27.02.2010
Dieu veut te parler - Homélie 2° dimanche du Carême C 2010
Dans la nature, les saisons impriment un rythme à la vie. Chaque saison apporte à la nature quelque chose qui pourvoit à sa croissance. C’est la même chose dans l’Eglise avec les saisons liturgiques. A chaque temps liturgique Dieu envoie les grâces dont nous avons besoin pour pouvoir grandir en sagesse, en sainteté, dans le bonheur. Mais nous ne bénéficions pas de ces grâces de manière automatique, à la manière dont les plantes bénéficient de la lumière du soleil. Ces grâces, nous devons les accueillir volontairement.
Mais comment ? Comment nous exposer à cette lumière surnaturelle qui nous fait grandir, qui transforme nos cœurs, durant de ce temps du Carême ? Aujourd’hui l’Eglise nous rappelle la méthode la plus efficace qui est à notre disposition pour accueillir toutes les grâces que Dieu veut nous accorder durant ce Carême : la prière.
Dans la première lecture de ce dimanche nous apprenons que
« Le Seigneur parlait à Abraham dans une vision. »
Elle nous rapporte le dialogue qui s’en est suivi. La prière, c’est cela. Il n’est pas nécessaire d’avoir des visions. Mais nous devons dialoguer avec Dieu dans la foi d’Abraham.
Le Psaume nous donne l’exemple d’une prière du roi David en face du danger :
« C’est ta face, Seigneur, que je cherche :
ne me cache pas ta face. »
Saint Paul, dans la deuxième lecture, rappelle aux chrétiens de Philippes qu’alors que la plupart des gens « ne tendent que vers les choses de la terre … nous sommes citoyens des cieux ». Nous nous occupons de Dieu – c’est la prière.
Enfin, dans l’Evangile, Jésus emmène avec lui trois de ses plus proches disciples à l’écart de l’agitation du monde, sur une haute montagne, pour y être seul avec eux, et leur enseigner la prière.
Posons-nous la question : où en sommes-nous dans notre vie de prière. Dans quel état est-elle ? Depuis un ou dix ans, avons-nous fait du progrès ? Si notre vie de prière n’est pas ce qu’elle devrait être, nous serons incapables d’assimiler toutes les grâces que le Seigneur veut nous accorder durant ces quarante jours, ces grâces dont nous avons vraiment besoin.
Les chrétiens de l’Antiquité ont réalisé des œuvres d’art magnifiques pour exprimer l’importance et les bienfaits de la prière. Une œuvre particulièrement remarquable se trouve à la Basilique Saint-Apollinaire in Class à Ravenne.

Ravenne était la capitale occidentale de l’Empire byzantin durant le Haut Moyen Âge. Les églises de cette époque reflétaient la grandeur à la fois de l’Empire et de l’Eglise. Elles comportent l’ensemble de mosaïques le plus important d’Europe. Une de ces mosaïques représente une petite fontaine blanche en marbre comme un charmant abreuvoir à oiseaux.
Le bord de la fontaine est décoré d’une lisière dorée. La fontaine est remplie d’une eau bleue limpide. Deux colombes sont perchées de chaque côté. L’une d’entre elles se penche pour boire, tandis que l’autre lève la tête pour regarder tout autour...
Pour lire la suite de l'homélie, cliquer sur le logo Praedicatho :
16:59 Écrit par Père Walter dans Homélies 2009-2010 (année C) | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : prier, ravenne, evangile, ecriture, bible, liturgie, dimanche, careme, homelie, priere, mosaiques |
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19.11.2009
Anglicans et orthodoxes. Le cardinal Kasper entre deux feux
Le coup de téléphone nocturne de l'archevêque de Cantorbéry. Les méfiances des Eglises d'Orient. Le responsable de l'œcuménisme catholique révèle les dessous de "Anglicanorum cœtibus"
par Sandro Magister
ROME, le 18 novembre 2009 – Le cardinal Walter Kasper l'a reconnu : "Il y a eu un peu de confusion". Or, sans le vouloir, il avait contribué à cette confusion.
Le 20 octobre, le cardinal William J. Levada, préfet de la congrégation pour la doctrine de la foi, a annoncé la publication imminente d’une constitution apostolique destinée à organiser l'entrée dans l’Eglise catholique de groupes provenant de la Communion anglicane. Ce jour-là, Kasper, président du conseil pontifical pour l'unité des chrétiens et donc sûrement qualifié pour traiter le dossier, était non pas à Rome mais à Chypre, occupé à tout autre chose.
Certains en ont déduit que Kasper avait voulu prendre ses distances par rapport à une décision qui n’émanait pas de lui et qu’il n’approuvait peut-être pas tout à fait.
Le cardinal Kasper était à Chypre parce que cette île accueillait, du 16 au 23 octobre, la seconde session (la première a eu lieu à Ravenne en 2007) du dialogue théologique entre catholiques et orthodoxes sur la manière de comprendre la primauté du pape. Un dialogue œcuménique d’une importance capitale, pour lequel Kasper dirigeait la délégation de Rome.
Son absence de Rome lors de l’annonce d’"Anglicanorum cœtibus", enfin signée par le pape le 4 novembre et rendue publique le 9, était donc tout à fait justifiée. Mais le fait que Kasper ait continué à se taire à ce sujet même après être revenu de Chypre a fait perdurer l’impression qu’il avait des réserves.
Le cardinal Kasper a mis fin à son silence dans une interview accordée à "L'Osservatore Romano" et publiée le 15 novembre.
Une interview riche d’informations clarificatrices. Et qui révèle certains dessous de l’affaire.
***
"Tenons-nous-en aux faits", dit le cardinal Kasper dans l'interview. "Un groupe d’anglicans a librement et légitimement demandé à entrer dans l’Eglise catholique. L’initiative ne vient pas de nous. Ils se sont d’abord adressés à notre conseil [pour l'unité des chrétiens] et, en tant que président, j’ai répondu que la question était de la compétence de la congrégation pour la doctrine de la foi. [...] Le conseil a été constamment informé par la congrégation pour la doctrine de la foi et il n’est pas vrai qu’il ait été tenu à l’écart. Nous n’avons pas pris part directement aux conversations, mais nous avons été tenus au courant, comme il se doit. Le texte de la constitution [apostolique] a été préparé par la congrégation pour la doctrine de la foi ; nous avons vu le projet et présenté nos propositions".
En tout cas la gestation d’"Anglicanorum cœtibus" a été secrète jusqu’au dernier moment, même vis-à-vis des plus hautes autorités de l’Eglise anglicane. Kasper était déjà à Chypre quand l'archevêque de Cantorbéry, Rowan Williams (photo, avec Benoît XVI) a été informé de sa publication imminente. Il raconte que Williams lui a téléphoné en pleine nuit pour lui demander des explications. Dans l'interview, Kasper raconte :
"Nous avons parlé du sens de la nouvelle constitution apostolique. Je l’ai rassuré quant à la poursuite de nos dialogues directs, comme le prévoit le concile Vatican II et comme le veut le pape. Il m’a répondu que, pour lui, cette confirmation était un message très important".
Deux jours plus tard, le 20 octobre, à Londres, Williams a annoncé, conjointement avec l'archevêque catholique de Westminster, Vincent G. Nichols, la publication prochaine de la constitution apostolique, tandis qu’au même moment, à Rome, le cardinal Levada faisait la même annonce. Pour cette raison aussi, Kasper dit qu’il apprécie "l'attitude équilibrée" de l'archevêque de Cantorbéry.
"Nos rapports personnels sont cordiaux et transparents. C’est un homme de spiritualité, un théologien. En réalité, aujourd’hui, les obstacles au dialogue œcuménique ne peuvent venir que des tensions internes au monde anglican".
Il faut souligner cette dernière affirmation. Selon Kasper, le désir de certains groupes anglicans de passer au catholicisme, ainsi que les obstacles à un rapprochement plus général entre Rome et Cantorbéry, viennent non pas d’une volonté de l’Eglise catholique d’"étendre son empire" ("commentaire ridicule", coupe le cardinal), mais de causes qui sont toutes internes à la Communion anglicane.
Voici comment, dans l'interview, le cardinal décrit ces causes :
"Il y a eu successivement l'ordination de femmes à la prêtrise puis à l’épiscopat, la consécration d’un évêque homosexuel, la bénédiction de couples homosexuels : des choix qui ont provoqué de graves tensions au sein du composite monde anglican. Par la force des choses, le fossé qui sépare celui-ci des catholiques s’est aussi élargi. En tout cas, la réponse critique à ces évolutions n’est pas venue seulement des anglicans catholicophiles. En somme, ceux qui désapprouvent ces nouveautés ne veulent pas tous devenir catholiques, notamment parce que la majorité des anglicans est d'inspiration evangelical".
Le cardinal fait ici allusion au fait que les 77 millions d’anglicans qu’il y a dans le monde vivent pour la plupart au Nigeria, au Kenya, en Ouganda et autres pays d’Afrique, où ils sont presque tous hostiles aux "nouveautés" mentionnées ci-dessus, qui sont limitées à la Grande-Bretagne et aux Etats-Unis. Mais les anglicans d'Afrique n’ont pas pour autant envie de devenir catholiques. Ceux qui frappent à la porte de Rome sont plutôt des groupes anglais, américains, australiens, qui sont en contact plus direct avec les tendances qu’ils détestent et qui sont depuis longtemps attirés par le catholicisme.
A ceux-là, dit Kasper,
"le pape a ouvert la porte avec bienveillance, il leur a indiqué une route et offert une possibilité concrète qui n’est sûrement pas opposée à l'œcuménisme. Déjà le décret 'Unitatis redintegratio' de Vatican II souligne clairement que l'œcuménisme est une chose et la conversion une autre. Mais il n’y a pas de contradiction".
Mais le cardinal invite aussi à la prudence :
"Il faut voir au cas par cas qui sont ces personnes. On ne devient pas catholique seulement parce qu’on est en désaccord avec les choix de la confession dont on fait partie. De même qu’il ne suffit pas de signer le Catéchisme de l’Eglise catholique, même si c’est un choix significatif".
Parmi les questions pratiques difficiles à résoudre, Kasper cite
"le souci qu’inspire à certains évêques le partage de leur diocèse : une partie entrerait dans l’Eglise catholique et l’autre resterait anglicane. Comment gérer une séparation de ce genre ?".
Il y a aussi le problème de la Traditional Anglican Communion, qui compte environ un demi-million de fidèles :
"Il y a près de deux ans, leurs représentants ont demandé à être incorporés dans l’Eglise catholique. Mais ils n’ont pas pris part aux discussions. Maintenant ils viennent de monter dans un train déjà en marche. Après tout, s’ils sont sincères, les portes leur sont ouvertes. Mais nous ne fermons pas les yeux sur le fait que, depuis 1992, ils ne sont plus en communion avec Cantorbéry. [...] Et puis la conversion est un fait personnel : il y a la liberté de la grâce, la liberté de la décision humaine. On ne peut pas aller sur ce terrain, on ne peut pas pousser, on ne peut pas organiser".
A Chypre, la nouvelle que l’Eglise catholique est prête à intégrer des groupes venant de l'anglicanisme a alerté les orthodoxes aussi. Leur crainte est que se constitue une Eglise "uniate" de rite anglican qui s’ajoute aux Eglises "uniates" des divers rites orientaux : c’est-à-dire les Eglises qui obéissent au pape de Rome, mais qui sont semblables et rivales pour tout le reste avec les orthodoxes.
A ce sujet, Kasper dit dans l'interview :
"A Chypre, j’ai tout de suite dit à nos partenaires orthodoxes, pour éviter des malentendus, qu’il ne s’agit pas de prosélytisme ou d’un nouvel uniatisme. [...] L'uniatisme est un phénomène historique qui concerne les Eglises orientales, alors que les anglicans sont de tradition latine. Le document de Balamand de 1993, selon lequel il s’agit d’un phénomène du passé survenu dans des circonstances qui ne peuvent se répéter, reste valable. Ce n’est pas une méthode pour le présent et l’avenir. Les orthodoxes souhaitaient surtout comprendre la nature de l'ordinariat personnel pour les anglicans, et j’ai précisé qu’il ne s’agit pas d’une Eglise 'sui juris' et qu’il n’y aura donc pas de chef d’une Eglise mais un ordinaire avec des pouvoirs délégués".
Pour parler plus simplement : alors qu’une Eglise "uniate" a une hiérarchie propre et structurée, avec un patriarche et des diocèses territoriaux, rien de tout cela n’existera pour les "ordinariats personnels" ex-anglicans, qui auront la charge de fidèles mais pas de territoire, un peu comme les ordinariats militaires.
Les nouveaux ordinariats seront caractérisés par le maintien du rite anglican pour la messe et pour les sacrements – avec des livres liturgiques déjà approuvés aux Etats-Unis dans les années 80 par la congrégation vaticane pour le culte divin – et par la possibilité d’avoir des prêtres mariés.
Toutefois seuls les prêtres et évêques ex-anglicans pourront être ordonnés prêtres dans l’Eglise catholique en étant déjà mariés.
Pour les jeunes candidats au sacerdoce, la règle sera celle du célibat comme dans toute l’Eglise latine, sous réserve, exceptionnellement, de la faculté de "présenter au Saint-Père une demande d’admission d’hommes mariés à l’ordination sacerdotale dans l’ordinariat", selon des "critères objectifs" qui nécessiteront en tout cas l'approbation du Saint-Siège". Cette exception est admise "pour tenir compte de la tradition et de l’expérience ecclésiale anglicane", comme le dit l'article 6 des normes complémentaires d’"Anglicanorum cœtibus". Et même si elle est "purement hypothétique" (pour reprendre une expression du cardinal Levada dans un communiqué du 31 octobre), elle introduit une brèche dans la discipline du célibat pour le sacerdoce dans l’Eglise latine, à laquelle les ex-anglicans se rattachent.
Un dernier passage important de l'interview du cardinal Kasper concerne la visite du primat de la Communion anglicane Williams à Rome, du 19 au 22 novembre, à l’occasion du centenaire de la naissance du cardinal Johannes Willebrands, prédécesseur de Kasper en tant que responsable du dialogue œcuménique :
"Sa visite prochaine au Vatican montre qu’il n’y a eu aucune rupture et elle relance le désir commun de se parler en un moment historique important. C’est dans cet esprit que l'archevêque de Cantorbéry rencontrera les membres de la curie romaine et que, le 21 novembre, il parlera avec le pape. Nous avons l'occasion d’ouvrir une nouvelle phase du dialogue œcuménique, qui continue à être une priorité de l’Eglise catholique et du pontificat de Benoît XVI".
Le texte original de l'interview du cardinal Walter Kasper à "L'Osservatore Romano" du 15 novembre 2009 :
> Una possibilità concreta non contraria all'ecumenismo
La constitution apostolique "Anglicanorum cœtibus", avec ses normes complémentaires :
> "Ces derniers temps, l'Esprit Saint a poussé des groupes d'anglicans..."
Et le précédent article de www.chiesa à ce sujet :
> Frappez et l'on vous ouvrira. A condition que ce soit selon la tradition
Traduction française par Charles de Pechpeyrou. (20.10.2009)
www.chiesa
07:45 Écrit par Père Walter dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : congregation pour la doctine de la foi, cantorbery, eglises d orient, oecumenisme, anglicanorum coetibus, walter kasper, william j levada, constitution apostolique, rome, chypre, unite des chretiens, ravenne, dialogue, catholiques, orthodoxes, primaute d |
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23.10.2009
Entrée des anglicans dans l’Église catholique
Frappez et l'on vous ouvrira. A condition que ce soit selon la tradition
L'entrée de diocèses et de paroisses anglicans antimodernistes dans l'Eglise catholique est annoncée. L'œcuménisme du pape Benoît XVI apparaît de plus en plus comme nourri de fidélité à la tradition. C'est le cas avec les lefebvristes. Et plus encore avec les Eglises orthodoxes d'orient
par Sandro Magister
ROME, le 20 octobre 2009 – Jusqu’à hier, les prêtres et évêques de la Communion anglicane qui se sentaient davantage en accord avec le pape de Rome qu’avec les dérives "modernistes" de l'anglicanisme passaient un à un à l’Eglise catholique.
Aux Etats-Unis, une "Pastoral Provision" rédigée par la congrégation pour la doctrine de la foi et approuvée par Jean-Paul II a été mise en place en 1980 pour régler ces passages. Elle a permis à environ 80 prêtres anglicans de passer à l’Eglise catholique, presque tous avec femme et enfants. Et, il y a deux ans, c’est un évêque, Jeffrey Steenson, qui a été accueilli lors d’une cérémonie célébrée à la basilique Sainte-Marie Majeure, à Rome. Steenson, 57 ans, marié et père de trois enfants, a été ordonné prêtre et incardiné dans le diocèse de Santa Fe, où il enseigne la patrologie au séminaire.
Ces prêtres et ces évêques ont aussi été suivis par des groupes de fidèles agissant spontanément. Le seul cas de passage en bloc de tout un diocèse anglican à l’Eglise catholique est, jusqu’à présent, celui du diocèse d’Amritsar, au Penjab indien, en 1975.
Mais, à partir d’aujourd’hui, les migrations collectives de l'anglicanisme vers le catholicisme seront un fait non plus exceptionnel mais normal, grâce à la constitution apostolique que Benoît XVI s’apprête à publier.
La constitution pontificale est encore en phase de mise au point. Elle sera peut-être publiée dans deux semaines. Mais elle a déjà été annoncée solennellement, le matin du 20 octobre, par deux conférences de presse simultanées : l’une à Rome, avec le cardinal William Levada, préfet de la congrégation pour la doctrine de la foi, l’autre à Londres, avec l'archevêque catholique de Westminster, Vincent G. Nichols, et le primat de la Communion anglicane, Rowan Williams (dans la photo Associated Press).
A Londres les deux archevêques, le catholique et l’anglican, ont également fait une déclaration conjointe, ce qui est aussi un élément indiscutablement nouveau.
En effet, d’habitude, quand quelqu’un quitte une confession chrétienne et en embrasse une autre, il s’en va en claquant la porte.
Cette fois, au contraire, c’est comme si ce passage était béni d’un commun accord par les deux parties.
Cette harmonie fait penser combien la réconciliation de l’Eglise catholique et de la Communion anglicane serait proche aujourd’hui si seulement cette dernière n’avait pas accepté que des femmes et des homosexuels vivant en couple soient ordonnés prêtres et évêques, avec les dramatiques divisions qui en ont résulté entre ceux qui sont d’accord et ceux qui s’y opposent.
Quand la constitution apostolique aura été publiée, les paroisses et les diocèses anglicans – de Grande-Bretagne, des Etats-Unis, d'Australie et d’autres pays – qui, ces dernières années, ont frappé à la porte de Rome pour être accueillis dans l’Eglise catholique pourront procéder selon les modalités fixées par la constitution. Les prêtres et évêques mariés, ayant reçu les ordres sacrés, pourront reprendre leur ministère, comme c’est déjà le cas pour les prêtres mariés des rites orientaux, y compris catholiques. Leurs communautés seront rattachées à des "ordinariats personnels" dirigés par des évêques qui ne seront pas mariés mais célibataires, là encore en accord avec la pratique constante des Eglises catholiques et orthodoxes. Pour les liturgies, le rituel anglican, déjà très semblable au catholique, restera en vigueur.
On calcule qu’une quarantaine d’évêques et une centaine de prêtres, avec leurs communautés respectives, sont sur la liste d’attente. Le critère de la conversion sera l'acceptation de la primauté du pape et l’adhésion à la doctrine formulée dans le Catéchisme de l’Eglise Catholique.
Dans tous les cas, les communautés prêtes à passer à l’Eglise catholique font partie de l'aile "traditionnaliste" de la Communion anglicane.
Comme sont traditionalistes les communautés schismatiques lefebvristes, envers lesquelles Benoît XVI intensifie ses efforts pour qu’elles obéissent de nouveau à Rome.
Et comme sont attachées à la grande tradition les Eglises orthodoxes, avec lesquelles le contact paraît plus fructueux avec le pape actuel. Du 16 au 23 octobre est en cours à Chypre le deuxième round – le premier a eu lieu à Ravenne en 2007 – du dialogue entre catholiques et orthodoxes sur la question de la primauté du pape, à la lumière de ce qui fut vécu au cours du premier millénaire.
Aujourd’hui plus que jamais, sous le pontificat de Joseph Ratzinger, le chemin de l’œcuménisme apparaît non comme un élan vers la modernité mais comme un retour sur le terrain de la tradition.
On trouvera ci-dessous la déclaration conjointe diffusée à Londres le 20 octobre par le chef de la Communion anglicane et celui de l’Eglise catholique d’Angleterre et du pays de Galles, ainsi qu’une note rétrospective publiée le même jour par la congrégation pour la doctrine de la foi.
Joint Statement by the Archbishop of Westminster and the Archbishop of Canterbury
Today’s announcement of the Apostolic Constitution is a response by Pope Benedict XVI to a number of requests over the past few years to the Holy See from groups of Anglicans who wish to enter into full visible communion with the Roman Catholic Church, and are willing to declare that they share a common Catholic faith and accept the Petrine ministry as willed by Christ for his Church.
Pope Benedict XVI has approved, within the Apostolic Constitution, a canonical structure that provides for Personal Ordinariates, which will allow former Anglicans to enter full communion with the Catholic Church while preserving elements of distinctive Anglican spiritual patrimony.
The announcement of this Apostolic Constitution brings to an end a period of uncertainty for such groups who have nurtured hopes of new ways of embracing unity with the Catholic Church. It will now be up to those who have made requests to the Holy See to respond to the Apostolic Constitution.
The Apostolic Constitution is further recognition of the substantial overlap in faith, doctrine and spirituality between the Catholic Church and the Anglican tradition. Without the dialogues of the past forty years, this recognition would not have been possible, nor would hopes for full visible unity have been nurtured. In this sense, this Apostolic Constitution is one consequence of ecumenical dialogue between the Catholic Church and the Anglican Communion.
The on-going official dialogue between the Catholic Church and the Anglican Communion provides the basis for our continuing cooperation. The Anglican Roman Catholic International Commission (ARCIC) and International Anglican Roman Catholic Commission for Unity and Mission (IARCCUM) agreements make clear the path we will follow together.
With God’s grace and prayer we are determined that our on-going mutual commitment and consultation on these and other matters should continue to be strengthened. Locally, in the spirit of IARCCUM, we look forward to building on the pattern of shared meetings between the Catholic Bishops Conference of England and Wales and the Church of England’s House of Bishops with a focus on our common mission. Joint days of reflection and prayer were begun in Leeds in 2006 and continued in Lambeth in 2008, and further meetings are in preparation. This close cooperation will continue as we grow together in unity and mission, in witness to the Gospel in our country, and in the Church at large.
London, 20 October 2009
Vincent Gerard Nichols
Archbishop of Westminster
Rowan Williams
Archbishop of Canterbury
Informations complémentaires
Depuis qu’au XVIe siècle le roi Henri VIII a proclamé que l’Eglise d’Angleterre était indépendante de l’autorité du pape, l’Eglise d’Angleterre a créé ses déclarations doctrinales, ses usages liturgiques et ses pratiques pastorales, en y incorporant souvent des idées de la Réforme née sur le continent européen. L’expansion de l’Empire Britannique, en association avec l’apostolat missionnaire anglican, a ensuite fait naître une Communion Anglicane au niveau mondial.
En plus de 450 ans, jamais la question de la réunion des anglicans et des catholiques n’a été écartée. Au milieu du XIXe siècle, le Mouvement d’Oxford (en Angleterre) a montré un renouveau d’intérêt pour les aspects catholiques de l’anglicanisme. Au début du XXe siècle, le cardinal belge Mercier a lancé des discussions publiques avec des anglicans pour explorer la possibilité d’une union avec l’Eglise catholique sur la base d’un anglicanisme "réuni mais pas absorbé".
Le concile Vatican II a encore renforcé l’espoir d’une union, notamment avec le Décret sur l’œcuménisme (n° 13) qui, se référant aux Communautés séparées de l’Eglise catholique au moment de la Réforme, affirmait : "Parmi celles [les communions] où continuent à subsister en partie les traditions et les structures catholiques, la Communion Anglicane occupe une place particulière."
Depuis le concile, les relations entre anglicans et catholiques romains ont créé un meilleur climat de compréhension et de coopération mutuelle. L’Anglican-Roman Catholic International Commission (ARCIC) a publié, au fil des années, une série de déclarations doctrinales, dans l’espoir de créer les bases d’une union entière et visible. Pour beaucoup de gens des deux Communions, les déclarations de l’ARCIC ont rendu disponible un outil dans lequel l’expression commune de la foi peut être reconnue. C’est dans ce cadre qu’il faut placer la nouvelle mesure.
Dans les années qui ont suivi le Concile, certains anglicans ont abandonné la tradition de ne conférer les Ordres Sacrés qu’à des hommes en appelant aussi des femmes au sacerdoce et à l’épiscopat. Plus récemment, certains éléments de la Communion Anglicane se sont éloignés de l’enseignement biblique commun en matière de sexualité humaine – déjà clairement formulé dans le document de l’ARCIC "La vie dans le Christ" – en conférant les Ordres Sacrés à des clercs ouvertement homosexuels et en bénissant les unions de personnes du même sexe. Néanmoins, alors que la Communion Anglicane doit relever ces défis nouveaux et difficiles, l’Eglise Catholique reste pleinement engagée dans son dialogue œcuménique avec la Communion Anglicane, notamment à travers l’activité du Conseil Pontifical pour la Promotion de l’Unité des Chrétiens.
Entre temps, beaucoup d’anglicans sont entrés individuellement dans la pleine communion avec l’Eglise catholique. Parfois ce sont même des groupes d’anglicans qui sont entrés, en conservant une certaine structure "corporative". C’est le cas, par exemple, du diocèse anglican d’Amritsar en Inde et de quelques paroisses isolées des Etats-Unis qui, tout en gardant une identité anglicane, sont entrées dans l’Eglise catholique dans le cadre d’une "disposition pastorale" adoptée par la Congrégation pour la Doctrine de la Foi et approuvée par le pape Jean-Paul II en 1982. Souvent, dans ces cas-là, l’Eglise catholique a accordé des dispenses de l’obligation de célibat, admettant que les clercs anglicans mariés qui désiraient poursuivre leur ministère comme prêtres catholiques soient ordonnés dans l’Eglise catholique.
Dans ce contexte, les Ordinariats Personnels institués selon la Constitution Apostolique mentionnée ci-dessus peuvent être considérés comme un pas de plus vers la réalisation de l’aspiration à l’union entière et visible dans l’unique Eglise, qui est l’un des buts principaux du mouvement œcuménique.
Congrégation pour la Doctrine de la Foi
Rome, le 20 octobre 2009
La note diffusée par le Vatican le jour de l'annonce de la constitution apostolique relative aux "ordinariats personnels" pour les anglicans qui entrent dans l’Eglise catholique :
> Nota informativa
Un article récent de www.chiesa à propos des divisions internes de la Communion anglicane :
> Les anglicans risquent un schisme. Les deux voies de l'archevêque de Canterbury (3.8.2009)
L'annonce de la rencontre du 26 octobre 2009 entre la commission vaticane "Ecclesia Dei" et la Fraternité lefebvriste Saint Pie X :
> Il prossimo lunedì 26 ottobre...
Une importante interview du métropolite orthodoxe de Pergame Johannes Zizioulas, à propos du deuxième round, actuellement en cours à Chypre, du dialogue entre catholiques et orthodoxes sur la primauté du pape :
> Zizioulas: Difendiamo il dialogo ecumenico contro chi lo contesta
Traduction française par Charles de Pechpeyrou.
www.chiesa
06:37 Écrit par Père Walter dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : anglicans, tradition, eglise catholique, oecumenisme, pape, benoit xvi, lefebvristes, eglises orthodoxes, orient, pretres, eveques, jean paul ii, jeffrey steenson, santa fe, patrologie, seminaire, amritsar, penjab, inde, constitution apostolique, william levada, rome, londres, westminster, vincent g nichols, rowan williams, associates press, femmes, homosexuels, grande-bretagne, etats-unis, australie, ordinariats personnels, liturgie, primaute du pape, catechisme de l eglise catholique, traditionalistes, chypre, ravenne, joseph ratzinger, pays de galles, angleterre, canterbury, henri viii, arcic, anglican-roman catholic international commission, concile, unite des chretiens, communion anglicane, vatican ii |
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09.09.2009
Audience générale : saint Pierre Damien, théologien éminent de l’Église millénaire
Ne pas se laisser absorber par les préoccupations quotidiennes, contempler la croix et écouter dans le silence la voix de Dieu. C’est l’invitation lancée par le pape à l’audience générale.

Devant quelque 8’000 personnes réunies dans la salle Paul VI, Benoit XVI a évoqué la figure de Saint Pierre Damien, un des plus grands latinistes du XI° siècle, un artisan de la réforme ecclésiale. Il aimait la solitude, mais il n’a pas eu peur de dénoncer l’état de corruption qui existait dans les monastères et au sein du clergé. Ecoutez Thomas Chabolle sur Radio Vatican: >>
Écoutez le résumé de la catéchèse et les paroles que Benoît XVI a adressés aux pèlerins de langue française: >>
Résumé de la catéchèse en langue française
Chers frères et sœurs,
Saint Pierre Damien est né à Ravenne en 1007. Orphelin encore enfant, il put cependant entreprendre des études de droit et de lettres où il excellait. Sensible à la beauté et à la contemplation poétique du monde, il découvrit la richesse de la vie intérieure et des réalités surnaturelles. Saisi par l’absolu de Dieu, il se retira au Monastère de Fonte Avellana dédié à la Sainte Croix. Là, il rédigea une Règle pour aider les moines à mener en profondeur une vie de silence, de prière, et d’écoute de la Parole. Le Mystère de la Croix illuminait sa vie : de magnifiques prières en témoignent. Dans sa méditation de l’Écriture, il retrouvait toujours la figure du Christ, centre de la vie du moine. Puisse Jésus être pour nous aussi vraiment le centre de notre vie. Qu’Il nous aide à prendre du recul par rapport à nos préoccupations quotidiennes !
Théologien éminent, Pierre Damien, à partir de sa réflexion trinitaire et christologique enracinée dans l’Écriture, sut mettre en lumière l'Église comme communion. À une époque où les tensions étaient nombreuses dans l'Église, il fut nommé évêque d’Ostie et cardinal en 1057, afin de contribuer à la réforme de l’Église. Au fond de son âme, toutefois, Pierre Damien est toujours resté fidèle à l’idéal monastique : il est, pour nous, un témoin éloquent de l’absolu de Dieu qui nous appelle tous à la sainteté, libres vis-à-vis des compromissions avec le monde.
* * *

Je salue avec joie les pèlerins francophones, particulièrement les Petites Sœurs de Jésus, ainsi que les pèlerins de Richmond, au Canada, et ceux provenant des Diocèses de Belley-Ars et de Dijon, en France. En cette année du sacerdoce, je vous invite à prier pour vos prêtres et à les soutenir dans leur ministère. Que Dieu vous bénisse !
17:40 Écrit par Père Walter dans Catéchèses du Pape | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : audience, reforme, solitude, corruption, pape, benoit xvi, mercredi, salle paul vi, saint pierre damien, latiniste, monasteres, clerge, catechese, ravenne, histoire, etudes, droit, lettres, beaute, vie interieure, fonte avellana, sainte croix, regle, moines, priere, parole de dieu, mystere, ecriture, christ, theologien, trinite, christologie, eglise, communion, ostie, eveques, saintete, pelerins, petites soeurs de jesus, richmond, canada, belley-ars, dijon, france, annee du sacerdoce, pretres |
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13.08.2009
Août sur le mont Thabor, pour les saints et les pécheurs
Août sur le mont Thabor, pour les saints et les pécheurs
Cet été, trois éléments figurent au premier plan de l'agenda du pape: l'exemple du Curé d'Ars, le sacrement de la confession, la fête de la Transfiguration. Voici comment et pourquoi
par Sandro Magister
ROME, le 10 août 2009 – Ces jours-ci, le pape et le "journal du pape" ont mis en valeur, de manière forte et coordonnée, un saint, un sacrement, et une fête liturgique habituellement minimisés ou négligés.
Le saint est Jean-Marie Vianney, le Curé d'Ars.
Le sacrement est celui du pardon des péchés.
La fête est celle du 6 août, la Transfiguration de Jésus sur le mont Thabor, l’une des douze grandes fêtes du calendrier byzantin, méconnue par beaucoup de gens dans l’Eglise latine.
1. LE SAINT CURÉ D'ARS
Benoît XVI a consacré au Curé d'Ars toute sa catéchèse du mercredi 5 août, pour le 150e anniversaire de la mort du saint.
Le pape a surtout voulu le proposer comme modèle aux prêtres, pour lesquels il a ordonné une Année Sacerdotale spéciale. Un modèle qui n’est pas confiné au passé mais qui est doté d’une extraordinaire force prophétique.
Voici comment Benoît XVI a expliqué l’actualité durable du saint Curé d'Ars, même à notre époque de "dictature du relativisme" :
"Au lieu de réduire la figure de saint Jean-Marie Vianney à un exemple, même admirable, de la spiritualité dévotionnelle du XIXe siècle, il faut saisir la force prophétique qui caractérise sa très actuelle personnalité humaine et sacerdotale. Dans la France d’après la révolution, qui subissait une sorte de 'dictature du rationalisme' visant à éliminer de la société la présence même des prêtres et de l’Eglise, il a d’abord vécu – dans sa jeunesse – une clandestinité héroïque, parcourant de nuit des kilomètres pour participer à la sainte messe. Puis – en tant que prêtre – il s’est distingué par une exceptionnelle et féconde créativité pastorale, tendant à montrer que le rationalisme alors dominant était en réalité loin de satisfaire les vrais besoins de l’homme et qu’en définitive il n’était donc pas vivable.
"Chers frères et sœurs, 150 ans après la mort du saint Curé d’Ars, les défis de la société actuelle ne sont pas moins exigeants, ils sont peut-être même devenus plus complexes. De son temps, il y avait la 'dictature du rationalisme' ; aujourd’hui on constate dans beaucoup de milieux une sorte de 'dictature du relativisme'. Toutes les deux apparaissent comme des réponses inadaptées au juste désir de l’homme d’utiliser pleinement sa raison comme élément distinctif et constitutif de son identité. Le rationalisme était inadapté parce qu’il ne tenait pas compte des limites de l’homme et voulait élever la raison seule au rang de mesure de toutes choses, la transformant en divinité ; le relativisme contemporain blesse la raison parce que, en fait, il en arrive à affirmer que l’être humain ne peut rien connaître avec certitude au delà du domaine scientifique positif. Mais aujourd’hui comme alors, l’homme 'mendiant en quête de sens et d’accomplissement' recherche sans cesse des réponses exhaustives aux questions de fond qu’il ne cesse de se poser".
Mais en quoi la sainteté de ce "curé anonyme d’un village perdu du sud de la France" a-t-elle surtout brillé ? Dans sa manière de célébrer la messe et de confesser, a répondu Benoît XVI. La vie du saint Curé d'Ars était toute entière vouée à l’eucharistie et au sacrement de la réconciliation. Il vivait "entre l'autel et le confessionnal".
Il y a de l’audace à reproposer un tel modèle aujourd’hui. Mais le fait qu’il coïncide avec le cœur de la foi chrétienne, et pas avec un de ses aspects marginaux, est confirmé par un article publié dans "L'Osservatore Romano" le jour même de la catéchèse du pape sur le saint Curé d'Ars.
2. LE SACREMENT DE LA RÉCONCILIATION
Cet article concerne un autre saint, un Père de l’Eglise parmi les plus illustres, évêque de Milan au IVe siècle, saint Ambroise. L'auteur, le théologien Inos Biffi, grand connaisseur des Pères et de la théologie médiévale, commence ainsi :
"Selon saint Ambroise, le Christ miséricordieux, ou la miséricorde qui vient de lui, est la raison pour laquelle Dieu a créé le monde et en particulier l’homme. Le pardon est le premier et le dernier mot du monde et de son histoire".
Il dit plus loin :
"Le texte le plus étonnant et le plus révélateur de la théologie d’Ambroise sur la miséricorde comme substance et motif de la création se trouve à la fin de son commentaire sur l’ouvrage des six jours : 'Le Seigneur notre Dieu – écrit-il – a créé le ciel et je ne lis nulle part qu’il se soit reposé. Il a créé la terre et je ne lis nulle part qu’il se soit reposé. Il a créé le soleil, la lune et les étoiles et je ne lis même pas alors qu’il se soit reposé. Mais je lis qu’il a créé l’homme et qu’alors il s’est reposé, ayant quelqu’un à qui remettre ses péchés' (Exameron VI, IX, 10, 76).
"L'homme est créé par Dieu, dès l’origine, comme un être 'à qui pardonner'. C’est pourquoi lorsque la miséricorde s’exerce, c’est fête dans le ciel : la création atteint son but et sa gloire. Saint Ambroise ne cessera de rappeler ce dessein divin, qui apparaîtra comme la raison pour laquelle l’Eglise et ses ministres doivent être les signes de la pitié. Plus que tous les autres Pères de l’Eglise, il a senti la puissance de la grâce qui recrée et par laquelle la faute se dissout".
Et comment le pardon de Dieu atteint-il le pécheur repentant, sinon dans le geste liturgique, sacramentel ?
A la page de "L'Osservatore Romano" où se trouve l'article d’Inos Biffi sur saint Ambroise "confesseur miséricordieux", un autre article, dû à l’historien d’art Timothy Verdon, présente un chef d’œuvre de l'art liturgique : la merveilleuse mosaïque de l’abside de la basilique Sant'Apollinare in Classe, construite à Ravenne au VIe siècle (photo).
3. LA FÊTE DE LA TRANSFIGURATION
La mosaïque représente la Transfiguration mais, à la place de Jésus, il y a une croix ornée de pierres précieuses. Sous la croix, on voit l’évêque et martyr Apollinaire habillé pour célébrer la messe et qui lève les mains dans un geste de prière, entouré des brebis de son troupeau. Encore plus bas, il y a l’autel de la véritable célébration. Liturgie terrestre et liturgie céleste ne font qu’un, dans la lumière du Christ transfiguré. Le sens des gestes de la liturgie terrestre est donné par les images qui la surplombent :
"L'artiste anonyme a en effet ajouté au sens du 'vêtement d’une blancheur éblouissante' décrit par le récit évangélique le sens de l’'exode' qui va suivre – la mort de Jésus qui est déjà 'élévation' – dans l’unique image de la croix ornée de pierres précieuses, qui sert de clé de lecture de l'identité communautaire dans le contexte liturgique, révélation d’une future 'transfiguration' du peuple qui prie, due au mystère présent dans le pain et le vin changés en corps et sang du Christ".
Mais ce n’est pas tout. Toujours dans "L'Osservatore Romano" du 5 août, un commentaire en première page, écrit par le théologien américain Robert Imbelli, prend aussi la Transfiguration comme clé de lecture de l'encyclique "Caritas in veritate" et donc du sens ultime de l'homme et du cosmos.
Ce commentaire commence ainsi :
"La Transfiguration, l’une des fêtes les plus riches théologiquement, révèle le vrai visage du Seigneur, Fils aimé du Père, et le destin auquel ses disciples et nous, tous les hommes, sommes appelés, en dévoilant la vérité du Christ et de l’humanité tout entière, comme le raconte saint Marc : 'Six jours plus tard, Jésus prit avec lui Pierre, Jacques et Jean, eux seuls, et les conduisit à l’écart sur une haute montagne. Il fut transfiguré devant eux' (9, 2).
"Certains Pères de l’Eglise ont compris les mots 'six jours plus tard' comme une annonce de l’accomplissement de la création. C’est-à-dire que la création d’Adam et Eve par Dieu s’accomplit dans la révélation du vrai homme, du nouvel Adam, Jésus-Christ, en qui la gloire de Dieu demeure physiquement".
Et il poursuit de la manière suivante :
"On peut donc, à la lumière de ce que nous venons de voir, célébrer la Transfiguration comme la fête où l’Eglise proclame sa vision de l'humanisme intégral. La contemplation de la beauté du Christ transfiguré fait que ses disciples désirent que le monde entier soit baigné par la lumière transfigurée et agisse avec audace en fonction de ce saint désir".
Imbelli cite le passage suivant de "Caritas in veritate":
"Le développement suppose une attention à la vie spirituelle, une sérieuse considération des expériences de confiance en Dieu, de fraternité spirituelle dans le Christ, de remise de soi à la Providence et à la Miséricorde divine, d’amour et de pardon, de renoncement à soi-même, d’accueil du prochain, de justice et de paix. Tout cela est indispensable pour transformer les 'cœurs de pierre' en 'cœurs de chair' (Ez 36, 26), au point de rendre la vie sur terre 'divine' et, par conséquent, plus digne de l’homme".
Et tout de suite après, il écrit :
"Paul VI a manifesté ce mystère dans sa vie. L'image du Seigneur transfiguré a mis de l’énergie au cœur de sa spiritualité et de son espérance pour l’Eglise et l'humanité. C’est une grâce merveilleuse de la Providence que ce pape soit mort le soir de cette fête, le 6 août 1978".
Le procès de béatification du "serviteur de Dieu" Paul VI - autre grande figure souvent sous-estimée et incomprise, surtout en ce qui concerne son encyclique "Humanæ Vitæ" - est en cours. Chaque année, le jour de la Transfiguration, qui fut celui de sa mort, on célèbre sa mémoire. Dans "Caritas in veritate" Benoît XVI a dit de lui :
"Paul VI a éclairé le grand thème du développement des peuples de la splendeur de la vérité et de la douce lumière de la charité du Christ [...] Poussé par le désir de rendre l’amour du Christ pleinement visible à ses contemporains, Paul VI affronta avec décision d’importantes questions morales, sans céder aux faiblesses culturelles de son temps".
Rien d’autre que ce que fit aussi le saint Curé d'Ars contre la "dictature du rationalisme" de son temps. En offrant le pardon de Dieu. Dans la lumière de la Transfiguration.
La catéchèse de Benoît XVI le mercredi 5 août 2009 :
> Saint Jean-Marie Vianney, curé d'Ars
A propos du Curé d'Ars "L'Osservatore Romano" du 3-4 août 2009 a aussi publié un discours prononcé en 1959 par Giovanni Battista Montini, le futur Paul VI, alors archevêque de Milan :
> Ma non si crede a un prete che se la gode
L'article de Robert Imbelli dans "L'Osservatore Romano" du 5 août 2009 :
> Due papi e la Trasfigurazione
A propos du sacrement de la confession, sur www.chiesa :
> Le quatrième sacrement en cours de restauration. Le Curé d'Ars et Padre Pio y pourvoient
Traduction française par Charles de Pechpeyrou.
www. chiesa
08:45 Écrit par Père Walter dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : benoit xvi, cure d ars, confession, transfiguration, saints, liturgie, sacrement, catechese, pretres, annee sacerdotale, relativisme, saint ambroise, inos biffi, theologie, milan, peres de l eglise, osservatore romano, timothy verdon, ravenne, saint, pape |
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30.05.2009
La Pentecôte sur le Mont Athos
Voyage sur la montagne sainte de l'Eglise orthodoxe. Accompli et raconté pour la première fois en 1997. C'est-à-dire maintenant, cette année. Parce que, sur le Mont Athos, le temps de la terre ne fait qu'un avec l'aujourd'hui éternel du ciel
par Sandro Magister
MONT ATHOS – Arrêtez vos montres, lorsque vous verrez le sommet du Mont Athos émerger des brumes de la mer Egée. Là-bas en effet, on vit dans un autre temps. On a conservé le calendrier julien, en retard de 13 jours par rapport au calendrier latin qui a envahi le reste du monde. Les heures ne se comptent pas à partir de minuit mais du coucher du soleil. Et ce n’est pas sous le soleil de midi, mais dans l’obscurité de la nuit que le Mont Athos vit et palpite le plus. De chants, de lumières, de mystères.
Le Mont Athos est une vraie terre sainte, qui inspire la crainte de Dieu. Il n’est pas fait pour tout le monde. En tout cas pas pour les femmes, qui forment déjà une bonne moitié de l’humanité. La dernière pèlerine autorisée y a mis le pied il y a seize siècles. Elle s’appelait Galla Placidia et a donné son nom à une église de Ravenne aux mosaïques bleu et or. Etre la fille du grand Théodose, empereur chrétien de Rome et Constantinople, ne lui a servi à rien. Elle était entrée dans un monastère du Mont Athos mais une icône de la Vierge lui ordonna: arrête-toi! Et la Vierge la somma de quitter la montagne qui, depuis lors, allait être interdite aux femmes. Depuis le XIe siècle – dit-on – même les animaux femelles – vaches, chèvres, lapines – n’osent plus gravir impunément la montagne sainte.
OURANOUPOLIS
Ouranoupolis – la cité du ciel – est le dernier village grec avant la limite sacrée. Ce poste frontière est très spécial. Des panneaux en tôle émaillée vous avertissent jusqu’au dernier moment que vous ne vous en sortirez pas indemne si vous êtes une femme déguisée en homme ou si l’on découvre que vous n’avez pas les permis requis. La sainte épistasie – le gouvernement des moines – vous enverra vers un tribunal en Grèce, ce dernier étant toujours très sévère sur la défense de l’extraterritorialité du Mont Athos et des lois de cette théocratie autonome, inscrites dans la constitution grecque et reconnues sur le plan international.
Des moines en sueur, vêtus d’une soutane et d’un couvre-chef cylindrique, contrôlent la foule de visiteurs à la recherche d’un laissez-passer. Il y a beaucoup d’appelés et peu d’élus, dit l’Evangile. Et rares sont les visas d’entrée marqués chaque matin du sceau de la Vierge. Celui qui reçoit enfin le “parchemin“ qui autorise la visite se dirige sans tarder vers le quai d’embarquement. En effet, on n’entre au Mont Athos que par voie maritime, au moyen d’embarcations baptisées de noms de saints.
Le débarquement se fait dans un petit port situé au milieu de la péninsule et dénommé Daphné, comme la nymphe d’Apollon. De là, on peut apercevoir le lointain Mont Olympe quand le vent se lève, mais mieux vaut l’oublier. Un vieil autobus ventru, couleur terre jusque sur ses fenêtres, se traîne le long de la route qui monte en direction de Kariès, centre administratif du Mont Athos et siège de la sainte épistasie.
KARIÈS
Kariès abrite la gendarmerie et quelques ruelles. Des boutiques proposent des graines d’épeautre, des icônes, des grains d’encens et des soutanes de moines. On y trouve aussi le terminus de l’autobus et un restaurant. Et puis une cabine téléphonique, dont on pressent que c’est la première et la dernière.
Karies est un village étrange, inhabité. Les quelques hommes qu’on y voit ne sont là que pour peu de temps: moines itinérants, gendarmes, ouvriers journaliers, voyageurs égarés. A partir de là, le parcours se fera à pied. Des heures de marche sur des routes non goudronnées, sans ombre, dans des nuages de poussière impalpable comme du cacao. Ou bien dans des camionnettes louées par un autre de ces étranges Grecs qui sont là provisoirement. Ou encore en sautant au passage d’une des jeeps dont disposent les monastères les plus modernes.
En tout cas, vous allez souffrir. L’Athos est réservé aux caractères bien trempés et ascétiques. Vous êtes immédiatement mis à l’épreuve. A chaque jour de visite son chemin de croix: poussière, cailloux, précipices. Sur votre précieux permis, en effet, il est écrit que vous ne pouvez pas vous arrêter plus d’une nuit dans un monastère. Entre eux, des heures de marche. On n’échappera pas au pèlerinage.
LA GRANDE LAURE
Mais lorsque vous arrivez, épuisés, dans l’un des vingt grands monastères, vous êtes au paradis. La Grande Laure – le premier des vingt dans l’ordre hiérarchique – vous accueille entre ses murs suspendus entre ciel et terre, à la pointe de la péninsule, juste au pied de la montagne sainte. Un jeune moine apparaît, qui vous retire votre permis et votre passeport. Il réapparait, tel l’ange de l’Apocalypse, après une demi-heure d’attente silencieuse, et vous tend un verre d’eau fraiche, vous propose un doigt de liqueur anisée, un morceau de fruit confit et un café à la turque, épicé. C’est le signe que vous êtes admis parmi les invités. On vous attribue un lit dans une chambre pour six aux murs plusieurs fois centenaires ainsi que des draps fraîchement lavés et un essuie-main. Dès lors, vous vivrez comme les moines.
Ou bien vous ferez comme il vous plaira. Les monastères du Mont Athos ne sont pas comme ceux de l’Occident, des citadelles closes de murs où chaque mouvement, chaque mot sont soumis à des règles collectives. Sur le Mont Athos, il y a de tout pour tout le monde. L’ermite solitaire sur son rocher en surplomb, qui reçoit de temps en temps de la nourriture au moyen d’un panier. Les anachorètes retirés dans leurs masures perdues entre genêts et arbousiers, à flanc de montagne. Les itinérants, toujours en déplacement et toujours agités. Les cénobites solennels qui vivent en communauté sous la direction d’un abbé, que l’on appelle ici higoumène. Les monastères villages où chaque moine vit un peu à son rythme.
La Grande Laure compte parmi ces derniers. Ses murailles renferment des places, des ruelles, des églises, des pergolas, des fontaines, des moulins. Les cellules forment un bloc, comme dans une kasbah orientale. Les murs crépis sont d’un bleu soutenu, tandis que le rouge est la couleur sacrée des églises. Quand retentit l’appel à la prière, lancé par des cloches qui font entendre sept sons différents et par les planches de bois que l’on martèle, les moines se dirigent vers le catholicon, l’église centrale. Mais si quelqu’un souhaite prier ou manger seul, rien ne lui interdit de rester dans sa cellule. Cela vaut aussi pour le visiteur, à ceci près que ce dernier ne dispose que de peu d’alternatives. A l’heure des vêpres, il accourt, impatient. A l’heure de la prière de la nuit, il essaie, vite ramené en arrière par le sommeil. A l’heure de la liturgie du matin, il essaie encore, vaguement étourdi.
Ou enivré? Il y a un parfum d’Orient, de Byzance, à la Grande Laure. Il y a un arôme de cyprès et d’encens, une fragrance de cire d’abeille, de reliques, d’antiquités mystérieusement proches. Car les moines du Mont Athos ne souffrent pas du temps. Ils y parlent de leurs saints. De saint Athanase qui a planté deux cyprès au centre de la Lavra. Qui a construit le catholicon avec une force herculéenne. Qui a modelé le monachisme athonite. Comme s’il n’était pas mort en l’an mil mais tout juste hier, comme s’ils l’avaient rencontré en personne il y a peu de temps.
Des saints, des siècles, des empires, des cités terrestres et célestes, tout semble flotter et couler sans aucune distance. Au centre de la nef, les trésors du monastère sont offerts à la vénération du visiteur: coffrets en or et en argent, sertis de saphirs et de rubis, contenant la ceinture de la Vierge, le crâne de saint Basile le Grand, la main droite de saint Jean Chrysostome. La lumière du couchant les éclaire, les fait vibrer. Tout comme s’éclairent les fresques de Théophane, maître de l’école crétoise du début du XVIe siècle, les majoliques bleues sur les murs, les nacres de l’iconostase, du lutrin, de la chaire.
Après les vêpres, on sort du catholicon en procession pour entrer dans le réfectoire, situé de l’autre côté de la place. Edifié comme une église, il contient lui aussi des fresques du grand Théophane. C’est la même liturgie qui continue. L’higoumène prend place au centre de l’abside. Depuis le pupitre, un moine lit – il chante presque – des histoires de saints. On mange de la nourriture bénite, des soupes et des légumes dans de la vaisselle ancienne en fer. Les jours de fête, l’on boit du vin de couleur ambrée sur d’épaisses tables en marbre sculptées en forme de corolle, qui reposent elles-mêmes sur des piliers en marbre. Elles sont vieilles de mille ans mais rappellent les dolmens de la préhistoire. La sortie se fait aussi en procession. Un moine tend à chacun du pain béni, qu’un autre encense avec tant d’art que l’on en garde longtemps le parfum dans la bouche.
VATOPÉDI
Dans la hiérarchie des vingt monastères, celui de Vatopédi suit la Grande Laure. Il domine la mer parmi de douces collines qui rappellent vaguement la Toscane. C’est ici, dit-on, qu’Arcadius, fils de Théodose, aborda lors d’un naufrage. C’est aussi de là que sa sœur Galla Placidia dut repartir vers le large, devenant ainsi la première femme à qui l’accès au Mont Athos ait été refusé.
Autant la Laure est rustique, autant Vatopédi est raffiné. Trop, même, à certains moments de son histoire passée: opulent et décadent. Il y a quelques années encore, il hébergeait des moines sodomites, déshonneur du Mont Athos. Puis un énergique coup de balai a été donné par une poignée de moines rigoristes venus de Chypre, qui ont banni ces réprouvés et imposé la règle cénobitique. Aujourd’hui Vatopédi est à nouveau l’un des monastères les plus florissants. Il accueille de jeunes novices, dont certains viennent de la lointaine Amérique où leurs parents, orthodoxes, avaient émigré.
Vatopédi est l'aristocratie du Mont Athos. Comme le dit solennellement l'higoumène Ephrem, à la barbe cuivrée, aux yeux clairs et à la voix mélodieuse: "Le Mont Athos est unique. C’est le seul état monastique dans le monde". Mais si c’est une cité céleste sur terre, alors tout doit y être sublime. Par exemple les liturgies: à Vatopédi elles le sont vraiment. Spécialement lors des grandes fêtes: Pâques, Epiphanie, Pentecôte. Le pèlerin doit renoncer au sommeil et ne manquer, pour rien au monde, ses merveilleux offices de nuit.
L’église en elle-même est très suggestive: elle est en forme de croix grecque, comme toutes les église du Mont Athos, et décorée de fresques merveilleuses par les maîtres macédoniens du XIVe siècle, avec une iconostase éblouissante d'ors et d'icônes. Mais c’est le chant qui donne vie à tout: un chant à plusieurs voix, un chant mâle, sans instruments, que l’on entend sans interruption pendant sept ou dix heures d’affilée parce que plus la fête est importante, plus elle se prolonge tard dans la nuit, un chant tantôt puissant, tantôt murmuré, comme une marée qui monte et descend.
Il y a deux chœurs pour guider le chant: deux groupes de moines, réunis chacun dans une partie du transept autour d’un lutrin à colonne. Le maître de chœur entonne la strophe et le chœur en saisit le motif et le fait fleurir en mélodies et en accords. Quand le maître de chœur traverse la nef à pas rapides pour aller du premier chœur au second, son manteau léger à petits plis se gonfle et forme deux ailes majestueuses. Il paraît voler, comme les notes.
Et puis il y a les lumières. Le monastère a l’électricité, mais pas l’église. Ici les seules lumières sont des flammes: des myriades de petits cierges. Les allumer, les éteindre, les déplacer fait aussi partie du rite. Dans chaque catholicon du Mont Athos, un lustre en forme de couronne royale pend de la coupole centrale, par de longues chaînes. Sa circonférence est égale à celle de la coupole. La couronne, de cuivre, de bronze ou de laiton brillants, est ornée alternativement de cierges et d’icônes. On y pend des œufs géants qui symbolisent la résurrection. Le lustre descend si bas qu’on l’effleure presque, juste devant l'iconostase qui délimite le saint des saints. D’autres lustres fastueux et dorés descendent des voûtes des bras du transept.
Lors des liturgies solennelles, il y a le moment où on allume toutes les lumières: celles des lustres et celles de la couronne centrale; puis on fait osciller fortement les premiers, tandis que l’on fait tourner la grande couronne sur son axe. Cette danse des lumières dure au moins une heure, avant de s’apaiser peu à peu. La palpitation des mille petites flammes, le scintillement des ors, le cliquetis des métaux, le changement de couleur des icônes, l'onde sonore du chœur qui accompagne ces galaxies d’étoiles dont la rotation rappelle celle des sphères célestes, tout cela fait étinceler la véritable essence du Mont Athos: le fait qu’il est tourné vers les mystères surnaturels.
Aujourd’hui, quelles liturgies occidentales, catholiques, sont capables d'initier à de tels mystères et d'enflammer les cœurs simples à propos de choses célestes? Joseph Ratzinger, hier comme cardinal et aujourd’hui comme pape, a raison de détecter dans la vulgarisation de la liturgie le point faible du catholicisme actuel. Au Mont Athos, le diagnostic est encore plus radical: à force d'humaniser Dieu, les Eglises d'Occident le font disparaître. "Notre Dieu n’est pas celui de la scolastique occidentale", affirme Gheorghios, higoumène du monastère athonite de Grigoríu. "Un Dieu qui ne déifie pas l'homme ne peut avoir aucun intérêt, qu’il existe ou non. C’est dans ce christianisme fonctionnel, accessoire, que l’on trouve la plupart des causes de la vague d’athéisme que connaît l’Occident".
Vassilios, higoumène de l'autre monastère d’Ivíron, lui fait écho: "Pour les Occidentaux, c’est l’action qui prime et ils nous demandent comment nous pouvons rester pendant tant d’heures à l’église sans rien faire. Je réponds: que fait l'embryon dans le sein de sa mère? Rien, mais comme il est dans le ventre de sa mère, il se développe et grandit. C’est pareil pour le moine. Il garde le lieu saint dans lequel il se trouve et ce même lieu le garde et le façonne. Le miracle, c’est que nous sommes en train d’entrer au paradis, ici et maintenant. Nous sommes au cœur de la communion des saints".
SIMONOS PETRA
Simonos Petra est un autre des monastères qui sont à la tête de la renaissance athonite. Il se dresse sur un éperon rocheux, entre le sommet du Mont Athos et la mer, avec des terrasses à pic sur le précipice. Elisée, l'higoumène, revient tout juste d’un voyage dans les monastères de France. Il apprécie Solesmes, rempart du chant grégorien. Mais il juge l’Eglise occidentale trop "prisonnière d’un système", trop "institutionnelle".
Le Mont Athos est au contraire - selon lui - le lieu des esprits libres, des grands charismatiques. Au Mont Athos "le logos épouse la praxis", la parole épouse les faits. "Le moine doit montrer que les vérités sont des réalités. Vivre l’Evangile de manière parfaite. Voilà pourquoi la présence du moine est si essentielle pour le monde. Saint Jean Climaque écrivait: les anges sont lumière pour les moines, les moines sont lumière pour les hommes".
Simonos Petra fait école, y compris hors des limites du Mont Athos. Il est à l’origine d’un monastère de moniales - elles sont à peu près 80 - au cœur de la péninsule de Chalcidique, puis d’un autre près de la frontière gréco-bulgare. Et il a créé trois autres noyaux monastiques jusqu’en France. C’est un monastère cultivé, doté d'une riche bibliothèque. En pleine nuit, ses 80 moines, avant l’office qui précède l’aube, veillent en cellule pendant trois à cinq heures, lisant et méditant les livres des Pères.
Le Mont Athos ne dort pas. Son temps est entièrement consacré aux sphères angéliques. Même les visiteurs les plus blasés ont du mal à en partir. A Daphné, on reprend le ferry. Le grondement cadencé des moteurs vous remet à l’heure de la vie ordinaire. La jeune grecque qui, la première, vous sert le café à Ouranoupolis, vous fait l’effet d’une apparition. Elle a la fulgurante beauté d'une Victoire de Samothrace.
Traduction française par Charles de Pechpeyrou, Paris, France.
www.chiesa
15:43 Écrit par Père Walter dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : liturgie, theoldose, rome, higoumene, basile le grand, mont athos, pentecote, terre sainte, galla placidia, ravenne, grece, cacao, grecs, grande laure, apocalypse, ermite, anachoretes, kasbash, cypres, reliques, saints, athanase, lavra, catholicon, mosaiques, constantinople, monastere, icones, ouranoupolis, moines, femmes, evangile, daphne, apollon, olympe, karies, epistasie, gendarmerie, epeautre, encens, gendarmes, voyageurs, itinerants, cenobites, abbe, vepres, priere, byzance, saphirs, rubis |
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