30.09.2009

Ars : Le prêtre, serviteur du bonheur des hommes (2)

Ars : Le prêtre, serviteur du bonheur des hommes (2)

Méditation du cardinal Schönborn

 


ROME, Mardi 29 septembre 2009 (ZENIT.org) - « Dieu a voulu le prêtre comme serviteur du bonheur », a fait observer le cardinal Schönborn, archevêque de Vienne, dans une première méditation, lundi matin, dans le cadre de la retraite internationale sacerdotale organisée à Ars, pour l'Année sacerdotale et à l'occasion des 150 ans de la naissance au ciel de Saint Jean-Marie Vianney.

Une retraite sous la houlette de la Congrégation romaine pour le clergé et qui rassemble quelque 1200 prêtres, grâce aux efforts du diocèse de Belley-Ars et notamment du séminaire international, mais aussi à la Communauté des Béatitudes qui assure le service logistique.

Après avoir averti que la tentation de notre époque c'est peut-être plus le cléricalisme que la négation de l'identité du sacerdoce ministériel - comme il y a quelque 40 ans -, le cardinal a renvoyé à l'enseignement du concile Vatican II qui justement « distingue sacerdoce ministériel ou hiérarchique », une « différence d'essence et pas simplement de degré ».

Cette « différence essentielle » a pourtant fait l'objet de « moquerie », « comme si le concile avait fait des prêtres des hommes d'une autre nature », « supérieurs », « au-dessus du commun des mortels ».


La boussole du concile

Or, a demandé le cardinal de Vienne, « que dit le texte, quelle interprétation en donne le magistère de l'Eglise » ?

L'archevêque a proposé de relire le paragraphe 10 de la constitution conciliaire sur l'Eglise dans le monde de ce temps, « Lumen Gentium ». Le concile dit que les deux sacerdoces sont « ordonnés l'un à l'autre » et qu'ils participent à « l'unique sacerdoce du Christ ».

Le prêtre « instruit » et « gouverne », célèbre « le sacrifice eucharistique » ; les fidèles, « en vertu de leur sacerdoce royal », exercent leur sacerdoce par la prière, l'abnégation, la charité...

Ce sacerdoce, a fait observer le cardinal Schönborn, est « sobrement décrit » : il s'agit de « former et conduire le peuple sacerdotal », en somme, « montrer le chemin du ciel ».


Sept clefs

Au cœur du sacerdoce ministériel, il y a, a-t-il insisté, « le sacrifice eucharistique, au nom du Peuple de Dieu, in persona Christi ; le sacerdoce ministériel est rendu possible, grâce à la sacra potestas, au pouvoir sacré, grâce au sacrement de l'ordre ».

Le concile indique « sept champs de participation du sacerdoce des baptisés au sacerdoce du Christ, et cela vaut aussi pour nous, prêtres, en tant que baptisés », a annoncé le cardinal Schönborn.

Ce sont : la participation à l'offrande de l'eucharistie, au sacrifice du Christ et de son Esprit, la réception des sacrements (LG 11) - de chacun des sacrements, reçu comme mise en œuvre du sacerdoce commun - ; la vie de prière et l'action de grâce, par lesquels le Christ fait entrer sa vie dans notre vie ; le témoignage d'une vie sainte, la participation au sacerdoce du Christ, le seul saint ; le renoncement, à la suite du Christ. Ce sont autant de « portes étroites pour le passage à la vie nouvelle des enfants de Dieu ». Et puis : la charité effective. Ce sont en fait « toutes les dimensions des activités humaines qui peuvent être transformées de façon à faire de nous de vrais foyers de charité ».


Le catéchisme de l'Eglise catholique

Et le « Caté » - magistère de l'Eglise qui donne l'interprétation du concile -, en quel sens dit-il que ces deux sacerdoces sont « ordonnés l'un à l'autre ? » : le sacerdoce commun des fidèles, « déploiement de la grâce baptismale, c'est la vie selon l'Esprit » ; le sacerdoce ministériel est lui, « au service du sacerdoce commun, relatif au déploiement de la grâce baptismale de tous les chrétiens, un moyen par lequel le Christ ne cesse de construire et de conduire son Eglise ».

Le sacerdoce commun, en somme, est de l'ordre de la « finalité », le « sacerdoce ministériel », de l'ordre des moyens qui servent la fin des œuvres de Dieu, qui est notre bonheur éternel, notre béatitude », a insisté le cardinal Schönborn.

« Le sacerdoce ministériel nous rapproche de cette fin, qui est la pleine participation à la vie divine », c'est « un des moyens pour cette fin ».

Le droit canon lui-même indique comme sa fin ultime, le « salut des âmes », car son dernier canon indique : « salus animarum suprema lex ».


Serviteur de la vocation universelle à la sainteté

Comme toutes les institutions humaines, le sacerdoce commun a pour mission de « servir la sainteté du Peuple de Dieu, le salut des âmes ».

Le sacerdoce commun et le sacerdoce ministériel ont une « différence d'essence, pas de degré, pourquoi ? », a demandé le cardinal Schönborn. A ce sujet, il y a « l'enseignement si important de Vatican II ».

« Le sacerdoce ministériel serait-il le degré supérieur du sacerdoce, une forme supérieure de perfection ? Le prêtre, un chrétien supérieur ? Un chrétien d'élite par rapport au sacerdoce commun des fidèles ? Il n'en est rien », a expliqué le cardinal Schönborn.

Car, soulignait-il, il n'y a « point de limite dans la sainteté : vous pouvez faire la plus grande carrière dans la sainteté, on peut atteindre des sommets de sainteté, mais hélas pas seulement par le sacerdoce ou l'épiscopat ! »

Et si Jean-Paul II était béatifié l'an prochain, à l'occasion du 5e anniversaire de sa mort (c'est ce qu'espère le cardinal Stanislas Dziwisz) ce serait non parce qu'il a été pape mais parce qu'il a été saint dans l'exercice du sacerdoce, de l'épiscopat ».

C'est aussi ce que disait la vieille concierge du Saint Office, les premières années du cardinal Joseph Ratzinger comme préfet de la Doctrine de la foi : « è un vero cristiano », c'est un vrai chrétien ! »


Ni discrimination ni immunité

L'archevêque autrichien a proposé une autre piste pour répondre à cette question : « on nous reprocherait de discriminer qui n'a pas accès au sacrement ordre ». Or si le sacerdoce ministériel était « un degré supérieur de la vie chrétienne », « une telle exclusion serait discriminatoire, empêcherait les femmes et les autres hommes d'accéder à un degré supérieur de vie chrétienne ; or, il n'y a pas d'autre degré supérieur que la sainteté, ainsi, aucun n'est exclu de la vie chrétienne ».

Troisième piste indiquée par le cardinal Schönborn, le sacerdoce ministériel « ne veut pas dire que tout ce que nous faisons est exempt de fautes, de péché, de misère : nous sommes des instruments, mais nous n'agissons in persona Christi que pour certains actes, pour d'autres choses hélas, pas toujours in persona Christi ».

Le Catéchisme de l'Eglise catholique dit au n. 1550 sur cette différenciation, que la présence du Christ dans son ministre n'est « pas comprise comme une prémunition contre les faiblesses humaines (domination, erreurs, péchés) et ne concerne pas tous les actes du ministre mais en revanche, la présence du Christ est garantie dans les sacrements (car le péché du ministre ne peut pas empêcher le fruit de grâce du sacrement conféré), et en même temps, le catéchisme reconnaît que l'empreinte du ministre qui ne serait pas un signe « fidèle à l'Evangile » pourrait « nuire à la fécondité apostolique Eglise ». Le prêtre est appelé à ce que « toute sa vie soit conformée au Christ ».

L'ordination épiscopale, elle, confère « la plénitude du sacerdoce, tout en représentant la « grâce inouïe » d'être « successeur des apôtres », mais, a ajouté le cardinal Schönborn, « je tiens ce trésor dans un vase d'argile, une poterie sans valeur » et plus on est « conscient » de cela, moins on est guetté par la « tentation du cléricalisme ».


Le sable frais du Sri Lanka

A ce propos, le cardinal Schönborn a cité un événement « inoubliable » : une visite dans un village du Sri Lanka, dans une plantation de thé, à l'invitation d'un évêque. Les villageois avaient disposé sur 500m du sable frais, fraîchement ratissé, jusqu'à l'accès au village, et avaient orné l'allée de drapeaux, et au fur et à mesure qu'il avançait, on jetait des tapis sous ses pieds, en signe d'accueil d'un « hôte de choix ».

Arrivé à la petite église, le cardinal s'entend dire par le vieux père Jésuite, Fernando, présent là depuis 40 ans parmi les très pauvres : « Eminence, ne pensez pas que les gens ont fait cela pour Christoph Schönborn, ils l'ont fait pour Jésus Christ ». Il conclut : « Voilà ce qui nous donne la vraie joie, l'humilité, la simplicité dans notre ministère : réjouissons-nous d'être des instruments de Jésus Christ, car si on se prend trop au sérieux, on oublie que les gens nous aiment et nous vénèrent à cause du Christ et pas à cause de nous, qui sommes des instruments ; pour entrer à Jérusalem, au milieu du peuple, pour la Semaine Sainte, Jésus s'est même servi d'un âne. Merci ».

A la sortie de l'église de Notre Dame de la miséricorde, sur la prairie, deux ânes s'approchaient de la clôture comme pour saluer les retraitants.

Anita S. Bourdin

1200 prêtres réunis à Ars: homélie du card. Hummes

1200 prêtres du monde entier réunis à Ars : Homélie du card. Hummes

Il a rappelé combien un prêtre peut aider un jeune que Dieu appelle au sacerdoce

 

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ROME, Lundi 28 septembre 2009 (ZENIT.org) - « Croyez en votre charisme et dans la volonté du Seigneur que des jeunes se lèvent à votre suite », a déclaré le préfet de la congrégation romaine pour le Clergé, le cardinal Claudio Hummes, brésilien, qui a présidé la messe de ce premier jour de retraite sacerdotale internationale, en l'église souterraine Notre Dame de la Miséricorde, à Ars.

Les 1200 prêtres du monde entier participant à la retraite étaient tous revêtus de l'étole et de la chasuble blanches, légères, marquées d'une croix d'or qui ont été offertes à chaque retraitant, signe de cette « communion sacerdotale » dont Benoît XVI parle dans son message vidéo pour l'ouverture de cette retraite.

Le cardinal Hummes a souligné, dans son homélie et dans un français parfait, que cette retraite s'ouvrait par « une eucharistie en l'honneur du saint curé d'Ars », a constaté ZENIT sur place.

Il a relevé que le fait qu'un millier de prêtres soient ainsi rassemblés - à Ars, et en cette église souterraine Notre-Dame de Miséricorde - pour le 150e anniversaire de la mort du saint patron des prêtres du monde, est un « signe qui parle de lui-même ».

Cette initiative de l'année sacerdotale, Benoît XVI l'a inscrite dans le sillage de ses prédécesseurs, Pie X qui, en 1905 l'a fait saint patron des prêtres en France, Pie XI patron de tous les curés du monde, Pie XII qui a souligné la valeur de l'exemple du saint curé d'Ars « pour aujourd'hui », de Jean XXIII qui lui a consacré une encyclique, de Jean-Paul II qui constate combien l'exemple de saint Jean-Marie Vianney continue de donner de « l'élan » aux curés monde entier et à tous les prêtres dans leurs différentes tâches apostoliques.

Benoît XVI, a ajouté le cardinal Hummes, invite tous les prêtres à suivre l'exemple du saint curé « pour être des témoins du Christ et des apôtres de l'évangile ». Saint Jean-Marie Vianney est, ajoute-t-il, l'exemple d'une existence faite de « prière ».

« La sainteté est toujours jeune, quel que soit le siècle » et dans la vie d'un saint « il y a des éléments pérennes qui, dégagés de l'époque » restent une « lumière pour l'Eglise », et, de même, pour la réalité du prêtre : « l'essentiel demeure dans histoire ».

Citant le passage du prophète Ezéchiel, le cardinal Hummes a encore fait observer que par son ordination, le prêtre est marqué par sa « mission », et que si « la responsabilité d'une paroisse demande de la force » et que par conséquent, le droit canon prévoit la démission de cette charge à l'âge de 75 ans, les prêtres « dégagés de la responsabilité d'une paroisse restent prêtres ». Un prêtre « ne prend jamais sa retraite et continue l'œuvre pour laquelle le Christ l'a appelé et consacré », par la prière, la messe, le sacrement de la réconciliation, l'accompagnement spirituel, l'offrande de sa vie même « sur un lit de souffrance ».

Aujourd'hui, a ajouté le responsable des prêtres du monde, « l'immense majorité des prêtres de tous les âges vivent leur engagement pleins de joie, d'héroïsme silencieux, jusqu'au bout de leurs forces, sans voir parfois le fruit de leur labeur ».

Il citait en exemple saint Jean-Marie Vianney qui « confessait et faisait le catéchisme encore six jours avant sa mort », « passionnément dévoué à son ministère ».

Reprenant l'image d'Ezéchiel, le cardinal Hummes a affirmé que « le prêtre est un guetteur envoyé par Dieu auprès de ses contemporains pour les avertir » et les aider à vivre en « communion avec le Père et leurs frères dans la justice, la charité, et la paix ».

« C'est l'amour qui pousse le prêtre à être un guetteur, l'amour du Christ et de ceux auxquels il est envoyé », or, « l'amour n'a pas de terme », et il est le lien d'unité entre « vie sacerdotale et ministère ». En effet, « s'il est motivé par l'amour, son ministère lui donne de la joie ».

Le ministère presbytéral est, a insisté le cardinal brésilien, « une source de joie profonde », car il permet d'entrer « dans le sanctuaire des cœurs » et de « voir comment l'Esprit transforme » les baptisés.

Dans « Pastores Dabo Vobis », a-t-il rappelé, Jean-Paul II souligne que le prêtre goûte la « joie » de la croissance du troupeau de Dieu, la joie d'entrer dans le « sanctuaire » du cœur de la communauté, et est associé de façon mystérieuse à l'oeuvre de Dieu dans les cœurs : « Nous participons à la joie de Dieu qui se donne ».

« Le curé d'Ars était joyeux, aimable, plein d'affabilité », a ajouté le cardinal Hummes, faisant aussi observer que pour être un « guetteur pour son peuple », Ezéchiel a fait aussi l'expérience de la souffrance et qu'il en est de même « pour le serviteur de l'Evangile ».

Certes, saint Jean-Marie Vianney a souffert dans son ministère, au point de dire que s'il avait « su » cela à l'avance il aurait pu en « mourir de chagrin ». Mais il n'en était pas moins « complètement dévoué à son peuple pour le conduire au Christ », il a « porté le poids du péché comme Jésus à Gethsémani », « souffrait des résistances », « gémissait des abus dans sa paroisse », il a subi les « cris sous ses fenêtres », les « placards injurieux », les « calomnies », (on l'accusa d'avarice, on l'a même attaqué dans ses moeurs, il a été relevé de la direction de la Providence).

Lui-même avait le « sens de son incapacité à être curé », mais en même temps une vive « conscience de sa responsabilité de guetteur », car il aurait aimé « se retirer dans une Trappe pour ne garder que la prière », mais la seule pensée de « l'obéissance » et « des besoins spirituels de son peuple », le « maintenait à son poste », et cela « le faisait grandir dans la charité ».

Il avait l'habitude de dire que l'on « montre plus de charité en servant dans la désolation que dans l'abondance des consolations ». Il n'y avait d'ailleurs en lui « « aucun découragement ». Et si « l'idée de quitter la paroisse le poursuivait sans cesse », et malgré la souffrance, il vivait cependant dans « la paix et la joie ». Le cardinal Hummes a souligné ce « paradoxe » de celui qui « vit en communion avec le Christ » : ce ne sont pas « deux choses séparées selon le moment ».

Comme le dit saint Paul : « Je trouve ma joie dans les angoisses que j'endure pour vous » : voilà, ce « mélange paradoxal de béatitude et de douleur », a fait observer le cardinal Hummes, en citant le passage évangélique de l'agonie de Jésus au Jardin des Oliviers : tout en faisant l'expérience des « délices de la Trinité », il vivait une « agonie pas moins réelle » : c'est un « mystère ». Et lorsque le poids du ministère se fait sentir, on comprend que « la Croix du Christ n'est jamais légère à porter » : « Nous l'avons reçue en partage de façon spéciale mais nous ne sommes pas seuls, car Jésus a promis d'être chaque jour à nos côtés ».

Le cardinal Hummes a aussi souligné l'importance du curé Balley pour le futur curé d'Ars. « Monsieur Balley » a-t-il souligné, s'est « engagé de façon totale pour sauver la vocation de Jean-Marie et assurer sa vocation » : sans lui « il n'y aurait pas eu de Curé d'Ars ».

L'abbé Balley ne s'est en effet « jamais découragé devant les obstacles sur le chemin vocationnel » de Jean-Marie Vianney, il s'est « dépensé pour lui apprendre le latin et la théologie » et il l'a protégé lui-même « contre les doutes sur sa vocation ». Le saint curé a pu témoigner qu'il lui suffisait de voir M. Balley et de l'entendre discourir sur Dieu » pour être encouragé.

« Cet exemple doit vous encourager - sans pour autant forcer les volontés, et sans appeler des jeunes qui n'ont pas les capacités objectives -, car l'influence d'un prêtre peut être décisive » : « Croyez en votre charisme et dans la volonté du Seigneur que des jeunes se lèvent à votre suite ».

« Si vous n'avez pas de contacts avec les jeunes, vous pouvez prier pour les vocations et faire prier les chrétiens pour les vocations, vous pouvez cultiver dans votre presbytère une atmosphère vocationnelle, faite de joie, de sainteté, d'ardeur missionnaire : ce sera le témoignage le plus fort pour les jeunes que le Seigneur appelle », a fait observer le cardinal Hummes.

Et d'insister : « L'Eglise a besoin que le nombre des prêtres croisse dans le monde, car les laïcs les mieux formés ne les remplaceront jamais, il y a complémentarité entre le sacerdoce commun et sacerdoce ministériel, mais ils sont essentiellement différents, et ordonnés l'un à l'autre ».

Anita S. Bourdin