02.12.2009

Benoît XVI prêt à discuter de la question du ministère de Pierre

pape

 

Le Pape aborde la question du ministère de Pierre sans détours dans une lettre remise ce lundi 30 novembre au Patriarche de Constantinople, Bartholoméos Ier. Le Pape souhaite que soit trouvé un modèle permettant à l’Évêque de Rome d’exercer un ministère reconnu par tous les chrétiens, une idée qui était déjà exprimée dans l’encyclique de Jean-Paul II « Ut unum sint ». Le Pape renouvelle cette proposition dans son message adressé à l’occasion de la fête de saint André, patron du patriarcat œcuménique de Constantinople.

Comme chaque année à la même date, une délégation du Saint-Siège s’est rendue en Turquie pour participer aux festivités. Elle est guidée par le cardinal Walter Kasper, président du Conseil pontifical pour l’unité des chrétiens qui a remis au Patriarche le message de Benoît XVI.

Écoutez le compte-rendu de Xavier Sartre (Radio Vatican): >>

06.10.2009

Synode pour l'Afrique: un Patriarche dénonce "l’action des rapaces"

"Les progrès des civilisations dans le monde sont le résultat du travail et des ressources venus d’Afrique". Ces propos ont été tenus, ce mardi à la tribune du Synode des évêques pour l'Afrique, par le Patriarche de l’Eglise orthodoxe d’Ethiopie, invité spécial, dénonçant "l’action de rapaces" vers le continent africain.


Au lendemain d’une journée introductive, les travaux de la seconde assemblée spéciale pour l’Afrique du Synode des évêques sont entrés dans le vif du sujet. Les 244 pères synodaux, les experts et auditeurs ont commencé à prendre la parole. Il s’agit d’être concis, chacun d’entre eux a 5 minutes, montre en main, pour s’exprimer : pour évoquer les attentes vis-à-vis du Synode, pour mettre en avant une problématique, ou encore pour témoigner d’une situation sur le terrain.

 

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Cette première journée d’échanges a été particulièrement riche: il a notamment été question de la contribution fondamentale apportée par l’Afrique dans le développement mondial lors d’une intervention très remarquée d’un invité Spécial : le Patriarche de l’Eglise orthodoxe Tewahedo d’Ethiopie (photo).


Armance Bourgeois était sur place pour Radio Vatican. Ecoutez: >>

18:41 Écrit par Père Walter dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : afrique, synode, patriarche, ethiopie, orthodoxie, eveques, developpement, tewahedo | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook |

27.08.2009

Erdogan et les chrétiens. Peu de promesses, aucun fait

Erdogan et les chrétiens. Peu de promesses, aucun fait

Visite surprise du premier ministre turc à Bartholomée Ier. Mais elle risque de rester sans suite, comme d'autres gestes de détente dans le passé. Les réserves de Benoît XVI sur l'entrée de la Turquie dans l'Union Européenne. La prudence de la diplomatie vaticane

par Sandro Magister

 

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ROME, le 27 août 2009 – Samuel Huntington a défini la Turquie comme "un Janus aux deux visages", dont on ne sait jamais s’il est ami ou adversaire de l'Occident.

Bartholomée Ier, patriarche œcuménique de Constantinople, a dû penser la même chose en accueillant, le 15 août, le premier ministre turc, Recep Tayyip Erdogan, venu visiter l’orphelinat et le monastère de Saint-Georges de Kudunas sur l'île des Princes, dans la mer de Marmara.

C’était la première fois qu’un premier ministre turc se rendait à l'île des Princes, traditionnellement habitée par des chrétiens, et dans un bâtiment, l'orphelinat, dont la propriété, réquisitionnée par les autorités turques, a été attribuée en juin 2008 au patriarcat œcuménique par la Cour de Strasbourg.

Lors de cette visite, Erdogan, accompagné de quatre ministres, a déjeuné avec Bartholomée Ier et les représentants des minorités religieuses de Turquie - grecs, arméniens, juifs, syro-orthodoxes et catholiques - auxquels il a assuré des garanties contre toute discrimination religieuse et ethnique.

"Je dois rencontrer mon prochain avec amour parce qu’il est lui aussi une créature de Dieu", a dit Erdogan, citant une maxime d’une confrérie chiite, les mevlevis, fondée à Konya au XIIIe siècle et dont certaines particularités viennent du christianisme.

Prié de faire un commentaire, Bartholomée Ier a déclaré à Asia News :

"La présence d’Erdogan nous a honorés et nous a donné l’occasion de lui exposer directement nos problèmes, même s’il les connaissait déjà. Nous avons invité le premier ministre au siège du patriarcat œcuménique et à Halki, ce dont Erdogan nous a remerciés".


Halki est une autre île, où se trouve le séminaire de formation théologique du patriarcat œcuménique, fermé par les autorités turques en 1971. Le 10 juin, à Bruxelles, Olli Rehn, chargé de l’élargissement de l'Union Européenne et donc d’une éventuelle entrée de la Turquie, a déclaré que cette entrée dépendait aussi de la réouverture de Halki.

D’ici à décembre 2009, Erdogan devra présenter aux autorités de Bruxelles un compte-rendu des progrès accomplis par la Turquie afin d’atteindre les standards voulus pour entrer dans l'Union. C’est une raison de plus, pour le patriarcat, d’espérer que le séminaire théologique de Halki rouvrira enfin ses portes et reprendra ses activités.

Malheureusement, il est arrivé plusieurs fois que "Janus" déjoue les attentes et  montre aux orthodoxes et aux autres minorités religieuses de Turquie un visage non pas amical mais hostile.

En ce qui concerne le patriarcat, par exemple, l’Etat turc continue à ne pas en reconnaître l’"œcuménicité" religieuse et le traite comme un organisme local préposé au culte des gréco-orthodoxes, dirigé par un chef qui doit être citoyen turc de naissance, dépourvu de personnalité juridique et donc de droits de propriété. L'anéantissement du patriarcat - qui ne compte guère plus de 3 000 fidèles en Turquie aujourd’hui - n’a jusqu’à présent fait entrevoir aucune marche arrière sérieuse.

Cela vaut aussi pour les autres minorités chrétiennes. La communauté la plus importante, les Arméniens, a été exterminée, il y a moins d’un siècle, par un génocide que les autorités d’Ankara refusent de reconnaître ; aujourd’hui il en reste quelques dizaines de milliers, sur une population turque de plus de 70 millions d’habitants, presque tous musulmans. Les catholiques sont environ 25 000, avec six évêques, les syro-orthodoxes 10 000, les protestants de diverses dénominations 3 000.

Comme Erdogan, mais pas pour les mêmes raisons, toutes ces minorités religieuses comptent ardemment sur une entrée de la Turquie dans l'Union Européenne. Pour elles, cela comporterait la reconnaissance d’un espace de liberté que, dans le cas contraire, elles craignent de voir rester très limité.

Mais, en Europe même, leurs raisons sont peu prises en considération. Certains gouvernements, dont l'italien et l’allemand, sont favorables à l’entrée de la Turquie dans l'Union, alors que d’autres, comme le gouvernement français, sont contre. Mais les uns et les autres raisonnent en termes d’intérêt national. Les calculs sur les oléoducs et les gazoducs qui viennent des pays d'Asie centrale turcophones et musulmans à travers la Turquie passent avant ceux qui concernent la liberté religieuse.


***

Dans ce cadre, la position du Saint-Siège paraît elle aussi avoir un double visage.

D’une part, la diplomatie vaticane tient compte des attentes des catholiques et des autres minorités religieuses de Turquie, mais aussi des équilibres géopolitiques qui pousseraient à l’entrée de ce pays dans l'Union. C’est le cardinal Tarcisio Bertone, secrétaire d’état, qui a exprimé de la manière la plus explicite, dans une interview à "La Documentation Catholique" au début de 2007, cette orientation qui n’exclut prudemment aucune solution.

Ayant posé en préalable que l’Eglise catholique n’a pas de "pouvoir particulier pour favoriser l'entrée de la Turquie en Europe ou pour y opposer un veto", Bertone a déclaré dans cette interview que "sans la Turquie, l'Europe ne bénéficierait plus du pont entre l'Orient et l'Occident que ce pays a toujours constitué au cours de l’histoire. [...] Par ailleurs, laisser la Turquie hors de l'Europe risque de favoriser le fondamentalisme islamiste à l’intérieur de ce pays".

Mais, d’autre part, les autorités de l’Eglise sont également sensibles aux dangers d’un genre opposé que l’entrée de la Turquie dans l'Union Européenne pourrait comporter : non pas une intégration bénéfique de la Turquie dans l’Europe, mais une "catastrophe" pour un continent qui a abdiqué son identité chrétienne.

Le mot "catastrophe" figure dans le titre d’un livre qui est la synthèse la plus efficace de ces objections. Paru cette année en Italie, il a pour auteur Roberto de Mattei, historien, vice-président du Conseil National de la Recherche et directeur de la revue "Radici Cristiane", Racines Chrétiennes. Intitulé : "La Turquie en Europe : bienfait ou catastrophe ?", il choisit nettement la seconde hypothèse.

En effet les précédents historiques ne sont pas encourageants. La Turquie actuelle a été l’une des zones les plus importantes du christianisme des premiers siècles et elle gardait encore au début du XXe siècle, après des siècles de domination ottomane, de fortes traces de son identité chrétienne, avec de nombreux fidèles. En quelques décennies, même ces traces ont été presque anéanties par la pression conjointe du laïcisme forcené d’un Kemal Atatürk et de la renaissance islamiste enfin parvenue au pouvoir avec Erdogan.

Benoît XVI est pleinement conscient de ces dangers. Quand il s’est rendu en Turquie, en novembre 2006, cela faisait à peine quelques mois qu’un prêtre catholique, Andrea Santoro, avait été frappé à mort par un islamiste fanatique alors qu’il priait à genoux dans la petite église de Trabzon.

Pendant son voyage en Turquie, Benoît XVI n’a pas dit un mot à propos de l’entrée de ce pays dans l'Union Européenne. La presse internationale a interprété ce silence comme une approbation, confirmée par certains commentaires d’Erdogan après sa rencontre avec le pape. Mais rien ne fait penser que Joseph Ratzinger ait atténué, comme pape, les fortes réserves qu’il avait exprimées sur ce sujet avant d’être élu successeur de Pierre.

Ratzinger s’était exprimé à ce sujet dans deux interventions pendant l’été 2004. La première est une interview accordée à Sophie de Ravinel pour “Le Figaro Magazine” du 13 août :


“L'Europe est un continent culturel et non pas géographique. C'est sa culture qui lui donne une identité commune. Les racines qui ont formé et permis la formation de ce continent sont celles du christianisme. [...] Dans ce sens, la Turquie a toujours représenté un autre continent au cours de l'histoire, en contraste permanent avec l'Europe. Il y a eu les guerres avec l'Empire byzantin, pensez aussi à la chute de Constantinople, aux guerres balkaniques et à la menace pour Vienne et l'Autriche... Je pense donc ceci : identifier les deux continents serait une erreur. Il s'agirait d'une perte de richesse, de la disparition du culturel au profit de l'économie. La Turquie, qui se considère comme un État laïc, mais sur le fondement de l'islam, pourrait tenter de mettre en place un continent culturel avec des pays arabes voisins et devenir ainsi le protagoniste d'une culture possédant sa propre identité, mais en communion avec les grandes valeurs humanistes que nous tous devrions reconnaître. Cette idée ne s'oppose pas à des formes d'associations et de collaboration étroite et amicale avec l'Europe et permettrait l'émergence d'une force unie s'opposant à toute forme de fondamentalisme".


La seconde est un discours aux responsables de la pastorale du diocèse de Velletri, le 18 septembre :


"Historiquement et culturellement, la Turquie partage très peu avec l’Europe et l’englober dans l'Union Européenne serait donc une grande erreur. Il vaudrait mieux que la Turquie serve de pont entre l’Europe et le monde arabe ou forme avec ce dernier son propre continent culturel. L'Europe n’est pas un concept géographique mais culturel, qui s’est formé au cours de l’histoire, parfois conflictuelle, fondé sur la foi chrétienne. C’est un fait que l’Empire ottoman a toujours été en opposition à l’Europe. Bien que Kemal Atatürk ait bâti une Turquie laïque dans les années 20, elle reste le noyau de l’ancien Empire ottoman. Elle est donc très différente de l’Europe, qui est aussi un ensemble d’États laïcs, mais avec des bases chrétiennes, même si l’on tente injustement de le nier. Par conséquent, l’entrée de la Turquie dans l’UE serait antihistorique”.


En tant que pape, Benoît XVI a toujours montré qu’il avait à cœur, plus que le destin politique de la Turquie, le sort des chrétiens de ce pays et les efforts de réconciliation entre l’Eglise de Rome et le patriarcat œcuménique, avec lequel ses rapports sont excellents.

Cependant le Saint-Siège est aussi un acteur politique. Et en ce qui concerne l'entrée de la Turquie dans l'Union Européenne, il y a aussi, entre les pour et les contre, une voie moyenne que le Vatican paraît plus enclin à favoriser.

C’est celle que le cardinal Bertone a laissé entrevoir dans son interview, citée plus haut, à "La Documentation Catholique" : pas d’intégration totale de la Turquie dans l'Europe, mais sa participation uniquement au niveau économique.



Le livre :

Roberto de Mattei, "La Turchia in Europa : beneficio o catastrofe?", Sugarco, Milan, 2009, 152 pp., 15,00 euros.


L'agence en ligne de l’Institut Pontifical des Missions Etrangères est une source d'informations très fiable sur les rapports entre le patriarcat œcuménique de Constantinople et la Turquie :

> Asia News


Pour les précédents articles de www.chiesa à propos de la Turquie et du patriarcat œcuménique de Constantinople, voir :

> Focus ISLAM

> Focus ÉGLISES ORIENTALES


Traduction française par Charles de Pechpeyrou.

www.chiesa

06.08.2009

Cyrille Ier en Ukraine, voyage pastoral, résonances politiques


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Le patriarche Cyrille de Moscou (photo) terminait sa visite en Ukraine ce mercredi, une visite qui en elle même a suscité de virulents débats. Une vague de polémiques l'avait précédé avant même son arrivée à Kiev, symptôme de la coexistence difficile des trois églises orthodoxes d’Ukraine.

 

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Le patriarche Filaret (photo ci-dessus), chef de l'Église Orthodoxe ukrainienne, dissident aux yeux du patriarcat de Moscou, lui reprochait de « promouvoir le projet politique d’intégration de l’Ukraine à la Russie ».

Officiellement en visite pastorale, le patriarche de Moscou et de toutes les Russies en Ukraine pouvait difficilement éviter d'entrer dans la sphère politique...

George Nivat, historien spécialiste de la Russie analyse la portée de cette première visite de Cyrille Ier en Ukraine. Ecoutez Radio Vatican : >>

07.05.2009

Le plus difficile pour le Pape en Terre Sainte

Le plus difficile pour le pape en Terre Sainte: conquérir les chrétiens

Les Israéliens l'ont invité, les musulmans l'ont demandé. Mais pas ses fidèles locaux, qui ont exprimé les plus importantes oppositions à son voyage. Les motifs de leur refus. Et les inconnues

par Sandro Magister





ROME, le 6 mai 2009 – Le dimanche précédant son départ pour la Terre Sainte, sur la place Saint-Pierre pleine de fidèles, Benoît XVI a indiqué en quelques mots le but de son voyage:


"Par ma visite, je me propose de soutenir et d’encourager les chrétiens de Terre Sainte, qui sont confrontés chaque jour à de nombreuses difficultés. En tant que successeur de l’apôtre Pierre, je leur ferai sentir la proximité et l’appui de tout le corps de l’Eglise. Je me ferai aussi pèlerin de paix, au nom du Dieu unique, Père de tous les hommes. Je témoignerai de l’engagement de l’Eglise catholique en faveur de ceux qui cherchent à pratiquer le dialogue et la réconciliation, pour arriver à une paix stable et durable dans la justice et le respect mutuel. Enfin ce voyage ne pourra pas ne pas avoir une grande importance œcuménique et interreligieuse. Jérusalem est, à cet égard, la ville-symbole par excellence: c’est là que le Christ est mort pour réunir tous les enfants de Dieu dispersés".

D’après ces propos – répétés à l'audience générale du mercredi 6 mai – le pape compte d’abord, pour promouvoir en Terre Sainte la paix et le dialogue entre les peuples et les religions, sur les chrétiens qui vivent là-bas.

Un pari audacieux. D’une part parce que, dans cette région, les chrétiens sont une infime minorité, moins de 2% de la population juive et arabe. Mais aussi parce que ces chrétiens locaux sont ceux qui ont montré le plus de scepticisme à l'annonce du voyage du pape. Beaucoup, y compris des prêtres et des évêques, ont contesté l'opportunité de sa visite.

Il a fallu un gros travail pour adoucir ce front du refus. Le patriarche latin de Jérusalem, Fouad Twal, l'a confirmé dans une interview: les raisons des opposants ont été exposées à Benoît XVI lui-même.

La grande crainte des opposants était que le voyage du pape – y compris en raison de ses positions très avancées dans le dialogue religieux avec le judaïsme – ne tourne à l’avantage politique d’Israël.

Benoît XVI a fermement résisté. De son côté, la diplomatie vaticane a tout fait pour tranquilliser les opposants.

Voilà qui explique, par exemple, la bienveillance témoignée par le Vatican au grand ennemi d’Israël, l'Iran, pendant et après la très controversée conférence de Genève sur le racisme, bienveillance que beaucoup d’observateurs ont jugée excessive.

Cela explique peut-être aussi le silence des autorités vaticanes et du pape lui-même à propos de la pendaison furtive de la jeune iranienne Delara Dalabi à Téhéran. Dans ces cas à retentissement mondial, le Saint-Siège prend presque toujours la parole pour défendre les victimes de violations des droits de l’homme: cette fois, il a décidé de se taire.


***


A noter que l'Iran traite à son tour le Saint-Siège avec une bienveillance inhabituelle. En avril 2008, recevant le nouveau nonce apostolique à Téhéran, l'archevêque Jean-Paul Gobel, le président Ahmadinejad a défini le Vatican comme une force positive pour la justice et la paix dans le monde.

Peu après il a envoyé à Rome une délégation de haut niveau dirigée par un descendant direct du prophète Mahomet, Mahdi Mostafavi, président de l'Islamic Culture and Relations Organization de Téhéran et ancien vice-ministre des Affaires étrangères, un homme de confiance et "conseiller spirituel" qu’il rencontre "au moins deux fois par semaine".

Pendant trois jours, du 28 au 30 avril, cette délégation iranienne a eu avec une délégation vaticane compétente des entretiens à huis clos sur le thème "Foi et raison dans le christianisme et dans l'islam", qui se sont conclus par une rencontre avec Benoît XVI.

Il y a en Iran une toute petite communauté catholique, soumise à un contrôle étouffant. Cela aussi explique le "réalisme" que manifeste la diplomatie vaticane dans ce pays, comme dans d’autres pays musulmans. Pour sauver ce qui peut l’être, la réserve est jugée plus efficace que la protestation ouverte.

Par exemple, le Vatican n’a stigmatisé les anathèmes répétés d’Ahmadinejad contre l'existence d’Israël qu’une fois, à mots couverts, dans un communiqué de la salle de presse, le 28 octobre 2005. Depuis cette date lointaine, silence.

Mais le "réalisme" diplomatique n’explique pas tout. Les anathèmes antijuifs d’Ahmadinejad sont familiers à une partie significative des chrétiens arabes qui vivent en Terre Sainte. Pour eux aussi, l'existence même d’Israël est la cause de tous les maux.

Il faut se rappeler que de telles idées existent non seulement chez les chrétiens arabes, mais aussi chez des représentants connus de l’Eglise catholique qui vivent hors de la Terre Sainte et à Rome.

L’un d’eux, par exemple, est le jésuite Samir Khalil Samir, égyptien de naissance, islamologue des plus écoutés au Vatican, qui a écrit, il y a deux ans, dans un "décalogue" pour la paix au Moyen-Orient:


"La racine du problème israélo-palestinien n’est ni religieuse ni ethnique, elle est purement politique. Le problème remonte à la création de l’état d’Israël et au partage de la Palestine en 1948 – après la persécution organisée systématiquement contre les juifs – décidé par les grandes puissances sans tenir compte des populations présentes en Terre Sainte. Voilà la vraie cause de toutes les guerres qui ont suivi. Pour remédier à une grave injustice commise en Europe contre un tiers de la population juive mondiale, l’Europe elle-même, appuyée par les autres nations les plus puissantes, a décidé et commis une nouvelle injustice contre la population palestinienne, innocente du martyre des juifs".


Cela dit, le père Samir affirme en tout cas que l'existence d’Israël est aujourd’hui un fait indéniable, indépendamment de son péché originel. C’est aussi la position officielle du Saint-Siège, depuis longtemps favorable à ce qu’il y ait deux états, israélien et palestinien.

Ce n’est pas tout. D’après le père Samir, les chrétiens arabes qui vivent en Terre Sainte sont, bien que peu nombreux, "les seuls qui puissent promouvoir la paix dans la région, parce qu’ils ne veulent pas aborder la question en termes religieux, mais en termes de justice et de légalité".

En effet, selon le père Samir, le conflit arabo-israélien ne cessera pas tant qu’il continuera à être une guerre religieuse entre le judaïsme et l’islam. Ce n’est qu’en le ramenant à ses aspects politiques et "laïcs" que l’on pourra parvenir à la paix. Et les chrétiens sont les mieux outillés pour cela.


***


A la veille du voyage de Benoît XVI en Terre Sainte, le père Samir a développé ces idées quant au rôle des chrétiens dans la région dans une interview à l’hebdomadaire italien "Tempi".

Il a notamment dit:

"Déjà la Nahdah, la renaissance arabe qui a eu lieu au XIXe siècle et au début du XXe, a été essentiellement l’œuvre des chrétiens. Aujourd’hui, un siècle plus tard, cela recommence, même si les chrétiens sont minoritaires dans les pays arabes. Aujourd’hui le 'nouveau' dans la pensée arabe provient du Liban, où l’interaction entre chrétiens et musulmans est plus vive. Il y a ici cinq universités catholiques, en plus des universités islamiques et d’état. Des radios, des télévisions, des journaux et revues chrétiens fonctionnent, où s’expriment musulmans, laïcs et chrétiens. Aujourd’hui l’impact culturel des chrétiens au Moyen-Orient passe par les moyens de communication: le Liban est devenu le plus grand centre de publication de livres de tout le monde arabe; on y imprime des livres saoudiens, marocains… Les musulmans eux-mêmes comprennent que les chrétiens sont les groupes les plus actifs et les éléments les plus dynamiques culturellement, comme c’est souvent le cas pour les minorités. Les chrétiens du Liban ou des autres pays du Moyen-Orient ont aussi des liens et des contacts avec l’Occident, ce qui rend fondamental leur rôle culturel. Au Liban, en Jordanie, mais aussi en Arabie Saoudite, de nombreux musulmans, y compris des leaders faisant autorité, l’ont dit publiquement: nous ne voulons pas que les chrétiens s’en aillent de nos pays parce qu’ils sont une partie essentielle de nos sociétés".

A cette vision optimiste le père Samir ajoute naturellement un avertissement: dans les pays musulmans, les chrétiens sont presque partout menacés. A commencer par l'Arabie Saoudite, autre état vis-à-vis duquel le Saint Siège mène sans préjugés une politique "réaliste" dont le point culminant a été, le 6 novembre 2007, l'accueil de son roi au Vatican avec tous les honneurs, en passant sous silence les violations systématiques des droits de l’homme dans ce pays.

Pour revenir au dossier israélo-palestinien, un autre grand connaisseur de la région, le franciscain Pierbattista Pizzaballa, Custode de Terre Sainte, porte un jugement plus pessimiste sur le rôle des chrétiens. Aujourd’hui, selon lui, "politiquement, les chrétiens ne comptent plus" dans le conflit israélo-palestinien.

De plus, ils sont les plus froids dans leur réaction à la visite du pape, bien que celui-ci les ait mis en tête des objectifs de son voyage.

Une tâche difficile attend Benoît XVI en Terre Sainte. Plus que les Israéliens qui l’ont invité, plus que la monarchie jordanienne qui lui ouvre grand les portes, il devra surtout conquérir les chrétiens locaux.



Le programme du voyage de Benoît XVI en Terre Sainte, minute par minute, sur le site du Vatican:

> Pélerinage 8-15 mai 2009. Programme



A propos des rapports politiques entre le Vatican et Israël, sur www.chiesa:

> A Gaza le Vatican hisse le drapeau blanc (4.1.2009)

Et entre le Vatican et l'Iran:

> Quand les turbans iraniens rendent hommage au pasteur de Rome (7.5.2008)



Traduction française par Charles de Pechpeyrou.

www.chiesa

05.05.2009

Apprendre à voir, dans l’Eglise, la présence de Dieu, sa beauté, sa présence dans le monde

VATICAN - Discours du Pape Benoît XVI à l’audience générale hebdomadaire: « Prions Dieu pour qu’il nous enseigne à voir, dans l’Eglise, sa présence, sa beauté, à voir sa présence dans le monde, et pour qu’il nous aide à être nous aussi transparents à sa lumière »

 

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Rome (Agence Fides) - La catéchèse du Pape Benoît XVI, à l’occasion de l’audience générale hebdomadaire de ce mercredi 29 avril, a été consacrée à Saint Germain de Constantinople. Le Saint-Père a rappelé à son sujet : « Il n’appartient pas aux figures les plus représentatives du monde chrétien oriental de langue grecque, et toutefois son nom apparaît avec une certaine solennité dans la liste des grands défenseurs des images sacrées ».

Le Saint-Père a donné ensuite quelques éléments principaux de la vie de Saint Germain : « Pendant le Patriarcat de Germain (715-730), la Capitale de l’Empire Byzantin, Constantinople, subit un assaut très dangereux de la part des Sarrasins. A cette occasion (717-718) fut organisée une procession solennelle dans la ville, avec l’ostension de l’Image de la Mère de Dieu, la Theotokos, et de la Relique de la Sainte Croix, pour invoquer d’En-Haut la défense de la ville. De fait, Constantinople fut libérée de ce siège… Le Patriarche Germain, après cet événement, eut la conviction que l’intervention de Dieu devait être considérée comme une approbation évidente de la piété manifestée par le peuple envers les Saintes Icônes. L’Empereur Léon III fut d’un avis complètement différent, et, à partir de cette année précisément (717), il s’installa comme Empereur indiscuté dans la Capitale sur laquelle il régna jusqu’en 741. Après la libération de Constantinople et après une série de victoires, l’Empereur chrétien commença à manifester toujours plus ouvertement sa conviction que le renforcement de l’Empire devait commencer précisément par une réforme des manifestations de la foi, en se référant particulièrement au risque d’idolâtrie auquel, à son avis, le peuple était exposé en raison du culte excessif des Icônes. Les rappels du Patriarche Germain à la tradition de l’Eglise et à l’efficacité effective de certaines images, qui étaient reconnues uniquement comme étant ‘miraculeuses’, n’eurent aucun effet ».

Le 7 janvier 730, l’Empereur prit position contre le culte des images, et Germain, qui ne voulut en aucune manière se plier au vouloir de l’Empereur, fut contraint de donner sa démission de Patriarche, se condamnant ainsi lui-même à l’exil dans un monastère où il mourut oublié presque de tous. C’est seulement à l’occasion du Deuxième Concile de Nicée (787), que les Pères orthodoxes reconnurent les mérites de Germain.

Le Patriarche Germain avait grand soin des cérémonies liturgiques ; en outre « plusieurs de ses œuvres eurent une certaine résonnance en raison surtout de certaines de ses intuitions sur la ‘mariologie’. On a conservé de lui, en effet, plusieurs homélies sur des thèmes mariaux, et plusieurs d’entre elles ont marqué profondément la piété de générations entières de fidèles, en Orient et en Occident ».
Un de ces textes fut cité par le Pape Pie XII, dans la Constitution Apostolique « Munificentissimus Deus » (1950), par laquelle il déclara le dogme de foi de l’Assomption de Marie. Ce texte fut présenté par le Pape comme un des arguments en faveur de la foi permanente de l’Eglise sur l’Assomption corporelle de Marie au Ciel. Le Patriarche Germain a été reconnu, selon la tradition byzantine, comme un de ceux qui avaient beaucoup contribué à maintenir vivante la conviction que la « beauté de la parole, du langage, et la beauté de l’édifice sacré et de la musique, devaient coïncider ».

Si l’on se pose la question de savoir quel enseignement nous pouvons tirer aujourd’hui de la vie et des œuvres de ce Saint, « chronologiquement et aussi culturellement assez éloigné de nous », le Pape Benoît XVI a indiqué trois points : Le premier, c’est une certaine visibilité de Dieu dans le monde, dans l’Eglise, que nous devons apprendre à percevoir. Dieu a créé l’homme à son image, mais cette image a été recouverte la grande souillure du péché, en conséquence de laquelle Dieu ne transparaissait presque plus. Aussi, le Fils de Dieu s’est fait vrai homme, image parfaite de Dieu : dans le Christ, nous pouvons ainsi contempler aussi le visage de Dieu, et apprendre à être nous-mêmes de vrais hommes, de vraies images de Dieu. Le Christ nous invite à L’imiter, en sorte que, en chaque homme, transparaisse de nouveau le visage de Dieu… La deuxième chose est la beauté et la dignité de la liturgie. Célébrer la liturgie en ayant conscience de la présence de Dieu, avec cette dignité et cette beauté qui en fasse voir un peu la splendeur, est la tâche de tout chrétien formé dans sa foi. La troisième chose, c’est aimer l’Eglise. Et précisément, à propos de l’Eglise, nous, les hommes, nous sommes portés à voir surtout les péchés, le négatif ; mais, avec l’aide de la foi, qui nous rend capables de voir de manière authentique, nous pouvons également, aujourd’hui et toujours, redécouvrir en elle la beauté divine ».

Puis le Saint-Père a conclu sa catéchèse par cette invitation : « Prions Dieu pour qu’il nous enseigne à voir, dans l’Eglise, sa présence, sa beauté, à voir sa présence dans le monde, et nous aide nous aussi à être transparents à sa lumière ».

(Agence Fides, 30 avril 2009)