02.02.2011

Benoît XVI célèbre la vie consacrée dans une société où la religion est marginalisée

vie consacree.JPGChaque année, le 2 février, fête de la présentation de Jésus au Temple, l’Eglise célèbre une journée mondiale de la vie consacrée, depuis 1997. Benoît XVI a présidé les Vêpres en la basilique Saint Pierre, ce mercredi en fin d'après-midi. 


"La Présentation de Jésus au temple constitue une icône éloquente du don total de sa propre vie pour ceux, hommes et femmes, appelés à reproduire dans l'Eglise et dans le monde les traits caractéristiques de Jésus, vierge, pauvre et obéissant, à travers les conseils évangéliques", a déclaré Benoît XVI.

Le Pape a développé trois brèves pensées pour une réflexion autour de cette fête. "En premier lieu, l'icône évangélique de la Présentation de Jésus au temple contient le symbole fondamental de la lumière. En second lieu, l'icône évangélique montre la prophétie, le don de l'Esprit Saint. Troisièmement, l'icone évangélique de la Présentation de Jésus au temple montre la sagesse de Siméon et Anne, la sagesse d'une vie entièrement consacrée à la recherche du visage de Dieu, de ses signes, de sa volonté ; une vie consacrée à l'écoute et la proclamation de sa Parole."


Benoît XVI a terminé son homélie en exhortant les personnes consacrées à se faire des témoins alors que "nous vivons aujourd'hui, surtout dans les sociétés développées, une condition souvent marquée par une pluralité radicale, par une marginalisation progressive de la religion de la sphère publique, par un relativisme qui touche aux valeurs fondamentales. Cela exige que notre témoignage chrétien soit lumineux et cohérent, et que notre effort éducatif soit toujours plus attentif et généreux. Sachez orienter, a conclu le Pape, par la sagesse de votre vie et avec confiance dans les possibilités inépuisables de la vraie éducation, l’intelligence et le cœur des hommes et des femmes de notre temps, vers la «vie bonne de l'Evangile ».


Dans le monde et hors du monde, la vie consacrée peut prendre des formes diverses et nouvelles. Cela fait trente ans que les laïcs de la communauté de l’Emmanuel existent. Michel Brulon est frère laïc consacré depuis l’année 2000 en France, il nous parle de cette vocation particulière, différente de la vocation religieuse : >> RealAudioMP3 

Des propos recueillis par Marie-Agnès Georges (Radio Vatican)

31.12.2010

Suivre l'exemple de Marie

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Les enfants ressemblent à leurs parents. L’exemple des parents leur apprend à devenir des hommes et des femmes à part entière. C’est la même chose dans notre vie spirituelle. Saint Paul (2e lect.) nous rappelle que, par la grâce de Dieu, nous sommes devenus les frères et les sœurs du Christ, et donc les enfants de Dieu. C’est le fruit du baptême. Quand nous avons été baptisés, nous sommes re-nés, surnaturellement. Dieu a infusé son ADN dans nos âmes. La vie spirituelle consiste à progressivement développer cet ADN, pour devenir des disciples adultes de Jésus Christ qui portent du fruit.

 

La solennité de ce jour nous rappelle que si nous sommes devenus spirituellement des frères et sœurs du Christ, nous sommes devenus également les enfants spirituels de Marie. La Vierge Marie est la mère de Jésus selon la chair, et elle est notre mère selon la grâce. Et tout comme nous apprenons de nos mamans selon la chair à devenir de bons adultes, ainsi nous apprenons de Marie à devenir de bons chrétiens. Elle est l’école "maternelle" vivante qui nous enseigne toute vertu qui conduit au bonheur et à la sainteté.

 

Dans l’évangile de ce jour elle nous enseigne l’une des vertus les plus importantes : la sagesse. Saint Luc nous dit comment Marie a répondu aux merveilles que Dieu a opérées en elle et autour d’elle :

 

« Marie, cependant, retenait tous ces événements et les méditait dans son cœur. »

 

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16.06.2010

"Nier la loi naturelle, c’est ouvrir la voie au relativisme et au totalitarisme"

Devant les nombreux fidèles rassemblés sur la place Saint Pierre, le Pape a évoqué mercredi matin la figure de Saint Thomas d’Aquin, rappelant que la vérité est accessible à la raison humaine. « la distinction entre foi et raison, a-t-il affirmé, assure l’autonomie aux sciences humaines et aux sciences théologiques. Une autonomie qui n’équivaut pas à une séparation mais implique plutôt une collaboration réciproque et avantageuse.

 

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Écoutez le résumé de la catéchèse et les paroles que Benoît XVI a adressées aux pèlerins de langue français: >>

 

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Chers Frères et Sœurs,

Pour l’éminent théologien Thomas d’Aquin, la vérité est accessible à la raison humaine. Comme la foi, la raison dérive de l’unique source de toute vérité : le Logos divin. Mais la raison accueille une vérité en vertu de son évidence intrinsèque, alors que la foi accepte une vérité sur la base de l’autorité de la Parole de Dieu. La raison peut rendre un triple service à la foi : démontrer ses fondements, expliquer ses vérités, et repousser les objections contre elle. Thomas affirme que le langage religieux a un sens comme une flèche qui se dirige vers la réalité signifiée. D’autre part, la grâce divine n’annule pas mais suppose et perfectionne la nature humaine, montrant ainsi l’harmonie entre raison et foi. Basée sur la loi de l’Esprit Saint, la théologie morale de Thomas est d’actualité ! Tous les hommes sont appelés à reconnaître les exigences de la nature humaine inscrites dans la loi naturelle, et à s’en inspirer pour formuler des lois positives qui régissent la vie en société. La profondeur la pensée de Thomas provient de sa foi vivante. Puissions-nous prier comme lui :

« Donne-moi, Seigneur mon Dieu, une volonté qui te cherche, une sagesse qui te trouve, une vie qui te plaise, une persévérance qui t’attende avec confiance, et une confiance qui finalement parvient à te posséder ».

 

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Je suis heureux de vous accueillir, chers pèlerins de langue française, venus particulièrement de France et de Belgique. Que votre pèlerinage à Rome soit pour vous l’occasion de découvrir toujours plus profondément le visage du Seigneur. Que Dieu vous bénisse !

 

(Radio Vatican)

05.06.2010

Rencontre entre le Pape et Chrysostomos II

Au cours d’un entretien privé entre le Pape et le chef des orthodoxes chypriotes, l'archevêque Chrysostomos II, Benoît XVI a souhaité que «tous les habitants de Chypre aient la sagesse et la force nécessaires pour travailler ensemble à un juste règlement des problèmes restés jusque-là sans solution, pour rechercher la paix et la réconciliation».

 

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Le Pape a également évoqué «la situation de conflit permanent au Moyen-Orient» et la difficile situation des chrétiens dans ces zones tourmentées, alors que la remise du document de travail concernant le synode pour le Moyen Orient d’octobre prochain au Vatican sera faite ce dimanche lors d’une messe solennelle à Nicosie.

Écoutez les précisions de Xavier Sartre (Radio Vatican): >>


29.05.2010

Homélie pour la Très Sainte Trinité C 2010

Un des exemples préférés de Benoît XVI pour parler de l’existence de Dieu est l’analogie de l’électricité. Personne, ne dit-il, ne voit l’électricité, mais nous voyons ses effets, et c’est ainsi que nous savons que Dieu existe : l’ampoule s’allume, l’aspirateur se met en marche, le réveil sonne. De la même manière, personne ne voit Dieu directement, face à face, mais nous pouvons voir les œuvres de Dieu : l’Eglise, les saints, et, bien sûr, les beautés merveilleuses de la création qui nous entoure.

 

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Avant-hier un ami me disait avoir été émerveillé avec sa famille par les chutes de Foz Do Iguaçu (80 mètres de dénivellation, contre 56 pour les chutes du Niagara !), situées sur la triple frontière Brésil – Argentine – Paraguay, avec le barrage hydro-électrique, le plus puissant du monde (en attendant la fin de la construction du barrage des 3 gorges en Chine), qui peut fournir trois fois plus d'énergie que le barrage d'Assouan en Egypte. Il alimente en électricité tout le sud du Brésil et l’ensemble du Paraguay.

 

Le Psaume qui nous a aidés à prier après la 1e lecture exprime ce sens de l’émerveillement que nous avons tous pu expérimenter à un moment donné de notre vie en admirant tel ou tel paysage de notre petite planète, ou même de l’univers que l’on commence tout juste à explorer.

 

 

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Cela a pu être un magnifique coucher de soleil ou un lever de lune, ou une vue sur l’océan qui nous a coupé le souffle. C’est l’expérience que décrit le psalmiste ...

 

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22.05.2010

L'annonce de l'Evangile se heurte toujours aux pouvoirs de ce monde

Ceux qui annoncent le Christ se heurtent toujours aux pouvoirs de ce monde. Benoît XVI l’a affirmé dans un discours ce vendredi matin à l’assemblée du Conseil supérieur des Œuvres pontificales missionnaires qui a achevé son assemblée à Rome.

 

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Le Pape a relevé que ceux qui participent à la mission du Christ doivent tôt ou tard faire face à des vicissitudes, des désaccords et des souffrances. Evoquant l’exemple de Saint Paul, Benoît XVI a affirmé que la persécution était une preuve de l’authenticité de la mission apostolique.

Or l’évangélisation de l’humanité est une mission immense à une époque marquée par le manque de réflexion et de sagesse, face à la diffusion d'un humanisme qui exclut Dieu. D’où l’urgence d’éclairer les nouveaux problèmes à la lumière de l’Evangile qui lui ne change pas.

Benoît XVI a invité les missionnaires à porter un jugement critique sur les transformations planétaires qui sont en train de changer de manière substantielle la culture de l’humanité. Le message de l’Evangile est un appel à la liberté des fils de Dieu pour qu’ils puissent construire une société plus juste et solidaire. Les missionnaires doivent donc accepter les conséquences de leur ministère : la pauvreté évangélique, qui leur assure la liberté d’annoncer l’Evangile avec courage et franchise ; la non-violence qui les pousse à répondre au mal par le bien ; la disponibilité à donner leur propre vie pour le Christ et leur prochain.

Le pape s’est aussi félicité de l’aide solidaire apportée par les missionnaires aux jeunes Eglises. Ils ont un signe éloquent et vivant de la catholicité de l’Eglise. Les Œuvres pontificales missionnaires, créées afin de soutenir l’œuvre des missionnaires sur les territoires non-christianisés, sont à la fois une institution de l’Eglise universelle et de chaque Eglise particulière. Leur premier objectif est d’aider la coopération missionnaire.

 

(Radio Vatican)

20.05.2010

Benoît XVI revient sur son voyage au Portugal : «Un voyage inoubliable, une expérience touchante et riche de dons spirituels»

«Un voyage inoubliable, une expérience touchante et riche de dons spirituels», c’est en ces termes que Benoît XVI a parlé ce mercredi, lors de l’audience hebdomadaire place Saint Pierre, de sa récente visite au Portugal.

 

 

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Une visite durant laquelle le Pape a reçu avec joie un accueil spontané et enthousiaste. À Fatima, en particulier, a souligné Benoît XVI, la Vierge Marie crée un espace privilégié où la miséricorde guérit et sauve.

 

 

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« À Fatima, je me suis fait pèlerin avec les pèlerins. Là, j’ai voulu exprimer ma reconnaissance à la Vierge qui a transmis un intense amour pour le successeur de Pierre aux voyants et aux pèlerins. Je lui ai présenté les joies et les peines du monde entier et j’ai consacré à son Cœur Immaculé tous les prêtres. J’ai participé aussi à la prière du rosaire comme en réponse à son invitation. Au cours de l’eucharistie du 13 mai, sommet de mon pèlerinage, j’ai invité l’immense assemblée à se réjouir dans le Seigneur pour son amour miséricordieux et je lui ai rappelé que le message de la Vierge est centré sur la prière, la pénitence et la conversion. Fatima est une école de foi et d’espérance où chacun peut apprendre l’importance de la gratuité. Ce pèlerinage a été une expérience émouvante, riche et inoubliable. Nous sommes pèlerins sur cette terre, nous rappelle Marie. En écho au thème choisi pour ma Visite Apostolique : "Avec toi nous marchons dans l’espérance. Sagesse et Mission", puissions-nous marcher chaque jour avec espérance et nous laisser guider par "la Sagesse d’en haut" incarnée en Jésus-Christ ! Je désire aussi vous remercier pour les prières qui ont accompagné mon voyage».

 

 

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Le Pape a également adressé ces mots aux pèlerins francophones :

« Je suis heureux de vous accueillir chers pèlerins de langue française ! En cette année sacerdotale, je vous invite à recommander à Marie, Mère de l’Espérance, les prêtres et les séminaristes. Bon pèlerinage à tous».

(Radio Vatican)

 

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14.04.2010

Un film sur Pie XII: Sous le ciel de Rome

CITE DU VATICAN, 10 AVR 2010 (VIS). Le Pape a assisté à Castelgandolfo à la projection du film sur Pie XII, intitulé Sous le ciel de Rome. Il a ensuite remercié d'avoir pu assister à la première projection de ce film "qui présente le rôle fondamental joué par Pie XII dans le salut de Rome et de nombreux persécutés entre 1943 et 1944".

 

Pope Benedict XVI watches the movie "Pio XII, under the Rome's  sky" at his residence of Castel Gandolfo, south of Rome, April 13,  2010.

photo Reuters


Ce genre d'œuvre, a-t-il précisé, a "une valeur particulière surtout pour les nouvelles générations. Pour celui qui, à l'école, a étudié certains évènements, et peut-être en a entendu parler, des films comme celui-là peuvent être utiles et stimulants et peuvent aider à connaître une période qui n'est pas si loin, mais que les évènements incessants de l'histoire récente et une culture fragmentée peuvent faire oublier".

  Benoît XVI a souligné que Pie XII, "par son riche enseignement a su parler aux hommes de son époque en leur indiquant le chemin de la vérité et, dans sa grande sagesse, a su orienter l'Eglise dans l'optique du troisième millénaire. Cependant - a-t-il ajouté - j'aimerais particulièrement souligner combien Pie XII a été le Pape qui, comme père de tous, a présidé à la charité à Rome et dans le monde, surtout à l'époque difficile de la seconde guerre mondiale. Le primat de la charité, de l'amour, qui est le commandement du Seigneur Jésus, est le commencement et la clef de lecture de toute l'œuvre de l'Eglise, et d'abord de son Pasteur universel. La charité est la raison de toute action, de toute intervention. Elle est la raison globale qui met en mouvement la pensée et les gestes concrets, et je me réjouis que ce principe unificateur ressorte de ce film. Je me permets de suggérer cette clef de lecture, à la lumière du témoignage authentique de ce grand maître de foi, d'espérance et de charité qu'a été le Pape Pie XII".

 

(VIS)

20.03.2010

"Vous devez répondre de cela devant Dieu, ainsi que devant les tribunaux"

La lettre pastorale adressée par le pape aux catholiques d'Irlande à propos des abus sexuels commis sur des mineurs par des prêtres


par Benoît XVI




1. CHERS FRERES ET SŒURS DE L’EGLISE EN IRLANDE,
c’est avec une profonde préoccupation que je vous écris en tant que Pasteur de l’Eglise universelle. Comme vous, j’ai été profondément bouleversé par les nouvelles apparues concernant l’abus d’enfants et de jeunes vulnérables par des membres de l’Eglise en Irlande, en particulier par des prêtres et des religieux. Je ne peux que partager le désarroi et le sentiment de trahison que nombre d’entre vous ont ressenti en prenant connaissance de ces actes scandaleux et criminels et de la façon dont les autorités de l’Eglise en Irlande les ont affrontés.

Comme vous le savez, j’ai récemment invité les évêques irlandais à une rencontre ici, à Rome, pour rendre compte de la façon dont ils ont affronté ces questions par le passé et indiquer les mesures qu’ils ont prises pour répondre à cette grave situation. Avec certains prélats de la Curie romaine, j’ai écouté ce qu’ils avaient à dire, tant individuellement qu’en groupe, tandis qu’ils présentaient une analyse des erreurs commises et des leçons apprises, et une description des programmes et des protocoles aujourd’hui mis en place. Nos réflexions ont été franches et constructives. Je nourris l’espoir que, par conséquent, les évêques se trouvent à présent dans une position plus forte pour accomplir le devoir de réparer les injustices du passé et pour affronter les thèmes plus vastes liés à l’abus des mineurs selon des modalités conformes aux exigences de la justice et aux enseignements de l’Evangile.


2. Pour ma part, compte tenu de la gravité de ces fautes, et de la réponse souvent inadéquate qui leur a été réservée de la part des autorités ecclésiastiques dans votre pays, j’ai décidé d’écrire cette Lettre pastorale pour vous exprimer ma proximité et vous proposer un chemin de guérison, de renouveau et de réparation.


En réalité, comme de nombreuses personnes dans votre pays l’ont observé, le problème de l’abus des mineurs n’est pas propre à l’Irlande, ni à l’Eglise. Toutefois, le devoir qui se présente désormais à vous est celui d’affronter le problème des abus qui ont lieu au sein de la communauté catholique irlandaise et de le faire avec courage et détermination. Personne ne peut imaginer que cette situation douloureuse sera résolue dans de brefs délais. Des progrès positifs ont été accomplis, mais il reste encore beaucoup à faire. La persévérance et la prière sont nécessaires, ainsi qu’une grande confiance dans la force de guérison de la grâce de Dieu.

Dans le même temps, je dois également exprimer ma conviction que, pour se reprendre de cette blessure douloureuse, l’Eglise qui est en Irlande doit en premier lieu reconnaître devant le Seigneur et devant les autres, les graves péchés commis contre des enfants sans défense. Une telle reconnaissance, accompagnée par une douleur sincère pour les préjudices portés à ces victimes et à leurs familles, doit conduire à un effort concerté afin d’assurer la protection des enfants contre de tels crimes à l’avenir.

Tandis que vous affrontez les défis de ce moment, je vous demande de vous rappeler du «rocher d’où l’on vous a taillés» (Is 51, 1). Réfléchissez aux contributions généreuses, souvent héroïques, offertes à l’Eglise et à l’humanité tout entière par les générations passées d’hommes et de femmes irlandais, et faites en sorte que cela constitue un élan pour un examen de conscience honnête et un programme de renouveau ecclésial et personnel convaincu. Je forme la prière que, assistée par l’intercession de ses nombreux saints et purifiée par la pénitence, l’Eglise en Irlande surmontera la crise présente et redeviendra un témoin convaincu de la vérité et de la bonté de Dieu tout-puissant, manifestées dans son Fils Jésus Christ.
 

3. Tout au long de l’histoire, les catholiques d’Irlande se sont révélés une immense force de bien tant dans leur patrie qu’à l’étranger. Des moines celtes comme saint Colomban, diffusèrent l’Evangile en Europe occidentale en jetant les fondements de la culture monastique médiévale. Les idéaux de sainteté, de charité et de sagesse transcendante découlant de la foi chrétienne, ont trouvé une expression dans la construction d’églises et de monastères et dans l’institution d’écoles, de bibliothèques et d’hôpitaux qui contribuèrent à renforcer l’identité spirituelle de l’Europe. Ces missionnaires irlandais ont tiré leur force et leur inspiration de la foi ferme, de la direction solide et des comportements moraux justes de l’Eglise dans leur terre natale.

A partir du XVIe siècle, les catholiques d’Irlande ont subi une longue période de persécution, au cours de laquelle ils ont lutté pour maintenir vivante la flamme de la foi dans des circonstances dangereuses et difficiles. Saint Oliver Plunkett, l’archevêque martyr d’Armagh, est l’exemple le plus célèbre d’une multitude de fils et de filles courageux d’Irlande, prêts à donner leur vie pour la fidélité à l’Evangile. Après l’Emancipation catholique, l’Eglise fut libre de croitre à nouveau. Des familles et d’innombrables personnes qui avaient préservé leur foi au cours de la période de l’épreuve, devinrent le moteur d’une grande renaissance du catholicisme irlandais au XIXe siècle. L’Eglise offrit l’éducation, en particulier aux pauvres, et cela devait apporter une contribution importante à la société irlandaise. Parmi les fruits des nouvelles écoles catholiques, figura une croissance des vocations: des générations de prêtres, de religieuses et de frères missionnaires quittèrent leur patrie pour servir sur chaque continent, en particulier dans le monde anglophone. Ils furent admirables non seulement en raison de leur grand nombre, mais également en raison de la force de leur foi et de la solidité de leur engagement pastoral. De nombreux diocèses, en particulier en Afrique, en Amérique et en Australie, ont bénéficié de la présence de clergé et de religieux irlandais qui prêchèrent l’Evangile et fondèrent des paroisses, des écoles et des universités, des cliniques et des hôpitaux, qui servirent tant les catholiques, que la société en général, avec une attention particulière pour les besoins des pauvres.

Dans presque toutes les familles d’Irlande, il y a eu quelqu’un — un fils ou une fille, une tante ou un oncle — qui a donné sa vie à l’Eglise. Les familles irlandaises nourrissent à juste titre une grande estime et une grande affection pour leurs proches qui ont consacré leur vie au Christ, en partageant le don de la foi avec d’autres et en mettant en pratique cette foi dans le service généreux de Dieu et du prochain.
 

4. Au cours des dernières décennies, toutefois, l’Eglise dans votre pays a dû affronter de nouveaux et graves défis à la foi, découlant de la transformation et de la sécularisation rapides de la société irlandaise. Un changement social très rapide a eu lieu, qui a souvent eu des effets contraires à l’adhésion traditionnelle des personnes à l’égard de l’enseignement et des valeurs catholiques. Très souvent, les pratiques sacramentelles et de dévotion qui soutiennent la foi et lui permettent de croître, comme par exemple la confession fréquente, la prière quotidienne et les retraites annuelles, ont été négligées. Au cours de cette période, apparut également la tendance déterminante, également de la part de prêtres et de religieux, d’adopter des façons de penser et de considérer les réalités séculières sans référence suffisante à l’Evangile. Le programme de renouveau proposé par le Concile Vatican ii fut parfois mal interprété et en vérité, à la lumière des profonds changements sociaux qui avaient lieu, il était très difficile de comprendre comment les appliquer de la meilleure façon possible. En particulier, il y eut une tendance, dictée par de justes intentions, mais erronée, visant à éviter les approches pénales à l’égard de situations canoniques irrégulières. C’est dans ce contexte général que nous devons chercher à comprendre le problème déconcertant de l’abus sexuel des enfants, qui a contribué de façon très importante à l’affaiblissement de la foi et à la perte de respect pour l’Eglise et pour ses enseignements.

Ce n’est qu’en examinant avec attention les nombreux éléments qui ont donné naissance à la crise actuelle qu’il est possible d’entreprendre un diagnostic clair de ses causes et de trouver des remèdes efficaces. Il est certain que parmi les facteurs qui y ont contribué, nous pouvons citer: des procédures inadéquates pour déterminer l’aptitude des candidats au sacerdoce et à la vie religieuse; une formation humaine, morale, intellectuelle et spirituelle insuffisante dans les séminaires et les noviciats; une tendance dans la société à favoriser le clergé et d’autres figures d’autorité, ainsi qu’une préoccupation déplacée pour la réputation de l’Eglise et pour éviter les scandales, qui a eu pour résultat de ne pas appliquer les peines canoniques en vigueur et de ne pas protéger la dignité de chaque personne. Il faut agir avec urgence pour affronter ces facteurs, qui ont eu des conséquences si tragiques pour les vies des victimes et de leurs familles et qui ont assombri la lumière de l’Evangile à un degré tel que pas même des siècles de persécution ne sont parvenus à atteindre.


5. En plusieurs occasions depuis mon élection au Siège de Pierre, j’ai rencontré des victimes d’abus sexuels, de même que je suis disposé à le faire à l’avenir. Je me suis arrêté pour parler avec eux, j’ai écouté leurs récits, j’ai pris acte de leur souffrance, j’ai prié avec eux et pour eux. Auparavant, au cours de mon pontificat, soucieux d’affronter ce thème, j’avais demandé aux évêques d’Irlande, à l’occasion de leur visite ad limina de 2006, d’«établir la vérité sur ce qui est arrivé par le passé, de prendre toutes les mesures nécessaires pour éviter que cela ne se reproduise à l’avenir, d’assurer que les principes de justice soient pleinement respectés et, surtout, de soutenir les victimes et tous ceux qui sont victimes de ces crimes monstrueux» (Discours aux évêques d’Irlande, 28 octobre 2006).

Avec cette Lettre, mon intention est de vous exhorter tous, en tant que peuple de Dieu qui est en Irlande, à réfléchir sur les blessures infligées au Corps du Christ, sur les remèdes, parfois douloureux, nécessaires pour les panser et les guérir, et sur le besoin d’unité, de charité et d’aide réciproque dans le long processus de reprise et de renouveau ecclésial. Je m’adresse à présent à vous avec des paroles qui me viennent du cœur, et je désire parler à chacun de vous individuellement et à vous tous en tant que frères et sœurs dans le Seigneur.

 
6. Aux victimes d’abus et à leurs familles

Vous avez terriblement souffert et j’en suis vraiment désolé. Je sais que rien ne peut effacer le mal que vous avez supporté. Votre confiance a été trahie, et votre dignité a été violée. Beaucoup d’entre vous, alors que vous étiez suffisamment courageux pour parler de ce qui vous était arrivé, ont fait l’expérience que personne ne vous écoutait. Ceux d’entre vous qui ont subi des abus dans les collèges doivent avoir ressenti qu’il n’y avait pas moyen d’échapper à leur souffrance. Il est compréhensible que vous trouviez difficile de pardonner ou de vous réconcilier avec l’Eglise. En son nom, je vous exprime ouvertement la honte et le remord que nous éprouvons tous. Dans le même temps, je vous demande de ne pas perdre l’espérance. C’est dans la communion de l’Eglise que nous rencontrons la personne de Jésus Christ, lui-même victime de l’injustice et du péché. Comme vous, il porte encore les blessures de sa souffrance injuste. Il comprend la profondeur de votre peine et la persistance de son effet dans vos vies et dans vos relations avec les autres, y compris vos relations avec l’Eglise. Je sais que certains d’entre vous trouvent également difficile d’entrer dans une église après ce qui s’est passé. Toutefois, les blessures mêmes du Christ, transformées par ses souffrances rédemptrices, sont les instruments grâce auxquels le pouvoir du mal s’est brisé et nous renaissons à la vie et à l’espérance. Je crois fermement dans le pouvoir de guérison de son amour sacrificiel — également dans les situations les plus sombres et sans espérance — qui apporte la libération et la promesse d’un nouveau début.

En m’adressant à vous comme pasteur, préoccupé par le bien de tous les fils de Dieu, je vous demande avec humilité de réfléchir sur ce que je vous ai dit. Je prie afin que, en vous approchant du Christ et en participant à la vie de son Eglise — une Eglise purifiée par la pénitence et renouvelée dans la charité pastorale — vous puissiez parvenir à redécouvrir l’amour infini du Christ pour chacun de vous. Je suis confiant dans le fait que, de cette manière, vous serez capables de trouver la réconciliation, une guérison intérieure profonde et la paix.
 

7. Aux prêtres et aux religieux qui ont abusé des enfants

Vous avez trahi la confiance placée en vous par de jeunes innocents et par leurs parents. Vous devez répondre de cela devant Dieu tout-puissant, ainsi que devant les tribunaux constitués à cet effet. Vous avez perdu l’estime des personnes en Irlande et jeté la honte et le déshonneur sur vos confrères. Ceux d’entre vous qui sont prêtres ont violé la sainteté du sacrement de l’Ordre sacré, dans lequel le Christ se rend présent en nous et dans nos actions. En même temps que le dommage immense causé aux victimes, un grand dommage a été perpétré contre l’Eglise et la perception publique du sacerdoce et de la vie religieuse.

Je vous exhorte à examiner votre conscience, à assumer la responsabilité des péchés que vous avez commis et à exprimer avec humilité votre regret. Le repentir sincère ouvre la porte au pardon de Dieu et à la grâce du véritable rachat. En offrant des prières et des pénitences pour ceux que vous avez offensés, vous devez chercher à faire personnellement amende pour vos actions. Le sacrifice rédempteur du Christ a le pouvoir de pardonner même le plus grave des péchés et de tirer le bien également du plus terrible des maux. Dans le même temps, la justice de Dieu exige que nous rendions compte de nos actions sans rien cacher. Reconnaissez ouvertement vos fautes, soumettez-vous aux exigences de la justice, mais ne désespérez pas de la miséricorde de Dieu.

 
8. Aux parents

Vous avez été profondément bouleversés en apprenant les choses terribles qui eurent lieu dans ce qui aurait dû être le milieu le plus sûr de tous. Dans le monde d’aujourd’hui, il n’est pas facile de construire un foyer domestique et d’éduquer les enfants. Ils méritent de grandir dans un milieu protégé, aimés et désirés, avec un profond sens de leur identité et de leur valeur. Ils ont le droit d’être éduqués aux valeurs morales authentiques, enracinés dans la dignité de la personne humaine, à être inspirés par la vérité de notre foi catholique et à apprendre des manières de se comporter et d’agir qui les conduisent à une saine estime de soi et au bonheur durable. C’est à vous, leurs parents, qu’est confié en premier lieu ce devoir noble et exigeant. Je vous exhorte à accomplir votre part pour assurer le meilleur soin possible des enfants, que ce soit à la maison ou dans la société en général, alors que l’Eglise, pour sa part, continue à mettre en œuvre les mesures adoptées ces dernières années pour protéger les jeunes dans les milieux paroissiaux et éducatifs. Alors que vous exercez vos importantes responsabilités, soyez certains que je suis proche de vous et que je vous assure du soutien de ma prière.
 

9. Aux enfants et aux jeunes d’Irlande

Je désire vous offrir une parole particulière d’encouragement. Votre expérience d’Eglise est très différente de celle de vos parents et de vos grands-parents. Le monde a beaucoup changé depuis qu’ils avaient votre âge. Malgré cela, tous, à chaque génération, sont appelés à parcourir le même chemin de vie; quelles que puissent être les circonstances. Nous sommes tous scandalisés par les péchés et les échecs de certains membres de l’Eglise, en particulier de ceux qui furent choisis de manière particulière pour guider et servir les jeunes. Mais c’est dans l’Eglise que vous trouverez Jésus Christ qui est le même hier, aujourd’hui et à jamais (cf. He 13, 8). Il vous aime et c’est pour cela qu’il s’est offert lui-même sur la Croix. Recherchez une relation personnelle avec lui dans la communion de son Eglise, car il ne trahira jamais votre confiance! Lui seul peut satisfaire vos attentes les plus profondes et donner à vos vies leur signification la plus pleine, en les orientant au service des autres. Gardez les yeux fixés sur Jésus et sur sa bonté et protégez dans votre cœur la flamme de la foi. Avec vos frères catholiques en Irlande, je me tourne vers vous pour que vous soyez de fidèles disciples de notre Dieu et que vous contribuiez, avec votre enthousiasme et votre idéalisme si nécessaires, à la reconstruction et au renouveau de notre Eglise bien-aimée.


10. Aux prêtres et aux religieux d’Irlande


Nous souffrons tous à la suite des péchés de nos confrères qui ont trahi une consigne sacrée ou qui n’ont pas affronté de la manière juste et responsable les accusations d’abus. Face à l’outrage et à l’indignation que cela a provoqué, non seulement parmi les laïcs mais également parmi vous et vos communautés religieuses, un grand nombre d’entre vous se sentent personnellement découragés et même abandonnés. En outre, je suis conscient qu’aux yeux de certains vous apparaissez coupables par association, et que vous êtes vus comme si vous étiez en quelque sorte responsables des méfaits d’autres personnes. En ce temps de souffrance, je veux rendre acte du dévouement de votre vie de prêtres et de religieux et de vos apostolats, et je vous invite à réaffirmer votre foi en Christ, votre amour envers son Eglise et votre confiance dans la promesse de rédemption, de pardon et de renouveau intérieur de l’Evangile. De cette manière, vous démontrerez à tous que, là où le péché abonde, la grâce surabonde (cf. Rm 5, 20).

Je sais qu’un grand nombre d’entre vous sont déçus, déconcertés et fâchés pour la manière dont ces questions ont été affrontées par certains de vos supérieurs. Malgré cela, il est essentiel que vous collaboriez de près avec ceux qui représentent l’autorité et que vous vous prodiguiez pour faire en sorte que les mesures adoptées pour répondre à la crise soient vraiment évangéliques, justes et efficaces. Je vous exhorte en particulier à devenir de manière toujours plus claire des hommes et des femmes de prière, en suivant avec courage la voie de la conversion, de la purification et de la réconciliation. De cette manière, l’Eglise en Irlande tirera une nouvelle vie et vitalité de votre témoignage au pouvoir rédempteur du Seigneur rendu visible dans votre vie.

 
11. A mes frères évêques

On ne peut pas nier que certains d’entre vous et de vos prédécesseurs ont manqué, parfois gravement, dans l’application des normes du droit canonique codifiées depuis longtemps en ce qui concerne les crimes d’abus sur les enfants. De graves erreurs furent commises en traitant les accusations. Je comprends combien il était difficile de saisir l’étendue et la complexité du problème, d’obtenir des informations fiables et de prendre des décisions justes à la lumière de conseils divergents d’experts. Malgré cela, il faut admettre que de graves erreurs de jugement furent commises et que des manquements dans le gouvernement ont eu lieu. Tout cela a sérieusement miné votre crédibilité et efficacité. J’apprécie les efforts que vous avez accomplis pour porter remède aux erreurs du passé et pour assurer qu’elles ne se répètent pas. Outre à mettre pleinement en œuvre les normes du droit canonique en affrontant les cas d’abus sur les enfants, continuez à coopérer avec les autorités civiles dans le domaine de leur compétence. Les supérieurs religieux doivent clairement en faire tout autant. Ils ont, eux aussi, participé aux rencontre récentes, ici à Rome, pour établir une approche claire et cohérente de ces questions. Il est nécessaire que les normes de l’Eglise en Irlande pour la protection des enfants soient constamment revues et mises à jour et qu’elles soient appliquées de manière totale et impartiale, conformément au droit canonique.

Seule une action ferme menée de l’avant de manière pleinement honnête et transparente pourra rétablir le respect et l’affection des Irlandais envers l’Eglise, à laquelle nous avons consacré notre vie. Cela doit naître, avant tout, de l’examen de vos propres personnes, de la purification intérieure et du renouveau spirituel. La population irlandaise attend à juste titre que vous soyez des homme de Dieu, que vous soyez saints, que vous viviez avec simplicité, que vous recherchiez chaque jour la conversion personnelle. Pour elle, selon l’expression de saint Augustin, vous êtes des évêques, et pourtant avec eux vous êtes appelés à être des disciples du Christ (cf. Discours 340, 1). Je vous exhorte donc à renouveler votre sens des responsabilités devant Dieu, à croître dans la solidarité avec votre peuple et à approfondir votre sollicitude pastorale pour tous les membres de votre troupeau. Soyez en particulier sensibles à la vie spirituelle et morale de chacun de vos prêtres. Soyez un exemple à travers vos vies elles-mêmes, soyez proches d’eux, écoutez leurs préoccupations, offrez-leur votre encouragement en ce moment de difficulté et nourrissez la flamme de leur amour pour le Christ et leur engagement dans le service à leurs frères et sœurs.

Les laïcs doivent eux aussi être encouragés à jouer leur rôle dans la vie de l’Eglise. Faites en sorte qu’ils soient formés de telle manière qu’ils puissent rendre raison, de manière articulée et convaincante, de l’Evangile dans la société moderne (cf. 1 P 3, 15), et qu’ils coopèrent plus pleinement à la vie et à la mission de l’Eglise. Cela vous aidera également à recommencer à être des guides et des témoins crédibles de la vérité rédemptrice du Christ.


12. A tous les fidèles d’Irlande


L’expérience qu’un jeune fait de l’Eglise devrait toujours porter du fruit dans une rencontre personnelle et vivifiante avec Jésus Christ dans une communauté qui aime et qui offre une nourriture. Dans ce domaine, les jeunes doivent être encouragés à croître jusqu’à leur pleine stature humaine et spirituelle, à aspirer aux idéaux élevés de sainteté, de charité et de vérité et à tirer inspiration des richesses d’une grande tradition religieuse et culturelle. Dans notre société toujours plus sécularisée, dans laquelle nous aussi chrétiens nous trouvons difficile de parler de la dimension transcendante de notre existence, nous avons besoin de trouver de nouveaux chemins pour transmettre aux jeunes la beauté et la richesse de l’amitié avec Jésus Christ dans la communion de son Eglise. En affrontant la crise présente, les mesures pour faire face de manière juste aux crimes individuels sont essentielles, toutefois elles ne sont pas suffisantes à elles seules: il y a besoin d’une nouvelle vision pour inspirer la génération présente et les générations futures à tirer profit du don de notre foi commune. En marchant sur la voie indiquée par l’Evangile, en observant les commandements et en conformant votre vie de manière toujours plus proche à la personne de Jésus Christ, vous ferez l’expérience du renouveau profond dont il y a aujourd’hui un besoin si urgent. Je vous invite tous à persévérer le long de ce chemin.


13. Chers frères et sœurs dans le Christ, c’est avec une profonde préoccupation envers vous tous en ce temps de douleur, dans lequel la fragilité de la condition humaine a été aussi clairement révélée, que j’ai souhaité vous offrir ces paroles d’encouragement et de soutien. J’espère que vous les accueillerez comme une signe de ma proximité spirituelle et de ma confiance dans votre capacité à répondre aux défis du temps présent en tirant une inspiration renouvelée et une force des nobles traditions de l’Irlande de fidélité à l’Evangile, de persévérance dans la foi et de fermeté dans le recherche de la sainteté. Avec vous tous, je prie avec insistance qu’avec la grâce de Dieu, les blessures qui ont frappé un grand nombre de personnes et de familles puissent être guéries et que l’Eglise qui est en Irlande puisse faire l’expérience d’une saison de renaissance et de renouveau spirituel.
 

14. Je souhaite vous proposer des initiatives concrètes pour affronter la situation.

Au terme de ma rencontre avec les évêques d’Irlande, j’ai demandé que le carême de cette année soit considéré comme un temps de prière pour une effusion de la miséricorde de Dieu et des dons de sainteté et de force de l’Esprit Saint sur l’Eglise dans votre pays. Je vous invite tous à présent à consacrer vos pénitences du vendredi, pour une année entière, d’aujourd’hui jusqu’à la Pâque 2011, à cette fin. Je vous demande d’offrir votre jeûne, votre prière, votre lecture de la Sainte Ecriture et vos œuvres de miséricorde pour obtenir la grâce de la guérison et du renouveau pour l’Eglise qui est en Irlande. Je vous encourage à redécouvrir le sacrement de la Réconciliation et à recourir plus fréquemment à la force transformatrice de sa grâce.

Une attention particulière devra aussi être réservée à l’adoration eucharistique, et dans chaque diocèse, il devra y avoir des églises ou des chapelles spécifiquement réservées à cette fin. Je demande que les paroisses, les séminaires, les maisons religieuses et les monastères organisent des temps d’adoration eucharistique, de manière à ce que tous aient la possibilité d’y prendre part. A travers la prière fervente face à la présence réelle du Seigneur, vous pouvez accomplir la réparation pour les péchés d’abus qui ont fait tant de mal, et dans le même temps implorer la grâce d’une force renouvelée et d’un sens plus profond de la mission de la part de tous les évêques, les prêtres, les religieux et les fidèles.

Je suis confiant dans le fait que ce programme conduira à une renaissance de l’Eglise en Irlande, dans la plénitude de la vérité même de Dieu, car c’est la vérité qui nous rend libres (cf. Jn 8, 32).

En outre, après avoir pris conseil et avoir prié sur la question, j’ai l’intention d’effectuer une Visite apostolique dans plusieurs diocèses d’Irlande, ainsi que dans des séminaires et des congrégations religieuses. La Visite se propose d’aider l’Eglise locale dans son chemin de renouveau et sera établie en coopération avec les bureaux compétents de la Curie romaine et la conférence épiscopale irlandaise. Les détails seront communiqué en temps utile.

Je propose en outre que soit organisée une Mission au niveau national pour tous les évêques, les prêtres et les religieux. Je nourris l’espérance que, en puisant à la compétence d’experts prédicateurs et organisateurs de retraites, venus d’Irlande ou d’ailleurs, et en réexaminant les documents conciliaires, les rites liturgiques de l’ordination et de la profession et les récents enseignements pontificaux, vous parveniez à une analyse plus profonde de vos vocations respectives, de manière à redécouvrir les racines de votre foi en Jésus Christ et à boire abondamment aux sources de l’eau vive qu’il vous offre à travers son Eglise.

En cette Année consacrée aux prêtres, je vous confie de manière toute particulière la figure de saint Jean Marie Vianney, qui eut une compréhension si riche du mystère du sacerdoce. «Le prêtre, écrivit-il, a la clé des trésors du ciel: c’est lui qui ouvre la porte, c’est lui le dispensateur du bon Dieu, l’administrateur de ses biens». Le curé d’Ars comprit parfaitement combien est grandement bénie une communauté lorsqu’elle est servie par un prêtre bon et saint: «Un bon pasteur, un pasteur selon le cœur de Dieu, est le trésor le plus grand que le bon Dieu peut donner à une paroisse et l’un des dons les plus précieux de la divine miséricorde». Par l’intercession de saint Jean Marie Vianney, puisse le sacerdoce en Irlande reprendre vie et puisse toute l’Eglise en Irlande croître dans l’estime du grand don du ministère sacerdotal.

Je saisis cette opportunité pour remercier dès à présent tous ceux qui seront impliqués dans l’organisation de la Visite apostolique et la Mission, ainsi que les nombreux hommes et femmes qui, dans toute l’Irlande, œuvrent déjà pour la protection des enfants dans les milieux ecclésiaux. Dès le moment où la gravité et l’extension du problème des abus sexuels contre les enfants dans des institutions catholiques commença à être pleinement compris, l’Eglise a accomplie un énorme travail dans de nombreuses régions du monde, afin de l’affronter et d’y trouver remède. Tandis qu’il ne faut épargner aucun effort pour améliorer et mettre à jour les procédures déjà existantes, je suis encouragé par le fait que les pratiques de protection en vigueur, adoptées par les Eglises locales, sont considérées, dans certaines parties du monde, comme un modèle à suivre pour les autres institutions.

Je souhaite conclure cette Lettre avec une Prière pour l’Eglise en Irlande, que je vous envoie avec l’attention qu’un père a pour ses enfants et avec l’affection d’un chrétien comme vous, scandalisé et blessé par ce qui est arrivé dans notre bien-aimée Eglise. Lorsque vous aurez recours à cette prière dans vos familles, vos paroisses et vos communautés, puisse la Bienheureuse Vierge Marie vous protéger et vous guider sur le chemin qui conduit à une union plus étroite avec son Fils, crucifié et ressuscité. Avec une grande affection et une ferme confiance dans les promesses de Dieu, je vous donne à tous de tout cœur ma Bénédiction apostolique en gage de force et de paix dans le Seigneur.
 
Du Vatican, le 19 mars 2010, solennité de saint Joseph
 
BENEDICTUS PP. XVI
 

Prière pour l’Eglise en Irlande

Dieu de nos pères,
renouvelle-nous dans la foi qui est pour nous vie et salut,
dans l’espérance qui promet pardon et renouveau intérieur,
dans la charité qui purifie et ouvre nos cœurs
à t’aimer, et à travers toi, tous nos frères et sœurs.
 
Seigneur Jésus Christ,
puisse l’Eglise en Irlande renouveler son engagement millénaire
à la formation de nos jeunes sur le chemin de la vérité,
de la bonté, de la sainteté et du service généreux à la société.
 
Esprit Saint, consolateur, avocat et guide,
inspire un nouveau printemps de sainteté et de zèle apostolique
pour l’Eglise en Irlande.
 
Puissent notre tristesse et nos larmes,
notre effort sincère de redresser les erreurs du passé,
et notre ferme intention de repentir,
porter des fruits abondants de grâce
pour l’approfondissement de la foi
dans nos familles, nos paroisses, nos écoles et nos communautés,
pour le progrès spirituel de la société irlandaise,
et pour la croissance de la charité, de la justice, de la joie et de la paix,
dans la famille humaine tout entière.
 
A toi, Sainte Trinité,
avec une pleine confiance dans la protection pleine d’amour de Marie,
Reine de l’Irlande, Notre Mère,
et de saint Patrick, de sainte Brigitte et de tous les saints,
nous nous en remettons, ainsi que nos enfants,
et les besoins de l’Eglise en Irlande.
 
Amen.



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02.03.2010

Card. Rylko, Le père Matteo Ricci et le dialogue entre foi et culture

Texte intégral de la conférence du cardinal Rylko sur le P. Matteo Ricci

Une des figures « les plus significatives de l’histoire de l’humanité »

 

matteo ricci


ROME, Jeudi 25 février 2010 (ZENIT.org) - Pour le cardinal Rylko, le P. Matteo Ricci, sj, est « une figure comptant parmi les plus significatives de l'histoire de l'humanité » : un savant et un missionnaire qui « jeta les bases d'un développement de la connaissance réciproque et du dialogue entre l'Orient et l'Occident ».

Soulignant l'actualité du P. Ricci, il ajoute : « L'exemple du père Ricci indique clairement la route à suivre pour vaincre la méfiance et préparer le terrain en vue d'une collaboration effective et durable ».

Le cardinal Stanislas Rylko, président du Conseil pontifical pour les laïcs est intervenu à Paris, à l'UNESCO, de façon passionnante sur le thème : « Le père Matteo Ricci et le dialogue entre foi et culture », lors du colloque du 16 février, sur le thème : « Aux carrefours de l'histoire : le jésuite Matteo Ricci (1552-1610) entre Rome et Pékin ».



« Le père Matteo Ricci et le dialogue entre foi et culture »

par le card. Rylko

Mesdames et Messieurs,

J'adresse mes salutations les plus cordiales à toutes les personnes présentes à la projection du document-film « Matteo Ricci. Un jésuite au royaume du Dragon », et en particulier aux autorités de l'UNESCO qui ont permis la réalisation de cet événement. Une initiative - parmi de nombreuses autres - qui, pour le IVème centenaire de sa mort, nous fournit l'occasion de faire mémoire d'une figure comptant parmi les plus significatives de l'histoire de l'humanité et d'honorer sa stature spirituelle et intellectuelle. Homme de science et missionnaire, à une époque de grand ferment culturel et économique, à cheval entre le XVIème et le XVIIème siècle, Matteo Ricci jeta les bases d'un développement de la connaissance réciproque et du dialogue entre l'Orient et l'Occident ; entre Rome, cœur de la chrétienté, et Pékin, où depuis plus de deux siècles régnait la grande dynastie des Ming.

Ce jésuite, originaire de Macerata, dans les Marches italiennes, s'est gagné l'estime et l'admiration, en Chine comme en Europe, pour avoir ouvert la voie à la rencontre entre deux cultures aussi éloignées qu'inconnues l'une de l'autre ; une entreprise extraordinaire, plusieurs fois tentée par d'autres précédemment, mais que personne n'était jamais parvenu à faire aboutir. Et, par bien des aspects, bien plus importante par rapport à ce qu'avait fait et raconté l'autre grand Italien, Marco Polo, qui était entré indirectement en contact avec la Chine, trois siècles auparavant, par le biais d'échanges commerciaux avec les Mongols. L'œuvre du père Matteo Ricci mérite donc d'être davantage connue et approfondie, aussi bien pour mieux en comprendre les raisons et les modalités que pour mettre en valeur son actualité indéniable et permanente.

Les célébrations du IVème centenaire de sa naissance au Ciel constituent donc une heureuse occasion de relire cette œuvre, de retrouver le témoignage de Matteo Ricci et, par là même, l'enseignement qui en dérive pour notre monde, engagé précisément à tisser des rapports stables et constructifs entre l'Orient et l'Occident, entre le grand peuple chinois et les autres peuples. L'exemple du père Ricci indique clairement la route à suivre pour vaincre la méfiance et préparer le terrain en vue d'une collaboration effective et durable. Quel est donc son témoignage ? Quel chemin a-t-il entrepris ? Et nous, comment pouvons-nous l'aborder aujourd'hui ?

En dépit des difficultés de la langue, de la politique très fermée de la dynastie Ming et de la nouveauté totale des rapports avec le peuple chinois, Matteo Ricci sut développer un dialogue basé sur l'amitié, sur le respect des us et coutumes, sur la connaissance de l'esprit et de l'histoire de la Chine. C'est cette attitude, dépourvue de préjugés et de tout esprit de conquête, qui a permis à ce jésuite européen d'établir avec le peuple chinois un rapport de confiance et d'estime. Ce n'est pas un hasard si sa première œuvre en langue chinoise fut consacrée au thème de l'amitié. Or, ce recueil de 100 maximes sur l'amitié, puisées chez les classiques grecs et latins, suscita une grande stupeur chez les Chinois qui admirèrent la sagesse et la richesse spirituelle de cet homme venu de l'extrême Occident.

Toutefois, le père Matteo Ricci, ne se limita pas à manifester son amitié à l'égard du peuple chinois et son intérêt pour sa vie et sa culture. Il s'engagea pleinement pour apprendre sa langue et approfondit l'étude des classiques confucéens, au point d'être considéré comme un expert égal, sinon supérieur, aux lettrés chinois qui se pressaient pour le connaître et s'entretenir avec lui. En somme, il se fit Chinois parmi les Chinois, en s'adaptant en tout à leurs coutumes et en adoptant - après dix années d'analyse attentive et de connaissance de leur réalité - le profil et la teneur de vie du lettré, c'est-à-dire de cette catégorie de personnes qui orientait et guidait la société chinoise dans la ligne de la continuité avec la philosophie et la tradition confucéennes.

Ce trait caractéristique de son approche de la Chine ne doit certes pas être dissocié de l'échange culturel bénéfique qu'il instaura avec les Chinois sur tous les fronts du savoir humain. De la cartographie à l'astronomie, de la philosophie à la religion, des mathématiques aux techniques mnémoniques, en passant par les horloges mécaniques, la peinture et la musique : aucun domaine du savoir humain qui n'ait constitué un terrain fécond de confrontation et d'enrichissement réciproque entre les Chinois et cet homme que la Providence, selon ses amis lettrés chinois eux-mêmes, avait envoyé pour donner encore plus de lustre à la dynastie des Ming et pour faire participer les Chinois aux progrès que la science et la technique avaient réalisés au cours de la Renaissance européenne. Un exemple parmi tant d'autres de la haute considération en laquelle il était tenue : dès son arrivée à Pékin en 1601, selon la volonté de l'empereur Wanli, tous ses frais furent pris en charge par le trésor public et, à sa mort, le 11 mai 1610, il eut le privilège - jamais concédé jusqu'alors à un étranger - d'être enterré dans la Cité impériale. Ce n'est pas non plus un hasard si rien moins que la direction de l'Observatoire astronomique de Pékin et la révision du Calendrier chinois, achevée quelques années après la mort de Matteo Ricci, furent confiées aux jésuites qui poursuivirent son œuvre. La vaste documentation conservée dans l'ancien Observatoire astronomique de Pékin et l'inscription du père Matteo Ricci parmi les personnages les plus illustres de Chine témoignent aujourd'hui encore de la gratitude des Chinois pour la contribution apportée par le missionnaire jésuite et par ses confrères au progrès des connaissances humanistes et scientifiques dans leur pays.

Mais en quoi s'enracinait l'intuition géniale du père Matteo Ricci ? Quel peut être le motif de son actualité permanente ? Ce ne furent ni l'esprit d'aventure, ni la volonté de se faire l'ambassadeur de la Renaissance européenne en Chine qui poussèrent le missionnaire jésuite, mais bien le désir d'apporter au grand peuple chinois l'annonce évangélique comme couronnement de ce riche cheminement culturel et social qu'il allait d'ailleurs admirer et apprécier, comme en témoignent sa correspondance et son célèbre et minutieux compte-rendu autographe intitulé De l'entrée de la Compagnie de Jésus et de la Chrétienté en Chine.

Formé à la rigoureuse école des Jésuites et fasciné par l'esprit missionnaire de saint François-Xavier, qui avait dépensé sa vie pour l'évangélisation de l'Orient, alors qu'il n'avait pas encore trente ans, et avec une grande ardeur missionnaire, il commence son entreprise par Macao en 1582. A la différence de ceux qui l'avaient précédé dans les nombreuses tentatives d'entrer en Chine, le père Matteo Ricci comprend qu'il faut trouver une nouvelle méthode pour voir la culture chinoise s'ouvrir à la nouveauté de l'Evangile. Avec ses confrères responsables des missions de l'Orient, en particulier avec le père Alessandro Valignano, il élabore donc une nouvelle stratégie que l'on pourrait résumer par le mot " inculturation " : une optique dans laquelle la culture du peuple chinois n'est plus un obstacle à surmonter, mais une ressource pour l'Evangile.

Cette originalité de la méthode de Matteo Ricci, née d'une vision de la foi qui ne s'oppose ni à la science, ni à la raison, ni à la culture, mais qui entre en harmonie profonde et substantielle avec elles, a été soulignée par le pape Benoît XVI dans son Message pour le IVème centenaire de la mort du père Ricci :

« En considérant son intense activité scientifique et spirituelle, on ne peut manquer de rester favorablement impressionné par la capacité innovatrice et particulière avec laquelle il se familiarisa, dans un plein respect, avec les traditions culturelles et spirituelles chinoises dans leur ensemble. Cette attitude a en effet caractérisé sa mission visant à rechercher la plus grande harmonie possible entre la noble civilisation chinoise millénaire et la nouveauté chrétienne, qui est ferment de libération et de renouveau authentique au sein de toute société, étant donné que l'Evangile est un message universel de salut, destiné à tous les hommes, quel que soit le contexte culturel et religieux auquel ils appartiennent » (Benoît XVI, Message à S. Exc. Claudio Giuliodori, évêque de Macerata, 6 mai 2009).


Voilà pourquoi il est donc tout à fait approprié de commémorer, au siège de l'UNESCO aussi, le père Matteo Ricci, un grand homme qui a su tisser un réseau de relations et d'échanges culturels sans égaux dans l'histoire de l'humanité, en aidant ainsi l'Europe à connaître et à découvrir la sagesse et la civilisation chinoises et en introduisant en Chine, d'une manière judicieuse et avec beaucoup d'intelligence, le patrimoine de culture, de science, d'art et de foi de l'Occident. Il a concrètement démontré, de la sorte, que l'Evangile, précisément parce qu'il conduit au cœur de la vérité sur l'homme et sur son destin, est en mesure de se rapporter positivement à toute culture et à toute société capables de reconnaître la dignité et la grandeur de la personne humaine. Son labeur intellectuel et spirituel a eu pour finalité ultime de greffer dans les consciences et dans la culture chinoise les germes de la nouveauté et de la plénitude de la Révélation chrétienne. Il savait que le plus grand don que les chrétiens peuvent offrir aux peuples de l'Asie, c'est d'annoncer Jésus-Christ, qui répond à leur profonde quête d'Absolu et dévoile les vérités et les valeurs qui garantissent un développement intégral (cf. Jean-Paul II, Exhortation apostolique Ecclesia in Asia, n̊ 20).

Un an avant sa mort, il écrivait au Supérieur de la vice-province du Japon et de la Chine :

« Les Chinois ont une belle intelligence naturelle et aiguë ; ce qui transparaît bien dans leurs livres, dans leurs discours [...] et dans le gouvernement de cette machine qui émerveille tout l'Orient. Aussi, si nous pouvions leur enseigner nos sciences, [...] pourrions-nous à travers elles les conduire aisément à notre sainte loi et ils n'oublieront jamais un si grand bienfait, [...] car ne leur ayant enseigné jusqu'ici que peu de choses des sciences mathématiques et de la cosmographie, ils nous en sont tellement reconnaissants que bien des fois j'ai entendu, de mes oreilles, dire de personnes importantes que nous avons ouverts les yeux aux Chinois qui étaient aveugles ; et ils ne parlaient que de ces sciences naturelles que j'ai dites, de la mathématique ; que diront-ils donc des autres [...] comme les sciences physiques, métaphysiques, théologiques et surnaturelles ? » (Lettre au P. Francesco Pasio. Pékin, le 15 du mois de février 1609).

Ces mots explicitent, on ne peut mieux, aussi bien l'esprit qui animait son engagement missionnaire que la méthode avec laquelle le père Matteo Ricci a tracé un sentier indélébile dans l'histoire des rapports entre les peuples et les civilisations et du rapport entre la foi et les cultures. Ambassadeur d'amitié et de vérité, quatre cents ans après sa mort, il se dresse encore comme un exemple fulgurant d'ouverture universelle et de capacité à bâtir des ponts entre les civilisations et les cultures, en se faisant - en tant que messager de l'Evangile - l'artisan du bien véritable et du développement authentique des peuples. Je vous remercie de votre attention.

© PCPL