grande synagogue, en 1986. Puis le rabbin Toaff, chaleureux, a souligné qu'il aurait 95 ans en avril et le pape lui a présenté ses vœux.

Le pape a ensuite rendu hommage - une gerbe blanche - à la mémoire d'un petit enfant juif de deux ans mort pendant l'attaque terroriste de 1982 contre la synagogue de Rome, une attaque alors sévèrement condamnée par Jean-Paul II le lendemain, 10 octobre, après l'angélus.

Dans son discours, le pape a parlé d'un « chemin irrévocable de dialogue, de fraternité et d'amitié », inauguré par Vatican II.


Sous le signe des enfants

Le pape a rencontré la maman, le frère aîné alors âgé de quatre ans, blessé, et le papa du jeune Stefano Gay Taché, lui aussi blessé. Il a salué personnellement d'autres survivants, restés parfois longtemps entre la vie et la mort. L'attentat a eu lieu à la sortie de l'office de Shemini Atzeret (le 8ème jour, conclusif, de la fête des Tentes, Soukkot) : un groupe de palestiniens a tiré sur la foule, faisant quelque quarante blessés.

Le pape Benoît XVI a ensuite été accueilli sur le seuil de la synagogue par le grand rabbin de Rome Riccardo Di Segni.

Avant les quatre discours, de Pacifici, Gattegna, Di Segni et de Benoît XVI, Riccardo Pacifici a invité l'assemblée à observer une minute de silence en faveur des victimes de Haïti et appelé à la générosité pour les sinistrés.


Les archives, la hâte

Le président Pacifici a salué les personnalités et groupes représentés, notamment un groupe de musulmans italiens. Il rappelé avec émotion que son grand père, rabbin à Milan, a été déporté, avec son épouse, Wanda, tandis que son père, Emmanuel, était mis à l'abri chez les sœurs de Santa-Marta de Florence, saluant sr Vittoria, une sœur de cette communauté présente dans la synagogue. Il est revenu sur les silences présumés de Pie XII et sur l'ouverture des archives : le Vatican a pour sa part indiqué à plusieurs reprises qu'il mettait les bouchées doubles pour ordonner les documents et les cataloguer de façon à ce qu'il soient consultables au plus vite, souhaitant que les autres archives internationales de l'époque soient également ouvertes pour recouper les informations. M. Pacifici a fait allusion au patrimoine « culturel » juif conservé dans les archives du Vatican. Il également nommé des disparus ainsi que le soldat franco-israélien Guilad Shalit, prisonnier dans la Bande de Gaza et dont le pape avait rencontré les parents en Israël. Par ailleurs, il a exprimé sa « préoccupation » face au « fanatisme religieux » soutenu par des « Etats souverains ».

Sur Pie XII et les archives le pape n'a rien ajouté sinon que « le Siège apostolique » aussi a pris part au sauvetage de juifs « souvent de façon cachée et discrète ».


Défendre les droits humains

Dans son discours, Renzo Gattegna a salué le pape au nom des 21 communautés juives d'Italie, dont il préside l'union (UCEI). Il a évoqué les papes Jean XXIII et Jean-Paul II, notamment la demande de pardon de l'An 2000. Il a indiqué une voie pour la collaboration entre juifs et catholiques : la défense des droits humains fondamentaux dans le monde. Il a dit sa gratitude à Dieu pour la « sagesse » de la génération des Elio Toaff et Jean-Paul II. Plus encore, il souhaite que la collaboration se fasse entre juifs, chrétiens et musulmans, qui reconnaissent le « Dieu unique » et ceci pour qu'advienne dans le monde « une ère de paix ».


Responsabilité de paix universelle

Pour sa part, le grand rabbin Di Segni a dit son inquiétude si Vatican II était remis en question. Il a cité les rabbins présents et le morceau d'histoire et de géographie qu'ils représentent : rav Brudman, grand rabbin de Savion en Israël, qui a passé trois années de son enfance dans un camp nazi ; le rav Schneier, de New York, enfant dans l'enfer de Budapest en 1944; le rav Shearyashuv haKohen, grand rabbin de Haïfa « qui a combattu dans la guerre d'indépendance d'Israël en 1948 et a été prisonnier des Jordaniens » ; le rav Arussi grand rabbin de Kiriat Ono, descendant d'une famille du Yémen. Il a aussi mentionné la présence d'un groupe de survivants de la Shoah auquel le pape a adressé des signes d'amitié. Mais le rabbin a voulu souligner que ce n'était pas seulement une historie de survie mais de « résistance » et de « fidélité » pour ceux qui ont refusé d'abjurer pour se sauver. Lui aussi a insisté sur le fait que juifs, chrétiens et musulmans doivent maintenant travailler ensemble car ils portent une « responsabilité de paix » spéciale, et de « paix universelle », celle annoncée par le prophète Isaïe, qu'il a cité. Auparavant, le rabbin avait mentionné le contexte historique de l'exposition que le pape a ensuite visitée. Le grand rabbin a souligné que ce sont aussi des témoignages du temps où les juifs ne jouissaient pas de leur liberté, acquise en 1870. Il a proposé une méditation à partir du terme de « frères » employé par Jean-Paul II en 1986, en se demandant, en parcourant la bible : quel type de frères ?

Comme en écho, le pape a achevé son discours sur un vœu de « d'un amour fraternel croissant ».

Ces discours sont disponibles en italien sur le site de l'Union des communautés juives d'Italie. Le site Internet du Saint-Siège propose aussi le texte du pape en italien, avec une traduction en anglais.

L'échange de cadeaux a été suivi du poignant chant « Ani maamin », « Je crois », profession de foi tragiquement chantée dans les camps d'extermination.

Le pape et le rabbin ont ensuite eu un bref entretien privé en tête à tête vers 18 h dans une salle contiguë à la grande synagogue de Rome.


 Vers la fraternité authentique

Dans le sous-sol de la synagogue, Benoît XVI a inauguré une exposition qui restera ouverte au public jusqu'au 31 mars, intitulée « Et Ecce gaudium ».

Ce sont 14 dessins du 18e siècle faits par la communauté juive de Rome pour le couronnement de différents papes : Clément XII (1730), Clément XIII (1758), Clément XIV (1769) et Pie VI (1775). Ils ont été retrouvés dans les archives historiques de la Communauté juive de Rome.

Le pape a admiré la beauté des dessins et des peintures, de la calligraphie de versets bibliques, guidé par la commissaire de l'exposition, Mme Daniela Di Castro.

En accompagnant le pape jusqu'à sa voiture, à peu près deux heures après son arrivée, et dans la nuit de Rome, Ricardo Pacifici a ajouté en serrant les mains du pape : « Vraiment merci, continuons » ["Andiamo avanti!"].

Le pape, légèrement essoufflé par ces émotions, est remonté dans sa voiture couverte immatriculée « SCV 1 », sous les applaudissements, alors que l'hélicoptère continuait ses rotations au-dessus de la synagogue. Puis le cortège s'est mis en route vers 18 h 21.

Anita S. Bourdin

24.11.2009

Une sainte pour la Terre Sainte

La communauté catholique de Terre Sainte se réjouit. Dimanche, en la Basilique de l’Annonciation, à Nazareth, sœur Marie-Alphonsine sera la première Palestinienne béatifiée par l’Église.

 

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À la fin du XIXe siècle, la Vierge Marie lui est apparue à plusieurs reprises, lui demandant de fonder une congrégation : la communauté du Rosaire. Déclarée vénérable pour ses vertus par Jean-Paul II en 1994, elle est un exemple et une fierté pour les Palestiniens et pour tous les fidèles.

 

Les soeurs, à tour de rôle, participent au Rosaire perpétuel


Monseigneur Chacour, archevêque catholique de rite melkite en Terre Sainte, revient sur ce que cette béatification représente pour les catholiques palestiniens: >>


Dossier réalisé par Cyrielle Flosi (Radio Vatican).

20.08.2009

Reportage en Judée et en Samarie: la Hilltop Youth

Les jeunes des collines. Reportage en Judée et en Samarie

Voyage chez les colons israéliens de la dernière génération. Anarchistes et visionnaires, ils bravent les interdits gouvernementaux et l'hostilité non seulement arabe mais internationale. "Nous sommes le peuple de la Bible. Ici, nous sommes revenus chez nous". Une grande enquête sur le terrain


par Sandro Magister




ROME, le 20 août 2009 – Ce sont les enfants et les petits-enfants des premiers colons envoyés par les gouvernements israéliens pour "faire fleurir le désert" dans les territoires disputés après la guerre des Six Jours de 1967. Ils ont la Bible à la main et le fusil à l’épaule, beaucoup d’enfants, une vie de sacrifices, un esprit nationaliste et religieux.

Ils sont environ 300 000. Dans un discours au Caire, le président américain Barack Obama a dit qu’ils étaient le principal obstacle à la paix entre "deux peuples et deux états" qui est aussi l'objectif de la politique vaticane.

En ce qui concerne les trois quarts d’entre eux, l'obstacle ne paraît pas insurmontable. Ils vivent à proximité de la Ligne Verte qui date du vieil armistice entre Israël et la Jordanie, à l’est de Jérusalem et dans les grandes implantations d’Ariel, Gush Etzion, Ma'aleh Adumim, Givat Zeev, Latrun, qui ne représentent pas plus de 5% des territoires disputés, négociables.

Mais il y a les autres, 50 000 personnes qui vivent dans de petites ou très petites implantations de quelques centaines ou dizaines d’habitants, ou dans les outposts, les avant-postes.

Les avant-postes, situés dans les endroits les plus inaccessibles et les plus perdus, sont la nouvelle forme des implantations. Il y en a maintenant une centaine. Ils se sont multipliés ces dernières années, avec la Hilltop Youth, la "jeunesse des collines", nouvelle générations de colons, et ils sont tous illégaux. Les jeunes les construisent, l’armée israélienne les détruit. Mais il en ressurgit sans cesse de nouveaux.

Qui sont ces jeunes des collines ? Comment vivent-ils ? Quelle vision biblique les anime ? Pourquoi s’aventurent-ils là ? Accepteront-ils de s’en aller ?

Le reportage qui suit répond à ces questions. Il est de Giulio Meotti, dont les lecteurs de www.chiesa ont pu lire une enquête-choc - traduite en plusieurs langues, elle a fait le tour du monde - sur la Rotterdam musulmane.

L'article est paru le 8 août 2009 dans le quotidien "il Foglio", avec une suite dans le même journal le 13 août. En septembre, Meotti publiera un livre-enquête sur Israël.




"Notre devoir, c’est de construire des petits paradis"

par Giulio Meotti



"Nous sommes revenus à la maison", proclame le panneau à l’entrée de Givat Assaf, un avant-poste israélien qui porte le nom d’un colon juif tué par les Palestiniens. Voici comment le leader de la communauté, Benny Gal, explique leur présence : "A cet endroit précis, il y a 3 800 ans, la terre d'Israël a été promise au peuple juif. Si on nous chasse d’ici, l'aéroport international Ben Gourion sera en danger".

Givat Assaf est l’un des points d’appui de la "Hilltop Youth", la jeunesse des collines, cette deuxième génération de colons qui est en train d’organiser la résistance à l'évacuation des implantations jugées illégales, les "outposts", qui sont au cœur des tractations entre le premier ministre israélien Netanyahu et l'administration Obama.

Pour ces jeunes, la renaissance juive passe par la confrontation au coude à coude avec les Arabes, comme au début du XXe siècle. Les règles du processus de paix ne semblent pas les perturber. Les soldats israéliens, avec qui les colons partagent unités et uniformes, doivent entraîner ceux-ci de force quand l'ordre d’évacuation arrive de Jérusalem. Ceux qui restent vivent main dans la main avec la mort. En avril dernier, l’un de ces jeunes a été tué à coups de hache. En cas de conflit ce n’est pas la loi de l’Etat qui compte, mais celle du Seigneur. C’est comme la frontière américaine de l'épopée western.

Il ne faut pas y voir un phénomène d’extrême-droite, catégorie sans signification en Israël. Quand Ariel Sharon était premier ministre, 44 avant-postes ont été créés. Selon les données de Peace Now, 39 autres ont été construits sous Rabin, Peres et Barak, les protagonistes des négociations d’Oslo. Les dirigeants travaillistes n’ont presque rien fait pour empêcher la multiplication des avant-postes, qu’Israël ne considère pas comme des enclaves rebelles, du moins si l’on en juge par les importantes forces de sécurité consacrées à leur protection. Certains ont des routes pavées, des arrêts d’autobus, des synagogues et même des terrains de sport. Les installations vont du simple container placé en haut d’une colline ou de quelques rangées de baraques, jusqu’à de véritables installations en préfabriqué, du type après-séisme. Pour la prière du shabbat il faut un minyan, le quorum nécessaire de dix hommes. Cela suffit pour créer un outpost. C’est ainsi que dix familles péruviennes converties au judaïsme se sont fixées dans un avant-poste tout proche de l'implantation d’Efrat, entre Bethléem et Hébron.

David Ha'ivri, originaire de Long Island et l’un des leaders de la jeunesse des collines, vit avec sa femme et ses enfants à Kfar Tapuach. Le village est célèbre pour le miel qui y est produit mais surtout parce qu’il est cité dans la Bible, au chapitre 12 du livre de Josué. C’est l’une des trente villes conquises par les Juifs à leur arrivée, il y a des milliers d’années. Aujourd’hui c’est l’une des implantations de pointe en Cisjordanie, que les colons appellent, comme dans la Bible, Judée et Samarie. La "Hilltop Youth" regroupe des jeunes nés et élevés dans les colonies, qui ont décidé d’abandonner le toit paternel dans les grandes agglomérations pour aller s’installer au sommet des collines. Les synagogues où ils prient sont souvent bâties en terre séchée. Ils construisent leur maison de leurs propres mains, sont célibataires ou jeunes mariés, parents depuis très peu de temps. Ils se considèrent comme la nouvelle avant-garde des colons. Leur devise est : "Construisons et le permis viendra". Ils vivent à une portée de fusil des Arabes. Ils se déplacent à cheval ou à âne. C’est une nouvelle génération dont le nationalisme mystique s’associe à l’esprit pionnier et à l'ascétisme, elle rejette l’esprit de consommation des grandes villes de la côte et vit d’idéologie et d’ardeur. Les femmes portent le mitpahat, équivalent juif, moins enveloppant et plus délicat, du tchador islamique. Les hommes ont les cheveux au vent, des anglaises sur les côtés du visage et des chemises à carreaux.

"Ce sont des jeunes qui incarnent l'idéologie de la Torah et le sacrifice de soi", nous explique Ha'ivri. "Le salut d’Israël et du peuple juif ne peut pas venir de politiciens qui pensent que la lutte pour la terre est un jeu tactique. Il y a dix ans, nous avons commencé à créer des avant-postes. Ce sont de très jeunes couples qui ont décidé d’être des pionniers comme leurs parents, ils croient au sionisme, ils sont idéalistes, prêts à renoncer à une existence confortable dans les grandes villes ou dans les grandes colonies. Ils veulent être autosuffisants, avec toutes les limites que cela comporte".

Shani Simkovitz, américaine, mère de cinq enfants, dirige la Gush Etzion Foundation. "C’est une terre disputée, à négocier, pas une terre occupée", explique-t-elle. "Il y a plus de 3 000 ans, nos pères nous ont donné une terre, qui n’est ni Rome, ni New-York, mais celle-ci : la terre juive. On nous a envoyés ici pour construire, cultiver, vivre, on nous a toujours soutenus, surtout Rabin, Peres et les autres travaillistes. Jusqu’à aujourd’hui. Mes enfants sont nés ici, mais il n’y a plus de terre où construire légalement, le gouvernement n’accorde plus de permis de construire depuis longtemps, c’est pour cela que naissent les outposts. Les avant-postes sont des extensions de communautés existantes. Mais c’est pareil à Jérusalem, où des milliers d’Israéliens habitent au-delà de la Ligne Verte".

Un autre leader des collines vit dans un groupe de caravanes accrochées au mont Artis, appelé Pisgat Yaakov, "la colline de Jacob", un endroit isolé l’hiver parce qu’il y neige beaucoup. Parmi trente familles se trouve celle de Yishai Fleischer, fondateur de Kumah, une organisation d’aide à l’alyah, l’immigration des Juifs en Israël, et responsable d’un programme de radio qui a beaucoup de succès. "Notre vie est idyllique et proche de la nature, la région est très belle, au milieu des montagnes", nous dit Yishai. "Nos pères ont marché jusqu’ici il y a 3 000 ans, nous sommes un peu des nouveaux hippies. Nous travaillons la terre. Il y a beaucoup de musique, de religion, c’est une vie heureuse. Nous prions, nous méditons, nous menons une vie spirituelle. Nous sommes le peuple aborigène. Je vivais à New-York ; comme étudiant, je croyais au sionisme et j’ai décidé que c’était ici que je devais vivre. Nous avons ce dont nous avons besoin. Nous nous sentons des pionniers, nous sommes de vrais sionistes. Beaucoup de mes amis sont très religieux et travaillent dans le high tech. Nos enfants grandissent avec des valeurs authentiques". Yishai admet qu’il mène une vie très dangereuse. "Je hais les pistolets ; je circule armé, cela ne veut pas dire que je dois m’en servir, mais je dois protéger ma famille. Notre village étant cité plusieurs fois dans la Bible, il attire beaucoup de gens. Vous vivez à Rome, c’est une ville sainte pour votre peuple ; le mien est né et a grandi en Israël. Ici, nous sentons que nous faisons partie de la terre et du ciel. Nous avons grandi en sachant que le prochain pas, c’est nous qui le ferions".

Yishai sait bien que les Israéliens qui vivent sur la côte n’aiment pas les colons. "Nous sommes isolés dans l'opinion publique, mais nous travaillons chaque jour pour améliorer notre image. Aujourd’hui, le nationalisme n’est pas "cool", il n’est pas politiquement correct. Je ne m’attends pas à conquérir le cœur des gens qui ne vivent pas ici. C’est simple : ici, c’est notre terre. Selon les règles internationales, selon la Bible, selon l’histoire. Nous vivons une époque excitante où le peuple juif revient chez lui. En nous réveillant, le matin, nous ne pensons pas à la paix, mais à mener une vie heureuse, digne et pleine d’amour. Nous devons être vigilants, il y a des gens qui veulent nous tuer parce que nous sommes Juifs. Ils ont la même idéologie que les nazis. Les Européens ne se sont pas intéressés au sort des Juifs il y a 60 ans : qu’ils restent loin de nous aujourd’hui ! Nous savons pourquoi nous sommes ici, nous avons une mission que nous accomplissons chaque jour. Notre place, c’est ici".

Voici comment David Ha'ivri décrit les jeunes des collines : "Beaucoup sont agriculteurs ou bergers, il y a des étudiants, ce sont tous des pionniers qui vivent dans des zones désertiques, vides, inhabitées ; il n’y a pas de Palestiniens à qui on ait pris quoi que ce soit. Les colons plantent des arbres, cultivent la terre, font venir l’eau, les aliments, l’électricité. Dans les grandes implantations, la sécurité est bien organisée mais, dans ces communautés de quelques familles, le poids de la sécurité est énorme. La deuxième génération est beaucoup plus attachée à la terre que la première ; ils sont nés ici, leur sang vient d’ici. Ils sont même plus religieux que leurs pères".

Beaucoup de ces avant-postes ont été créés dans les années où les Palestiniens avaient tué un colon. C’est ainsi qu’Itay Zar vit aujourd’hui dans un outpost qui porte le nom de son frère tué. Vingt familles, une douzaine de boîtes de métal, quarante enfants et un manège pour chevaux. "Nous ne sommes pas venus ici pour nous amuser. Il y avait le désert, aujourd’hui la terre produit". Le leader spirituel de l'outpost, Ariel Lipo, dit que leur devoir est de construire de "petits paradis".

Maoz Esther, sept baraques de tôle et cinq familles, près de Ramallah, a été le premier avant-poste dans le collimateur de Netanyahu depuis son arrivée au pouvoir. Il a déjà été déplacé trois fois. Et reconstruit trois fois. La dernière, il y a quelques jours. Quand le leader de la communauté, Avraham Sandack, est arrivé sur cette hauteur, il venait directement de l’une des colonies démantelées à Gaza par Ariel Sharon. Il étudie pour devenir rabbin et, pour le moment, il fait le ménage dans une synagogue. "Notre esprit est le même que celui de nos pères", nous dit Avraham. "Il y a deux ans, au moment de la fête de Hanukkah, nous sommes partis d’une implantation voisine et nous avons construit une maison de pierre. Une maman toute seule avec ses trois fillettes a passé deux mois sur la colline. Elles n’avaient ni l’électricité ni l’eau. Mais elles savaient qu’elles appartenaient à la terre d'Israël. Dans la Bible il est question de cette terre, à cause de la prophétie du royaume de Dieu. Cela nous donne des forces pour progresser. Hier, nous avons commencé à reconstruire ce que l'armée a détruit. Ici, nous réussissons à être équitables avec notre âme. Ici il y a quelque chose de métaphysique. Dieu n’est pas au ciel ou quelque part. Dieu fait partie de nous, il est dans toute notre vie".



Le quotidien qui a publié l’enquête :

> Il Foglio


Tous les articles de www.chiesa sur ce thème :

> Focus JUIFS


Le reportage de Giulio Meotti sur Rotterdam islamisée, également publié dans "il Foglio" et repris par www.chiesa :

> L'Eurabie a une capitale : Rotterdam (19.5.2009)


Traduction française par Charles de Pechpeyrou.

www.chiesa

15.05.2009

A Jérusalem et Bethléem. Là où l'on peut "toucher" les bases de la foi

Benoît XVI exhorte les chrétiens à ne pas quitter la Terre Sainte. "Ici, il y a de la place pour tous", a-t-il dit. Pour deux peuples et pour deux Etats en paix l'un avec l'autre. Et pour les trois religions issues d'Abraham, unies dans le service de la famille humaine

par Sandro Magister




ROME, le 14 mai 2009 – Benoît XVI a passé toute la journée de mercredi dans les Territoires palestiniens : à Bethléem et au camp de réfugiés d’Aïda.

C’était, inévitablement, la journée la plus "politique" de son voyage. Le pape a rencontré plusieurs fois le président Abou Mazen, a adressé des discours à celui-ci et à la population palestinienne, a marché à des endroits marqués par le conflit. A Aïda, le haut mur qui sépare Israël des Territoires était très visible, menaçant.

Benoît XVI ne s’est pas dérobé aux attentes. Il a appelé à dépasser le conflit en se référant à deux peuples et deux Etats. Il a réclamé la sécurité pour Israël. Il a dit aux Palestiniens de refuser le terrorisme. Il a souhaité que le mur soit abattu.

L’un des objectifs du pape, dans ce voyage, était d’obtenir l’assentiment des catholiques arabes, très hostiles à Israël. En Jordanie, il y est parvenu. A l’ouest du Jourdain, l’entreprise était plus difficile. Mais les étapes de Bethléem et d’Aïda ont été utiles. C’est de manière très sobre que le pape a rappelé les raisons d’Israël mais de manière très explicite et concernée qu’il a évoqué les raisons des Palestiniens et surtout leur souffrance.

Mais il serait réducteur et trompeur de faire une lecture uniquement politique du message global que Benoît XVI a voulu adresser aux chrétiens de Terre Sainte.

Selon le pape, l’Eglise sera influente – y compris sur le terrain politique – si elle sait faire autre chose et surtout si elle aide à "supprimer les murs que nous construisons autour de nos cœurs, les barrières que nous dressons contre notre prochain".

Benoît XVI vise avant tout à tourner vers Dieu les esprits et les cœurs. Il l’a dit et écrit plusieurs fois.

Et il est resté très fidèle à cette "priorité" même pendant un voyage aussi chargé politiquement que celui qu’il fait en Terre Sainte.

Pour s’en rendre compte, il suffit de repenser aux gestes et aux propos par lesquels il rythme le voyage.

On trouvera ci-dessous une brève anthologie de ce qu’il a dit mercredi 13 mai à Bethléem et Aïda, et la veille à Jérusalem.

Les passages les plus directement politiques sont présentés les premiers. Mais même dans ceux-là, on sent que le regard de Benoît XVI va plus loin.

Et ce "plus loin" il l’a expliqué surtout dans les homélies des messes célébrées le 12 mai à Jérusalem dans la Vallée de Josaphat et le 13 mai à Bethléem sur la Place de la Mangeoire, en présence de milliers de fidèles dont certains étaient venus de Gaza.

Aux chrétiens, il a dit de ne pas quitter la Terre Sainte, comme ils l’ont fait surtout dans les dernières années. Mais pourquoi rester ? La réponse du pape, surprenante, est à lire absolument. Elle renvoie au "voir" et au "toucher" des premiers disciples de Jésus. A la base sensible de la foi.

D’autres aperçus de la vision que Benoît XVI veut transmettre sont donnés par les passages consacrés à Jérusalem et à Bethléem : à la puissance symbolique, prophétique, théologique de ces villes saintes.

Enfin il faut lire entièrement le discours que Benoît XVI a adressé aux dirigeants musulmans le matin du 12 mai à Jérusalem, après avoir visité – une véritable première pour un pape – la Coupole du Rocher, lieu du sacrifice d’Abraham et de la montée au ciel de Mahomet.

Une magnifique synthèse de la manière dont le pape voit le service que le judaïsme, le christianisme et l’islam peuvent rendre à l'unité de la famille humaine.

Voici donc l'anthologie, en cinq chapitres :



1. LE PAPE "POLITIQUE". EXTRAITS DES DISCOURS DANS LES TERRITOIRES


A Bethléem, le matin du mercredi 13 mai:


Monsieur le Président, le Saint-Siège soutient le droit de votre peuple à une patrie palestinienne souveraine sur la terre de ses ancêtres, sûre et en paix avec ses voisins, à l’intérieur de frontières reconnues au niveau international. [...]

C’est mon espérance la plus chère que les sérieuses inquiétudes concernant la sécurité en  Israël et dans les Territoires Palestiniens seront bientôt suffisamment apaisées pour permettre une plus grande liberté de mouvement, surtout en ce qui concerne les contacts entre les membres d’une même famille et l’accès aux lieux saints.

Et je prie aussi pour que, avec l’aide de la  communauté internationale, les travaux de reconstruction puissent avancer d’un bon pas là où des maisons, des écoles ou des hôpitaux ont été endommagés ou détruits par les combats, afin que tous les habitants de cette terre puissent vivre dans des conditions qui favorisent une paix durable et la prospérité. [...]

Aux nombreux jeunes qui vivent aujourd’hui sur l’ensemble des Territoires Palestiniens, je lance  cet appel : ne permettez pas que les pertes en vies humaines et les destructions dont vous avez été les témoins nourrissent en vos coeurs l’amertume ou le ressentiment. Ayez le courage de résister à toutes les tentations que vous pourriez ressentir de vous livrer à des actes de violence ou de terrorisme.


Au camp de réfugiés d’Aïda, l’après-midi du mercredi 13 mai:


Chers amis, cet après-midi, ma visite au Camp de réfugiés Aïda me donne l’opportunité d’exprimer ma  solidarité à l’ensemble des Palestiniens qui n’ont pas de maison et qui attendent de pouvoir retourner sur leur terre natale, ou d’habiter de façon durable dans une patrie qui soit à eux. [...]

Je sais que beaucoup de vos familles sont séparées – à cause de l’emprisonnement de membres de la famille,  ou des restrictions dans la liberté de déplacement – et que beaucoup d’entre vous ont connu le deuil pendant les hostilités. Mon coeur va vers tous ceux qui ont ainsi souffert. Soyez assurés que tous les réfugiés palestiniens à travers le monde, spécialement ceux qui ont perdu leurs maisons et des êtres chers durant le récent conflit à Gaza, sont présents dans mes prières. [...]

Combien les gens de ce camp, de ces Territoires, et de la région tout entière attendent la paix ! En ces jours, ce long désir prend un relief particulier quand vous vous souvenez des événements de mai 1948 et des années de conflit, non encore résolu, qui suivirent ces événements. Vous vivez maintenant dans des conditions précaires et difficiles, avec des possibilités limitées de trouver un emploi. Il est compréhensible que vous vous sentiez souvent frustrés. Vos aspirations légitimes à un logement stable, à un État palestinien indépendant, demeurent non satisfaites. Au contraire, vous vous trouvez piégés, comme beaucoup d’autres en cette région et à travers le monde sont piégés, dans une spirale de violence, d’attaque et de contre-attaque, de vengeance et de destruction continuelle. Le monde entier soupire pour que cette spirale soit brisée et pour que par la paix soit mis fin à ces combats qui ne cessent pas de durer.

Dominant au-dessus de nous qui sommes rassemblés ici cet après-midi, s’érige le mur, rappel incontournable de l’impasse où les relations entre Israéliens et Palestiniens semble avoir abouti. Dans un monde où les frontières sont de plus en plus ouvertes – pour le commerce, pour les voyages, pour le déplacement des personnes, pour les échanges culturels – il est tragique de voir des murs continuer à être construits. Comme il nous tarde de voir les fruits d’une tâche bien plus difficile, celle de construire la paix ! Comme nous prions constamment pour la fin des hostilités qui sont à l’origine de ce mur!

De part et d’autres du mur, un grand courage est nécessaire pour dépasser la peur et la défiance, pour résister au désir de se venger des pertes ou des torts subis. Il faut de la magnanimité pour rechercher la réconciliation après des années d’affrontement. Pourtant l’histoire a montré que la paix ne peut advenir que lorsque les parties en conflit sont désireuses d’aller au-delà de leurs griefs et de travailler ensemble pour des buts communs, prenant chacune au sérieux les inquiétudes et les peurs de l’autre et s’efforçant de créer une atmosphère de confiance. Il faut de la bonne volonté pour prendre des initiatives imaginatives et audacieuses en vue de la réconciliation : si chaque partie insiste en priorité sur les concessions que doit faire l’autre, le résultat ne peut être qu’une impasse.

L’aide humanitaire, comme celle qui est fournie dans ce camp, a un rôle essentiel à jouer,  mais la solution à long terme à un conflit tel que celui-ci ne peut être que politique. Personne n’attend que les Palestiniens et les Israéliens y parviennent seuls. Le soutien de la communauté internationale est vital, et c’est pourquoi, je lance un nouvel appel à toutes les parties concernées pour jouer de leur influence en faveur d’une solution juste et durable, respectant les requêtes légitimes de toutes les parties et reconnaissant leur droit de vivre dans la paix et la dignité, en accord avec la loi internationale. En même temps, toutefois, les efforts diplomatiques ne pourront aboutir heureusement que si les Palestiniens et les Israéliens ont la volonté de rompre avec le cycle des agressions.


A Bethléem, le soir du mercredi 13 mai:


Monsieur le Président, chers amis, [...] Avec angoisse, j’ai été le témoin de la situation des réfugiés qui,  comme la Sainte Famille, ont été obligés de fuir de leurs maisons. Près du Camp et surplombant une partie de Bethléem, j’ai vu également le mur qui fait intrusion dans vos territoires, séparant des voisins et divisant des familles. Bien que les murs peuvent être facilement construits, nous savons que ils ne subsistent pas toujours. Ils peuvent être abattus. Il est d’abord nécessaire d’ôter les murs construits autour de nos coeurs, les barrières érigées contre nos voisins.



2. CHRETIENS DE TERRE SAINTE. POURQUOI RESTER


Extrait de l’homélie de la messe dans la Vallée de Josaphat, mardi 12 mai:


Chers frères et soeurs, [...] Ici, je voudrais parler sans détours de la tragique réalité – qui ne peut manquer d’être source  de préoccupations pour tous ceux qui aiment cette Ville et cette terre – du départ de tant de membres de la Communauté chrétienne depuis ces dernières années. S’il est bien compréhensible que certaines raisons puissent pousser un grand nombre – spécialement les jeunes - à prendre la décision d’émigrer, il reste que cette décision a pour conséquence un véritable appauvrissement culturel et spirituel de la Ville. Je veux répéter aujourd’hui ce que j’ai déjà dit en d’autres occasions : en Terre Sainte, il y a de la place pour tous ! En demandant aux Autorités civiles de respecter et de soutenir la présence chrétienne ici, je veux également vous assurer de la solidarité, de l’amour et du soutien de toute l'Église et du Saint-Siège.

Chers amis, dans l’Évangile qui vient d’être proclamé, saint Pierre et saint Jean courent vers le tombeau vide, et Jean, nous dit-on : « vit et crut » (Jn 20, 8). Ici, sur la Terre Sainte, avec les yeux de la foi, vous avez la grâce, avec tous les pèlerins du monde entier qui affluent dans ses églises et ses sanctuaires, de « voir » les lieux sanctifiés par la présence du Christ, par son ministère ici-bas, sa passion, sa mort et sa résurrection ainsi que par le don de l’Esprit Saint. Ici, tout comme l’Apôtre saint Thomas, vous pouvez « toucher » les réalités historiques qui sont à la base de notre profession de foi dans le Fils de Dieu. Ma prière pour vous aujourd’hui est que vous puissiez continuer, jour après jour, à « voir et reconnaitre dans la foi » les signes de la Providence de Dieu et de sa miséricorde infinie, que vous puissiez « écouter » avec une foi et une espérance renouvelées les paroles réconfortantes de la prédication apostolique, et « toucher » les sources de la grâce dans les sacrements afin d’incarner pour d’autres leur promesse de commencements nouveaux, la liberté qui jaillit du pardon, la lumière intérieure et la paix qui peuvent apporter guérison et espérance dans les réalités humaines les plus sombres.

Dans la Basilique du Saint-Sépulcre, les pèlerins de chaque siècle ont vénéré la pierre qui,  selon la tradition, fermait l’entrée du tombeau au matin de la résurrection du Christ. Revenons souvent vers ce tombeau vide. Affirmons notre foi dans la victoire de la Vie et prions pour que chaque « lourde pierre » qui ferme nos coeurs, et bloque notre totale adhésion au Seigneur dans la foi, l’espérance et l’amour, puisse voler en éclats sous la puissance de la lumière et de la vie qui, au premier matin de Pâques, s’est répandue de Jérusalem jusqu’au bout du monde.


Extrait de l’homélie de la messe sur la Place de la Mangeoire, mercredi 13 mai:


Chers frères et soeurs, [...] « Ne craignez pas ! » C’est le message que le Successeur de saint Pierre désire vous laisser  aujourd’hui, se faisant l’écho du message des anges et c’est la mission que notre bien-aimé Pape Jean-Paul II vous laissa lorsqu’il vint chez vous en l’année du Grand Jubilé de la naissance du Christ. Appuyez-vous sur la prière et la solidarité de vos frères et soeurs de l'Église universelle et, par des initiatives concrètes, travaillez à consolider votre présence ici et à offrir de nouvelles opportunités à ceux qui sont tentés de partir. Soyez des ponts de dialogue et de coopération constructive pour l’édification d’une culture de paix qui doit remplacer l’impasse actuelle des peurs et des agressions. Soyez des pierres vivantes de vos Églises locales, faisant d’elles des ateliers de dialogue, de tolérance et d’espérance, en même temps que des havres de solidarité et de charité concrète.

Par-dessus tout, soyez les témoins de la puissance de la vie, de la vie nouvelle apportée par le Christ ressuscité, la vie qui peut illuminer et transformer les situations humaines les plus sombres et les plus désespérantes. Votre patrie n’a pas seulement besoin de structures économiques et politiques nouvelles, mais d’une manière bien plus importante, pourrions-nous dire, il lui faut une nouvelle infrastructure « spirituelle », capable de galvaniser les énergies de tous les hommes et de toutes les femmes de bonne volonté pour le service de l’éducation, du développement et de la promotion du bien commun. Vous avez chez vous les ressources humaines pour construire cette culture de paix et de respect mutuel qui pourra garantir un avenir meilleur à vos enfants. Voilà la noble entreprise qui vous attend. N’ayez pas peur !


3. LE MYSTERE DE JERUSALEM



Extrait de l’homélie de la messe dans la Vallée de Josaphat, mardi 12 mai:


Chers frères et soeurs, [...] L’exhortation de Paul à « rechercher les réalités d’en haut » (Col 3, 1).   doit résonner sans cesse en nos coeurs. Par ses paroles, il nous oriente vers le plein accomplissement de la vision de foi dans la Jérusalem céleste, là où, conformément aux antiques prophéties, Dieu essuiera toute larme de nos yeux et préparera pour le salut de tous les peuples un festin (cf. Is 25 6-8 ; Ap 21, 2-4). Voilà l’espérance, voilà la vision, qui inspire tous ceux qui aiment la Jérusalem terrestre et qui la voient comme une prophétie, la promesse de la réconciliation universelle et de la paix que Dieu désire pour toute la famille humaine.
 [...]

Tandis que nous sommes ici rassemblés au pied des remparts de cette cité, que les disciples  de trois grandes religions considèrent comme sacrés, comment pouvons-nous ne pas songer à la vocation universelle de Jérusalem ? Annoncée par les prophètes, cette vocation apparaît aussi comme un fait indiscutable, comme une réalité à jamais enracinée dans l’histoire complexe de cette ville et de ses habitants. Les Juifs, les Musulmans tout comme les Chrétiens considèrent cette cité comme leur patrie spirituelle. Comme il reste beaucoup à faire pour faire en sorte qu’elle soit véritablement une « cité de paix » pour tous les peuples, où tous peuvent venir en pèlerinage pour chercher Dieu et écouter sa voix, une voix qui « annonce la paix » (cf. Ps 85, 9) !

De fait, Jérusalem est depuis toujours une ville où résonne dans les rues l’écho de langues  différentes, où cheminent sur les pavés des peuples de toute race et langue, et dont les murs sont un symbole de l’amour providentiel de Dieu pour la famille humaine tout entière. Comme un microcosme de notre univers mondialisé, cette Ville, si elle veut vivre en conformité à sa vocation universelle, doit être un lieu qui enseigne l’universalité, le respect des autres, le dialogue et la compréhension mutuelle ; un lieu où les préjugés, l’ignorance et la peur qui les alimentent, sont mis en échec par l’honnêteté, le bon droit et la recherche de la paix. Il ne devrait pas y avoir place, à l’intérieur de ces murs, pour la violence, l’étroitesse d’esprit, l’oppression et la vengeance. Ceux qui croient en un Dieu miséricordieux – qu’ils se reconnaissent comme Juifs, Chrétiens ou Musulmans – doivent être les premiers à promouvoir cette culture de réconciliation et de paix, sans se laisser décourager par la pénible lenteur des progrès ni par le lourd fardeau des souvenirs du passé.


4. LE MYSTERE DE BETHLEEM


Extrait de l’homélie de la messe sur la Place de la Mangeoire, mercredi 13 mai:


Chers frères et soeurs, [...] Le Seigneur des armées, dont les « origines remontent aux  temps anciens, à l’aube des siècles » (Mi 5, 1), a souhaité inaugurer son Royaume en prenant naissance dans cette petite bourgade, entrant en notre monde dans le silence et l’humilité d’une grotte, et reposant, comme un enfant sans défense, dans une mangeoire.

Ici, à Bethléem, au  milieu de toutes sortes de contradictions, les pierres continuent à proclamer cette « bonne nouvelle », le message de la rédemption, que cette ville, plus que toute autre, est appelée à proclamer au monde. Car c’est ici que, d’une manière qui surpassa toute espérance et toute attente humaine, Dieu s’est montré fidèle à ses promesses. Par la naissance de son Fils, il a révélé la venue du Royaume de l’amour : un amour divin qui se penche sur nous afin de nous apporter la guérison et de nous relever ; un amour qui est manifesté dans l’humiliation et la faiblesse de la Croix, et qui cependant triomphe dans la gloire de la Résurrection pour une nouvelle vie.

Le Christ a apporté un Royaume qui n’est pas de ce monde, mais c’est un Royaume capable de  changer ce monde, car il a le pouvoir de changer les coeurs, d’illuminer les esprits et de fortifier les volontés, de briser tous les murs de séparation. En prenant notre chair, avec toutes ses faiblesses et en la transfigurant par la puissance de son Esprit, Jésus a fait de nous les témoins de sa victoire sur le péché et la mort.

Et c’est bien ce que le message de Bethléem nous appelle  à être : témoins du triomphe de l’Amour de Dieu sur la haine, l’égoïsme, la peur et le ressentiment qui paralysent les relations humaines et engendrent la division là où des frères devraient habiter ensemble dans l’unité, les destructions là où les hommes devraient construire, le désespoir là où l’espérance devrait fleurir !



5. JUIFS, CHRETIENS ET MUSULMANS POUR L'UNITE DE LA FAMILLE HUMAINE


Extrait du discours après la visite de la Coupole du Rocher, à Jérusalem, mardi 12 mai:


Le dôme du Rocher invite nos cœurs et nos esprits à réfléchir sur le mystère de la création et  sur la foi d’Abraham. Ici, les chemins des trois grandes religions monothéistes du monde se rencontrent, nous rappelant ce qu’elles ont en commun. Chacune croit en un Dieu unique, créateur et régissant toute chose. Chacune reconnaît en Abraham un ancêtre, un homme de foi auquel Dieu accorda une bénédiction spéciale. Chacune a rassemblé de nombreux disciples tout au long des siècles et a inspiré un riche patrimoine spirituel, intellectuel et culturel. [...]

Puisque les enseignements des traditions religieuses concernent, en fin de compte, la réalité de Dieu, le sens de la vie et la destinée commune de l’humanité – c’est-à-dire, tout ce qu’il y a de plus sacré et de plus précieux pour nous -, on peut être tenté ici de s’engager dans un tel dialogue avec crainte et doute quant aux possibilités de succès. Néanmoins, nous pouvons commencer par nous appuyer sur la foi au Dieu unique, source infinie de justice et de miséricorde, puisqu’en lui ces deux qualités existent dans un parfaite unité. Ceux qui croient en son nom ont le devoir de s’efforcer inlassablement d’être justes en imitant son pardon, car les deux qualités sont orientées intrinsèquement vers la coexistence pacifique et harmonieuse de la famille humaine.

Pour cette raison, il est de la plus haute importance que ceux qui adorent le Dieu Unique puissent montrer qu’ils sont à la fois enracinés dans et orientés vers l’unité de la famille humaine tout entière. En d’autres termes, la fidélité au Dieu Unique, le Créateur, le Très-Haut, conduit à reconnaître que les êtres humains sont fondamentalement en relation les uns avec les autres, puisque tous doivent leur existence véritable à une seule source et tous marchent vers une fin commune. Marqués du sceau indélébile du divin, ils sont appelés à jouer un rôle actif en réparant les divisions et en promouvant la solidarité humaine.

Cela fait peser sur nous une grande responsabilité. Ceux qui honorent le Dieu Unique croient qu’il tiendra les êtres humains responsables de leurs actions. Les Chrétiens affirment que le don divin de la raison et de la liberté est à la base de ce devoir de répondre de ses actes. La raison ouvre l’esprit à la compréhension de la nature et de la destinée communes de la famille humaine, tandis que la liberté pousse les cœurs à accepter l’autre et à le servir dans la charité. L’amour indivisible pour le Dieu Unique et la charité envers le prochain deviennent ainsi le pivot autour duquel tout tourne. C’est pourquoi nous travaillons infatigablement pour préserver les cœurs humains de la haine, de la colère ou de la vengeance.

Chers amis, je suis venu à Jérusalem pour un pèlerinage de foi. Je remercie Dieu de cette occasion qui m’est donnée de vous rencontrer comme Évêque de Rome et Successeur de l’Apôtre Pierre, mais aussi comme fils d’Abraham, en qui « seront bénies toutes les familles de la terre » (Gn 12, 3 ; cf. Rm 4, 16-17). Je vous assure que l’Église désire ardemment coopérer au bien-être de la famille humaine. Elle croit fermement que la réalisation de la promesse faite à Abraham est universelle dans son ampleur, embrassant tout homme et toute femme, sans considération pour sa provenance ou pour son statut social. Tandis que Musulmans et Chrétiens poursuivent le dialogue respectueux qu’ils ont entamé, je prie pour qu’ils cherchent comment l’Unicité de Dieu est liée de façon inextricable à l’unité de la famille humaine. En se soumettant à son dessein d’amour sur la création, en étudiant la loi inscrite dans le cosmos et gravée dans le cœur de l’homme, en réfléchissant sur le don mystérieux de l’autorévélation de Dieu, puissent les croyants continuer à maintenir leurs regards fixés sur la bonté absolue de Dieu, sans jamais perdre de vue la manière dont elle se reflète sur le visage des autres !

Avec ces sentiments, je demande humblement au Tout-Puissant de vous apporter la paix et de bénir l’ensemble des populations bien-aimées de cette région. Puissions-nous nous efforcer de vivre dans un esprit d’harmonie et de coopération, rendant témoignage au Dieu Unique en servant généreusement les autres !


Le programme, les discours, les homélies du voyage de Benoît XVI :

> Pèlerinage en Terre-Sainte, 8-15-mai 2009

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