26.04.2012

'Le péché originel à la lumière de la Résurrection' de James Alison

james.alison.jpegJames Alison est prêtre catholique anglais, théologien et écrivain. Il est reconnu pour ses travaux sur les applications de la théorie mimétique de René Girard en théologie. Son livre, « Le péché originel à la lumière de la Résurrection », rend la doctrine du péché originel accessible en tant qu’elle constitue toute la manière d’envisager l’histoire de l’humanité... à la lumière de la Résurrection. Partant de la conception des rapports humains proposée par le modèle mimétique de René Girard, l’auteur suit à la trace, dans les Écritures, le progrès d’une compréhension toujours plus complète et nouvelle des phénomènes victimaires.

Lire la suite

10.03.2010

Audience générale: l’Église n’est pas un anarchisme utopique, elle est faite de pécheurs mais est toujours un lieu de grâce

Dans sa catéchèse, lors de l’audience générale de ce mercredi, le Pape a parlé de saint Bonaventure et de sa réponse aux théories de Jean de Flore qui soutenait le début d’une nouvelle phase de l’histoire avec l'avènement d’une Église de l’Esprit succédant à l’Église hiérarchique.

 

bxvi


Cette utopie spiritualiste – a dit le Pape – se répète souvent, par exemple, après le Concile Vatican II, qui marquait pour certains un renouveau de l’Église en rupture avec l’Église préconciliaire. Grâce à Dieu – continue-t-il – Paul VI et Jean-Paul II ont autant défendu la nouveauté du Concile que l’unité et la continuité de l’Église « qui est toujours une Église de pécheurs et toujours un lieu de grâce ».

 

bxvi2

 

 

Écoutez le résumé de la catéchèse et les paroles que Benoît XVI a adressés aux pèlerins de langue française: >>


Résumé de la catéchèse en langue française

     Chers Frères et Sœurs,

     Nous poursuivons aujourd’hui notre catéchèse sur Saint Bonaventure, en nous arrêtant à sa doctrine. Devenu Ministre Général de l’Ordre Franciscain, en 1257, il se trouva face à une grave tension due au ‘courant des Franciscains spirituels’ inspirés par la doctrine de Joachim de Flore. Pour assurer l’unité, Bonaventure prit comme ligne de gouvernement que l’Ordre devait se rapprocher le plus possible de la réalisation du Sermon sur la montagne, qui fut pour saint François la règle par excellence, tout en tenant compte des limites de l’homme marqué par le péché originel. Dans son chef d’œuvre de contemplation mystique, l’Itinerarium mentis in Deum, Bonaventure indique les étapes qui conduisent progressivement l’homme à la connaissance de Dieu. Cet itinéraire demande une discipline intérieure faite de justice, pour purifier les passions, de prière fervente, pour renouveler l’âme, et de méditation, pour illuminer la connaissance, afin d’atteindre la contemplation de Dieu qui remplit de joie la vie d’une personne. Enfin, dans un autre traité, intitulé La triple voie, Bonaventure illustre le chemin intérieur qui conduit à l’union avec Dieu : la voie de la purification, celle de l’illumination et celle de l’union. J’invite donc les directeurs spirituels, dont l’Église a tant besoin, à ne pas oublier l’enseignement de saint Bonaventure et à approfondir la lecture de ses traités spirituels.


     * * *

 

bxvi1


     Je suis heureux de vous accueillir chers pèlerins de langue française venant de France et du Canada. Je salue en particulier les professeurs et les élèves du collège Stanislas de Paris. Puissiez-vous maintenir ferme l’espérance chrétienne et en être les témoins quotidiens. N’hésitez pas à mettre le Christ au centre de votre vie. Que Dieu vous bénisse !

 

(Radio Vatican)

08.10.2009

La hache de l'évêque frappe Obama. Et la curie au Vatican

La hache de l'évêque frappe Obama. Et la curie au Vatican

Dans un article-choc publié à Rome, l'évêque de Denver, Charles J. Chaput, critique le président américain et les hommes d'Eglise qui l'encensent, en particulier le cardinal de curie Cottier. Mais la secrétairerie d'état du Vatican est aussi en discussion


par Sandro Magister




ROME, le 8 octobre 2009 – "Je défendrai toujours avec force le droit des évêques de me critiquer", avait assuré Barack Obama la veille de sa rencontre du 10 juillet avec Benoît XVI.

Certes. Quelque 80 évêques catholiques des Etats-Unis sont ouvertement en désaccord avec lui sur des sujets cruciaux, au premier rang desquels la défense de la vie. Parmi eux, le cardinal Francis George, président de la conférence des évêques et archevêque de Chicago, la ville d’Obama.

Il y a aussi l’évêque de Denver, Charles J. Chaput, 65 ans, indien, franciscain de l'ordre des capucins, auteur, il y a un an, d’un livre au titre révélateur : "Render unto Caesar. Serving the Nation by Living Our Catholic Beliefs in Political Life". Il est juste de rendre à César ce qui lui revient. Mais on sert son pays en vivant sa foi catholique dans la vie politique.

Chaput est mécontent qu’à Rome, le Vatican mette une sourdine aux critiques de l’Eglise des Etats-Unis contre Obama. Il n’a pas aimé, en particulier, les louanges immodérées adressées au président américain en juillet – au moment de la rencontre d’Obama avec le pape – par un vénérable cardinal de curie, le Suisse Georges Cottier, pro-théologien de la maison pontificale, dans un article paru dans la revue "30 Jours".

"30 Jours" est une revue de géopolitique ecclésiastique très lue à la curie et dirigée par le plus "curial" des hommes politiques italiens à longue carrière, le sénateur à vie Giulio Andreotti. Rédigée en six langues, elle touche tous les diocèses du monde et reflète fidèlement les politiques réalistes de la diplomatie vaticane.

Ayant lu l'article enthousiaste du cardinal Cottier – enthousiaste surtout en ce qui concerne le discours d’Obama à l'université catholique Notre Dame – et avant cela un précédent éditorial de "L'Osservatore Romano", très élogieux aussi, sur les 100 premiers jours du président américain, y compris "en faveur de la maternité", Chaput a estimé qu’il était de son devoir d’y répondre.

Il a pris sa plume et répondu point par point. A Obama, au cardinal Cottier, à la secrétairerie d’état du Vatican. Pas dans un journal américain, mais dans un journal imprimé à Rome, pour que le Vatican voie son article.

Sa réponse est parue le 6 octobre dans "il Foglio", le quotidien d'opinion dirigée par Giuliano Ferrara, qui n’est pas catholique mais très attentif au rôle public des religions et de sympathies nettement "ratzingériennes".

L'article de l’évêque de Denver occupait toute la troisième page, sous le titre: "La hache de guerre de l’évêque indien – Charles J. Chaput contre Notre Dame et contre l'illustre cardinal séduit par le pro-avortement Obama".

Le texte est reproduit ci-dessus avec son titre original.

Ce même 6 octobre, "il Foglio" publiait, en première page, une interview du cardinal George, qui était à Rome pour présenter son nouveau livre : "The Difference God Makes - A Catholic Vision of Faith, Communion, and Culture [La différence que fait Dieu - Une vision catholique de la foi, de la communion et de la culture]".

Dans cette interview, le cardinal déclarait notamment :


"Aujourd’hui, notre problème majeur en tant qu’Eglise est de faire savoir à la société qu’il existe une hiérarchie de valeurs. Prenons la question de l'avortement et de la vie en général. La voix de l’Eglise est écoutée aux Etats-Unis mais elle y est également très combattue. Et les critiques contre l’Eglise ont un motif : notre société considère que l'individualisme et la liberté de choix sont la valeur la plus importante à protéger. Aujourd’hui le libre arbitre vaut plus que la vie."


Et aussi :


"La morale de l’Eglise sur certains sujets n’a jamais changé. L'Osservatore Romano – c’est vrai – peut avoir écrit dix lignes favorables à Obama, un cardinal peut avoir parlé avec enthousiasme de l'actuelle administration américaine, mais, au-delà des trouvailles journalistiques, un point reste clair : l’Eglise ne peut se trahir elle-même".



La politique, la morale et un président. Une vision américaine

par Charles J. Chaput



Une grande force de l’Eglise réside dans sa vision globale. A cet égard, le récent essai du cardinal Georges Cottier sur le président Barack Obama ("La politique, la morale et le péché originel", publié dans "30 Jours" n° 5, 2009) a apporté une contribution précieuse au débat catholique sur le nouveau président américain. Notre foi nous unit à travers les frontières. Ce qui se passe dans un pays peut avoir un impact dans beaucoup d’autres. L’opinion du monde sur les leaders américains n’est pas seulement appropriée, elle est bienvenue.

Mais le monde ne vit et ne vote pas aux Etats-Unis. Les Américains, si. Dans chaque pays, ce sont les évêques locaux qui connaissent le mieux les réalités pastorales, parce qu’ils dirigent les fidèles. Donc, à propos des dirigeants américains, les réflexions d’un évêque américain peuvent sûrement avoir un intérêt. Elles peuvent approfondir le jugement positif du cardinal en offrant une perspective différente.

Je précise que je ne parle ici qu’à titre personnel, pas au nom des évêques des Etats-Unis en tant que corps constitué, ni au nom de tout autre évêque. Je n’entends pas non plus me référer au discours du président Obama sur le monde musulman, que le cardinal Cottier mentionne dans son essai. Il faudrait pour cela un autre article.

Je vais me concentrer sur le discours du président à l’Université Notre Dame lors de la cérémonie de remise des diplômes et sur les remarques du cardinal Cottier à propos de la pensée du président. Cela pour deux raisons.

La première : des gens de mon diocèse font partie - en tant qu’étudiants, diplômés ou parents - de la communauté nationale de Notre Dame. Tout évêque s’intéresse à la foi des personnes confiées à ses soins et Notre Dame n’a jamais été une simple université catholique locale. C’est une icône de l’expérience catholique américaine.

La seconde : lorsque l’évêque du diocèse où se trouve Notre Dame - publiquement soutenu par environ 80 autres évêques et 300 000 laïcs de tout le pays - désapprouve avec vigueur la présence d’un orateur, quel qu’il soit, les gens raisonnables doivent en conclure que cet orateur, ou au moins sa participation à l’événement litigieux, pose un vrai problème. Ces gens raisonnables peuvent aussi décider de s’en remettre au jugement des pasteurs catholiques les plus proches de l’affaire.

Malheureusement, et involontairement, le texte du cardinal Cottier sous-évalue la gravité de ce qui est arrivé à Notre Dame. Il surévalue aussi l’accord de la pensée d’Obama avec la doctrine catholique.

Il faut rappeler ici plusieurs points importants.

Premièrement, l’opposition à l’intervention du président Obama à l’Université Notre Dame n’a rien à voir avec la question de savoir s’il est bon ou mauvais. C’est évidemment un homme très doué. Il a de bons instincts moraux et politiques et son dévouement à sa famille est admirable. Ce sont des choses qui comptent. Mais hélas il en est d’autres qui comptent aussi : sa position sur des sujets de bioéthique essentiels, entre autres l’avortement, diffère nettement de la position catholique. C’est bien pour cela qu’il bénéficie depuis des années de l’appui de grandes organisations qui défendent le “droit à l’avortement”. On parle beaucoup, dans certains cercles religieux, de la sympathie du président pour la doctrine sociale catholique. Mais la défense du fœtus est une exigence de justice sociale. Il n’y a pas de “justice sociale” si les plus jeunes et les plus faibles d’entre nous peuvent être légalement tués. De bons programmes en faveur des pauvres sont sûrement essentiels, mais ils ne peuvent pas constituer une justification de cette violation fondamentale des droits de l’homme.

Deuxièmement, à un autre moment et dans d’autres circonstances, le conflit de Notre Dame aurait pu se dissiper facilement si l’université avait simplement demandé au président de faire une conférence ou un discours. Mais, alors que les évêques américains avaient déjà exprimé leur vive préoccupation face aux politiques pro-avortement de la nouvelle administration, l’Université Notre Dame a fait de la présence du président le clou de la cérémonie de remise des diplômes et lui a en outre remis un diplôme de docteur honoris causa en droit – malgré ses positions très inquiétantes à propos de la loi sur l’avortement et d’autres questions sociales liées à celle-là.

La vraie raison de la préoccupation des catholiques quant à l’intervention d’Obama à Notre Dame se trouve dans ses votes et discours ouvertement négatifs sur l’avortement et autres questions controversées. Par ses initiatives, l’Université Notre Dame a négligé et violé les directives formulées par les évêques américains dans “Catholics in Political Life”. Dans ce texte de 2004, les évêques invitaient les organismes catholiques à ne pas attribuer d’honneurs à des fonctionnaires gouvernementaux en désaccord ouvert avec la doctrine de l’Eglise sur des sujets graves.

Le vif débat qui, au printemps dernier, a divisé les milieux catholiques américains à propos de la distinction attribuée à Barack Obama par l’Université Notre Dame ne portait donc pas sur la politique partisane, mais sur des questions graves de foi catholique, d’identité et de témoignage religieux, ce que le cardinal Cottier, écrivant hors du contexte américain, peut avoir mal perçu.

Troisièmement, le cardinal note à juste titre des points de contact entre la recherche d’un “terrain politique commun” souvent affirmée par Obama et l’aspiration catholique au “bien commun”. Ces deux objectifs (la recherche d’un terrain politique commun et celle du bien commun) peuvent souvent coïncider. Mais ils ne sont pas identiques et peuvent diverger fortement dans la pratique. Ce que l’on appelle les politiques de “terrain commun” en matière d’avortement peut en réalité attaquer le bien commun parce qu’elles impliquent une fausse unité : elles établissent une plate-forme d’accord public trop étroite et trop faible pour supporter le poids d’un véritable consensus moral. Le bien commun ne peut jamais être favorisé par l’acceptation du meurtre des faibles, à commencer par les enfants encore à naître.

Quatrièmement, le cardinal Cottier rappelle avec raison à ses lecteurs le respect mutuel et l’esprit de coopération qu’exige la citoyenneté dans une démocratie pluraliste. Mais le pluralisme n’est jamais une fin en soi ni une excuse de l’inaction. Comme Obama lui-même l’a dit dans son discours à l’Université Notre Dame, la santé de la démocratie dépend de gens de convictions qui se battent fermement sur le terrain public pour ce en quoi ils croient : de façon pacifique et légale, mais avec vigueur et sans s’excuser.

Malheureusement, le président a ajouté une remarque curieuse : “La grande ironie de la foi est qu’elle admet nécessairement le doute… Ce doute ne doit pas nous éloigner de notre foi, mais il doit nous rendre humbles”. Bien sûr, c’est très vrai en un certain sens : de ce côté de l’éternité, le doute fait partie de la condition humaine. Mais le doute est absence de quelque chose ; ce n’est pas une valeur positive. S’il empêche les croyants d’agir sur la base des exigences de leur foi, il devient une faiblesse fatale.

L’habitude du doute s’adapte trop commodément à une sorte de “scepticisme baptisé” : un christianisme qui n’est guère plus qu’une vague loyauté tribale et un vocabulaire spirituel commode. Trop souvent, dans l’histoire américaine récente, le pluralisme et le doute sont devenus un alibi pour la léthargie politique et morale des catholiques. Peut-être l’Europe est-elle différente. Mais il me semble que l’actuel moment de l’Histoire (il réunit les catholiques américains et européens) ne ressemble pas du tout aux circonstances sociales que durent affronter les anciens législateurs chrétiens cités par le cardinal. Ces hommes avaient la foi, mais aussi le zèle nécessaire (tempéré par la patience et l’intelligence) pour incarner dans la culture le contenu moral de leur foi. Autrement dit, ils ont construit une civilisation modelée par la foi chrétienne. Ce qui arrive aujourd’hui est tout à fait différent.

Le texte du cardinal Cottier témoigne de la générosité de son esprit. J’ai notamment été frappé par le bien qu’il pense de l’“humble réalisme” du président Obama. J’espère qu’il a raison. Les catholiques américains veulent qu’il ait raison. L’humilité et le réalisme sont le terrain où une politique de bon sens, modeste, à l’échelle humaine, et morale peut se développer. Reste à savoir si le président Obama sera capable de diriger le pays de cette façon. Nous avons le devoir de prier pour lui, afin qu’il puisse le faire et qu’il le fasse.


Le quotidien romain qui a publié l'article de l’évêque Charles J. Chaput :

> Il Foglio

Et le reportage de www.chiesa avec l'article pro-Obama du cardinal Georges Cottier, publié par la revue internationale "30 Jours", auquel Chaput a répondu :

> Bienvenue à Obama. Le Vatican lui joue un prélude de fête (5.7.2009)


A propos du dernier livre de l’évêque Chaput, "Render unto Caesar" :

> Comment faire de la politique quand on est catholique. L'aide-mémoire de Denver (13.8.2008)



D’autres reportages de www.chiesa à propos des hauts et des bas dans les relations entre Obama et l’Eglise catholique :

> Obama diplômé à Notre Dame. Mais les évêques lui font repasser l'examen (26.5.2009)

> Ange ou démon? Au Vatican, Obama est l'un et l'autre (8.5.2009)


A propos des frictions entre la secrétairerie d’état du Vatican et les conférences des évêques des Etats-Unis, d'Italie et d’autres pays :

> L'Eglise, Obama et Berlusconi. La confusion au pouvoir (31.8.2009)


Autre texte relatif aux divergences entre la secrétairerie d’état du Vatican et les épiscopats nationaux, une analyse de Sandro Magister dans le quotidien "il Foglio" du 29 septembre 2009 :

> Il j'accuse di Magister. Perché la Realpolitik di Bertone non è in sintonia col papa



Traduction française par Charles de Pechpeyrou.

06.07.2009

Bienvenue à Obama. Le Vatican lui joue un prélude de fête

A la veille de la visite du président des Etats-Unis au pape, le cardinal Cottier, théologien officiel de la maison pontificale pendant de nombreuses années, écrit à son sujet un commentaire enthousiaste. Obama répond par une interview très amicale. Mais les points de conflit subsistent



par Sandro Magister

 



ROME, le 5 juillet 2009 – Pour préparer la rencontre qu’il va avoir avec Benoît XVI au Vatican, dans l’après-midi du vendredi 10 juillet, le président des Etats-Unis, Barack Obama, a réuni à la Maison Blanche six journalistes représentant autant de journaux catholiques américains : "Catholic News Service", "America", "National Catholic Reporter", "Catholic Digest", "National Catholic Register", "Commonweal". Il y avait aussi le journaliste chargé des questions religieuses au "Washington Post" et une seule journaliste étrangère, Elena Molinari, pour Radio Vatican et "Avvenire", le quotidien de la conférence des évêques d'Italie, le pays qui accueille le G8.

L'interview a eu lieu le matin du jeudi 2 juillet et les questions n’avaient pas été communiquées d’avance. Le lendemain, à Rome, "Avvenire" l'a reproduite presque intégralement, en lui donnant beaucoup d’importance.

Obama a dit qu’il comptait bien trouver une convergence de vues avec le pape sur des sujets comme la paix au Moyen-Orient, la lutte contre la pauvreté, la sauvegarde du climat, la politique d’immigration.

Mais il n’a éludé aucun des sujets – en premier lieu l’avortement – sur lesquels il y a conflit entre lui et une part importante de l’Eglise catholique américaine, avec au premier rang le cardinal Francis George, président de la conférence des évêques des Etats-Unis et archevêque de sa ville, Chicago.

Au conflit entre Obama et un bon tiers des évêques des Etats-Unis s’est ajoutée, au cours des derniers mois, une autre ligne de fracture entre ces évêques et le Vatican, qu’ils jugent trop conciliant envers la politique du nouveau président.

On trouvera ci-dessous les passages de l'interview qui concernent les sujets les plus controversés, de l’avortement à l'homosexualité. Dans ses réponses, Obama tend un rameau d’olivier à l’Eglise, comme il avait déjà essayé de le faire, le 17 mai, dans son discours à l'université catholique Notre Dame. Mais il indique aussi les points sur lesquels il n’y a et il n’y aura pas d’accord.

 



***

 



Mais Obama n’est pas le seul à se préparer à l’audience pontificale. Le Vatican aussi joue un prélude à sa façon.

Le jour même où le président des Etats-Unis accordait l'interview aux journalistes religieux, à Rome, un cardinal faisant autorité publiait un commentaire simplement enthousiaste des discours prononcés par Obama le 17 mai à l'université Notre Dame et le 4 juin à l'université al-Azhar, au Caire.

Il s’agit du cardinal Georges Cottier, 87 ans, suisse, dominicain, présent à la curie depuis des années comme théologien officiel de la maison pontificale. Il a publié son commentaire dans une revue catholique en six langues, "30 Giorni", très liée aux milieux diplomatiques de la curie et très attentive à la politique de l’Eglise dans le monde, envoyée gratuitement à des évêques et à des monastères du monde entier, dirigée par Giulio Andreotti, ancien président du conseil et ministre des Affaires étrangères italien.

Le savant cardinal trouve la vision d’Obama très proche de celle du catholicisme, à commencer par la conscience du péché originel. Il lui reconnaît de bonnes et constructives intentions même sur le terrain miné de l’avortement. Il dit qu’Obama ne peut être considéré comme un "partisan de l’avortement" et, au contraire, il lui reconnaît la volonté de "tout faire pour que le nombre d’avortements soit le plus faible possible", comme le firent "les premiers législateurs chrétiens qui n’abrogèrent pas tout de suite les lois romaines tolérantes envers des pratiques non conformes ou même contraires à la loi naturelle, comme le concubinage et l’esclavage". Il appelle en renfort saint Thomas d'Aquin, selon qui "l’Etat ne doit pas créer de lois trop  sévères et exigeantes, parce qu’elles seront méprisées par les gens qui ne seront pas capables de les appliquer". Il applaudit "L'Osservatore Romano" justement pour l'article pro-Obama du 19 mai qui avait irrité tant d’évêques américains.

Le cardinal Cottier paraît presque glorifier Obama comme un nouveau Constantin, chef d’un empire moderne lui aussi utile pour l’Eglise.

Les passages du commentaire de Cottier relatifs à la question de l'avortement sont reproduits ci-dessous.

On trouvera, tout de suite après, un extrait de l'interview accordée par Obama aux journalistes religieux, tiré principalement d’"Avvenire", avec des compléments notés par d’autres journalistes présents.


 

1. "Obama me rappelle les premiers législateurs chrétiens..."

par Georges Cottier



[...] J’ai été frappé par le fait que, dans son discours à l’université Notre Dame, Obama n’a pas évité d’aborder la question la plus épineuse, celle de l’avortement, à propos de laquelle il avait reçu tant de critiques, y compris des évêques américains. D’une part ces réactions sont justifiées : des valeurs non négociables sont impliquées dans les décisions politiques concernant l’avortement. Pour nous, ce qui est en jeu, c’est la défense de l’être humain et de ses droits inaliénables, dont le premier est justement le droit à la vie. Mais, dans la société pluraliste, il y a des divergences radicales sur ce point. Il y a ceux qui, comme nous, considèrent l’avortement comme un "intrinsece malum", ceux qui l’acceptent, et même quelques-uns qui le revendiquent come un droit. Le président n’adopte jamais cette dernière opinion. Au contraire, il me paraît faire des suggestions positives - "L’Osservatore Romano" l’a également souligné dans son numéro du 19 mai - en proposant de chercher, dans ce cas aussi, un terrain d’entente. Dans cette recherche - avertit Obama - personne ne doit censurer ses propres convictions, mais au contraire les soutenir devant tous et les défendre. Son relativisme n’est pas du tout celui, mal compris, des gens qui disent qu’il s’agit d’opinions opposées à d’autres opinions, que toutes les opinions personnelles sont incertaines et subjectives, et donc qu’il faut les laisser de côté quand on parle de ces sujets.

De plus, Obama reconnaît que le problème est d’une gravité tragique. Que la décision d’avorter "déchire le cœur de toute femme". Le terrain d’entente qu’il propose, c’est de travailler tous ensemble à réduire le nombre de femmes qui cherchent à avorter. Et il ajoute que toute législation en la matière doit garantir de manière absolue l’objection de conscience au personnel sanitaire qui ne veut pas prêter son concours à des pratiques abortives.

Ce qu’il dit va dans le sens d’une diminution du mal. Le gouvernement et l’Etat doivent tout faire pour que le nombre d’avortements soit le plus faible possible. Ce n’est qu’un "minimum", certes, mais un minimum précieux. Cela me rappelle l’attitude des premiers législateurs chrétiens qui n’abrogèrent pas tout de suite les lois romaines tolérantes envers des pratiques non conformes ou même contraires à la loi naturelle, comme le concubinage et l’esclavage. Le changement s’est fait selon un cheminement lent, souvent marqué par des régressions, au fur et à mesure de l’augmentation du nombre de chrétiens dans la population et, avec eux, l’impact du sens de la dignité de l’être humain. Au début, pour assurer le consensus des citoyens et sauvegarder la paix sociale, on maintint en vigueur les "lois imparfaites", qui évitaient de poursuivre des actes et comportements contraires à la loi naturelle. Saint Thomas d’Aquin lui-même, bien que convaincu que la loi devait être morale, ajoute que l’Etat ne doit pas créer de lois trop sévères et exigeantes, parce qu’elles seront méprisées par les gens qui ne seront pas capables de les appliquer.

Le réalisme de l’homme politique distingue le mal et l’appelle par son nom. Il admet qu’il faut être humble et patient, combattre le mal sans prétendre l’éradiquer de l’histoire humaine au moyen d’instruments de coercition légale. C’est la parabole de l’ivraie, également valable en politique. D’autre part, cela ne devient pas, chez lui, une raison pour être cynique ou indifférent. L’effort pour réduire le mal autant que possible est maintenu. C’est un devoir.

L’Eglise, elle aussi, a toujours perçu comme lointaine et dangereuse l’illusion selon laquelle on peut éliminer totalement le mal de l’histoire par voie légale, politique ou religieuse. L’histoire, y compris récente, est pleine de catastrophes dues au fanatisme de gens qui prétendaient tarir les sources du mal dans l’histoire des hommes et finissaient par tout transformer en un grand cimetière. Les régimes communistes suivaient exactement cette logique. Même chose pour le terrorisme religieux, qui tue précisément au nom de Dieu. Et lorsqu’un médecin pratiquant l’avortement est tué par des militants anti-avortement – c’est arrivé récemment aux USA – il faut admettre que même les élans d’idéal les plus élevés, comme la sacrosainte défense de la valeur absolue de la vie humaine, peuvent se corrompre et se transformer en leur contraire, devenant des mots d’ordre à la disposition d’une idéologie aberrante.

Dans le monde les chrétiens sont porteurs d’une espérance temporelle réaliste, pas d’un vain rêve utopique, même quand ils témoignent de leur fidélité à des valeurs absolues comme la vie. Sainte Gianna Beretta Molla, la doctoresse morte pour avoir refusé les soins qui auraient pu faire du mal à l’enfant dont elle était enceinte, ne touche pas que le cœur des chrétiens par son héroïsme ordinaire et silencieux ; elle rappelle à tous le destin commun vers lequel nous tendons. C’est une forme prophétique du style évangélique du témoignage chrétien.

Dans son discours à l’université Notre Dame, Obama fait justement une allusion très importante à cet aspect. Il raconte comment il fut impliqué dans un projet d’assistance sociale pour les quartiers pauvres de Chicago - financé par des paroisses catholiques - auquel participaient aussi des volontaires protestants et juifs. A cette occasion, il lui est arrivé de rencontrer des gens accueillants et compréhensifs. Il a vu le spectacle des bonnes œuvres alimentées par le Seigneur. Et à cause de ce spectacle il fut "attiré par l’idée de faire partie de l’Eglise. C’est à travers ce service", conclut-il, "que j’ai été conduit au Christ". Il fait aussi un éloge émouvant du grand cardinal Joseph Bernardin, alors archevêque de Chicago, qu’il définit comme "un phare et un carrefour", aimable dans sa façon de persuader et dans son effort continu pour "rapprocher les gens et trouver un terrain d’entente". A travers cette expérience, dit Obama, "les mots et les actes des gens avec qui j’ai travaillé dans les paroisses de Chicago ont touché mon cœur et mon esprit".

Le spectacle de la charité, qui vient de Dieu, a la force de toucher et d’attirer l’esprit et le cœur des hommes. C’est là l’unique germe de changement réel dans l’histoire des hommes. Obama cite aussi Martin Luther King, dont il se sent un disciple. Qu’il soit président des Etats-Unis seulement 41 ans après l’assassinat de King est un signe et une preuve de l’efficacité historique de la confiance en la force de la vérité. [...]

2. "Je défendrai toujours avec force le droit des évêques de me critiquer..."

Interview de Barack Obama



Q. – Les évêques catholiques américains ont exprimé leurs critiques et leurs préoccupations quant à vos positions sur le respect de la vie et sur le mariage. Comment pensez-vous répondre à ces critiques? Ou pensez-vous que vous finirez par faire comme si elles n’existaient pas ?

R. – Tout d’abord, l’une des forces de notre démocratie est que chacun est libre d’exprimer ses opinions politiques. Il n’y aura jamais un moment où je déciderai de faire comme si les critiques des évêques catholiques n’existaient pas, parce que je suis le président de tous les Américains et pas seulement de ceux qui, par hasard, sont d’accord avec moi. Je prends très au sérieux les opinions des autres et les évêques américains ont une influence profonde sur l’Eglise et sur la communauté nationale. Plusieurs évêques ont été généreux dans leurs opinions et encourageants à mon égard, même s’il reste des divergences sur certaines questions. En ce sens les évêques américains représentent un carrefour d’opinions comme c’est le cas dans d’autres groupes. Je défendrai toujours avec force le droit des évêques de me critiquer, même sur un ton passionné. Et je serais heureux de les recevoir ici, à la Maison Blanche, pour parler des sujets qui nous unissent et de ceux qui nous séparent, en une série de tables rondes. Je pense qu’il y aura encore des domaines dans lesquels nous sommes profondément d’accord et d’autres dans lesquels il ne sera pas possible de trouver un plein accord. C’est sain.

Q. – Vous avez formé un groupe de travail, composé de représentants pro-life et d’autres qui soutiennent le droit à l’avortement, dont l’objectif est de trouver des positions communes. Quelles sont vos attentes réalistes quant au résultat des travaux ?

R. – Ce groupe devra me fournir un rapport final dans le courant de l’été et je n’ai pas l’illusion qu’il parviendra à supprimer les divergences rien que par la discussion. Je sais qu’il y a des points sur lesquels le conflit ne peut être réglé. Mais je peux vous dire qu’il y a des gens de bonne volonté des deux côtés et je serais surpris qu’ils ne trouvent pas des points significatifs sur lesquels ils puissent travailler ensemble. Par exemple, la nécessité d’aider les jeunes à prendre des décisions intelligentes de manière à éviter les grossesses non désirées, l’importance de renforcer l’accès à l’adoption comme alternative à l’avortement, ou le devoir de prendre soin des femmes enceintes et de les aider à élever leurs enfants. Mais il y a des points, comme la contraception, sur lesquels les divergences sont profondes. Mon opinion personnelle est qu’il faut associer une solide éducation morale et sexuelle à la mise à disposition de contraceptifs, pour prévenir les grossesses non désirées. Je reconnais que c’est en contradiction avec la doctrine de l’Eglise catholique et je ne m’attends donc pas à ce que ceux pour qui c’est vraiment une question de foi puissent être d’accord avec moi sur ce point, mais c’est mon opinion personnelle. Je serais étonné que les partisans du droit à l’avortement ne soient pas d’accord avec l’idée qu’il faut limiter les circonstances où une femme décide d’interrompre sa grossesse. Si c’était le cas, je ne serais pas d’accord avec eux. Je ne connais pas de circonstances où l'avortement soit une décision heureuse et, si l’on peut aider une femme à éviter de se trouver dans une situation où cela devient une possibilité, je pense que c’est une bonne chose. Mais, je le répète, c’est mon opinion.

Q. – Certains catholiques louent votre contribution à la promotion de questions de justice sociale, tandis que d’autres critiquent vos positions sur les questions de la vie, depuis l’avortement jusqu’à la recherche sur les cellules souches embryonnaires. Y voyez-vous une contradiction ?

R. – Cette tension du monde catholique existait bien avant mon arrivée à la Maison Blanche. Quand j’ai commencé à m’intéresser à la justice sociale, à Chicago, les évêques catholiques parlaient d’immigration, de nucléaire, des pauvres, de politique étrangère. Puis, à un certain moment, l’attention de l’Eglise catholique s’est déplacée vers l’avortement, ce qui a eu le pouvoir de déplacer l’opinion du congrès et du pays dans la même direction. Ce sont des sujets auxquels je pense beaucoup, mais, puisque je ne suis pas catholique, ce n’est pas à moi de chercher à résoudre ces tensions. Mais j’ai vu comment on peut tenter une conciliation. Le cardinal Joseph Bernardin, que j’ai connu à Chicago, parlait de manière claire et explicite en faveur de la vie. Mais il la considérait comme un "vêtement sans coutures" et il y incluait, de manière cohérente, une gamme de questions faisant partie de ce qu’il pensait être pro-life et sur quoi il s’engageait, comme la lutte contre la pauvreté, le soin de l’enfance, la peine de mort, la politique étrangère. Cette partie de la tradition catholique est quelque chose qui m’inspire continuellement. Et je pense qu’il y a eu des moments, au cours des deux dernières décennies, où cette tradition plus inclusive s’est trouvée comme enterrée sous le débat sur l’avortement. Je désire au contraire qu’elle reste au premier plan dans le débat national.

Q. – Bien des gens - pas seulement des médecins - qui exercent leur activité dans des institutions non gouvernementales s’inquiètent beaucoup de ne pas pouvoir faire jouer l’objection de conscience dans des domaines éthiquement sensibles. La position de votre administration à ce sujet n’est pas tout à fait claire...

R. – Ma position personnelle a toujours été cohérente : je suis fermement convaincu que l'objection de conscience doit être garantie. J’ai défendu une forte objection de conscience dans l’Illinois pour les hôpitaux catholiques et les structures sanitaires, j’en ai discuté récemment avec le cardinal Francis George lors d’une rencontre dans le Bureau Ovale et je l’ai répété dans mon intervention à l’université Notre Dame. Je comprends qu’il y a des gens qui s’attendent toujours au pire de ma part, sans que j’aie rien dit ou fait, mais c’est plus un préjugé qu’une opinion justifiée par une "ligne dure" que nous chercherions à imposer. Je pense que la seule raison pour laquelle ma position peut ne pas paraître claire est que nous avons changé une mesure relative à l’objection de conscience approuvée à la dernière minute, à la onzième heure, par la précédente administration et que nous avons décidé de l’annuler parce qu’elle n’était pas bien formulée. Mais nous sommes en train de réexaminer la question et nous avons demandé aux gens leur avis à ce sujet ; nous avons reçu des centaines de milliers de réponses. Je peux vous assurer que, quand ce nouvel examen sera terminé, une forte objection de conscience entrera en vigueur. Elle pourra ne pas répondre aux critères de toutes les critiques possibles de notre approche, mais elle ne sûrement pas plus faible que celle qui existait avant que le changement ne soit fait.

Q. – Comment conciliez-vous votre foi chrétienne avec les promesses faites aux homosexuels pendant la campagne électorale ?

R. – En ce qui concerne la communauté gay et lesbienne de ce pays, je crois qu’elle est blessée par certains enseignements de l’Eglise catholique et par la doctrine chrétienne en général. En tant que chrétien, je combats sans cesse entre ma foi et mes devoirs et mes préoccupations à propos des gays et lesbiennes. Et souvent je découvre qu’il y a beaucoup de passion des deux côtés, même chez ceux que je considère comme des gens très bien. D’autre part, je m’en tiens à ce que j’ai dit au Caire : toute opinion qui liquide de manière automatique les convictions religieuses et la croyance d’autrui comme intolérantes ne comprend pas le pouvoir de la foi et le bien que celle-ci accomplit dans le monde. En tout cas, en tant que croyants, nous devons examiner nos convictions et nous demander si parfois nous ne faisons pas souffrir les autres. Je pense que tous, quelle que soit notre foi, nous devrions admettre qu’il y a eu des cas où la religion n’a pas été mise au service du bien. C’est à nous, je pense, d’accomplir une profonde réflexion et d’être prêts à nous demander si nous agissons en cohérence non seulement avec les enseignements de l’Eglise, mais aussi avec ce que Jésus-Christ, notre Seigneur, nous a demandé de faire : traiter les autres comme nous voudrions être traités.
> La politica, la morale et il peccato originale

Pour le moment, l'article est paru dans les éditions italienne et anglaise de "30 Giorni". Dans les semaines à venir, il paraîtra aussi dans les éditions française, allemande, espagnole et portugaise de la revue.


L'interview d’Obama dans la longue transcription qu’Elena Molinari a publiée dans "Avvenire" du 3 juillet 2009 :

> Obama : une collaboration avec le pape pour aider le monde



Sur www.chiesa, les articles relatifs aux hauts et bas entre Obama et l’Eglise catholique :

> Obama diplômé à Notre Dame. Mais les évêques lui font repasser l'examen
(26.5.2009)

> Ange ou démon? Au Vatican, Obama est l'un et l'autre
(8.5.2009)


Traduction française par
Charles de Pechpeyrou.


 



Le texte intégral de l'article du cardinal Cottier, dans "30 Giorni" n° 5, 2009 :

www.chiesa

01.07.2009

Saint Paul : La complémentarité, un principe vital de la vie ecclésiale


Saint Paul : La complémentarité,
un principe vital de la vie ecclésiale

P. Hermann Geissler FSO




Le plan de Dieu avec les hommes

I. L'Eglise, Corps du Christ

L'unité dans la diversité

L'unité dans le Christ

L'unité dans la complémentarité



II. Vivre la complémentarité

« Avoir soin les uns des autres »

« Distribuant les dons à chacun en particulier »

« Pour l'utilité commune »

« Ne pas comparer, mais discerner »

« Souffrir avec - se réjouir avec »

 « Une voie excellente entre toutes »

« Portez les fardeaux les uns des autres »



http://yearofsaintpaul.files.wordpress.com/2008/06/paul-icon.jpg



 

«L'union fait la force!» comme nous l'apprend une maxime connue. De nos jours on parle souvent d'unité et de communauté. De nombreuses personnes se rendent à nouveau compte combien nous dépendons les uns des autres, combien nous avons impérativement besoin les uns des autres, combien la collaboration et l'entraide réciproques sont importantes. Cette conscience nouvelle, qui, certes, ne surgit pas partout avec la même intensité et qui va à l'encontre du penchant de maintes personnes vers l'individualisme, correspond à ce que le Créateur à déposé dans la nature humaine.


Le plan de Dieu avec les hommes

« Et Dieu créa l'homme à son image; il le créa à l'image de Dieu: il les créa mâle et femelle » (Gn 1,27). La création de la personne humaine couronne la création. Dieu a tout créé pour les hommes et l'homme a été créé pour reconnaître et aimer Dieu et pour gérer la terre en son nom, de façon responsable.

De cette grande tâche l'homme doit s'acquitter dans la complémentarité. La Bible le montre clairement avec les mots suivants: « Il n'est pas bon que l'homme soit seul; je lui ferai une aide semblable à lui » (Gn 2, 18). La femme, que Dieu façonna en la tirant d'une côte de l'homme et qu'il amena à l'homme, le faisant s'écrier plein d'admiration et d'amour : « Celle-ci cette fois est os de mes os et chair de ma chair! » Selon le plan de Dieu les hommes et les femmes doivent exister les uns pour les autres. Cette complémentarité se montre particu­lièrement dans le mariage, qui porte fruits dans les enfants et qui pose le fondement de la société. Il s'agit néanmoins d'un principe qui est d'une importance fondamentale pour la vie commune en général et à tous les niveaux.

Il est vrai que le péché originel, par lequel l'homme a perdu l'amitié avec Dieu, a sérieusement compliqué la complémentarité entre les hommes. La vie commune de l'homme et de la femme n'est plus marquée par l'harmonie originelle, mais par la concupiscence et la domination (cf. Gn 3, 16). Le lien entre les hommes n'est plus caractérisé uniquement par l'amour et le respect, il l'est aussi par l'envie et la jalousie, de sorte que Caïn tue son frère Abel (cf. Gn 4). Les hommes sont devenus orgueilleux; ils veulent construire une tour dont le sommet touche le ciel. Mais Dieu rejette leur langage. Ils ne se comprennent plus et deviennent des ennemis les uns des autres (cf. Gn 11). L'histoire entière montre combien la concorde entre les hommes et les peuples est difficile et combien il s'agit souvent plutôt d'une simple coexistence, oui, même souvent d'un état de conflit.

Dieu n'a toutefois pas abandonné les hommes après le péché originel. Il a élu la famille d'Abraham et plus tard le peuple d'Israël, pour attirer les hommes à nouveau à lui et pour leur révéler sa volonté. Quand la plénitude des temps arriva Il envoya son Fils, parce qu'Il voulut réconcilier les hommes et les rassembler dans une famille. Cette famille, c'est l'Église. Dans son sein, la complémentarité par la grâce de la Rédemption n'est non seulement possible, mais elle est aussi une source de bénédictions multiples. Cela nécessite, certes, une foi profonde et la volonté de se laisser renouveler con­tinuellement.

Dans les réflexions suivantes, qui résument l'en­seignement de l'Église sur la complémentarité, quelques conseils pratiques nous sont donnés. Nous nous lais­sons surtout guider par l'apôtre Saint Paul. En même temps nous écoutons quelques paroles de Mère Julia, Fondatrice de la Famille Spirituelle « L'Œuvre ». Elle a souvent rappelé l'importance de la complémentarité.


I. L'Eglise, Corps du Christ

Saint Paul utilise plusieurs images pour rendre le mystère de l'Église intelligible. Dans ses épîtres, il la compare à un corps, dont la tête est le Christ et dont nous, les fidèles, sommes les membres. Que signifie cette comparaison?


L'unité dans la diversité


Le corps humain est composé de différents membres qui ont des tâches différentes. « Ainsi le corps n'est pas un seul membre, mais il est formé de plusieurs. Si le pied disait: "Puisque je ne suis pas la main, je ne suis pas du corps," en serait-il moins du corps pour cela? Et si l'oreille disait: "Puisque je ne suis pas l'œil, je ne suis pas du corps," en serait-elle moins du corps pour cela? » (1 Co 12, 14-16). Cette diversité des membres est vitale pour le corps. « Si tout le corps était œil, où serait l'ouïe? S'il était tout entier ouïe, où serait l'odorat? Mais Dieu a placé chacun des membres dans le corps, comme il l'a voulu. Si tous étaient un seul et même membre, où serait le corps? Il y a donc plusieurs membres et un seul corps » (1 Co 12, 17-20). Même s'il y en a beaucoup, tous les membres du corps s'appartiennent et forment « un seul corps » (1 Co 12, 12).

L'apôtre applique ces pensées à l'Église. La diversité des membres s'y montre par la variété des peuples, des milieux, des langues et des classes: « soit Juifs, soit Grecs, soit esclaves, soit libres » (1 Co 12, 13). L'Eglise est ouverte à tous les hommes, races et nations. La spé­cificité des hommes n'est pas abolie, mais purifiée et sanctifiée. Dans l'Église il y a aussi une pluralité de services et de grâces que Dieu accorde dans sa bonté. Il a « établi dans l'Eglise premièrement des apôtres, deu­xièmement des prophètes, troisièmement des docteurs, ensuite ceux qui ont les dons de guérir, d'assister, de gouverner » (1 Co 12, 28). La plupart des membres de l'Église vivent en tant que croyants laïques au milieu du monde; certains servent l'édification du corps dans une tâche hiérarchique (pape, évêques, prêtres et diacres): d'autres sont appelés à suivre Jésus dans la vie con­sacrée; partout le Seigneur offre une plénitude de talents, de dons et de charismes, dont plusieurs sont visibles, d'autres deviennent moins visibles, mais n'en sont pas moins importants pour autant.

Cette diversité est nécessaire pour le Corps du Christ. Si l'Église excluait certains peuples, milieux ou professi­ons, elle ne serait plus vraiment catholique. Si dans son sein il n'y avait plus de fidèles laïques elle ne pourrait plus pénétrer le monde du levain de l'Evangile. Sans officiants les sacrements vitaux ne seraient plus admini­strés. Sans femmes et hommes consacrés il nous man­querait le témoignage d'une imitation radicale du Christ. Sans les dons multiples que l'Esprit de Dieu offre aux fidèles, l'Église serait plus pauvre et elle ne pourrait plus accomplir certaines tâches ou rendre tel ou tel service.

Si nous considérons cela, nous voyons que l'Église est une communauté d'une grande diversité. Cette diversité est une richesse. En même temps nous devons prendre garde à préserver l'unité dans toute la nécessaire diversité.

 

L'unité dans le Christ


Les membres du corps humain forment une unité, parce qu'ils ont la même tête et sont unifiés par elle. Cela va de même avec l'Église: le Christ « est la Tête du Corps de l'Eglise » (Col 1, 18).

Le Christ est notre Rédempteur. Saint Paul écrit: « Dieu a voulu que toute la plénitude habitât en lui; et il a voulu réconcilier par lui toutes choses avec lui-même, celles qui sont sur la terre, et celles qui sont dans les cieux, en faisant la paix par le sang de sa croix » (Col 1, 19-20). C'est sur la croix que le Seigneur nous a réconciliés avec le Père.

Les sacrements nous unissent au Christ crucifié et ressuscité dans son Corps, l'Église. Le Concile Vatican II enseigne à ce sujet: « Dans ce corps, la vie du Christ se répand dans les croyants, qui par les sacrements sont unis d'une façon mystérieuse mais réelle, au Christ souffrant et glorifié » (Lumen Gentium, 7). Cela vaut surtout pour le baptême, par lequel nous formons « un seul corps » (1 Co 12, 13) et pour l'Eucharistie par laquelle notre union avec le Christ dans son Église s'approfondit continuellement: « Le pain, que nous rompons, n'est-il pas une communion au Corps du Christ? Puisqu'il y a un seul pain, nous formons un seul corps, tout en étant plusieurs; car nous participons tous à un même pain » (1 Co 10, 16-17).

En ce sens, le prêtre prie dans la troisième prière eucharistique: "Quand nous serons nourris de ton Corps et de ton Sang et remplis de l'Esprit Saint, accorde-nous d'être un seul corps et un seul esprit dans le Christ. »

En tant que membres du Corps de l'Église - souvent très différents les uns des autres - nous pouvons toutefois être 'un' et rester unis, parce que nous sommes unis dans le Christ par l'Esprit Saint. Lui, la Tête de l'Église, est la source de notre unité. De lui nous devons toujours implorer à nouveau le don de l'unité.

 

L'unité dans la complémentarité


Les membres du Corps sont unis au Christ, mais aussi les uns avec les autres. « Car, de même que nous avons plusieurs membres dans un seul corps, et que tous les membres n'ont pas la même fonction, ainsi nous qui sommes plusieurs, nous ne faisons qu'un seul corps dans le Christ, et chacun en particulier nous sommes membres les uns des autres » (Rm 12, 4-5).

Les différents membres de l'Église ont besoin les uns des autres. C'est pourquoi saint Paul écrit: « L'œil ne peut pas dire à la main: 'Je n'ai pas besoin de toi'; ni la tête dire aux pieds: 'Je n'ai pas besoin de vous.' Au contraire, les membres du corps qui paraissent les plus faibles sont plus nécessaires » (1 Co 12, 21-22). Les membres qui paraissent insignifiants sont de grande valeur pour Dieu: « Dieu a disposé le corps de manière à donner plus de respect à ce qui est moins digne, afin qu'il n'y ait pas de division dans le corps, mais que les membres aient également soin les uns des autres » (1 Co 12, 24-25). Les membres du corps partagent leurs souffrances et leurs joies. « Si un membre souffre, tous les membres souffrent avec lui; si un membre est honoré, tous les membres s'en réjouissent avec lui » (1 Co 12, 26).

Dans le Corps de l'Église, nous dépendons les uns des autres. Personne ne peut dire à l'autre: « Je n'ai pas besoin de toi, tu n'as pas d'importance à mes yeux. » Dieu veut que nous nous soucions les uns des autres, que nous nous soutenons et confortons, que nous portons la souffrance ensemble et que nous partageons les joies. C'est ce que nous voulons dire quand nous parlons de complémentarité.

Le pape saint Clément I écrit dans son épître aux Corinthiens (37, 4): « Il y a toujours une espèce de lien et là dedans se trouve l'utilité. » Cela apparaît si nous pensons par exemple à un orchestre. Les différents musiciens qui le forment ensemble, ne peuvent être de simples solistes. Ils doivent jouer en harmonie - chacun avec son instrument et selon ses capacités. Le niveau d'un orchestre et la valeur des musiciens dépendent de la qualité de la consonance des différents instruments. Celle-ci pose de grandes exigences. Il en va de même pour l'Église. Le pape Benoît XVI y fait allusion dans son encyclique Spe Salvi. Comme il note « Le péché est compris par les Pères comme destruction de l'unité du genre humain, comme fragmentation et division. ... Et ainsi, la 'Rédemption' apparaît vraiment comme le rétablissement de l'unité, où nous nous retrouvons de nouveau ensemble, dans une union qui se profile dans la communauté mondiale des croyants » (N° 14).

Mère Julia écrit sur l'unité et la complémentarité entre les membres de l'Église: « La lumière de la complé­mentarité est un grand don et un appel constant. »  En quoi consiste ce don de la complémentarité ? Quelles sont les attitudes requises? En quoi consistent les dangers et les tentations ?

 


II. Vivre la complémentarité

« Avoir soin les uns des autres »


Chaque homme, et encore plus chaque chrétien, a des responsabilités. Aujourd'hui l'on dit souvent que chacun doit suivre sa propre voie, surtout dans le domaine religieux ou moral. Des questions de foi ou de mœurs sont une « affaire privée », qui ne regarde personne. Chacun doit faire ce qu'il croit être bien selon sa propre conscience: l'un croit à Jésus, un autre à Buddha; l'un est contre l'avortement, un autre trouve l'interruption de grossesse légitime dans certaines situations. Et toutes ces opinions doivent être tolérées comme étant équivalentes.

Cette attitude est fausse. Elle méconnait que les questions de foi et de mœurs ne sont pas simplement des affaires subjectives où chacun peut avoir son opinion. Il y a en effet des réponses exactes à ces questions qui orientent notre vie et il y a des réponses fausses qui nous égarent. Dans la révélation, Dieu nous a offert les réponses qui nous montrent le droit chemin et nous guident vers la béatitude. La plupart de ces réponses  sont accessibles, non seulement à la foi, mais aussi à la raison.

L'opinion que la foi est une affaire privée est erronée parce qu'elle nous incite à l'individualisme et à l'in­différence: si chacun peut devenir bienheureux à sa façon, nous ne devons pas nous soucier d'autrui. En réalité nous ne sommes pas seulement responsables pour nous-mêmes, mais nous le sommes aussi pour les autres. C'est pourquoi, en tant que membres de l'Église, nous avons le devoir de prendre « également soin les uns des autres » (1 Co 12, 25). Transmettre la foi aux enfants doit être un souhait ardent des parents. Les prêtres et les consacrés doivent être intérieurement pressés à tout donner pour que le Christ puisse prendre forme dans le cœur des hommes. Et en tant que membres du Corps du Christ, nous sommes tous invités à prier les uns pour les autres, à prendre à cœur les intentions de l'Église universelle et à témoigner de la Bonne Nouvelle.

 

« Distribuant les dons à chacun en particulier »


Il existe une merveilleuse abondance de dons dans l'Église. Saint Paul évoque certains de ces dons dans la première épître au Corinthiens: par exemple le don de « sagesse », c'est-à-dire la possibilité de voir les événe­ments de la vie à la lumière du Crucifié; ensuite le don de « connaissance », le don de connaître le Christ dans l'intimité du cœur et de l'aimer; puis le don d'une foi forte, qui aide à rester fidèle dans la foi même dans les situations difficiles; enfin il y a aussi le don de guérison ou encore le don de reconnaître les signes du temps prophétiquement, de discerner les esprits etc. « Tous ces dons » c'est, comme dit l'apôtre, « le seul et même Esprit qui les produit, les distribuant à chacun en particulier, comme il lui plaît » (1 Co 12, 8-11).

L'Esprit Saint offre aussi à chacun de nous ses dons particuliers : l'un peut très bien se mettre à la place des autres; un autre se distingue par son aptitude d'en­thousiasmer les enfants et les jeunes; un autre sait comment il faut consoler les malades et les souffrants, encore un autre a de grands talents d'organisation etc. Nous devons être reconnaissants pour cette richesse de dons.

Accueillons ces dons avec empressement. Ils viennent de l'Esprit de Dieu qui les distribue comme il lui plaît. Il importe de ne pas envier les dons des autres, mais de les respecter. Mère Julia nous encourage dans ce sens: « Notre vie doit être remplie du respect de la Majesté de Dieu et de sa miséricorde, du respect des dons du Saint-Esprit, du respect du Plan de Dieu sur toute personne et du respect de la réponse de chacun exprimée par son libre choix. »

 

« Pour l'utilité commune »


Les dons que Dieu distribue aux membres du Corps du Christ ne nous sont pas offerts pour en tirer un profit personnel. Chaque don est donné « pour l'utilité commune » (1 Co 12,7). Si les hommes se croient importants à cause de leurs dons, alors ils n'ont pas compris l'essentiel. En plus ils sont injustes envers Dieu, car avec ses dons ils se glorifient eux-mêmes.

Pour bien employer nos dons nous devons être humbles et serviables. L'humilité nous rend conscients de ce que nous sommes devant Dieu: ses créatures qu'il a comblées de la richesse de sa Vie et de ses dons. La serviabilité nous aide à accueillir nos dons avec gratitude, à les développer par la foi, l'amour et le don de soi, et à les employer pour le bien des autres. En ce sens le chemin de la complémentarité est un chemin de vertus, exigeant, mais qui produit beaucoup de fruits: il nous préserve d'une vue unilatérale, d'exagérations et de jugements erronés. Sur ce chemin nous gagnons souvent du temps et ensemble nous trouvons plus rapidement des solutions. C'est un chemin sur lequel nous pouvons mûrir, nos dons peuvent s'épanouir, notre foi grandir et l'Esprit Saint peut nous combler de sa lumière. Il contribue à faire de nous une bénédiction les uns pour les autres et à être utiles les uns pour les autres, même pour les défunts à travers la prière et le saint sacrifice de la Messe.

Saint Paul nous encourage à suivre ce chemin en imitant le Christ : « Si donc il est quelque encou­ragement dans le Christ, s'il est quelque consolation de charité, s'il est quelque communauté d'esprit, s'il est quelque tendresse et quelque compassion, rendez ma joie parfaite: ayez une même pensée, un même amour, une même âme, un même sentiment. Ne faites rien par esprit de rivalité ou par vaine gloire; mais que chacun, en toute humilité, regarde les autres comme au-dessus de soi; chacun ayant égard, non à ses propres intérêts, mais à ceux des autres. » (Ph 2, 1-4).

 

« Ne pas comparer, mais discerner »


Mère Julia a dit: « Qui vit de la Lumière de Dieu ne compare pas mais discerne! » Avec cette parole elle nous rend attentifs à une attitude malsaine très répandue: la comparaison égoïste avec les autres. Celui qui compare ainsi ses propres dons avec ceux des autres, devient soit orgueilleux, s'il pense que ses dons valent plus que ceux des autres, soit envieux, jaloux ou découragé, si les dons des autres lui semblent meilleurs.

La lumière de la foi nous dit, au contraire, que tous les dons viennent de Dieu et que nous devons discerner. L'Esprit Saint offre tel don à l'un et telle qualité à l'autre. De là l'importance de nous compléter et de nous servir mutuellement avec les dons qui nous ont été attribués.

Il importe que nous employions nos propres dons dans notre famille, nos paroisses et nos communautés, avec foi et de façon engagée. Femmes et hommes, ouvriers et savants, personnes consacrées et prêtres: personne de nous ne peut tomber dans le piège de la comparaison égoïste et convoiter les dons des autres comme c'est le cas dans le féminisme radical, le cléricalisme, l'intel­lectualisme, le pragmatisme et beaucoup d'autres « ‑ismes ». Nous sommes appelés à servir avec nos propres dons, à édifier le Corps du Christ et à remplir le monde de la Bonne Nouvelle.

 

« Souffrir avec - se réjouir avec »


L'unité des membres du Corps du Christ est si grande que saint Paul peut écrire: « Si un membre souffre, tous les membres souffrent avec lui; si un membre est honoré, tous les membres s'en réjouissent avec lui » (1 Co 12, 26).

Si d'aucuns perdent la foi ou ne pratiquent plus, si des consacrés, des prêtres ou des personnes mariées luttent avec des problèmes, si d'autres sont dévoyés du bon chemin, si certains sont touchés par de graves maladies ou par la souffrance, alors cela ne peut pas nous laisser indifférents. Parce que nous aimons l'Église et ses membres, ces situations doivent nous interpeller et nous presser à faire ce que nous pouvons pour aider les personnes concernées: par la prière confiante et pa­tiente, par sa propre fidélité, par un acte de foi, par une lettre, par exemple, à certaines personnes en détresse, par une conversation ouverte ou par d'autres gestes de participation.

Les membres de l'Eglise se distinguent aussi par la capacité de se réjouir pour les autres et avec eux. Cette capacité semble parfois moins présente que la capacité de souffrir avec les autres. Est-ce peut-être l'envie qui diminue la capacité de se réjouir sincèrement des autres?  La plus grande joie de saint Paul était que les autres puissent ouvrir leur cœur pour le Christ. C'est pourquoi il écrit aux Philippiens: « Je rends grâces à mon Dieu toutes les fois que je me souviens de vous, et dans toutes mes prières pour vous tous, c'est avec joie que je lui adresse ma prière, à cause de votre concours unanime pour le progrès de l'Evangile, depuis les pre­miers jours jusqu'à présent » (Ph 1, 3-5).

 

« Une voie excellente entre toutes »


Les dons ont une grande importance dans le Corps du Christ. Ils ne sont pourtant pas la chose la plus importante. Après avoir rappelé aux Corinthiens la nécessité d'employer les dons correctement, saint Paul écrit: « Je vais vous montrer une voie excellente entre toutes. » Cette voie c'est la charité, sans laquelle chaque don, aussi éminent qu'il soit, est sans valeur et futile.

Saint Paul décrit l'amour de façon incomparable: « La charité est patiente, elle est bonne; la charité n'est pas envieuse, la charité n'est point inconsidérée, elle ne s'enfle point d'orgueil; elle ne fait rien d'inconvenant, elle ne cherche point son intérêt, elle ne s'irrite point, elle ne tient pas compte du mal; elle ne prend pas plaisir à l'injustice, mais elle se réjouit de la vérité; elle excuse tout, elle croit tout, elle espère tout, elle supporte tout » (1 Co 13, 4-7).

La charité rend la complémentarité facile. Elle bannit l'orgueil, l'envie et la jalousie, les plus grands ennemis de la complémentarité et elle encourage l'humilité, le respect et la serviabilité. Elle nous stimule à ne pas utiliser nos talents et nos dons pour nous-mêmes, mais pour la glorification de Dieu, l'édification de l'Église et le bien du prochain.

De saint Paul Mère Julia a appris «que la valeur de notre vie et son rayonnement surnaturel ne dépendent pas de la mesure de notre activité, mais bien plutôt de l'amour qui nous anime. C'est cet amour, infusé dans nos cœurs par l'Esprit Saint, qui nous rend capables de découvrir Dieu en tout et en tous » . L'amour aide aussi à vivre le principe de la complémentarité dans toute sa plénitude afin que la beauté et la force intérieure de l'Église rayonne et que la complémentarité soit utile pour de nombreuses personnes.

 

« Portez les fardeaux les uns des autres »


« Ensemble nous sommes plus forts ! » Si nous em­ployons nos propres talents avec empressement et nous nous aidons mutuellement dans cette voie, alors nous devenons une bénédiction les uns pour les autres. La complémentarité nous rend forts - aussi et surtout si nous faisons l'expérience de nos propres faiblesses et limites. C'est un principe qui renouvelle la vie de l'Église. Elle est une clé du bonheur des hommes car nous sommes créés pour vivre en communauté. Saint Paul nous invite à suivre le Christ sur le chemin de la com­plémentarité: « Portez les fardeaux les uns des autres, et vous accomplirez ainsi la parole du Christ. » (Ga 6, 2).


Agence Fides 27/6/2009; Directeur Luca De Mata