04.05.2012

Miguel De Salis, Vatican II et la nouvelle évangélisation

medium_logo.jpegROME, vendredi 4 mai 2012 (ZENIT.org) –  Approfondir les enseignements du Concile Vatican II dans la perspective d’une « herméneutique de la réforme », au service de la nouvelle évangélisation et de l’Année de la foi: c’est le fil conducteur du congrès international organisé les 3 et 4 mai par la faculté de théologie de l’Université pontificale de la Sainte-Croix sur le thème : « Concile Vatican II : la valeur permanente d’une réforme pour la nouvelle évangélisation » (cf. Zenit du 2 mai 2012).

Zenit a rencontré à ce sujet le P. Miguel de Salis, professeur associé d’Ecclésiologie et œcuménisme à l’Université pontificale de la Sainte-Croix et membre du comité organisateur du congrès.

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13.04.2012

L’Église est-elle victime d’un journalisme mal intentionné ?

1_0_579487.jpegLe 2 avril, au début de la Semaine Sainte, France Télévisions diffusait un documentaire au titre provocateur : « La guerre perdue du Vatican », du français Patrick Benquet. Après un an et demi d’enquête sur la réception du Concile Vatican II, le réalisateur conclut que le Concile et toutes les espérances qu’il a suscitées ont abouti à un lamentable échec ; le renouveau aurait dégénéré en « guerre fratricide » entre « progressistes » et « conservateurs », et ces derniers seraient sur le point d’en sortir vainqueurs. Et de brosser le portrait d’une Église engoncée dans son immobilisme, incapable de se réformer, réactionnaire, percluse de scandales et de faiblesses. Bref, une Église au bord de l’abîme.

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23.01.2010

Mgr Léonard, un prophète en son pays

[Bruxelles, correspondance] — « Une nomination stupéfiante » a titré d’emblée le plus grand journal francophone de Belgique, dont la rédactrice en chef, anticléricale notoire, rappelle aux catholiques que « l’Église n’est [...] pas réduite [...] à l’institution qui les gouverne mais est surtout et depuis ses début, ancrée dans des communautés, auprès de fidèles qui peuvent vivre leur foi comme ils l’entendent ». Et d’en appeler les universités catholiques à devenir « les premiers contestataires au premier signe de tentative de reprise en main vaticane » (sic).

 

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Mgr Léonard, cherchez la différence... « La nomination de Léonard ravive les clivages », « Le CdH [ancien parti social chrétien] glacial », « La communauté homosexuelle consternée », « Le groupe UCL [Université catholique de Louvain] rompt avec l’Église », « Le PS appelle Mgr Léonard à la tolérance et au respect des droits »,… longue est la liste des manchettes qui se sont abattues comme averse de grêle au printemps sur les épaules du nouvel archevêque, avant même que sa nomination ne soit officiellement annoncée.

Et les journaux télévisés de donner longuement la parole aux prêtres ou chrétiens qui se disent « progressistes », et qui le sont certainement, mais dont on se demande souvent s’ils sont encore vraiment catholiques. « Nous sommes en pleine restauration », s’écrie ainsi l’abbé Ringlet, ancien vice-recteur de l’Université catholique de Louvain, tandis que le jésuite Ch. Delhez, rédacteur en chef du journal Dimanche, le journal des paroisses francophones, rappelle au nouvel archevêque, au cas où il ne l’aurait pas encore compris, que « (sa) nomination ne fait pas que des heureux ».


L’audace de Benoît XVI

Quant au pouvoir politique, il s’est exprimé avec force par la voix de la socialiste Laurette Onkelinx, vice-premier ministre, dans cet avertissement en forme de menace :

« Il [Mgr Léonard] pourrait bien remettre en cause le compromis belge qui se fonde sur le principe de neutralité. Je pourrais dire que cela ne concerne que les catholiques et qu'il y a chez nous une séparation entre l'Église et l'État. Mais nous ne vivons pas comme en France dans un pays laïc, mais dans un pays neutre qui a réussi à mettre en place un dialogue avec les laïcs et les représentants des différentes confessions pour un vivre-ensemble qui se passe de manière tout à fait harmonieuse. »

Déplorant la succession du cardinal Godfried Daneels, qui avait « une parole d'ouverture et de tolérance dans laquelle laïques et non-laïques pouvaient se retrouver », Mme Onkelinx estime au contraire que Mgr Léonard a « souvent remis en question des décisions prises par le Parlement » et a « des positions éthiques qui posent problème, notamment son opposition à l'avortement et à l'euthanasie ». « Cela dépend de lui », a donc conclu Laurette Onkelinx, signifiant par là que le nouvel archevêque devait s’attendre à bien des problèmes s’il lui prenait l’audace de s’écarter de la voie tracée par son prédécesseur.

Ce dernier, d’ailleurs, est abondamment loué, depuis plusieurs semaines, par tout ce que la Belgique compte de milieux anticléricaux et « progressistes », pour son sens du dialogue et de l’écoute, sa diplomatie, sa fine perception de la culture contemporaine, toutes qualités au demeurant bien réelles et admirables, mais dont le rappel véhément n’a pour objectif que de jeter le discrédit sur le nouvel archevêque, décrit par contraste et de façon caricaturale comme autoritaire, rétrograde, ultra-conservateur,… selon les poncifs habituels du genre.

En réalité, la violence de la charge contre le nouvel archevêque fut si forte et si peu objective qu’un grand nombre de citoyens athées, agnostiques ou indifférents, en viennent à se poser des questions. Comme en témoigne ce mot laissé par un internaute athée sur le blog d’un des quotidiens du pays :

« Cet homme qui fait si peur ne doit pas être banal ; il commence à m’intéresser ! »

Et effectivement : banal, Mgr Léonard ne l’est certainement pas !


Une personnalité hors du commun

Né en 1940, dernier enfant d’une famille de quatre garçons, André Léonard est orphelin de guerre dix jours après sa naissance. Élevés par une véritable mère-courage, les quatre frères Léonard deviendront tous prêtres, André, le plus jeune, bénéficiant du soutien de ses aînés qui l’initieront très tôt à une vie intellectuelle solide, notamment en philosophie. Le futur archevêque accomplira ainsi de brillantes études de philosophie, à l’Université catholique de Louvain (UCL), puis de théologie, à l’Université grégorienne de Rome. Il deviendra docteur et maître en philosophie, spécialisé en philosophie moderne (avec une thèse sur la logique de Hegel). Ordonné prêtre en 1964, il est nommé professeur de philosophie à l’Université catholique de Louvain en 1976.

En 1978, il crée le séminaire St-Paul sur le campus de l’UCL, un séminaire interdiocésain chargé d’accueillir les séminaristes qui se forment aux facultés de philosophie et de théologie de l’Université. Très vite, le séminaire devient international, la réputation de son président ayant dépassé les frontières et ayant séduit, notamment, l’ancien archevêque de Paris, le cardinal Lustiger, qui y enverra bon nombre de ses séminaristes accomplir leur philosophie. Par ailleurs, le séminaire St-Paul accueille aussi des étudiants qui se posent la question du sacerdoce et qui peuvent discerner leur appel en partageant la vie des séminaristes. L’abbé Léonard organise aussi chaque année des récollections pour les étudiants de l’université et se montre très accueillant et paternel à l’égard des nombreux étudiants qu’il côtoie dans les diverses facultés où il donne cours.

Cet investissement auprès des jeunes témoigne de l’attention constante qu’il leur portera tout au long de son ministère, avec une attention prioritaire pour la formation des futurs prêtres. Ceci explique que, ordonné évêque de Namur en 1991, une de ses premières décisions sera de fermer la section de théologie existante, dont l’enseignement était en décalage sur plusieurs points avec l’enseignement de l’Église, afin de mettre sur pied de nouvelles structures de formation. Cette décision, qui lui fut amèrement et longtemps reprochée par une partie du clergé namurois, a pourtant porté des fruits remarquables : à l’heure actuelle, et depuis plusieurs années, le séminaire de Namur compte à lui seul près de la moitié des séminaristes de Belgique. Cette réussite confirme une des convictions souvent rappelées par le nouvel archevêque : là où existent des lieux de vie chrétienne authentique, fondée sur une vie sacramentelle intense et une formation intellectuelle exigeante, les vocations fleurissent.

Se dessine dès lors, à partir de cet exemple, quelques-uns des traits saillants de la personnalité de Mgr Léonard et des enjeux de sa nomination.



Un évêque simplement… catholique !

Car au fond, que reproche-t-on finalement au nouvel archevêque ? Est-ce son manque de diplomatie, ses paroles abruptes, sa fermeture aux problèmes de son temps, comme on le dit à satiété ? Certes, Mgr Léonard n’a pas la langue dans sa poche et sa supériorité intellectuelle le rend volontiers provocateur et facétieux, ce qui peut effrayer ses adversaires et, peut-être, en blesser certains. Mais il ne s’agit là que d’impressions superficielles. Qui a pu approcher l’évêque (ce qui est très simple car il est d’une extrême disponibilité) a pu découvrir un homme profondément bon et doux, émouvant de compassion pour toute forme de détresse humaine et à ce point attentif à chacun que nombreuses sont les personnes ayant eu la surprise de se voir reconnues, appelées par leur nom et délicatement interrogées sur des difficultés parfois confiées des années auparavant à l’occasion d’une simple rencontre.

Ne tournons donc pas autour du pot : ce qui pose problème, ce n’est pas la personnalité de Mgr Léonard ou la façon dont il s’exprime. Ce qui pose problème, c’est qu’il tient sans sourciller, avec une aisance et une clarté remarquables, des propos qui sont en prise directe avec les problèmes de notre temps, mais auxquels il a l’outrecuidance d’apporter, et avec conviction, un éclairage qui n’est autre… que celui de la foi catholique !


Un homme de débat

En réalité, il ne tient pas de propos différents de ceux de son prédécesseur ou de ses confrères évêques, que l’on ne peut nullement accuser d’hétérodoxie. Mais la différence tient plutôt à la façon de se situer dans le débat public et, notamment, d’envisager la place des religions dans le dialogue démocratique.

Le cardinal Daneels, qui fut primat de Belgique durant les trente dernières années, considérait que la religion ne devait pas se mêler de politique, ni intervenir de quelque façon que ce soit dans le processus législatif. C’est la raison pour laquelle la conférence épiscopale belge s’est faite extrêmement discrète dans tous les débats éthiques qui ont agité le pays depuis l’adoption de la loi dépénalisant l’avortement, en 1990. Et c’est ainsi que la Belgique est devenue en quelques années un des pays les plus libéraux du monde, ayant adopté, avec de moins en moins de résistance, les lois dépénalisant l’euthanasie et permettant le mariage homosexuel, l’adoption par des couples homosexuels, les procréations médicalement assistées, les expérimentations sur embryons (y compris dans les universités catholiques), le clonage thérapeutique,… le parlement belge s’étant même permis le luxe du ridicule sur la scène internationale en adoptant au printemps 2009 une résolution condamnant les propos du pape sur le préservatif !

Certes, on ne peut imputer cette évolution à la seule responsabilité de la conférence épiscopale. Les laïcs chrétiens y ont une grande part de responsabilité, notamment les membres de l’ancien Parti social chrétien (francophone), qui ont abandonné tout attachement à l’enseignement de l’Église (ce qui s’est manifesté par le changement de nom du parti en Centre démocrate humaniste, en 2002, pour y enlever la référence chrétienne). Le parti chrétien flamand (CD&V) n’est guère plus fiable sur ces questions, bien qu’il ait conservé le qualificatif de « chrétien », et il en va de même d’un bon nombre d’institutions catholiques, lointaines héritières du « pilier » chrétien qui a commencé à se dissoudre dans les années 1970 et qui n’existe plus guère aujourd’hui que comme reliquat du passé. En ce sens, la Belgique n’échappe pas à la sécularisation qui concerne toute l’Europe.

Si donc on ne peut imputer à la conférence épiscopale la responsabilité de ce mouvement, il est clair toutefois qu’elle en porte une part et que Mgr Léonard pourrait offrir de nouvelles perspectives à une Église belge aujourd’hui en état d’inanition.

Se définissant plus volontiers philosophe que théologien, Mgr Léonard a en effet toujours eu une grande attirance pour la culture du débat, caractéristique de la démocratie, et il a toujours considéré que la foi chrétienne ne devait pas se tenir à l’écart du monde, dans une sorte de repli sur la sphère privée. Au contraire, il estime que la foi doit pousser les chrétiens à aller franchement à la rencontre du monde, pour lui communiquer l’espérance qui les anime. Non pas à la manière de ceux qui voudraient que la foi se dilue dans le monde, selon l’interprétation que certains prétendent tirer d’un « esprit du concile » qui ne se trouve pas dans les textes conciliaires. Mais au contraire, comme sel de la terre, pleinement dans le monde sans être du monde.


La différence

Mgr Léonard confirme ainsi la parole de Benoît XVI, déclarant que plus une religion s’assimile au monde, plus elle devient superflue : « Jésus a parlé de la foi et de l’engagement chrétien, rappelle Mgr Léonard dans une interview récente, comme sel de la terre, levain dans la pâte. Si le levain s’identifie entièrement à la pâte, il n’apportera plus rien à la pâte, il sera dissout simplement dans la pâte. Il est intéressant, parce qu’il est différent, mais il doit être dedans. Il faut être différent de la pâte, mais dans la pâte. Et si le sel de la terre est absolument identique à la terre, le sel va devenir insipide. »

À la différence de ce que préconisait le cardinal Daneels, Mgr Léonard considère donc volontiers que la religion doit davantage rayonner dans la sphère publique et qu’elle a pleine légitimité à prendre part au dialogue démocratique, étant entendu que ce dernier se fonde sur la raison et la recherche du bien commun, et non sur quelque argument d’autorité ou confessionnel. Il n’est donc nullement question de porter atteinte aux rouages de la démocratie ou d’interférer avec les compétences de l’État. Mais de refuser de voir le principe de neutralité de l’État, ou de séparation entre l’Église et l’État, s’ériger en laïcisme interdisant progressivement l’expression des convictions et des pratiques religieuses dans la sphère publique, comme le revendique par exemple le Parti socialiste dans le communiqué par lequel il réagit à la nomination du nouvel archevêque.

Comme on le voit, on peut ainsi espérer que l’ouverture à destination de la sphère publique et à la culture du débat, à laquelle Mgr Léonard encourage le monde chrétien, constituera un appel d’air susceptible de rendre un souffle nouveau à l’Église de Belgique et aux nombreux laïcs chrétiens aujourd’hui démobilisés et anesthésiés par l’apathie des dernières années. Pour autant, il ne s’agit nullement d’envisager quelque forme de retour à une chrétienté où le pouvoir religieux régenterait le monde politique, comme certains chrétiens (!) semblent le craindre. La démocratie authentique, que les chrétiens cherchent à servir, n’est en effet pas celle du rapport de force, mais de la recherche du bien commun, fondé en raison. Pour cela, nul besoin d’être majoritaire : au contraire, une minorité de chrétiens, pour autant qu’ils soient vraiment chrétiens, peuvent enrichir réellement le débat politique et l’encourager à être vraiment démocratique, c’est-à-dire fondé sur la raison et non sur les passions ou la seule lutte des intérêts.


Pour des communautés chrétiennes fortes

Cette perspective, qui concerne le rapport au monde et à la sphère politique, doit d’ailleurs être élargie à l’ensemble du témoignage chrétien et de la vie de l’Église. Car si les critiques et le débat entourant la nomination du nouvel archevêque se sont cristallisés sur les questions morales liées aux législations opposées à la doctrine chrétienne, ainsi que sur les rapports entre l’Église et l’État, ces questions ne font nullement partie des priorités du nouvel archevêque, comme il ne cesse de le répéter.

Car Mgr Léonard n’est pas un politique et il n’entend nullement le devenir. C’est un homme de Dieu. Vraiment. Profondément. Que de fois ne l’a-t-on pas entendu, ému, lorsqu’il parle de tel ou tel point de la foi ou de la vie en Dieu ? Et avec quel détachement et douce sérénité répond-il ces jours-ci aux attaques et questions-pièges qui l’assaillent de toutes parts ! Peut-être d’ailleurs est-ce cela aussi qui dérange : il a un tel sens de l’absolu de Dieu qu’il relativise bien des réalités mondaines… que nos contemporains ont souvent tendance à idolâtrer ou auxquelles ils consacrent toute leur énergie…

Loin de toute préoccupation politique, le nouvel archevêque cherchera plutôt à permettre le développement d’authentiques communautés chrétiennes, fortes et rayonnantes, même peu nombreuses, plutôt que de chercher à préserver coûte que coûte des structures héritées du passé et souvent affadies. C’est d’ailleurs de cette façon qu’il a toujours réservé dans son diocèse de Namur un accueil chaleureux aux communautés nouvelles, tout en consacrant une très grande partie de son temps à la visite sur le terrain de l’ensemble des communautés paroissiales de son diocèse.


« Mon but n’est pas de racoler des gens, dit-il. Mon but c’est qu’il y ait une vitalité chrétienne suffisante, même si elle est limitée numériquement, pour être attractive. C’est le Seigneur qui doit attirer, ce n’est pas nous qui devons racoler. Et s’il est transparent, fut-ce à travers une minorité de gens dans ce pays — mais s’il est transparent c’est que Jésus est à l’œuvre… que Dieu est à l’œuvre en ce monde, qu’Il touche les cœurs, qu’Il les transforme, qu’Il les mobilise, qu’Il les envoie en mission… si cela peut être transparent, au moins en quelques endroits, — cela permettra au Seigneur d’attirer vers Lui, à travers le témoignage de ses communautés, comme cela s’est fait au début de l’Église. Les chrétiens étaient une petite poignée dans l’Empire romain, mais on disait d’eux : voyez comme ils s’aiment, et à travers leurs témoignages, il y avait comme une puissance d’attraction qui se dégageait. »


Xavier Muller

libertepolitique.com

23.12.2009

La légende noire sur Pie XII expliquée

Communisme et fractures idéologiques expliquent la légende noire sur Pie XII

Entretien avec le directeur de L´Osservatore Romano

 

ROME, Mardi 23 juin 2009 (ZENIT.org) - La « légende noire » sur le pape Pie XII (Eugenio Pacelli), accusé de complicité avec le nazisme, a deux causes, selon le directeur de "L'Osservatore Romano" : la propagande communiste et les divisions récurrentes au sein de l'Eglise.

Giovanni Maria Vian les expose dans une interview accordée à ZENIT à l'occasion de la publication, sous sa direction, du livre intitulé « In difesa di Pio XII. Le ragioni della storia » (Pour défendre Pie XII. Les raisons de l'histoire), Venise, Marsilio, 2009, 168 pages, 13,00 euros).

 

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Le livre a été présenté le 10 juin par le cardinal secrétaire d'Etat, Tarcisio Bertone, le président de Marsilio Editori, Cesare De Michelis (Université de Padoue), et par les historiens Giorgio Israel (Université de Roma La Sapienza), Paolo Mieli (Université de Milan), par deux fois directeur du « Corriere della sera », et Roberto Pertici (Université de Bergame).

Le directeur du quotidien du Vatican, historien, n'hésite pas à reprendre l'expression « légende noire » , car le pape Pacelli qui, à sa mort en 1958, avait été unanimement encensé pour l'œuvre qu'il avait accomplie pendant la Seconde guerre mondiale, fut ensuite véritablement « diabolisé ». 

Comment une telle déformation de son image a-t-elle été possible, en quelques années, plus ou moins à partir de 1963 ? 


Propagande communiste 

Vian attribue cette campagne contre le pape en premier lieu à la propagande communiste qui s'est intensifiée à l'époque de la guerre froide.

Il fait remarquer que « la ligne adoptée dans les années de guerre par le pape et par le Saint-Siège, hostile aux totalitarismes mais traditionnellement neutre, se révéla en revanche, dans les faits, favorable à l'alliance contre Hitler, se caractérisant par un effort humanitaire sans précédent, qui a sauvé de très nombreuses vies humaines ». 

« Cette ligne fut de toute façon anti-communiste, ce qui explique que, déjà durant la guerre, le pape était pointé du doigt par la propagande communiste comme complice du nazisme et de ses atrocités ». 

L'historien considère que « même si Eugenio Pacelli a toujours été anti-communiste, il n'a jamais pensé que le nazisme pouvait être utile pour stopper le communisme, bien au contraire », et il en apporte la preuve en se fondant sur des faits historiques. 

Tout d'abord, « entre l'automne de 1939 et le printemps de 1940, dans les premiers mois de la guerre, le pape appuya la tentative de coup d'Etat contre le régime hitlérien fomenté par certains cercles militaires allemands en contact avec les Britanniques ». 

Ensuite, affirme G.M. Vian, après l'attaque de l'Allemagne contre l'Union soviétique au milieu de l'année 1941, Pie XII refusa dans un premier temps l'alignement du Saint-Siège sur la « croisade » contre le communisme, comme elle était présentée, et ensuite il a beaucoup fait pour tempérer l'opposition de nombreux catholiques américains à l'alliance des Etats-Unis avec l'Union soviétique stalinienne. 

La propagande soviétique, rappelle le spécialiste, a été efficacement reprise dans la pièce « Le Vicaire » ("Der Stellvertreter ") de Rolf Hochhuth, jouée pour la première fois à Berlin le 20 février 1963, et qui présentait le silence du pape comme de l'indifférence face à l'extermination des juifs. 

Déjà alors, constate G. M. Vian, on a considéré que ce drame relance nombre des accusations portées par Mikhail Markovich Scheinmann dans son livre Der Vatican im Zweiten Weltkrieg (« Le Vatican dans la seconde guerre mondiale »), d'abord publié en russe par l'Institut historique de l'Académie soviétique des sciences, organe de propagande de l'idéologie communiste. 

Et, nouvelle preuve de l'opposition de Pie XII au nazisme : le fait que les chefs du Troisième Reich aient considéré le pape comme un authentique ennemi, ainsi que l'attestent les documents des archives allemandes qui, non par hasard, avaient été fermées au public par l'Allemagne communiste et n'ont été que depuis peu rouvertes et étudiées, comme l'a souligné un article de Marco Ansaldo dans "la Repubblica" du 29 mars 2007

Le livre édité par G. M. Vian reprend successivement un texte du journaliste et historien Paolo Mieli, un écrit posthume de Saul Israël, biologiste, médecin et écrivain juif, des articles de Andrea Riccardi, historien et fondateur de la Communauté de Sant'Egidio, des archevêques Rino Fisichella, président de l'Académie pontificale pour la vie, et de Gianfranco Ravasi, président du Conseil pontifical pour la culture, du cardinal Tarcisio Bertone, secrétaire d'Etat au Vatican et, enfin, l'homélie et les deux discours de Benoît XVI prononcés en mémoire de son prédécesseur Pie XII. 


Division ecclésiale 

Bien des gens ont contribué à ce discrédit de Pie XII, y compris au sein de l'Eglise catholique, en raison de la division entre progressistes et conservateurs, qui s'accentua pendant et après le Concile Vatican II, annoncé en 1959 et clos en 1965, affirme le directeur de L'Osservatore Romano.

« Son successeur, Jean XXIII, Angelo Giuseppe Roncalli, fut très vite salué comme 'le bon pape' que, sans nuances, on opposait de plus en plus à son prédécesseur : en raison de son caractère et de son style radicalement différents, mais aussi de sa décision inattendue et retentissante de convoquer un concile ». 

Les critiques catholiques contre le pape Pacelli avaient été précédées, dès 1939, des questions et accusations du philosophe catholique français Emmanuel Mounier, reprochant au pape son « silence » à propos de l'agression italienne en Albanie. 

Pie XII fut, en outre, critiqué par des « cercles de Polonais en exil », qui lui reprochaient son silence face à l'occupation allemande. 

C'est ainsi que, lorsque la polarisation s'accrut dans l'Eglise à partir des années soixante, tous ceux qui s'opposaient aux conservateurs attaquaient Pie XII, considéré comme un symbole de ces derniers, alimentant ou utilisant des arguments repris de la « légende noire ». 


Justice historique

Le directeur de « L'Osservatore Romano » souligne que ce livre n'est pas né de l'intention de prendre la défense a priori du pape, « car Pie XII n'a que faire d'apologistes qui n'aident pas à clarifier la question historique ». 

En ce qui concerne les silences de Pie XII, non seulement sur la persécution des juifs (dénoncée sans bruit mais sans équivoque dans son message de Noël en 1942 et dans son allocution aux cardinaux du 2 juin 1943), mais aussi face aux autres crimes des nazis, l'historien souligne que cette ligne de conduite visait à ne pas aggraver la situation des victimes, tandis que le souverain Pontife se mobilisait pour les aider sur le terrain. 

« Pacelli lui-même s'interrogea à plusieurs reprises sur son attitude. Ce fut donc un choix conscient et difficile que de chercher à sauver le plus grand nombre possible de vies humaines au lieu de dénoncer continuellement le mal avec le risque réel de provoquer des horreurs encore plus grandes », explique G. M. Vian. 

Dans son livre, Paolo Mieli, d'origine juive, affirme dans ce sens : « Prendre pour argent comptant les accusations contre Pacelli, c'est comme traîner sur le banc des coupables présumés, avec les mêmes chefs d'accusation, Roosevelt et Churchill, en les accusant de ne pas avoir parlé plus clairement des persécutions antisémites ». 

Rappelant que des membres de sa famille sont morts dans l'Holocauste, Paolo Mieli a déclaré textuellement : « Je refuse d'imputer la mort des miens à une personne qui n'en est pas responsable ». 

Le livre publie aussi un texte inédit de Saul Israel écrit en 1944 lorsque, avec d'autres juifs, il avait trouvé refuge dans le couvent de San Antonio, via Merulana, à Rome. 

Son fils, Giorgio Israel, qui a participé à la présentation du livre, a ajouté : « Ce ne fut pas tel ou tel couvent ou le geste de compassion de quelques-uns, et personne ne peut penser que toute cette solidarité dont témoignèrent les églises et les couvents, ait pu avoir lieu à l'insu du pape, voire sans son consentement. La légende de Pie XII est la plus absurde de toutes celles qui circulent ». 


Au-delà de la légende noire

G. M. Vian explique ensuite que le livre édité sous sa responsabilité n'a pas l'intention de se focaliser sur la légende noire, mais que, « un demi siècle après la mort de Pie XII (9 octobre 1958) et soixante ans après son élection (2 mars 1939), un nouveau consensus historiographique semble se dessiner sur l'importance historique de la figure et du pontificat de Eugenio Pacelli ». 

L'objectif du livre est surtout de contribuer à restituer à l'histoire et à la mémoire des catholiques un pape et un pontificat d'une importance capitale sous maints aspects qui, dans l'opinion publique, sont encore éclipsés par la polémique suscitée par la « légende noire ».

Propos recueillis par Jesús Colina

Traduit de l'italien par Elisabeth de Lavigne