23.04.2011

Les catastrophes ne sont jamais un châtiment de Dieu, mais un avertissement

cantalamessa vendredi saint.JPGEntouré des cardinaux Sandri et Burke, Benoît XVI a présidé l’office du Vendredi Saint dans la basilique Saint-Pierre, l’adoration de la Croix et les gestes traditionnels de pénitence. Une célébration marquée par un profond recueillement et des temps de silence. Comme chaque année, c’est le prédicateur de la Maison pontificale, qui a tenu l’homélie de cette célébration de la parole. Le Père Raniero Cantalamessa a cité de nombreux exemples de souffrance humaine, le récent séisme au Japon, les persécutions contre les chrétiens, et il a rappelé les réponses qu’apporte la foi chrétienne. Les séismes, les cyclones et autres catastrophes qui frappent les coupables comme les innocents, ne sont jamais un châtiment de Dieu – a-t-il souligné - mais ils peuvent constituer un avertissement : à ne pas nous bercer d’illusions en pensant que la science et la technique suffiront à nous sauver.

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26.03.2011

Benoît XVI invite les prêtres à reprendre le chemin du confessionnal

pape confessions.JPGBenoît XVI invite les prêtres à reprendre le chemin du confessionnal, à redécouvrir la valeur pédagogique de la confession, pour eux-mêmes comme pour les pénitents, et à ne pas craindre l’abîme du mal. Le Pape s’est adressé, ce vendredi matin, aux 700 participants au cours annuel d’aggiornamento sur le for intérieur organisé par la Pénitencerie apostolique, le dicastère romain chargé des péchés et de la confession.

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13.02.2011

Benoît XVI rappelle l'importance du sacerdoce dans la vie de l'Eglise et dans le monde

pape missionnaires saint charles borromee.JPGLe Pape s’est adressé ce samedi aux participants à l’assemblée générale de la Fraternité sacerdotale des Missionnaires de Saint Charles Borromée à l’occasion de son 25 ème anniversaire. La Fraternité tire son charisme de Mgr Giussani, fondateur du mouvement ecclésial Communion et Libération. Elle a pour but l'évangélisation et l'éducation de la foi à travers l'exercice du ministère sacerdotal.

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10.02.2011

Il ne peut y avoir de confession par iPhone

iphone confessions.JPGLe Vatican veut éviter toute ambiguïté après la création aux Etats-Unis d’une nouvelle application I-Phone baptisée "Confession" qui propose de guider les croyants vers l’absolution. Le Père Federico Lombardi, directeur du Bureau de presse du Saint-Siège, a rappelé, ce mercredi 9 février qu’il ne pouvait y avoir de sacrement de pénitence sans dialogue personnel entre le pénitent et le prêtre, et que l’absolution ne pouvait être accordée que par un confesseur présent. 

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20.12.2010

Benoît XVI à la curie romaine: "Seule la vérité sauve"

BXVI.jpgBenoît XVI, dans son traditionnel discours des vœux aux cardinaux, archevêques et évêques de la curie romaine, ce lundi 20 décembre, a tenu un discours sans concession sur l’Église et sur ses maux : « le visage de l’Église est couvert de poussière, son habit est arraché ». Le Pape a en effet consacré l’essentiel de son discours aux abus sexuels qui ont marqué la fin de l’année sacerdotale et tous ces derniers mois.

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16.07.2010

Le Vatican publie les nouvelles normes sur les délits les plus graves

jpg_1344090.jpgLe Saint-Siège vient de rendre publique un texte juridique important et attendu : les modifications apportées aux normes sur les délits les plus graves. Outre les les abus sexuels, il s'agit de délits commis contre la Foi, l’Eucharistie, la Pénitence et l’Ordre. Tous ces délits sont soumis à la compétence de la Congrégation pour la doctrine de la foi depuis le Motu Proprio Sacramentorum Sanctitatis Tutela promulgué par Jean Paul II, en 2001.

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20.05.2010

Benoît XVI revient sur son voyage au Portugal : «Un voyage inoubliable, une expérience touchante et riche de dons spirituels»

«Un voyage inoubliable, une expérience touchante et riche de dons spirituels», c’est en ces termes que Benoît XVI a parlé ce mercredi, lors de l’audience hebdomadaire place Saint Pierre, de sa récente visite au Portugal.

 

 

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Une visite durant laquelle le Pape a reçu avec joie un accueil spontané et enthousiaste. À Fatima, en particulier, a souligné Benoît XVI, la Vierge Marie crée un espace privilégié où la miséricorde guérit et sauve.

 

 

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« À Fatima, je me suis fait pèlerin avec les pèlerins. Là, j’ai voulu exprimer ma reconnaissance à la Vierge qui a transmis un intense amour pour le successeur de Pierre aux voyants et aux pèlerins. Je lui ai présenté les joies et les peines du monde entier et j’ai consacré à son Cœur Immaculé tous les prêtres. J’ai participé aussi à la prière du rosaire comme en réponse à son invitation. Au cours de l’eucharistie du 13 mai, sommet de mon pèlerinage, j’ai invité l’immense assemblée à se réjouir dans le Seigneur pour son amour miséricordieux et je lui ai rappelé que le message de la Vierge est centré sur la prière, la pénitence et la conversion. Fatima est une école de foi et d’espérance où chacun peut apprendre l’importance de la gratuité. Ce pèlerinage a été une expérience émouvante, riche et inoubliable. Nous sommes pèlerins sur cette terre, nous rappelle Marie. En écho au thème choisi pour ma Visite Apostolique : "Avec toi nous marchons dans l’espérance. Sagesse et Mission", puissions-nous marcher chaque jour avec espérance et nous laisser guider par "la Sagesse d’en haut" incarnée en Jésus-Christ ! Je désire aussi vous remercier pour les prières qui ont accompagné mon voyage».

 

 

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Le Pape a également adressé ces mots aux pèlerins francophones :

« Je suis heureux de vous accueillir chers pèlerins de langue française ! En cette année sacerdotale, je vous invite à recommander à Marie, Mère de l’Espérance, les prêtres et les séminaristes. Bon pèlerinage à tous».

(Radio Vatican)

 

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12.05.2010

Le pardon ne remplace pas la justice

Dans l’avion qui le conduisait au Portugal, Benoît XVI a déclaré devant les journalistes que les souffrances de l’Eglise ne viennent pas seulement de l’extérieur, des attaques lancées contre le Pape et l’Eglise, mais elles viennent précisément de l’intérieur de l’Eglise, du péché qui existe dans l’Eglise.

 

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Le Pape répondait à une question à propos du scandale des abus commis par des membres du clergé. Nous l’avons toujours su – a-t-il dit –, mais nous le voyons aujourd’hui de façon réellement terrifiante. L’Eglise a donc un profond besoin de réapprendre la pénitence, la conversion, la prière, les vertus théologales, un besoin d’accepter la purification, d’apprendre le pardon mais aussi la nécessité de la justice. Le pardon ne remplace pas la justice.


Interrogé à propos de la crise économique qui touche sévèrement le Portugal, Benoît XVI a noté que le pur pragmatisme économique qui fait abstraction de la réalité de l’homme, qui est un être éthique, ne donne pas de résultats positifs mais crée des problèmes insolubles. Le Pape a reconnu que la foi chrétienne, trop souvent individualiste, a souvent abandonné les réalités concrètes et économiques au monde pour ne se concentrer que sur le salut individuel, sans se rendre compte que cela implique une responsabilité globale.


A propos de la sécularisation qui se radicalise en Europe, Benoît XVI a estimé qu’il s’agissait d’un défi et d’une occasion. Dans le contexte multiculturel actuel, le rationalisme dépourvu de toute dimension religieuse transcendante ne peut pas dialoguer avec les grandes cultures de l’humanité. Il faut se rendre compte que l’homme ne peut se retrouver que dans la rencontre entre la foi et la raison. Pour le Pape, la présence du sécularisme est normale, mais la séparation, la « contrariété » entre la foi et le sécularisme est une anomalie.


Enfin à propos du troisième secret de Fatima, concernant la vision de la souffrance du Pape, Benoît XVI a estimé qu’on pouvait en première instance l’appliquer à Jean-Paul II. Mais le Pape représente l’Eglise et ce sont les souffrances de l’Eglise qui sont annoncées, la nécessité d’une passion de l’Eglise. Le Seigneur nous a dit que l’Eglise sera toujours souffrante, de diverses façons jusqu’à la fin du monde.

 

(Radio Vatican)

16.04.2010

Le Pape invite les chrétiens à reconnaître leurs erreurs

La primauté de l’obéissance à Dieu et la véritable signification de la pénitence et du pardon dans la vie des chrétiens ont été les thèmes développés ce jeudi par Benoît XVI dans l’homélie de la Messe célébrée dans la chapelle Pauline au Vatican, en présence des membres de la Commission Pontificale Biblique.


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Le Pape a évoqué la nécessité de faire pénitence et de reconnaître les erreurs commises dans notre vie face aux attaques du monde qui nous parlent de nos péchés.

Il a également dénoncé la dictature que représente le conformisme dans notre société, que l’on retrouve jusque dans l’agression contre l’Eglise.

Armance Bourgois (Radio Vatican): >>

25.03.2010

Le scandale de la pédophilie

Genèse d'un délit. La révolution des années Soixante

Le scandale de la pédophilie a toujours existé; ce qui lui a donné des proportions énormes, c'est le virage culturel d'il y a un demi-siècle. Benoît XVI l'a écrit dans sa lettre aux catholiques d'Irlande, que commentent deux cardinaux et un sociologue


par Sandro Magister





ROME, le 25 mars 2010 – La loi et la grâce. La main de Dieu parvient là où la justice terrestre n’arrive pas. Dans sa lettre du 19 mars, Benoît XVI a ordonné aux catholiques d'Irlande ce qu’aucun pape de l’époque moderne n’a jamais ordonné à toute l’Église d’un pays.

Il leur a enjoint non seulement de déférer les coupables devant les tribunaux canoniques et civils mais aussi de se mettre collectivement en état de pénitence et de purification. Et cela non pas dans le secret de leurs consciences mais de manière publique, sous les yeux de tous, y compris leurs adversaires les plus implacables et les plus moqueurs. Jeûne, prière, lecture de la Bible et activités caritatives tous les vendredis à partir de maintenant jusqu’à Pâques de l’année prochaine. Confession sacramentelle fréquente. Adoration continuelle de Jésus – lui-même "victime de l’injustice et du péché" – devant la sainte hostie exposée sur les autels des églises. Et pour tous les évêques, prêtres et religieux, sans exception, une période spéciale de "mission", un long et rude parcours d’exercices spirituels pour une révision de vie radicale.

C’est une décision audacieuse qu’a prise là le pape Benoît XVI. Parce que le prophète Jonas lui-même ne croyait plus que Dieu pardonnerait à Ninive pour ses péchés, en dépit de la cendre de la pénitence et des sacs dont tous étaient couverts, depuis le roi jusqu’à la dernière des bêtes.

Et aujourd’hui encore beaucoup de gens concluent que l’Église reste condamnée irrémédiablement, même après la lettre dans laquelle le pape lui-même se déclare plein de honte et de remords à cause des abominations commises sur des enfants par certains prêtres, vis-à-vis desquelles certains évêques ont fait preuve d’une négligence coupable.

Et pourtant le pardon de Dieu est descendu même sur Ninive et le sceptique Jonas a dû revenir sur son opinion.  Ce prophète, Michel-Ange l’a justement représenté sur la partie supérieure du mur derrière l’autel de la Chapelle Sixtine, pour montrer que le pardon de Dieu est la clé de tout, depuis la création du monde jusqu’au jugement dernier.

Dimanche 21 mars, tandis que l’on donnait lecture de sa lettre dans les églises d'Irlande, Benoît XVI a commenté, pour les fidèles réunis sur la place Saint-Pierre au moment de l'Angélus, le pardon de Jésus à la femme adultère : "Il sait ce qu’il y a dans le cœur de chaque être humain, il veut condamner le péché, mais sauver le pécheur et démasquer l'hypocrisie". L'hypocrisie de ceux qui voulaient lapider la femme, bien qu’étant eux-mêmes les premiers à pécher.

Intransigeance vis-à-vis du péché, "en commençant par le nôtre", et miséricorde vis-à-vis des personnes. Telle est la leçon que Joseph Ratzinger veut appliquer à l’affaire irlandaise et, plus largement, à l’Eglise tout entière.

D’un côté, les rigueurs de la loi. Le prix de la justice devra être payé intégralement. Les diocèses, les séminaires, les congrégations religieuses où l’on a laissé se commettre des méfaits sont avertis : des visiteurs apostoliques vont venir du Vatican pour découvrir ce qui s’est passé et, même là où il n’y aura pas lieu de faire intervenir la justice civile, la discipline canonique punira ceux qui auront été négligents.

Mais, en même temps, le pape allume la lumière de la grâce. Il ouvre la porte du pardon de Dieu même à ceux qui se sont rendus coupables des pires abominations, s’ils se repentent sincèrement.

Quant à ceux qui se tiennent au premier rang des accusateurs, ceux qui sont les plus armés de pierres contre l’Église, aucun d’entre eux n’est sans péché. Pour ceux qui exaltent la sexualité comme pur instinct, libre de toute entrave, il est difficile de condamner ensuite tout abus qui en est fait.

La tragédie de certains prêtres et religieux, a écrit Benoît XVI dans sa lettre pastorale, a aussi été de céder à ce genre de "façons de penser" si répandues, au point d’en arriver à justifier l'injustifiable.

Une faiblesse qui ne peut certainement pas être reprochée à Ratzinger évêque et pape, même par ses adversaires les plus acharnés, s’ils sont sincères.



Le commentaire reproduit ci-dessus est publié dans "L'Espresso" n. 13 de 2010, en kiosque depuis le 26 mars.

A la fin, ce commentaire fait référence à un paragraphe précis - le quatrième - de la lettre de Benoît XVI aux catholiques d'Irlande.

C’est le paragraphe dans lequel le pape évoque les raisons qui ont favorisé, à partir des années Soixante du siècle dernier, l'expansion des abus sexuels commis par le clergé et surtout l'incapacité à en comprendre la gravité.

Le voici en entier.


BENOÎT XVI. LE PARAGRAPHE 4 DE SA LETTRE



"Au cours des dernières décennies, l’Église dans votre pays a dû affronter de nouveaux et graves défis à la foi, découlant de la transformation et de la sécularisation rapides de la société irlandaise. Un changement social très rapide a eu lieu, qui a souvent eu des effets contraires à l’adhésion traditionnelle des Irlandais à l’enseignement et aux valeurs catholiques. Très souvent, les pratiques sacramentelles et de dévotion qui soutiennent la foi et lui permettent de croître, comme par exemple la confession fréquente, la prière quotidienne et les retraites annuelles, ont été négligées.

"Au cours de cette période, la tendance, y compris chez certains prêtres et religieux, à adopter des façons de penser et de considérer les réalités séculières sans référence suffisante à l’Évangile, a été déterminante. Le programme de renouveau proposé par le Concile Vatican II a parfois été mal interprété et, à vrai dire, à la lumière des profonds changements sociaux qui avaient lieu, il était très difficile de savoir quelle était la meilleure façon de l’appliquer. En particulier, il y a eu une tendance, dictée par de justes intentions mais erronée, à éviter d’aborder sous l’angle pénal les situations canoniques irrégulières. C’est dans ce contexte général que nous devons chercher à comprendre le problème préoccupant des abus sexuels commis sur des enfants, qui a grandement contribué à l’affaiblissement de la foi et à la perte de respect pour l’Église et pour ses enseignements.

"Ce n’est qu’en examinant avec attention les nombreux éléments qui ont donné naissance à la crise actuelle qu’il est possible d’entreprendre un diagnostic clair de ses causes et de trouver des remèdes efficaces. Il est certain que, parmi les facteurs qui y ont contribué, nous pouvons citer : des procédures inadéquates pour déterminer l’aptitude des candidats au sacerdoce et à la vie religieuse ; une formation humaine, morale, intellectuelle et spirituelle insuffisante dans les séminaires et les noviciats ; une tendance de la société à favoriser le clergé et d’autres figures d’autorité, ainsi qu’une préoccupation hors de propos pour la réputation de l’Église et pour éviter les scandales, qui ont eu pour résultat la non-application des peines canoniques en vigueur et l’absence de protection de la dignité de chaque personne. Il faut agir d’urgence pour traiter ces facteurs, qui ont eu des conséquences si tragiques pour les vies des victimes et de leurs familles et qui ont diminué la lumière de l’Evangile plus gravement qu’au cours des siècles de persécution".


Deux cardinaux et un spécialiste de la sociologie des religions, entre autres, se sont exprimés à propos des facteurs culturels analysés par le pape.


LE COMMENTAIRE DU CARDINAL BAGNASCO


Le premier des deux cardinaux est Angelo Bagnasco, archevêque de Gênes et président de la conférence des évêques d’Italie (CEI).

Voici comment, le lundi 22 mars, dans le discours par lequel il a ouvert les travaux du conseil permanent de la CEI, Bagnasco a conclu le passage consacré à la lettre du pape aux catholiques d'Irlande :

"Différentes personnes, y compris des non-catholiques, ont souligné que, depuis un certain temps déjà, le phénomène de la pédophilie apparaît tragiquement répandu dans divers milieux et dans plusieurs catégories de personnes. Mais ce point, loin d’être mentionné ici pour diminuer ou relativiser la gravité spécifique des faits signalés dans les milieux ecclésiastiques, est plutôt un avertissement incitant à percevoir l’ampleur objective de la tragédie. Au moment même où elle se sent humiliée, l’Église apprend du pape à ne pas avoir peur de la vérité, même quand celle-ci est douloureuse et odieuse, à ne pas la taire, à ne pas la couvrir. Mais cela ne signifie pas subir – quand il y en a – des stratégies de discrédit généralisé.

"En réalité nous devons tous nous interroger, en rejetant désormais tout faux-fuyant, à propos d’une culture qui, de nos jours, règne incontestée et favorisée, et qui tend progressivement à effilocher le tissu conjonctif de toute la société, en se moquant, le cas échéant, de ceux qui résistent et tentent de s’opposer : c’est l’attitude de ceux qui cultivent une autonomie absolue vis-à-vis des critères du jugement moral et qui propagent comme bons et séduisants des comportements inspirés de désirs individuels et d’instincts parfois effrénés. Mais l’exacerbation de la sexualité détachée de son sens anthropologique, l’hédonisme à tout va et le relativisme qui n’admet ni barrières ni sursauts font beaucoup de mal parce qu’ils sont spécieux et parfois, sans que l’on s’en rende compte, omniprésents.

"Alors il faut que nous recommencions tous à appeler les choses par leur nom, toujours et partout, à identifier le mal dans sa gravité croissante et ses manifestations multiples, pour ne pas nous trouver, avec le temps, face à la prétention d’une aberration revendiquée sur le plan des principes".


LE COMMENTAIRE DU CARDINAL RUINI



Le second cardinal est Camillo Ruini, président du comité pour le projet culturel de l’Église italienne, prédécesseur de Bagnasco à la présidence de la CEI et vicaire du pape pour le diocèse de Rome de 1991 à 2008.

Dans une interview accordée au quotidien "il Foglio" du 16 mars, quelques jours avant que le pape ne publie sa lettre, Ruini a déclaré, entre autres :

"À mon avis, la campagne de diffamation contre l’Église catholique et le pape que mènent les médias s’inscrit dans cette stratégie qui est à l’œuvre depuis des siècles et que Friedrich Nietzsche théorisait déjà avec le goût du détail. Selon Nietzsche, l’attaque décisive contre le christianisme ne peut pas être portée sur le plan de la vérité mais sur celui de l’éthique chrétienne, qui serait l’ennemie de la joie de vivre. Alors je voudrais demander à ceux qui lancent les scandales de la pédophilie principalement contre l’Église catholique, en mettant éventuellement sur le tapis le célibat des prêtres, s’il ne serait pas plus honnête et plus réaliste de reconnaître que ces déviations, et d’autres, liées à la sexualité accompagnent certainement toute l’histoire du genre humain mais aussi qu’à notre époque, ces déviations sont encore plus stimulées par la ‘libération sexuelle’ si vantée".

Et aussi :

"Lorsque l’exaltation de la sexualité envahit tout l’espace de la vie et que l’autonomie de l’instinct sexuel par rapport à tout critère moral est revendiquée, il devient difficile de faire comprendre que certains abus déterminés doivent absolument être condamnés. En réalité la sexualité humaine, dès son début, n’est pas simplement instinctive, elle n’est pas identique à celle des autres animaux. Comme tout ce qui est humain, c'est une sexualité ‘pétrie’ de raison et de morale, qui peut être vécue de manière humaine et qui ne rend vraiment heureux que si elle est vécue de cette façon".



LE COMMENTAIRE DU PROFESSEUR INTROVIGNE


Le sociologue est le professeur Massimo Introvigne, président du CESNUR, Center for Studies on New Religion.

Dans un commentaire paru le 22 mars sur l’édition italienne du site de l'agence internationale "Zenit", Introvigne a notamment écrit :

"Ce que les Anglais et les Américains appellent 'the Sixties', les années Soixante, et les Italiens, en se concentrant sur l’année symbolique, 'il Sessantotto', apparaît de plus en plus comme une période de profond bouleversement des mœurs, ayant des effets cruciaux et durables sur la religion.

"Il y a d’ailleurs eu un Soixante-huit dans la société et un Soixante-huit dans l’Église : 1968 est justement l’année du désaccord public avec l’encyclique 'Humanae Vitae' de Paul VI, une contestation qui - selon une étude remarquable et influente du philosophe américain récemment disparu Ralph McInerny, 'Vatican II. Qu’est-ce qui est allé de travers ?' - constitue un point de non-retour dans la crise du principe d’autorité au sein de l’Église catholique. [...]

"Mais pourquoi les années Soixante ? Pour rester dans les îles britanniques, Hugh McLeod a publié sur ce sujet aux éditions Oxford University Press, en 2007, un important ouvrage, 'The Religious Crisis of the 1960s', qui fait le point sur les discussions en cours.

"Deux thèses se sont opposées : celle d’Alan Gilbert, qui pense que la révolution des années 1960 a été déterminée par le boom économique qui a répandu l’esprit de consommation et éloigné les populations des églises ; et celle de Callum Brown, pour qui le facteur décisif a été l’émancipation des femmes, suite à la diffusion de l’idéologie féministe, du divorce, de la pilule anticonceptionnelle et de l’avortement.

"McLeod pense - à juste titre selon moi - qu’une révolution d’une telle portée ne peut pas s’expliquer par un seul facteur. Le boom économique et le féminisme entrent en jeu, mais également des aspects plus strictement culturels, que ce soit à l’extérieur des Églises et communautés chrétiennes (la rencontre entre la psychanalyse et le marxisme) ou à l’intérieur (les 'nouvelles théologies').

"Sans entrer dans les éléments les plus techniques de cette discussion, Benoît XVI montre, avec sa lettre, qu’il est conscient du fait qu’il y a eu dans les années Soixante une authentique révolution – pas moins importante que la Réforme protestante ou la Révolution française – qui a été 'très rapide' et qui a asséné un coup très dur à la 'traditionnelle adhésion du peuple à l’enseignement et aux valeurs catholiques'. [...]

"Dans l’Église catholique on n’a pas tout de suite été suffisamment conscient de la portée de cette révolution. Au contraire, celle-ci a contaminé – estime aujourd’hui Benoît XVI – 'même des prêtres et des religieux', elle a déterminé des malentendus dans l’interprétation du concile et elle a été la cause d’une 'formation humaine, morale et spirituelle insuffisante dans les séminaires et dans les noviciats'.

"Dans ce contexte, les prêtres insuffisamment formés ou contaminés par le climat qui a suivi les années Soixante ne sont certainement pas tous devenus pédophiles, pas même un pourcentage significatif d’entre eux : nous savons par les statistiques que le nombre réel de prêtres pédophiles est très inférieur aux chiffres fournis par certains médias. Cependant ce nombre n’est pas égal à zéro – comme nous le voudrions tous – et cela justifie les propos très sévères du pape. Mais l’étude de la révolution des années Soixante et de 1968 est essentielle pour comprendre ce qui s’est produit par la suite, pédophilie comprise. Et pour trouver de véritables remèdes.

"Si cette révolution, à la différence de celles qui l’ont précédée, est morale et spirituelle, si elle touche à l’intériorité de l’homme, les remèdes ne pourront venir, en définitive, que de la restauration de la moralité, de la vie spirituelle et d’une vérité intégrale sur la personne humaine. Mais pour cela les sociologues, comme toujours, ne suffisent pas : il faut des pères et des maîtres, des éducateurs et des saints. Et nous avons tous grand besoin du pape, de ce pape, qui encore une fois – pour reprendre le titre de sa dernière encyclique – dit la vérité dans la charité et pratique la charité dans la vérité".




La lettre de Benoît XVI aux catholiques d'Irlande :

> "Vous devez en répondre devant Dieu"

Le texte complet du discours du cardinal Bagnasco au conseil permanent de la CEI :

> Prolusione, 22 marzo 2010

L’intégralité de l’interview accordée par le cardinal Ruini à "il Foglio" :

> Ruini contro l'assedio etico al clero

Et tout le commentaire du professeur Introvigne sur le site "Zenit" :

> La lettera del papa e la rivoluzione culturale degli anni Sessanta



Traduction française par Charles de Pechpeyrou.

www.chiesa