10.04.2010

Dieu veut te parler - Homélie pour le 2° dimanche de Pâques (fête de la miséricorde)


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Pourquoi est-ce aujourd’hui le dimanche de la Miséricorde? Le 30 avril 2000, le Jean Paul II a canonisé sœur Marie Faustine Kowalska, une religieuse polonaise qui avait reçu du Christ au début du vingtième siècle des révélations étonnantes au sujet de la divine miséricorde. Au cours de cette cérémonie, le pape a répondu à une des demandes que le Christ avait faites dans ces révélations : que l’Eglise tout entière réserve le deuxième dimanche de Pâques pour honorer et commémorer la miséricorde infinie de Dieu.


Comment cette miséricorde nous est-elle révélée dans les lectures de ce jour ? Tout d’abord, nous la voyons à l’œuvre dans l’attitude du Christ envers les hommes qui sont les apôtres qu’il avait choisis, mais qui l’avaient abandonné l’avant-veille. Ils l’avaient abandonné juste à moment le plus difficile, mais Jésus, lui, n’allait pas les abandonner. Il ne se laisse pas arrêter par les portes fermées, ni par celles du lieu où ils se tenaient, ni celles de leurs cœurs angoissés. Il ne les a pas livré à leur sort. Il leur apporte la paix. Et il leur renouvelle sa confiance en les confirmant dans leur mission :


« De même que le Père m'a envoyé, moi aussi, je vous envoie. »


Nous voyons la miséricorde de Dieu dans la réaction du Christ envers les hommes qui l’avaient crucifié. Est-ce qu’il les anéantit en guise de vengeance ? Non. Au contraire, il leur envoie ses apôtres pour leur dire, à eux et à tous les pécheurs, à tous ceux qui, par leurs péchés, ont crucifié leur Dieu, qu’ils peuvent être sauvés, que Dieu ne les condamne pas :


« De même que le Père m'a envoyé, moi aussi, je vous envoie. »


Et ensuite, pour que l’Eglise soit pleinement équipée pour communiquer ce message, Jésus leur donne l’ultime révélation de la miséricorde divine : il délègue aux apôtres le pouvoir divin de remettre les péchés :


« Recevez l'Esprit Saint. Tout homme à qui vous remettrez ses péchés, ils lui seront remis ; tout homme à qui vous maintiendrez ses péchés, ils lui seront maintenus. »


C’est l’institution explicite du sacrement de la confession, le sacrement grâce auquel l’océan infini de la miséricorde divine couvre les flaques boueuses de notre misère. C’est l’ultime révélation de la miséricorde divine.



Si on lit les récits des conversions à la foi catholique, ou des retours à la foi catholique, le thème qui revient tout le temps, c’est l’expérience de la miséricorde de Dieu dans le sacrement de la confession. Un des exemples dont j’ai eu connaissance ces jours-ci est particulièrement éloquent. Ca s’est passé en France, durant les années qui ont suivi la Révolution française...

 

 

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04.11.2009

Audience générale : une controverse théologique exemplaire


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Lors de l’audience générale de ce mercredi 4 novembre, le Pape a abordé les controverses théologiques célèbres entre Saint Bernard de Clairvaux et Abélard au XIIe siècle. Il a souligné « la nécessité d’une discussion théologique saine dans l’Église surtout quand les questions débattues n’ont pas été définies par le Magistère ».

 

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Le Pape a rappelé que la controverse se termina par une « pleine réconciliation» entre les deux théologiens : en chacun d’eux « prévalait ce que l’on doit vraiment garder présent quand naît une controverse théologique, c’est-à-dire sauvegarder la foi de l’Église et faire triompher la vérité dans la charité. Puisse cela être encore aujourd’hui l’attitude avec laquelle on s’oppose dans l’Église, en ayant toujours comme but la recherche de la vérité ».

Écoutez sur Radio Vatican le résumé de la catéchèse et les paroles que Benoît XVI a adressés aux pèlerins de langue française: >>

 

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Résumé de la catéchèse en langue française

     Chers Frères et Sœurs,

     Entre la théologie monastique et la théologie scolastique dont nous avons parlé dans la dernière catéchèse, un grand débat a vu le jour, représenté symboliquement par la controverse entre saint Bernard et Abélard. En effet, la théologie est la recherche d’une compréhension rationnelle des mystères de la Révélation, crus dans la foi. Pour reprendre une définition traditionnelle, c’est la foi qui cherche l’intelligibilité. Saint Bernard mettait l’accent sur la première partie de cette définition : la foi, et Abélard sur la seconde : la compréhension au moyen de la raison. Pour Bernard la théologie a un unique but : celui de promouvoir l’expérience vivante et intime de Dieu. Dès lors, il contesta la méthode trop intellectuelle d’Abélard qui, à ses yeux, réduisait la foi à une simple opinion détachée de la vérité révélée. Finalement, cette confrontation théologique se conclut par une pleine réconciliation entre les deux théologiens, grâce à la médiation d’un ami commun, Pierre le Vénérable. Ce débat montre l’utilité et la nécessité d’une saine discussion théologique dans l’Église, surtout quand les questions débattues n’ont pas été définies par le Magistère, qui demeure un point de référence incontournable.


* * *


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     Je suis heureux de saluer les pèlerins de langue française, venant notamment de France, de Suisse et de Belgique. Que votre pèlerinage à Rome soit une occasion pour approfondir votre foi afin de donner une place centrale à la personne du Christ dans votre vie. Avec ma Bénédiction apostolique !

01.09.2009

Réflexion du card. Bertone sur l’encyclique « Caritas in veritate » 4

« Sur les causes lointaines de la crise financière », par le card. Bertone (4)

Réflexions sur « Caritas in veritate »

 

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ROME, Jeudi 27 août 2009 (ZENIT.org) - « La proposition de l'encyclique n'est ni à caractère idéologique, ni uniquement réservée à ceux qui partagent la foi dans la Révélation divine, mais se fonde sur des réalités anthropologiques fondamentales, comme le sont précisément la vérité et la charité entendues au sens droit, ou, comme le dit l'encyclique elle-même, données à l'homme et reçues par lui, et non pas produites par lui de façon arbitraire », déclare le cardinal secrétaire d'Etat Tarcisio Bertone, lors d'une rencontre au Sénat de la République italienne.

Le texte intégral a été publié en français par L'Osservatore Romano en français du 4 août, sous le titre : « Efficacité et justice ne suffisent pas : pour être heureux, le don est nécessaire ». Nous le publions en quatre volets. Les trois premiers volets ont été publiés les 24, 25 et 26 août 2009 (voir ci-dessous). Dans ce quatrième et dernier volet, le cardinal Bertone évoque « les causes lointaines de la crise financière ».

Le cardinal Bertone a prononcé ce discours dans la salle du chapitre de la bibliothèque du sénat de la République italienne, le mardi 28 juillet 2009 au matin, à propos de l'enseignement de l'encyclique de Benoît XVI, « Caritas in veritate ».

« Pour être heureux, le don est nécessaire »,

par le card. Tarcisio Bertone

(...)

4. Sur les causes lointaines de la crise financière

Caritas in veritate s'arrête sur les causes profondes (et pas uniquement sur les causes proches) de la crise encore en cours. Je n'ai pas l'intention de les passer en revue et je me limiterai à résumer les trois facteurs principaux de crise identifiés et pris en considération.

Le premier concerne le changement radical dans la relation entre finance et production de biens et services qui s'est consolidé au cours des trente dernières années. A partir du milieu des années 1970, divers pays occidentaux ont conditionné leurs promesses en matière de retraite à des investissements qui dépendaient de la capacité des nouveaux instruments financiers à engendrer un profit durable exposant ainsi l'économie réelle aux caprices de la finance et engendrant le besoin croissant de destiner à la rémunération de l'épargne investie dans ces derniers des parts croissantes de valeur ajoutée. Les pressions sur les entreprises, dérivant des bourses et des fonds de private equity, se sont répercutées dans plusieurs directions: sur les dirigeants poussés à améliorer continuellement les performances de leur gestion, dans le but d'en tirer des volumes croissants de stocks options; sur les consommateurs, pour les convaincre à acheter toujours plus, même en l'absence de pouvoir d'achat; sur les entreprises de l'économie réelle, pour les convaincre à augmenter la valeur pour l'actionnaire. C'est ainsi que l'exigence constante de résultats financiers toujours plus excellents s'est répercutée sur tout le système économique, jusqu'à devenir un véritable modèle culturel.

Le deuxième facteur qui explique la crise est la diffusion, au niveau de la culture populaire, de l'éthos de l'efficacité comme critère ultime de jugement et de justification de la réalité économique. D'un côté, cela a fini par légitimer l'avidité - qui est la forme la plus connue et la plus répandue de l'avarice - comme une sorte de vertu civique: le greed market qui remplace le free market. "Greed is good, greed is right" (l'avidité est bonne, l'avidité est juste), prêchait Gordon Gekko, le personnage principal du célèbre film de 1987, Wall Street.

Enfin, Caritas in veritate ne manque pas de s'arrêter sur la cause des causes de la crise: les spécificités du modèle culturel qui s'est consolidé au cours des dernières décennies dans le sillage, d'un côté, du processus de mondialisation, et, de l'autre, de l'avènement de la troisième révolution industrielle, celle des technologies info-télématiques. Un aspect spécifique de ce modèle concerne l'insatisfaction, toujours plus étendue, en ce qui concerne la façon d'interpréter le principe de liberté. Comme on le sait, il existe trois dimensions constitutives de la liberté: l'autonomie, l'immunité, la capacité d'action. Qui dit autonomie dit liberté de choix: on n'est pas libre si l'on n'est pas placé dans la condition de choisir. L'immunité, en revanche, implique l'absence de coercition de la part d'un agent extérieur. C'est, en définitive, la liberté négative (ou encore la "liberté par rapport à"). La capacité d'action enfin, signifie capacité de choix, c'est-à-dire de poursuivre des objectifs, du moins en partie ou dans une certaine mesure, que le sujet se fixe. L'on n'est pas libre si l'on ne réussit jamais à réaliser (pas même en partie) son projet de vie.

Comme on peut le comprendre, le défi à relever consiste à réunir côte à côte les trois dimensions de la liberté: telle est la raison pour laquelle le paradigme du bien commun apparaît comme une perspective extrêmement intéressante à explorer.

A la lumière de ce qui précède, nous pouvons comprendre pourquoi la crise financière ne peut pas prétendre être un événement inattendu, ni inexplicable. Voilà pourquoi, sans rien ôter aux interventions indispensables en matière de réglementation et aux nouvelles formes nécessaires de contrôle, nous ne réussirons pas à empêcher l'apparition d'épisodes analogues à l'avenir si l'on n'attaque pas le mal à sa racine, c'est-à-dire si l'on n'intervient pas sur le modèle culturel qui soutient le système économique. Cette crise lance un double message aux autorités gouvernementales. En premier lieu, que la sacro-sainte critique à l'"Etat interventionniste" ne peut en aucun cas revenir à méconnaître le rôle central de l'"Etat régulateur". En second lieu, que les autorités publiques situées aux divers niveaux des gouvernements doivent permettre, et même favoriser, la naissance et le renforcement d'un marché financier pluraliste, c'est-à-dire d'un marché dans lequel puissent opérer dans des conditions de parité objective des sujets différents, sur l'objectif spécifique qu'ils attribuent à leur activité. Je pense aux banques du territoire, aux banques de crédit coopératif, aux banques éthiques, aux divers fonds éthiques. Il s'agit d'organismes qui ne proposent pas seulement à leurs guichets une finance créative, mais qui jouent surtout un rôle complémentaire, et donc, d'équilibre, par rapport aux agents de la finance spéculative. Si, au cours des dernières décennies, les autorités financières avaient éliminé les nombreux conditionnements qui pesaient sur les acteurs de la finance alternative, la crise actuelle n'aurait pas eu la puissance dévastatrice que nous connaissons.


5. Conclusion

Avant de conclure, je souhaite remercier le président du Sénat de la République italienne, M. Schifani, de m'avoir permis d'illustrer devant cet auditoire qualifié certains traits de la dernière encyclique de Benoît XVI.

Il s'agit d'une certaine façon d'un retour du Saint-Père dans ce siège du Sénat de la République, où celui qui était alors le cardinal Joseph Ratzinger tint le 13 mai 2004 dans la bibliothèque du sénat précisément, une "lectio magistralis" restée dans les mémoires sur le thème: "L'Europe. Ses fondements spirituels, hier, aujourd'hui et demain".

Il est intéressant de noter que dans cette intervenion, entre autres, le futur Souverain Pontife abordait certains thèmes que l'on retrouve aujourd'hui dans sa dernière encyclique. Pensons, par exemple, à l'affirmation de la raison profonde de la dignité de la personne et de ses droits: ceux-ci - disait le cardinal Ratzinger - "ne sont pas créés par le législateur, ni conférés aux citoyens, "mais ils existent plutôt de par leur droit propre, ils doivent toujours être respectés de la part du législateur, ils lui sont donnés au préalable comme des valeurs d'ordre supérieur". Cette validité de la dignité humaine préalable à toute action politique et à toute décision politique renvoie en ultime analyse au Créateur: Lui seul peut établir des valeurs qui se fondent sur l'essence de l'homme et qui sont intangibles. Le fait qu'il existe des valeurs qui ne puissent être manipulées par personne est la véritable garantie de notre liberté et de la grandeur humaine; la foi chrétienne voit en cela le mystère du Créateur et de la condition d'image de Dieu qu'il a conférée à l'homme". Dans Caritas in veritate, Benoît XVI répète que "les droits humains risquent de ne pas être respectés" lorsqu'"ils sont privés de leur fondement transcendant" (n. 56), c'est-à-dire lorsqu'on oublie que "Dieu est le garant du véritable développement de l'homme, dans la mesure où, l'ayant créé à son image, il en fonde aussi la dignité transcendante" (n. 29).

Dans la "lectio magistralis" tenue il y a cinq ans, l'actuel Souverain Pontife rappelait encore qu'"un deuxième point dans lequel apparaît l'identité européenne est le mariage et la famille. Le mariage monogame, comme structure fondamentale de la relation entre un homme et une femme et dans le même temps comme cellule dans la formation de la communauté de l'Etat, a été forgé à partir de la foi biblique. Il a donné à l'Europe, tant occidentale qu'orientale, son visage spécifique et son humanité spécifique, également et précisément parce que la forme de fidélité et de renoncement définie ici a toujours dû être à nouveau conquise, au prix de nombreux efforts et difficultés. L'Europe ne serait plus l'Europe, si cette cellule fondamentale de son édifice social disparaissait ou était changée dans son essence". Dans Caritas in veritate, cet avertissement s'étend jusqu'à devenir universel, nous pourrions dire mondial, et s'adresse à tous les responsables de la vie publique; nous lisons en effet, dans celle-ci: "Continuer à proposer aux nouvelles générations la beauté de la famille et du mariage, la correspondance de ces institutions aux exigences les plus profondes du coeur et de la dignité de la personne devient ainsi une nécessité sociale, et même économique. Dans cette perspective, les Etats sont appelés à mettre en oeuvre des politiques qui promeuvent le caractère central et l'intégrité de la famille, fondée sur le mariage entre un homme et une femme, cellule première et vitale de la société, prenant en compte ses problèmes économiques et fiscaux, dans le respect de sa nature relationnelle" (n. 44).

Certes, Caritas in veritate s'adresse, comme cela est affirmé dans son titre officiel, à tous les membres de l'Eglise catholique et "à tous les hommes de bonne volonté". Pourtant, en vertu des principes qu'il éclaire, des problèmes qu'il affronte et des indications qu'il offre, ce document pontifical, qui a d'abord suscité tant d'attentes, puis tant d'attention et de reconnaissance, en particulier dans le domaine social, politique et économique, peut trouver, me semble-t-il, un écho particulier dans ce siège institutionnel qu'est le Sénat de la République. Je suis convaincu que, au-delà des différences de formation et de convictions personnelles, ceux qui possèdent la responsabilité délicate et honorifique de représenter le peuple italien et d'exercer par son mandat le pouvoir législatif, peuvent trouver dans les paroles du Pape une noble et profonde inspiration dans l'accomplissement de leur mission, afin de répondre de façon adéquate aux défis éthiques, culturels et sociaux qui nous interpellent aujourd'hui et que l'encyclique Caritas in veritate place devant nous de façon extrêmement lucide et exhaustive. Je forme le voeu que ce document du Magistère ecclésial, que j'ai tenté de vous illustrer du moins en partie aujourd'hui, puisse trouver en ce siège l'attention qu'il mérite et porter ainsi des fruits positifs et abondants pour le bien de chaque personne et de toute la famille humaine, en commençant par la chère nation italienne.

(FIN)

© L'Osservatore Romano - 4 août 2009

27.08.2009

Réflexion du card. Bertone sur l’encyclique « Caritas in veritate » 1

Réflexion du card. Bertone sur l’encyclique « Caritas in veritate »

 

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Conférence au sénat de la République italienne (1)


 

ROME, Lundi 24 août 2009 (ZENIT.org). - « La proposition de l'encyclique n'est ni à caractère idéologique, ni uniquement réservée à ceux qui partagent la foi dans la Révélation divine, mais se fonde sur des réalités anthropologiques fondamentales, comme le sont précisément la vérité et la charité entendues au sens droit, ou, comme le dit l'encyclique elle-même, données à l'homme et reçues par lui, et non pas produites par lui de façon arbitrare », déclare le cardinal-secrétaire d'Etat, Tarcisio Bertone, lors d'une rencontre au sénat de la République italienne. 

Le texte intégral a été publié en français par L'Osservatore Romano en langue française du 4 août, sous le titre: « Efficacité et justice ne suffisent pas : pour être heureux, le don est nécessaire ». Nous le publions en quatre volets. 

Le cardinal Bertone a prononcé ce discours dans la salle du chapitre de la bibliothèque du sénat de la République italienne, dans la matinée du mardi 28 juillet 2009, relatif à l'enseignement de l'encyclique de Benoît XVI, « Caritas in veritate ».  



« Pour être heureux, le don est nécessaire »,

par le card. Tarcisio Bertone 

    L'encyclique de Benoît XVI s'ouvre par une introduction, qui constitue une réflexion riche et profonde dans laquelle sont repris les termes du titre même qui relie étroitement entre elles la caritas et la veritas, l'amour et la vérité. Il s'agit non seulement d'une sorte d'explicatio terminorum, d'un éclaircissement initial, mais l'on veut indiquer les principes et les perspectives fondamentales de tout son enseignement. En effet, comme dans une symphonie, le thème de la vérité et de la charité revient ensuite tout au long du document, précisément parce que c'est là que réside, comme l'écrit le Pape, « la force dynamique essentielle du vrai développement de chaque personne et de l'humanité tout entière » (Caritas in veritate, n. 1).

    Mais - nous demandons-nous - de quelle vérité et de quel amour s'agit-il? Il ne fait aucun doute que précisément ces concepts suscitent aujourd'hui le soupçon - en particulier le terme vérité - ou sont objets de malentendus - et cela vaut en particulier pour le terme « amour ». C'est pourquoi il est important d'éclaircir de quelle vérité et de quel amour parle la nouvelle encyclique. Le Saint-Père nous fait comprendre que ces deux réalités fondamentales ne sont pas extrinsèques à l'homme ou même imposées à lui au nom d'une quelconque vision idéologique, mais sont profondément enracinées dans la personne même. En effet, « l'amour et la vérité - affirme le Saint-Père - sont la vocation déposée par Dieu dans le coeur et dans l'esprit de chaque homme » (n. 1), de l'homme qui, selon l'Ecriture Sainte, est précisément créé « à l'image et ressemblance » de son Créateur, c'est-dire du « Dieu biblique qui est à la fois ‘Agapè' et ‘Logos' :  Charité et Vérité, Amour et Parole » (n. 3).

    Cette vérité, non seulement la Révélation biblique en témoigne, mais elle peut être saisie par tout homme de bonne volonté qui utilise sa raison de façon droite lorsqu'il réfléchit sur lui-même (« La vérité est une lumière qui donne sens et valeur à l'amour. Cette lumière est, en même temps, celle de la raison et de la foi, par laquelle l'intelligence parvient à la vérité naturelle et surnaturelle de l'amour », n. 3). A cet égard, cette vision semble bien illustrée par certains contenus d'un document significatif et important qui a précédé de peu la publication de Caritas in veritate:  la Commission théologique internationale nous a donné ces derniers mois un texte intitulé:  A la recherche d'une éthique universelle:  nouveau regard sur la loi naturelle. Celui-ci aborde des thèmes d'une grande importante, que je me sens en devoir de signaler et de recommander, en particulier dans le contexte de ce Sénat, c'est-à-dire d'une institution dont la fonction principale est l'élaboration de normes. En effet, comme le Saint-Père le dit à l'Assemblée des Nations unies à New York, au cours de sa visite l'an dernier au Palais de Verre à propos du fondement des droits humains :  « Ces droits trouvent leur fondement dans la loi naturelle inscrite au coeur de l'homme et présente dans les diverses cultures et civilisations. Détacher les droits humains de ce contexte signifierait restreindre leur portée et céder à une conception relativiste, pour laquelle le sens et l'interprétation des droits pourraient varier et leur universalité pourrait être niée au nom des différentes conceptions culturelles, politiques, sociales et même religieuses » (18 avril 2008). Il s'agit de considérations qui valent non seulement pour les droits de l'homme, mais pour toute intervention de l'autorité légitime appelée à réglementer, selon la véritable justice, la vie de la communauté à travers des lois qui ne soient pas le fruit d'une simple entente conventionnelle, mais qui visent au bien authentique de la personne et de la société et fassent donc référence à cette loi naturelle.

    Or, la Commission théologique internationale, en exposant la réalité  de la loi naturelle, illustre précisément que la vérité et l'amour sont des exigences essentielles de tout homme, profondément enracinées dans son être. « Dans sa recherche du bien moral, la personne humaine se met à l'écoute de ce qu'elle est et elle prend conscience des inclinations fondamentales de sa nature » (A la recherche d'une éthique universelle:  nouveau regard sur la loi naturelle, n. 45), et celles-ci orientent l'homme vers des biens nécessaires à sa réalisation morale. Comme on le sait, « on distingue traditionnellement trois grands ensembles de dynamismes naturels... Le premier, qui lui est commun avec tout être substantiel, comprend essentiellement l'inclination à conserver et à développer son existence. Le deuxième, qui lui est commun avec tous les vivants, comprend l'inclination à se reproduire pour perpétuer l'espèce. Le troisième, qui lui est propre comme être rationnel, comporte l'inclination à connaître la vérité sur Dieu ainsi que l'inclination à vivre en société » (n. 46). En approfondissant ce troisième dynamisme, qui se retrouve dans chaque personne, la Commission théologique internationale affirme qu'il « est spécifique à l'être humain comme être spirituel, doté de raison, capable de connaître la vérité, d'entrer en dialogue avec les autres et de nouer des relations d'amitié... Son bien intégral est si intimement lié à la vie en communauté que c'est en vertu d'une inclination naturelle et non s'une simple convention qu'il s'organise en société politique. Le caractère relationnel de la personne s'exprime aussi par la tendance à vivre en communion avec Dieu ou l'Absolu... Elle peut certes être niée par ceux qui refusent d'admettre l'existence d'un Dieu personnel, mais elle n'en demeure pas moins implicitement présente dans la recherche de la vérité et du sens qui habite tout être humain » (n. 50).

    L'homme est donc fait pour connaître à travers un « élargissement de la raison » (cf. Discours du 12 septembre 2006 à l'université de Ratisbonne) la vérité dans toute son étendue, c'est-à-dire en ne se limitant pas à acquérir des connaissances techniques pour dominer la réalité matérielle, mais en s'ouvrant jusqu'à rencontrer le Transcendant, et pour vivre pleinement la dimension interpersonnelle de l'amour, « principe non seulement des micro-relations:  rapports amicaux, familiaux, en petits groupes, mais également des macro-relations:  rapports sociaux, économiques, politiques » (Caritas in veritate, n. 2). Ce sont précisément la veritas et la caritas qui nous indiquent les exigences de la loi naturelle que Benoît XVI pose comme critère fondamental de la réflexion d'ordre moral sur l'actuelle réalité socio-économique:  « ‘Caritas in veritate' est un principe sur lequel se fonde la doctrine sociale de l'Eglise, un principe qui prend une forme opératoire par des critères d'orientation de l'action morale » (n. 6). Avec une expression efficace, le Saint-Père affirme donc que « la doctrine sociale de l'Eglise... est ‘caritas in veritate in re sociali' :  annonce de la vérité de l'amour du Christ dans la société. Cette doctrine est un service de la charité, mais dans la vérité » (n. 5).

    La proposition de l'encyclique n'est ni à caractère idéologique, ni uniquement réservée à ceux qui partagent la foi dans la Révélation divine, mais se fonde sur des réalités anthropologiques fondamentales, comme le sont précisément la vérité et la charité entendues au sens droit, ou, comme le dit l'encyclique elle-même, données à l'homme et reçues par lui, et non pas produites par lui de façon arbitraire (« La vérité qui, à l'égal de la charité est un don, est plus grande que nous, comme l'enseigne saint Augustin. De même, notre vérité propre, celle de notre conscience personnelle, nous est avant tout ‘donnée'. Dans tout processus cognitif, en effet, la vérité n'est pas produite par nous, mais elle est toujours découverte ou mieux, reçue. Comme l'amour, elle ‘ne naît pas de la pensée ou de la volonté mais, pour ainsi dire, s'impose à l'être humain' », Caritas in veritate, n. 34). Benoît XVI veut rappeler à tous que ce n'est qu'en s'ancrant à ce double critère de la veritas et de la caritas, liés entre eux de façon inséparable, que l'on peut construire l'authentique bien de l'homme, fait pour la vérité et l'amour. Selon le Saint-Père, « seule la charité, éclairée par la lumière de la raison et de la foi, permettra d'atteindre des objectifs de développement porteurs d'une valeur plus humaine et plus humanisante » (n. 9).

    Après cette introduction indispensable, dans laquelle j'ai voulu souligner certains aspects anthropologiques et théologiques du texte pontifical, sans doute moins commentés par les articles journalistiques, je désire exposer à présent uniquement certains points, sans avoir la prétention de couvrir le vaste contenu de l'encyclique, dont, d'ailleurs, des commentateurs faisant autorité ont déjà offert des approfondissements spécifiques, notamment dans les pages de « L'Osservatore Romano » ou ailleurs. 

1. Au-delà  des dichotomies anciennes et obsolètes 

(à suivre) 

© L'Osservatore Romano - 4 août 2009

Les quarante ans de la Fédération biblique catholique

Les quarante ans de la Fédération biblique catholique

Un fruit du concile Vatican II

 

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ROME, Lundi 24 août 2009 (ZENIT.org). - La Fédération biblique catholique internationale (FBC) voulue par le pape Paul VI (photo) après le concile, est née le 16 avril 1969 et a donc célèbré donc ses 40 ans.  L'Osservatore Romano du 23 août a salué l'anniversaire (pp. 4 et 5 de l'édition quotidienne en italien). 

Pour Paul VI, c'était une de façon de mettre en œuvre la constitution dogmatique conciliaire sur la Révélation divine, Dei Verbum

Cet organisme est actuellement présent dans 134 pays et se distingue « par son témoignage de pluralisme dans l'unité de la foi grâce à une utilisation vivante et vitale de l'Ecriture en harmonie avec l'enseignement de l'Eglise », écrit L'OR. Elle compte plus de 330 institutions membres qui s'engagent « à aider les personnes à vivre le message vivifiant de la Bible dans leur vie de tous les jours ». Son site Internet est plurilingue. 

La Fédération biblique catholique a été instituée par Paul VI pour « encourager et promouvoir la prise de conscience de l'importance unique de l'Écriture Sainte à tous les niveaux de la vie de l'Église », indique le site de la FBC : « Elle tire ses origines du Concile Vatican II et se voit comme la promotrice de la Bible dans l'Église catholique ». 

Enracinée dans l'Église catholique, la Fédération biblique catholique est ouverte au dialogue oecuménique et interconfessionnel. Elle prône la tolérance et le respect des autres cultures et religions. Elle est aussi activement engagée au service de la réconciliation, de la justice et de la paix. 

Par son engagement pour l'Évangile, la Fédération biblique catholique « joue un rôle actif dans la construction d'un monde où les valeurs d'amour de Dieu et des autres, de justice et de responsabilité sont essentielles ». 

Anita S. Bourdin

16.08.2009

L'Eglise salue et remercie les Diacres permanents et leurs familles

L’Église découvre toujours plus la richesse inestimable du diaconat permanent. Elle reconnaît le don et la qualité de cet engagement ministériel. Les Évêques sont généralement très contents et pleins d’espérance à votre égard. Le Préfet de la Congrégation pour le Clergé l’affirme clairement dans une lettre aux Diacres permanents qui vient d’être publiée.

Une lettre dans laquelle le cardinal Claudio Hummes salue avec respect et admiration les épouses et les enfants des diacres mariés. L’Église – écrit-il - les remercie pour le soutien et la collaboration multiforme qu’ils apportent à leurs époux et à leurs pères. Les diacres permanents ont notamment comme priorité d’annoncer la Parole. Il est donc essentiel qu’ils connaissent la Révélation, qu’ils adhèrent de façon inconditionnelle à Jésus Christ et qu’ils aient l’esprit missionnaire.

Dans sa lettre, le Préfet de la Congrégation pour le Clergé leur recommande l’étude constante de la Parole de Dieu, la méditation, sous forme de Lection divina, aujourd’hui une voie toujours plus parcourue et conseillée pour comprendre, assimiler et vivre la Parole de Dieu, ainsi qu' une formation intellectuelle, théologique et pastorale permanente et approfondie.

Dans sa lettre, le cardinal Hummes, rappelle, par ailleurs, que le diaconat prend ses racines dans l’organisation ecclésiale de la charité, à l’époque des grandes persécutions chrétiennes. Aujourd’hui, on ne comprendrait pas un Diacre qui ne s’engagerait pas personnellement dans la charité et dans la solidarité envers les pauvres qui se multiplient à nouveau. Des pauvres – insiste le cardinal Hummes – que nous devons aimer d’un amour préférentiel. Les diacres sont donc appelés à essayer de construire une société juste, fraternelle, pacifique...

29.07.2009

'Caritas in veritate' s'adresse aux croyants et aux non croyants

Le card. Bertone présente l'encyclique devant le sénat italien


ROME, Mardi 28 juillet 2009 (ZENIT.org) - La dernière encyclique de Benoît XVI « Caritas in veritate » s'adresse aux croyants et aux non croyants car elle se base sur la loi naturelle, a expliqué ce mardi le plus proche collaborateur du pape, le cardinal Tarcisio Bertone, s.d.b, secrétaire d'Etat, dans son discours de présentation de l'encyclique devant le sénat italien.

Le cardinal Bertone s'était rendu mercredi dernier aux Combes, où Benoît XVI poursuit ses vacances, pour réfléchir avec le pape à son texte de présentation. Il a expliqué que Benoît XVI a réussi a atteindre l'objectif de toucher les croyants et les non croyants en unissant les deux termes du titre : l'amour et la vérité.

« Le Saint Père nous fait comprendre que ces deux réalités fondamentales ne sont pas extrinsèques à l'homme ou même imposées à lui au nom d'une quelconque vision idéologique, mais qu'elles sont profondément enracinées dans la personne même », a-t-il dit.

C'est la raison pour laquelle, selon le cardinal italien, cette réalité, dont la Révélation biblique nous donne un témoignage, peut aussi être « accueillie par tout homme de bonne volonté qui utilise correctement sa raison dans sa réflexion sur lui-même ».

C'est-à-dire, a-t-il expliqué, que les propositions que le pape fait dans son encyclique se basent sur la loi naturelle qui, selon le numéro 1954 du Catéchisme de l'Eglise catholique, « exprime le sens moral originel qui permet à l'homme de discerner par la raison ce que sont le bien et le mal, la vérité et le mensonge ».

Le cardinal a alors mis la nouvelle encyclique en lien avec le document publié récemment par la Commission théologique internationale qui a pour titre « A la recherche d'une éthique universelle : nouveau regard sur la loi naturelle ».

Ce texte, dont la rédaction avait commencé sous l'impulsion du cardinal Joseph Ratzinger quand celui-ci était président de la Commission théologique, documente ce que Benoît XVI expliquait dans son discours du 18 avril 2008 devant l'Assemblée générale de l'ONU.

Les droits humains, avait-il dit à cette occasion « trouvent leur fondement dans la loi naturelle inscrite au cœur de l'homme et présente dans les diverses cultures et civilisations ».

« Détacher les droits humains de ce contexte signifierait restreindre leur portée et céder à une conception relativiste, pour laquelle le sens et l'interprétation des droits pourraient varier », avait ajouté le pape.

Le cardinal Bertone a expliqué devant le sénat italien que le nouveau document de la Commission théologique internationale « montre justement comment la vérité et l'amour sont des exigences essentielles de tout homme, profondément enracinées dans son être ».

« Dans sa recherche du bien moral, la personne humaine se met à l'écoute de ce qu'elle est et elle prend conscience des inclinations fondamentales de sa nature (n. 45), qui poussent l'homme vers des biens nécessaires à son accomplissement moral », a-t-il expliqué.

L'homme est donc fait pour connaître « la vérité dans toute son ampleur, c'est-à-dire en ne se limitant pas à acquérir des connaissances techniques pour dominer la réalité matérielle, mais en s'ouvrant jusqu'à la rencontre avec le Transcendant, et pour vivre pleinement la dimension interpersonnelle de l'amour, principe non seulement des micro-relations : relations amicales, familiales, de petit groupe, mais aussi des macro-relations : relations sociales, économiques, politiques ».

Ce sont précisément la vérité et l'amour qui nous « indiquent les exigences de la loi naturelle que Benoît XVI place comme critère fondamental de la réflexion d'ordre moral sur l'actuelle réalité socioéconomique », a expliqué le cardinal Bertone.

Pour cette raison, a-t-il poursuivi, « la proposition de l'encyclique n'est ni de caractère idéologique ni seulement réservée à qui partage la foi dans la Révélation divine, mais se fonde sur des réalités anthropologiques fondamentales, qui sont précisément la vérité et l'amour comprises correctement, ou comme dit l'encyclique elle-même, données à l'homme et reçues par lui, non pas produites par lui de manière arbitraire ».

01.07.2009

Saint Paul : La complémentarité, un principe vital de la vie ecclésiale


Saint Paul : La complémentarité,
un principe vital de la vie ecclésiale

P. Hermann Geissler FSO




Le plan de Dieu avec les hommes

I. L'Eglise, Corps du Christ

L'unité dans la diversité

L'unité dans le Christ

L'unité dans la complémentarité



II. Vivre la complémentarité

« Avoir soin les uns des autres »

« Distribuant les dons à chacun en particulier »

« Pour l'utilité commune »

« Ne pas comparer, mais discerner »

« Souffrir avec - se réjouir avec »

 « Une voie excellente entre toutes »

« Portez les fardeaux les uns des autres »



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«L'union fait la force!» comme nous l'apprend une maxime connue. De nos jours on parle souvent d'unité et de communauté. De nombreuses personnes se rendent à nouveau compte combien nous dépendons les uns des autres, combien nous avons impérativement besoin les uns des autres, combien la collaboration et l'entraide réciproques sont importantes. Cette conscience nouvelle, qui, certes, ne surgit pas partout avec la même intensité et qui va à l'encontre du penchant de maintes personnes vers l'individualisme, correspond à ce que le Créateur à déposé dans la nature humaine.


Le plan de Dieu avec les hommes

« Et Dieu créa l'homme à son image; il le créa à l'image de Dieu: il les créa mâle et femelle » (Gn 1,27). La création de la personne humaine couronne la création. Dieu a tout créé pour les hommes et l'homme a été créé pour reconnaître et aimer Dieu et pour gérer la terre en son nom, de façon responsable.

De cette grande tâche l'homme doit s'acquitter dans la complémentarité. La Bible le montre clairement avec les mots suivants: « Il n'est pas bon que l'homme soit seul; je lui ferai une aide semblable à lui » (Gn 2, 18). La femme, que Dieu façonna en la tirant d'une côte de l'homme et qu'il amena à l'homme, le faisant s'écrier plein d'admiration et d'amour : « Celle-ci cette fois est os de mes os et chair de ma chair! » Selon le plan de Dieu les hommes et les femmes doivent exister les uns pour les autres. Cette complémentarité se montre particu­lièrement dans le mariage, qui porte fruits dans les enfants et qui pose le fondement de la société. Il s'agit néanmoins d'un principe qui est d'une importance fondamentale pour la vie commune en général et à tous les niveaux.

Il est vrai que le péché originel, par lequel l'homme a perdu l'amitié avec Dieu, a sérieusement compliqué la complémentarité entre les hommes. La vie commune de l'homme et de la femme n'est plus marquée par l'harmonie originelle, mais par la concupiscence et la domination (cf. Gn 3, 16). Le lien entre les hommes n'est plus caractérisé uniquement par l'amour et le respect, il l'est aussi par l'envie et la jalousie, de sorte que Caïn tue son frère Abel (cf. Gn 4). Les hommes sont devenus orgueilleux; ils veulent construire une tour dont le sommet touche le ciel. Mais Dieu rejette leur langage. Ils ne se comprennent plus et deviennent des ennemis les uns des autres (cf. Gn 11). L'histoire entière montre combien la concorde entre les hommes et les peuples est difficile et combien il s'agit souvent plutôt d'une simple coexistence, oui, même souvent d'un état de conflit.

Dieu n'a toutefois pas abandonné les hommes après le péché originel. Il a élu la famille d'Abraham et plus tard le peuple d'Israël, pour attirer les hommes à nouveau à lui et pour leur révéler sa volonté. Quand la plénitude des temps arriva Il envoya son Fils, parce qu'Il voulut réconcilier les hommes et les rassembler dans une famille. Cette famille, c'est l'Église. Dans son sein, la complémentarité par la grâce de la Rédemption n'est non seulement possible, mais elle est aussi une source de bénédictions multiples. Cela nécessite, certes, une foi profonde et la volonté de se laisser renouveler con­tinuellement.

Dans les réflexions suivantes, qui résument l'en­seignement de l'Église sur la complémentarité, quelques conseils pratiques nous sont donnés. Nous nous lais­sons surtout guider par l'apôtre Saint Paul. En même temps nous écoutons quelques paroles de Mère Julia, Fondatrice de la Famille Spirituelle « L'Œuvre ». Elle a souvent rappelé l'importance de la complémentarité.


I. L'Eglise, Corps du Christ

Saint Paul utilise plusieurs images pour rendre le mystère de l'Église intelligible. Dans ses épîtres, il la compare à un corps, dont la tête est le Christ et dont nous, les fidèles, sommes les membres. Que signifie cette comparaison?


L'unité dans la diversité


Le corps humain est composé de différents membres qui ont des tâches différentes. « Ainsi le corps n'est pas un seul membre, mais il est formé de plusieurs. Si le pied disait: "Puisque je ne suis pas la main, je ne suis pas du corps," en serait-il moins du corps pour cela? Et si l'oreille disait: "Puisque je ne suis pas l'œil, je ne suis pas du corps," en serait-elle moins du corps pour cela? » (1 Co 12, 14-16). Cette diversité des membres est vitale pour le corps. « Si tout le corps était œil, où serait l'ouïe? S'il était tout entier ouïe, où serait l'odorat? Mais Dieu a placé chacun des membres dans le corps, comme il l'a voulu. Si tous étaient un seul et même membre, où serait le corps? Il y a donc plusieurs membres et un seul corps » (1 Co 12, 17-20). Même s'il y en a beaucoup, tous les membres du corps s'appartiennent et forment « un seul corps » (1 Co 12, 12).

L'apôtre applique ces pensées à l'Église. La diversité des membres s'y montre par la variété des peuples, des milieux, des langues et des classes: « soit Juifs, soit Grecs, soit esclaves, soit libres » (1 Co 12, 13). L'Eglise est ouverte à tous les hommes, races et nations. La spé­cificité des hommes n'est pas abolie, mais purifiée et sanctifiée. Dans l'Église il y a aussi une pluralité de services et de grâces que Dieu accorde dans sa bonté. Il a « établi dans l'Eglise premièrement des apôtres, deu­xièmement des prophètes, troisièmement des docteurs, ensuite ceux qui ont les dons de guérir, d'assister, de gouverner » (1 Co 12, 28). La plupart des membres de l'Église vivent en tant que croyants laïques au milieu du monde; certains servent l'édification du corps dans une tâche hiérarchique (pape, évêques, prêtres et diacres): d'autres sont appelés à suivre Jésus dans la vie con­sacrée; partout le Seigneur offre une plénitude de talents, de dons et de charismes, dont plusieurs sont visibles, d'autres deviennent moins visibles, mais n'en sont pas moins importants pour autant.

Cette diversité est nécessaire pour le Corps du Christ. Si l'Église excluait certains peuples, milieux ou professi­ons, elle ne serait plus vraiment catholique. Si dans son sein il n'y avait plus de fidèles laïques elle ne pourrait plus pénétrer le monde du levain de l'Evangile. Sans officiants les sacrements vitaux ne seraient plus admini­strés. Sans femmes et hommes consacrés il nous man­querait le témoignage d'une imitation radicale du Christ. Sans les dons multiples que l'Esprit de Dieu offre aux fidèles, l'Église serait plus pauvre et elle ne pourrait plus accomplir certaines tâches ou rendre tel ou tel service.

Si nous considérons cela, nous voyons que l'Église est une communauté d'une grande diversité. Cette diversité est une richesse. En même temps nous devons prendre garde à préserver l'unité dans toute la nécessaire diversité.

 

L'unité dans le Christ


Les membres du corps humain forment une unité, parce qu'ils ont la même tête et sont unifiés par elle. Cela va de même avec l'Église: le Christ « est la Tête du Corps de l'Eglise » (Col 1, 18).

Le Christ est notre Rédempteur. Saint Paul écrit: « Dieu a voulu que toute la plénitude habitât en lui; et il a voulu réconcilier par lui toutes choses avec lui-même, celles qui sont sur la terre, et celles qui sont dans les cieux, en faisant la paix par le sang de sa croix » (Col 1, 19-20). C'est sur la croix que le Seigneur nous a réconciliés avec le Père.

Les sacrements nous unissent au Christ crucifié et ressuscité dans son Corps, l'Église. Le Concile Vatican II enseigne à ce sujet: « Dans ce corps, la vie du Christ se répand dans les croyants, qui par les sacrements sont unis d'une façon mystérieuse mais réelle, au Christ souffrant et glorifié » (Lumen Gentium, 7). Cela vaut surtout pour le baptême, par lequel nous formons « un seul corps » (1 Co 12, 13) et pour l'Eucharistie par laquelle notre union avec le Christ dans son Église s'approfondit continuellement: « Le pain, que nous rompons, n'est-il pas une communion au Corps du Christ? Puisqu'il y a un seul pain, nous formons un seul corps, tout en étant plusieurs; car nous participons tous à un même pain » (1 Co 10, 16-17).

En ce sens, le prêtre prie dans la troisième prière eucharistique: "Quand nous serons nourris de ton Corps et de ton Sang et remplis de l'Esprit Saint, accorde-nous d'être un seul corps et un seul esprit dans le Christ. »

En tant que membres du Corps de l'Église - souvent très différents les uns des autres - nous pouvons toutefois être 'un' et rester unis, parce que nous sommes unis dans le Christ par l'Esprit Saint. Lui, la Tête de l'Église, est la source de notre unité. De lui nous devons toujours implorer à nouveau le don de l'unité.

 

L'unité dans la complémentarité


Les membres du Corps sont unis au Christ, mais aussi les uns avec les autres. « Car, de même que nous avons plusieurs membres dans un seul corps, et que tous les membres n'ont pas la même fonction, ainsi nous qui sommes plusieurs, nous ne faisons qu'un seul corps dans le Christ, et chacun en particulier nous sommes membres les uns des autres » (Rm 12, 4-5).

Les différents membres de l'Église ont besoin les uns des autres. C'est pourquoi saint Paul écrit: « L'œil ne peut pas dire à la main: 'Je n'ai pas besoin de toi'; ni la tête dire aux pieds: 'Je n'ai pas besoin de vous.' Au contraire, les membres du corps qui paraissent les plus faibles sont plus nécessaires » (1 Co 12, 21-22). Les membres qui paraissent insignifiants sont de grande valeur pour Dieu: « Dieu a disposé le corps de manière à donner plus de respect à ce qui est moins digne, afin qu'il n'y ait pas de division dans le corps, mais que les membres aient également soin les uns des autres » (1 Co 12, 24-25). Les membres du corps partagent leurs souffrances et leurs joies. « Si un membre souffre, tous les membres souffrent avec lui; si un membre est honoré, tous les membres s'en réjouissent avec lui » (1 Co 12, 26).

Dans le Corps de l'Église, nous dépendons les uns des autres. Personne ne peut dire à l'autre: « Je n'ai pas besoin de toi, tu n'as pas d'importance à mes yeux. » Dieu veut que nous nous soucions les uns des autres, que nous nous soutenons et confortons, que nous portons la souffrance ensemble et que nous partageons les joies. C'est ce que nous voulons dire quand nous parlons de complémentarité.

Le pape saint Clément I écrit dans son épître aux Corinthiens (37, 4): « Il y a toujours une espèce de lien et là dedans se trouve l'utilité. » Cela apparaît si nous pensons par exemple à un orchestre. Les différents musiciens qui le forment ensemble, ne peuvent être de simples solistes. Ils doivent jouer en harmonie - chacun avec son instrument et selon ses capacités. Le niveau d'un orchestre et la valeur des musiciens dépendent de la qualité de la consonance des différents instruments. Celle-ci pose de grandes exigences. Il en va de même pour l'Église. Le pape Benoît XVI y fait allusion dans son encyclique Spe Salvi. Comme il note « Le péché est compris par les Pères comme destruction de l'unité du genre humain, comme fragmentation et division. ... Et ainsi, la 'Rédemption' apparaît vraiment comme le rétablissement de l'unité, où nous nous retrouvons de nouveau ensemble, dans une union qui se profile dans la communauté mondiale des croyants » (N° 14).

Mère Julia écrit sur l'unité et la complémentarité entre les membres de l'Église: « La lumière de la complé­mentarité est un grand don et un appel constant. »  En quoi consiste ce don de la complémentarité ? Quelles sont les attitudes requises? En quoi consistent les dangers et les tentations ?

 


II. Vivre la complémentarité

« Avoir soin les uns des autres »


Chaque homme, et encore plus chaque chrétien, a des responsabilités. Aujourd'hui l'on dit souvent que chacun doit suivre sa propre voie, surtout dans le domaine religieux ou moral. Des questions de foi ou de mœurs sont une « affaire privée », qui ne regarde personne. Chacun doit faire ce qu'il croit être bien selon sa propre conscience: l'un croit à Jésus, un autre à Buddha; l'un est contre l'avortement, un autre trouve l'interruption de grossesse légitime dans certaines situations. Et toutes ces opinions doivent être tolérées comme étant équivalentes.

Cette attitude est fausse. Elle méconnait que les questions de foi et de mœurs ne sont pas simplement des affaires subjectives où chacun peut avoir son opinion. Il y a en effet des réponses exactes à ces questions qui orientent notre vie et il y a des réponses fausses qui nous égarent. Dans la révélation, Dieu nous a offert les réponses qui nous montrent le droit chemin et nous guident vers la béatitude. La plupart de ces réponses  sont accessibles, non seulement à la foi, mais aussi à la raison.

L'opinion que la foi est une affaire privée est erronée parce qu'elle nous incite à l'individualisme et à l'in­différence: si chacun peut devenir bienheureux à sa façon, nous ne devons pas nous soucier d'autrui. En réalité nous ne sommes pas seulement responsables pour nous-mêmes, mais nous le sommes aussi pour les autres. C'est pourquoi, en tant que membres de l'Église, nous avons le devoir de prendre « également soin les uns des autres » (1 Co 12, 25). Transmettre la foi aux enfants doit être un souhait ardent des parents. Les prêtres et les consacrés doivent être intérieurement pressés à tout donner pour que le Christ puisse prendre forme dans le cœur des hommes. Et en tant que membres du Corps du Christ, nous sommes tous invités à prier les uns pour les autres, à prendre à cœur les intentions de l'Église universelle et à témoigner de la Bonne Nouvelle.

 

« Distribuant les dons à chacun en particulier »


Il existe une merveilleuse abondance de dons dans l'Église. Saint Paul évoque certains de ces dons dans la première épître au Corinthiens: par exemple le don de « sagesse », c'est-à-dire la possibilité de voir les événe­ments de la vie à la lumière du Crucifié; ensuite le don de « connaissance », le don de connaître le Christ dans l'intimité du cœur et de l'aimer; puis le don d'une foi forte, qui aide à rester fidèle dans la foi même dans les situations difficiles; enfin il y a aussi le don de guérison ou encore le don de reconnaître les signes du temps prophétiquement, de discerner les esprits etc. « Tous ces dons » c'est, comme dit l'apôtre, « le seul et même Esprit qui les produit, les distribuant à chacun en particulier, comme il lui plaît » (1 Co 12, 8-11).

L'Esprit Saint offre aussi à chacun de nous ses dons particuliers : l'un peut très bien se mettre à la place des autres; un autre se distingue par son aptitude d'en­thousiasmer les enfants et les jeunes; un autre sait comment il faut consoler les malades et les souffrants, encore un autre a de grands talents d'organisation etc. Nous devons être reconnaissants pour cette richesse de dons.

Accueillons ces dons avec empressement. Ils viennent de l'Esprit de Dieu qui les distribue comme il lui plaît. Il importe de ne pas envier les dons des autres, mais de les respecter. Mère Julia nous encourage dans ce sens: « Notre vie doit être remplie du respect de la Majesté de Dieu et de sa miséricorde, du respect des dons du Saint-Esprit, du respect du Plan de Dieu sur toute personne et du respect de la réponse de chacun exprimée par son libre choix. »

 

« Pour l'utilité commune »


Les dons que Dieu distribue aux membres du Corps du Christ ne nous sont pas offerts pour en tirer un profit personnel. Chaque don est donné « pour l'utilité commune » (1 Co 12,7). Si les hommes se croient importants à cause de leurs dons, alors ils n'ont pas compris l'essentiel. En plus ils sont injustes envers Dieu, car avec ses dons ils se glorifient eux-mêmes.

Pour bien employer nos dons nous devons être humbles et serviables. L'humilité nous rend conscients de ce que nous sommes devant Dieu: ses créatures qu'il a comblées de la richesse de sa Vie et de ses dons. La serviabilité nous aide à accueillir nos dons avec gratitude, à les développer par la foi, l'amour et le don de soi, et à les employer pour le bien des autres. En ce sens le chemin de la complémentarité est un chemin de vertus, exigeant, mais qui produit beaucoup de fruits: il nous préserve d'une vue unilatérale, d'exagérations et de jugements erronés. Sur ce chemin nous gagnons souvent du temps et ensemble nous trouvons plus rapidement des solutions. C'est un chemin sur lequel nous pouvons mûrir, nos dons peuvent s'épanouir, notre foi grandir et l'Esprit Saint peut nous combler de sa lumière. Il contribue à faire de nous une bénédiction les uns pour les autres et à être utiles les uns pour les autres, même pour les défunts à travers la prière et le saint sacrifice de la Messe.

Saint Paul nous encourage à suivre ce chemin en imitant le Christ : « Si donc il est quelque encou­ragement dans le Christ, s'il est quelque consolation de charité, s'il est quelque communauté d'esprit, s'il est quelque tendresse et quelque compassion, rendez ma joie parfaite: ayez une même pensée, un même amour, une même âme, un même sentiment. Ne faites rien par esprit de rivalité ou par vaine gloire; mais que chacun, en toute humilité, regarde les autres comme au-dessus de soi; chacun ayant égard, non à ses propres intérêts, mais à ceux des autres. » (Ph 2, 1-4).

 

« Ne pas comparer, mais discerner »


Mère Julia a dit: « Qui vit de la Lumière de Dieu ne compare pas mais discerne! » Avec cette parole elle nous rend attentifs à une attitude malsaine très répandue: la comparaison égoïste avec les autres. Celui qui compare ainsi ses propres dons avec ceux des autres, devient soit orgueilleux, s'il pense que ses dons valent plus que ceux des autres, soit envieux, jaloux ou découragé, si les dons des autres lui semblent meilleurs.

La lumière de la foi nous dit, au contraire, que tous les dons viennent de Dieu et que nous devons discerner. L'Esprit Saint offre tel don à l'un et telle qualité à l'autre. De là l'importance de nous compléter et de nous servir mutuellement avec les dons qui nous ont été attribués.

Il importe que nous employions nos propres dons dans notre famille, nos paroisses et nos communautés, avec foi et de façon engagée. Femmes et hommes, ouvriers et savants, personnes consacrées et prêtres: personne de nous ne peut tomber dans le piège de la comparaison égoïste et convoiter les dons des autres comme c'est le cas dans le féminisme radical, le cléricalisme, l'intel­lectualisme, le pragmatisme et beaucoup d'autres « ‑ismes ». Nous sommes appelés à servir avec nos propres dons, à édifier le Corps du Christ et à remplir le monde de la Bonne Nouvelle.

 

« Souffrir avec - se réjouir avec »


L'unité des membres du Corps du Christ est si grande que saint Paul peut écrire: « Si un membre souffre, tous les membres souffrent avec lui; si un membre est honoré, tous les membres s'en réjouissent avec lui » (1 Co 12, 26).

Si d'aucuns perdent la foi ou ne pratiquent plus, si des consacrés, des prêtres ou des personnes mariées luttent avec des problèmes, si d'autres sont dévoyés du bon chemin, si certains sont touchés par de graves maladies ou par la souffrance, alors cela ne peut pas nous laisser indifférents. Parce que nous aimons l'Église et ses membres, ces situations doivent nous interpeller et nous presser à faire ce que nous pouvons pour aider les personnes concernées: par la prière confiante et pa­tiente, par sa propre fidélité, par un acte de foi, par une lettre, par exemple, à certaines personnes en détresse, par une conversation ouverte ou par d'autres gestes de participation.

Les membres de l'Eglise se distinguent aussi par la capacité de se réjouir pour les autres et avec eux. Cette capacité semble parfois moins présente que la capacité de souffrir avec les autres. Est-ce peut-être l'envie qui diminue la capacité de se réjouir sincèrement des autres?  La plus grande joie de saint Paul était que les autres puissent ouvrir leur cœur pour le Christ. C'est pourquoi il écrit aux Philippiens: « Je rends grâces à mon Dieu toutes les fois que je me souviens de vous, et dans toutes mes prières pour vous tous, c'est avec joie que je lui adresse ma prière, à cause de votre concours unanime pour le progrès de l'Evangile, depuis les pre­miers jours jusqu'à présent » (Ph 1, 3-5).

 

« Une voie excellente entre toutes »


Les dons ont une grande importance dans le Corps du Christ. Ils ne sont pourtant pas la chose la plus importante. Après avoir rappelé aux Corinthiens la nécessité d'employer les dons correctement, saint Paul écrit: « Je vais vous montrer une voie excellente entre toutes. » Cette voie c'est la charité, sans laquelle chaque don, aussi éminent qu'il soit, est sans valeur et futile.

Saint Paul décrit l'amour de façon incomparable: « La charité est patiente, elle est bonne; la charité n'est pas envieuse, la charité n'est point inconsidérée, elle ne s'enfle point d'orgueil; elle ne fait rien d'inconvenant, elle ne cherche point son intérêt, elle ne s'irrite point, elle ne tient pas compte du mal; elle ne prend pas plaisir à l'injustice, mais elle se réjouit de la vérité; elle excuse tout, elle croit tout, elle espère tout, elle supporte tout » (1 Co 13, 4-7).

La charité rend la complémentarité facile. Elle bannit l'orgueil, l'envie et la jalousie, les plus grands ennemis de la complémentarité et elle encourage l'humilité, le respect et la serviabilité. Elle nous stimule à ne pas utiliser nos talents et nos dons pour nous-mêmes, mais pour la glorification de Dieu, l'édification de l'Église et le bien du prochain.

De saint Paul Mère Julia a appris «que la valeur de notre vie et son rayonnement surnaturel ne dépendent pas de la mesure de notre activité, mais bien plutôt de l'amour qui nous anime. C'est cet amour, infusé dans nos cœurs par l'Esprit Saint, qui nous rend capables de découvrir Dieu en tout et en tous » . L'amour aide aussi à vivre le principe de la complémentarité dans toute sa plénitude afin que la beauté et la force intérieure de l'Église rayonne et que la complémentarité soit utile pour de nombreuses personnes.

 

« Portez les fardeaux les uns des autres »


« Ensemble nous sommes plus forts ! » Si nous em­ployons nos propres talents avec empressement et nous nous aidons mutuellement dans cette voie, alors nous devenons une bénédiction les uns pour les autres. La complémentarité nous rend forts - aussi et surtout si nous faisons l'expérience de nos propres faiblesses et limites. C'est un principe qui renouvelle la vie de l'Église. Elle est une clé du bonheur des hommes car nous sommes créés pour vivre en communauté. Saint Paul nous invite à suivre le Christ sur le chemin de la com­plémentarité: « Portez les fardeaux les uns des autres, et vous accomplirez ainsi la parole du Christ. » (Ga 6, 2).


Agence Fides 27/6/2009; Directeur Luca De Mata