08.12.2009

'Dieu est là'. Voici comment l'Eglise d'Italie se prépare à Noël

"Dieu est là". Voici comment l'Eglise d'Italie se prépare à Noël

En organisant une réunion internationale de philosophes, de savants et d'artistes, avec l'objectif de replacer Dieu au centre d'une culture qui le nie. Tandis que Benoît XVI enseigne que Dieu se révèle non aux savants mais aux "tout-petits"

par Sandro Magister




ROME, le 7 décembre 2009 – Au milieu de ce temps de l’Avent, un événement international a lieu à Rome. Il est centré justement sur ce Dieu "qui est venu, qui vient et qui viendra".

L'événement est organisé par la conférence des évêques d’Italie, plus précisément par le comité pour le projet culturel présidé par le cardinal Camillo Ruini.

Intitulé "Dieu aujourd’hui. Avec lui ou sans lui, cela change tout", il est étroitement lié à ce que Benoît XVI, dans sa mémorable lettre du 10 mars 2009 aux évêques, a indiqué comme "la priorité au-dessus de toutes les autres : rendre Dieu présent dans ce monde et ouvrir aux hommes l'accès à Dieu".

Concrètement, du 10 au 12 décembre, évêques et philosophes, théologiens et savants, artistes et musiciens, poètes et lettrés, hommes et femmes d’orientations mais aussi de croyances différentes, proches ou éloignés de Dieu, se rencontreront devant un vaste public. Mais ils parleront tous de Lui, le Dieu de la Bible, le Dieu trinitaire, le Dieu chrétien, celui qui a le visage humain de Jésus. Ce Dieu qui est exilé de la culture postmoderne, refusé par la science, et qui est pourtant de plus en plus présent dans la réalité que vivent tant d’hommes et de femmes de notre temps.

Parmi les orateurs, des noms connus : le cardinal Ruini, bien sûr, créateur de l’événement, Robert Spaemann, le philosophe allemand qui a justement consacré à la question de Dieu ses essais les plus pénétrants, puis Roger Scruton, Emanuele Severino, Rémi Brague, Aldo Schiavone, Robert Schneider, Antonio Paolucci, Denis Alexander, Giuliano Ferrara, Martin Nowak, Giorgio Israel, Peter van Inwagen, et bien d’autres encore.

Ils parleront de Dieu sous divers angles. "Dieu dans la musique" et "Dieu et la violence", "Création et évolution" et "Dieu au cinéma et à la télévision", "Dieu et les sciences" et "Dieu dans la beauté".

Ce sera aussi un dialogue sans frontières géographiques. "La question de Dieu n’est pas exclusivement occidentale" a déclaré le cardinal Ruini quand il a présenté l'événement à la presse, vendredi 4 décembre au Palais du Capitole. "Le langage scientifique est de plus en plus universel ; il universalise donc aussi sa négation de Dieu. C’est pourquoi l'Occident a une dette envers le monde entier : il doit non pas supprimer les raisons de la foi en Dieu mais se les rendre plus claires. Ce n’est qu’ainsi qu’il pourra dialoguer aussi avec les autres cultures, surtout celles de l'Asie, et ne pas se replier sur soi".

En somme, le pari de l'événement sur "Dieu aujourd’hui", c’est de redonner vie à une rencontre positive entre la foi et la culture d’aujourd’hui, en une sorte d’Aréopage moderne, en recréant l'aventure que Raphaël peignit si merveilleusement à fresque, il y a 500 ans, dans son "Ecole d’Athènes" (photo ci-dessus : détail).

Ses maîtres philosophes vont, chacun à sa façon et par des chemins parfois tortueux, vers ce qu’ils voient sur le mur d’en face : le mystère de l'hostie sacrée, l’Eglise terrestre et céleste, la magnificence de Dieu.

 

***

 

Le programme de l'événement est disponible sur la page web qui lui est consacrée, avec la présentation des orateurs et, au fur et à mesure, le compte-rendu et les textes :

> "Dieu aujourd’hui. Avec lui ou sans lui, cela change tout ", Rome, 10-12 décembre 2009

L’ensemble bénéficiera d’une couverture médiatique par le journal et la chaîne de télévision appartenant à la conférence des évêques d’Italie :

> Avvenire

> TV 2000

Benoît XVI est bien sûr informé de cet événement organisé par l’Eglise italienne et qui aura lieu à quelques pas des palais du Vatican. Il n’y prendra pas la parole. Mais l’harmonie entre cet événement et le magistère de ce pape est si forte qu’elle se manifeste toute seule, y compris sous les formes et aux moments les plus inattendus.

Un exemple très fort de cette harmonie est l'homélie improvisée par Benoît XVI, mardi 1er décembre de bon matin, à la messe qu’il a célébrée avec les membres de la commission théologique internationale, à la Chapelle Pauline.

Le pape a commencé son homélie en commentant l’Evangile du jour, précisément le passage où Jésus rend grâce au Père céleste "parce que tu as caché ces choses aux sages et aux savants et que tu les as révélées aux tout-petits".

Ce mystère de Dieu ignoré et repoussé par la culture dominante et au contraire vivant dans le cœur et l’esprit des "tout-petits" – prêché par le pape Benoît dans cette passionnante homélie – c’est celui qui sera au cœur de l'événement romain de ces jours prochains.



Le mystère révélé aux tout-petits

par Benoît XVI

Rome, Palais Apostolique du Vatican, Chapelle Pauline, le 1er décembre 2009



Chers frères et sœurs, les paroles du Seigneur que nous venons d’entendre dans le passage de l’évangile (Luc 10, 21-24) sont pour nous, théologiens, un défi ou peut-être, pour mieux dire, une invitation à faire un examen de conscience : qu’est-ce que la théologie ? Nous, théologiens, que sommes-nous ? Comment bien faire de la théologie ? Nous avons entendu le Seigneur louer le Père d’avoir caché le grand mystère du Fils, le mystère trinitaire, le mystère christologique, aux sages, aux savants - ils ne l’ont pas connu - mais de l’avoir révélé aux tout-petits, aux "nèpioï", à ceux qui ne sont pas savants, qui n’ont pas une grande culture. C’est à eux qu’a été révélé ce grand mystère.

Par ces paroles, le Seigneur décrit simplement un fait de sa vie ; un fait qui commence dès l’époque de sa naissance, quand les Mages de l’Orient demandent aux gens compétents, aux scribes, aux exégètes, quel est le lieu de la naissance du Sauveur, du Roi d’Israël. Les scribes le savent parce que ce sont de grands spécialistes ; ils peuvent dire tout de suite où naît le Messie : à Bethléem ! Mais ils ne se sentent pas invités à y aller : pour eux cela reste une connaissance académique, qui ne touche pas leur vie ; ils restent en dehors. Ils peuvent donner des informations, mais l’information ne devient pas formation de leur vie.

Puis, pendant toute la vie publique du Seigneur, on trouve la même chose. Il est impossible, pour les savants, de comprendre que cet homme qui n’est pas savant, qui est un galiléen, puisse être vraiment le Fils de Dieu. Il reste inacceptable, pour eux, que Dieu, le grand, l’unique, le Dieu du ciel et de la terre, puisse être présent en cet homme. Ils savent tout, ils connaissent aussi Isaïe 53, toutes les grandes prophéties, mais le mystère reste caché. Au contraire il est révélé aux petits, depuis la Vierge Marie jusqu’aux pêcheurs du lac de Galilée. Ils savent, comme le capitaine romain sous la croix sait : celui-ci est le Fils de Dieu.

Les faits essentiels de la vie de Jésus n’appartiennent pas qu’au passé : ils sont présents, de différentes manières, à toutes les générations. Et ainsi, même à notre époque, au cours des 200 dernières années, on observe la même chose. Il y a de grands savants, de grands spécialistes, de grands théologiens, des maîtres de la foi, qui nous ont enseigné beaucoup de choses. Ils ont pénétré dans les détails de la Sainte Ecriture, de l’histoire du salut, mais ils n’ont pas pu voir le mystère lui-même, le vrai noyau, à savoir que Jésus était réellement Fils de Dieu, que le Dieu trinitaire entre dans notre histoire, à un moment historique déterminé, dans un homme comme nous. L’essentiel est resté caché ! On pourrait facilement citer de grands noms de l’histoire de la théologie de ces 200 dernières années, dont nous avons beaucoup appris, mais pour qui le mystère n’a pas été ouvert aux yeux du cœur.

Au contraire, il y a aussi, à notre époque, des petits qui ont connu ce mystère. Pensons à sainte Bernadette Soubirous ; à sainte Thérèse de Lisieux, avec sa nouvelle lecture de la Bible, "non scientifique" mais qui va jusqu’au cœur de la Sainte Ecriture ; et aussi aux saints et bienheureux de notre de notre temps : sainte Joséphine Bakhita, la bienheureuse Teresa de Calcutta, saint Damien de Veuster. On pourrait en citer tant !

Mais de tout cela naît la question : pourquoi est-ce ainsi ? Le christianisme est-il la religion des sots, des gens sans culture, non formés ? La foi s'éteint-elle là où la raison se réveille ? Comment cela s’explique-t-il ?

Peut-être faut-il regarder encore une fois l’histoire. Ce que Jésus a dit, ce que l’on peut observer dans tous les siècles, reste vrai. Mais il y a une "espèce" de petits qui sont également savants. Au pied de la croix se tient la Vierge Marie, humble servante de Dieu et grande dame éclairée par Dieu. Et aussi Jean, pêcheur du lac de Galilée ; mais c’est ce Jean qui sera appelé à juste titre «le théologien» par l’Eglise, parce qu’il a vraiment su voir et annoncer le mystère de Dieu : avec l’œil de l’aigle il est entré dans l’inaccessible lumière du mystère divin.

Même après sa résurrection, le Seigneur touche, sur le chemin de Damas, le cœur de Saül, un de ces savants qui ne voient pas. Celui-ci, dans la première lettre à Timothée, dit qu’il était «ignorant» à cette époque, malgré sa science. Mais le Ressuscité le touche : il perd la vue et, en même temps, il devient vraiment voyant, il commence à voir. Le grand savant devient un tout-petit et c’est justement pour cela qu’il voit la sottise de Dieu qui est sagesse, une sagesse plus grande que toutes les sagesses humaines.

On pourrait continuer à lire toute l’histoire de cette façon. Encore une seule observation. Ces savants et ces sages, "sophoï" et "synètoï", apparaissent dans la première lecture sous un autre aspect (cf. Isaïe 11, 1-10). Ici "sophia" et "synèsis" sont des dons de l’Esprit-Saint qui reposent sur le Messie, sur le Christ. Qu’est-ce que cela signifie ? On comprend qu’il y a un double usage de la raison et une double manière d’être sages ou petits.

Il y a une façon d’utiliser la raison qui est autonome et se place au-dessus de Dieu, dans toute la gamme des sciences, à commencer par les sciences naturelles, où une méthode adaptée à la recherche de la matière est généralisée : Dieu n’entre pas dans cette méthode, donc Dieu n’existe pas. Il en est ainsi, enfin, même en théologie : on pêche dans les eaux de la Sainte Ecriture avec un filet qui ne permet de prendre que des poissons d’une certaine taille ; ce qui est au-delà de cette taille n’entre pas dans le filet et ne peut donc pas exister. Le grand mystère de Jésus, du Fils fait homme, est ainsi réduit à un Jésus historique : une figure tragique, un fantôme sans chair ni os, un homme qui est resté dans le sépulcre, s’est corrompu et est vraiment un mort. Cette méthode parvient à "capter" certains poissons mais exclut le grand mystère, parce que l’homme se fait lui-même mesure : il a cet orgueil, qui est en même temps une grande sottise parce qu’il absolutise des méthodes qui ne sont pas adaptées aux grandes réalités ; il entre dans cet esprit académique que nous avons vu chez les scribes qui répondent aux Rois mages : cela ne me concerne pas; je reste enfermé dans ma vie, qui n’en est pas changée. C’est la spécialisation qui voit les détails, mais perd de vue l’ensemble.

Et puis il y a l’autre façon d’utiliser la raison, d’être savant : celle de l’homme qui reconnaît qui il est ; il reconnaît sa propre taille et la grandeur de Dieu, en s’ouvrant humblement à la nouveauté de l’action de Dieu. Ainsi, justement parce qu’il accepte sa petitesse, qu’il se fait aussi petit qu’il l’est réellement, il arrive à la vérité. De cette façon, la raison aussi peut exprimer toutes ses possibilités, elle ne s’éteint pas, mais elle s’élargit et devient plus grande. Il s’agit d’une autre "sophia", d’une autre "synèsis", qui n’exclut pas du mystère mais qui est vraiment communion avec le Seigneur en qui résident le savoir, la sagesse, et leur vérité.

Maintenant, nous voulons prier pour que le Seigneur nous donne la vraie humilité. Qu’il nous donne la grâce d’être tout-petits pour pouvoir être vraiment sages ; qu’il nous éclaire, nous fasse voir son mystère de la joie du Saint-Esprit, nous aide à être de vrais théologiens, capables d’annoncer son mystère parce qu’ils sont touchés au fond de leur cœur, au fond de leur vie. Amen.


LES LECTURES COMMENTÉES PAR LE PAPE


Du livre du prophète Isaïe (11, 1-10)

Un rameau sortira du tronc de Jessé
et de ses racines croîtra un rejeton.
Sur lui reposera l'Esprit de Yahweh,
esprit de sagesse et d'intelligence,
esprit de conseil et de force,
esprit de connaissance et de crainte de Yahweh ;
il mettra ses délices dans la crainte de Yahweh.
Il ne jugera point sur ce qui paraîtra à ses yeux
et il ne prononcera point sur ce qui frappera ses oreilles.
Il jugera les petits avec justice,
et prononcera selon le droit pour les humbles de la terre.
Il frappera la terre de la verge de sa bouche
et par le souffle de ses lèvres il fera mourir le méchant.
La justice ceindra ses flancs
et la fidélité sera la ceinture de ses reins.
Le loup habitera avec l'agneau,
la panthère reposera avec le chevreau ;
le veau, le lion et le bœuf gras vivront ensemble
et un jeune enfant les conduira.
La vache et l'ourse iront au même pâturage,
leurs petits auront un même gîte ;
et le lion mangera du fourrage comme le bœuf.
Le nourrisson s'ébattra sur le trou de la vipère
et dans le repaire du basilic l'enfant à peine sevré mettra sa main.
On ne fera point de mal et on ne détruira plus
sur toute ma montagne sainte ;
car le pays sera rempli de la connaissance de Yahweh,
comme le fond des mers par les eaux qui le couvrent.
Et il arrivera en ce jour-là :
a racine de Jessé, élevée comme un étendard pour les peuples,
sera recherchée par les nations,
et son séjour sera glorieux.


De l’Evangile selon Luc (10, 21-24)

Au même moment, il tressaillit de joie par l'Esprit-Saint et il dit : "Je te bénis, Père, Seigneur du ciel et de la terre, de ce que tu as caché ces choses aux sages et aux savants et les as révélées aux tout-petits. Oui, Père, car tel fut ton bon plaisir. Toutes choses m'ont été remises par mon Père ; et personne ne sait ce qu'est le Fils, si ce n'est le Père, ni ce qu'est le Père, si ce n'est le Fils et celui à qui le Fils aura bien voulu le révéler".

Et se tournant vers les disciples, il leur dit en particulier : "Heureux les yeux qui voient ce que vous voyez ! Car, je vous le dis, beaucoup de prophètes et de rois ont voulu voir ce que vous voyez et ne l'ont pas vu, entendre ce que vous entendez et ne l'ont pas entendu".

 

 


Traduction française par Charles de Pechpeyrou.

30.09.2009

Retraite à Ars : Dieu ouvre à l’homme le chemin de la vie divine

Retraite à Ars : Dieu ouvre à l’homme le chemin de la vie divine

Homélie du cardinal Vingt-Trois

 

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ROME, Mardi 29 septembre 2009 (ZENIT.org) - « Lorsque nous sommes les ministres de la miséricorde, nous prophétisons et nous réalisons, affirme le cardinal Vingt-Trois, que Dieu est venu rejoindre l'homme au plus bas de sa situation mortelle et lui ouvre le chemin de la vie divine ».

Le cardinal André Vingt-Trois, archevêque de Paris et président de la conférence des évêques de France, a présidé la messe de la retraite sacerdotale internationale, ce mardi matin, à Ars, en l'église souterraine Notre-Dame de la Miséricorde, en présence de quelque 1200 prêtres, évêques et cardinaux du monde entier.

Méditant sur la fête et les lectures de ce jour - fête des saints archanges Michel, Gabriel et Raphaël - , le cardinal a fait remarquer avec humour : « selon les pays dont vous venez et les cultures qui vous ont nourris vous pouvez avoir plus ou moins de facilité à comprendre qui sont les anges et les archanges ».

L'archevêque a proposé une méditation à partir de l'Evangile de Jean et de la prophétie de Jésus à Nathanaël (I, 47-51): « Jésus reprit : " Je t'ai dit que je t'ai vu sous le figuier, et c'est pour cela que tu crois ! Tu verras des choses plus grandes encore." Et il ajouta : " Oui, vraiment, je vous le dis : vous verrez les cieux ouverts, avec les anges de Dieu qui montent et descendent au-dessus du Fils de l'homme. " »

A propos de l'esprit qui traverse les mentalités contemporaines, l'archevêque a fait remarquer : « Le ciel n'est plus en haut et la terre n'est plus en bas », et l'homme espérait être « délivré du sentiment d'être opprimé par le ciel », mais son soi-disant bonheur est marqué de « tache noires » telles que « guerres », « refus de la vie », « désespoir »... s'agit-il de s'en « accommoder ? »

Revenant à la rencontre de Jésus avec Nathanaël, le cardinal y voit une invitation à « ouvrir une autre porte », car « non seulement Jésus assume l'héritage de la loi en accueillant ce véritable Israélite qui a grandi sous le figuier de la Loi et en a tiré le meilleur, mais il lui annonce une chose plus extraordinaire : vous verrez les cieux ouverts et le Fils de l'homme », lui, « l'Envoyé ».

« Nous sommes invités, a commenté le cardinal Vingt-Trois, à ajuster cette promesse, cette prophétie qui est en même temps une espérance offerte par le Christ, non seulement aux vrais Israélites qui ont grandi sous le figuier de la Loi, mais aussi les nations qui ont vécu en dehors du figuier ».

Pour l'archevêque de Paris, ces « cieux ouverts », et cette « échelle qui monte vers la plénitude de Dieu » assure « la venue de son Envoyé » et le « retour du Fils dans la plénitude de la gloire du Père et la promesse de partager la vie qui ne finit pas ».

Dans cette vision johannique, « la terre n'est pas dissociée du Ciel », a fait observer le cardinal français.

Certes, a-t-il ajouté, « Dieu n'est pas l'un de nous, n'est pas comme nous, nous ne sommes pas des anges, nous ne sommes pas Dieu, mais il y a une échelle dressée entre l'histoire humaine et l'infini amour de Dieu » et « la vie circule entre Dieu et les hommes » : « il envoie son Fils, son Unique non pour condamner le monde mais pour que le monde soit sauvé ».

« L'humanité, a constaté l'archevêque, nourrit une sorte de neurasthénie de désespoir d'être enclose dans une planète où il n'y a pas d'autre solution que de voir s'user les ressources naturelles et arriver à disette » : il nous faut donc vivre avec cette terre, cet air, cette eau les maladies et la mort : comment ne pas comprendre ce « désespoir au cœur d'homme » et même son «  renoncement à transmettre cette vie » ?

Or, a répondu l'archevêque de Paris, « les cieux sont vraiment ouverts (...) parce que le Christ est envoyé par le Père », et qu'il a « fait se rejoindre le ciel et la terre », parce que « le Christ est mort, ressuscité et glorifié dans le Père et entraîne la terre avec lui comme Premier-né de la Création ». Il projette ainsi « un chemin de lumière sur nos existences et l'avenir de l'humanité tout entière »

Faisant le parallèle avec le rôle des anges, le cardinal Vingt-Trois a ajouté : « De cela nous sommes les messagers : lorsque nous sommes les ministres de la miséricorde, nous prophétisons et nous réalisons que l'être humain n'est pas prisonnier de lui-même, de ses « qualités » et « défauts », de ses « péchés », de ses « crimes », de son « incroyance » même.

« Nous prophétisons et réalisons, a affirmé le cardinal français, que Dieu est venu rejoindre l'homme au plus bas de sa situation mortelle et lui ouvre le chemin de la vie divine », « nous sommes des messagers qui se voient » et c'est « plus facile pour communiquer » qu'avec les anges qu'on ne voit pas.

« Nous devons accepter modestement avec crainte et tremblement d'hériter, dans ce monde moderne - qui a expulsé les anges - d'hériter de leur fonction pour que l'ouverture du ciel soit connue, que la mort et la culpabilité ne détruisent pas l'espérance humaine et que les habitants de la terre ne se croient pas acculés à la mort mais appelés à la vie », a fait remarquer le cardinal Vingt-Trois.

En conclusion, l'archevêque de Paris a émis ce vœu « que Dieu donne à chacun la capacité d'être ce témoin de l'espérance, que Dieu donne à chacun de nous une part du ministère que le curé d'Ars a exercé avec fruit, en écoutant les pécheurs inlassablement », « en acceptant avec les grands mystiques » comme « sainte Thérèse de l'Enfant Jésus et de la Sainte-Face, d'être « conduits à la nuit complète pour que les hommes aient la lumière ».

« Soyez joyeux » a encore invité le cardinal Vingt-Trois qui a laissé une dernière référence aux retraitants d'Ars, l'écrivain français Georges Bernanos et le « Journal d'un curé de campagne », spécialement cette page où il dit : «le monde nous reproche d'être des symboles du deuil et de la tristesse, et Bernanos répond : nous sommes habillés de noir, mais nous pourrions être habillés d'or parce que nous portons toute l'espérance du monde ».

Avant la conclusion de l'eucharistie, le cardinal Vingt-Trois a invité les prêtres à « exploiter au mieux cette année sainte et l'héritage des saints », mais aussi à « fabriquer » par leur ministère « de nouveaux saints ».

Anita S. Bourdin

02.03.2009

Benoît XVI invite les fidèles à invoquer les anges dans leur vie de foi

Au cours de la prière de l’Angélus

 

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ROME, Dimanche 1er mars 2009 (ZENIT.org) - En évoquant le récit de l'Evangile de Marc relatant la tentation de Jésus au désert, Benoît XVI a mis en avant le rôle des anges, invitant les fidèles à les invoquer souvent pour les aider à « suivre Jésus ».

Au cours de la prière de l'Angélus, ce 1er mars, le pape, qui commence en fin de journée une semaine d'exercice de Carême, a invité les fidèles à prier pour lui et pour ses collaborateurs de la Curie romaine.

Le pape a évoqué ce passage de l'Evangile de saint Marc : « L'Esprit pousse Jésus au désert. Et dans le désert il resta quarante jours, tenté par Satan » (Mc 1,12).

Dans cet Evangile, « les anges, figures lumineuses et mystérieuses, apparaissent presque à la hâte, dans la brièveté du récit, face à cette figure obscure et ténébreuse qui ose tenter le Seigneur », a expliqué Benoît XVI. « Les anges, dit l'Evangile, ‘servaient' Jésus (Mc 1,13); ils sont le contrepoint de Satan ». « ‘Ange' veut dire ‘envoyé' », a poursuivi le pape en expliquant que « nous trouvons ces figures dans tout l'Ancien Testament, qui aident et guident les hommes au nom de Dieu ».

Le pape a entre autre rappelé « la figure de l'ange Raphaël » dans le Livre de Tobie, mais aussi celle de Gabriel, dans le Nouveau Testament, « envoyé pour annoncer à Zacharie et à Marie les heureux événements qui sont le début de notre salut » ou encore le chœur d'anges qui « annonce aux pasteurs la bonne nouvelle de la naissance du Sauveur ».

« Nous enlèverions une part importante de l'Evangile si nous laissions de côté ces êtres envoyés par Dieu, qui annoncent sa présence parmi nous et en sont un signe », a ajouté le pape. « Invoquons-les souvent, pour qu'ils nous soutiennent dans l'engagement de suivre Jésus jusqu'à nous identifier à Lui ».

Le pape a enfin demandé aux anges, « particulièrement aujourd'hui », de veiller sur lui et sur ses collaborateurs de la Curie romaine. « Cet après-midi, comme chaque année, nous commençons la semaine des Exercices spirituels », a ajouté le pape.

La retraite de Carême au Vatican, qui se déroulera du 1er au 7 mars, sera prêchée par le cardinal nigérian Francis Arinze, préfet émérite de la Congrégation pour le culte divin et la discipline des sacrements, sur le thème « Le prêtre rencontre Jésus et le suit ». Durant cette semaine, toutes les audiences du pape sont suspendues.