14.03.2010

"Mieux vaudrait pour lui se voir passer autour du cou une meule de moulin..."

"Mieux vaudrait pour lui se voir passer autour du cou une meule de moulin..."

"... et être précipité à la mer, plutôt que de scandaliser un seul de ces petits" (Luc 17, 2). Accusés, procès et condamnations de dix ans de pédophilie dans le clergé. Interview de Charles J. Scicluna, promoteur de justice de la congrégation pour la doctrine de la foi. Extrait d’"Avvenire" du 13 mars 2010


par Gianni Cardinale




ROME – "Promoteur de justice", Mgr Charles J. Scicluna, est le Ministère public du tribunal de la Congrégation pour la doctrine de la foi. Il est chargé d'enquêter sur les "delicta graviora", les crimes que l'Eglise considère comme les plus graves, ceux commis contre l'eucharistie ou le secret de la confession, ou bien des viols sur mineurs de la part du clergé. Le motu proprio de 2001 "Sacramentorum sanctitatis tutela" en a réservé la compétence à cette congrégation. Ainsi son promoteur de justice doit-il traiter la terrible question des prêtres accusés d'actes pédophiles, qui fait périodiquement la première page des journaux. C'est une personne très scrupuleuse et qui a la réputation de ne pas se laisser influencer.


Q. – Monseigneur Scicluna, vous avez une réputation de dur, et pourtant l'Eglise est systématiquement accusée d'être accommodante envers les prêtres pédophiles.

R. – Dans le passé, par une mauvaise interprétation de la défense de la réputation de l'institution, des évêques peuvent avoir fait preuve d’indulgence face à ces tristes affaires. Il l'ont été dans la pratique car au niveau des principes la condamnation des ces crimes a toujours été ferme et sans équivoque. Pour ce qui est du siècle dernier, il suffit de citer l'instruction "Crimen sollicitationis" de 1992...

Q. – Mais ne s'agissait-il pas de 1962?

R. – Si la première édition de ces mesures remonte à Pie XI, le Saint-Office en fit une nouvelle version sous Jean XXIII, destinée aux Pères conciliaires. Mais les 2 000 copies ne suffisaient pas et la distribution fut renvoyée sine die. Quoiqu'il en soit, il s'agissait de normes à suivre en cas de révélations faites en confession de crimes plus grave et de type sexuel, comme les viols sur mineurs...

Q. – Ces normes recommandaient le secret.

R. – Une mauvaise traduction anglaise du texte a fait penser que le Saint-Siège imposait le secret pour occulter les faits, mais il n'en était pas ainsi. Le secret de l'instruction servait à protéger la réputation des personnes impliquées, les victimes comme aussi les prêtres accusés, qui ont eux aussi droit à la présomption d'innocence. L'Eglise n'aime pas la justice spectacle. Les normes relatives aux abus sexuels n'ont jamais été entendues comme une interdiction de leur dénonciation à la justice civile.

Q. – Cela dit, ce document est souvent cité par accuser le Pape actuel d'avoir été, comme Préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi, le responsable d'une politique de dissimulation des faits de la part du Saint-Siège...

R. – Cette accusation est sans fondement, et même calomnieuse. Quelques faits. Entre 1975 et 1985 aucun cas de pédophilie cléricale n’a été signalé à la congrégation. Après la promulgation du Code canonique de 1983, il y a eu une période d'incertitude sur les "delicta graviora" qui devaient être de notre compétence. C'est seulement avec le motu proprio de 2001 que le crime pédophile est redevenu de notre exclusive compétence, et à partir de là le Cardinal Ratzinger a géré avec fermeté ces affaires. Il a en outre fait preuve de courage dans le traitement de cas extrêmement délicats. Accuser le Pape actuel d'avoir occulté la question est pure calomnie.

Q. – Que se passe-t-il lorsqu'un prêtre est accusé d'un "delictum gravius"?

R. – Si l'accusation est vraisemblable, son évêque est contraint d'enquêter tant sur l'objet de la démarche que sur  sa validité. Si l'enquête préliminaire confirme l'accusation, il n'a plus le pouvoir d'agir et doit transmettre le dossier au Bureau disciplinaire de notre congrégation.

Q. – Qui compose ce bureau?

R. – Etant un des supérieurs de la congrégation, j'en fais partie, avec un chef de bureau (le P. Pedro Miguel Funes Diaz), sept autres ecclésiastiques et un pénaliste laïque en charge de ces questions. D'autres officiels de la congrégation collaborent selon les besoins, notamment en matière linguistique.

Q. – Ce bureau a été accusé de peu fonctionner, et lentement...

R. – L'affirmer est injuste. En 2003 et 2004, il y a eu une avalanche de cas soumis à notre examen, largement en provenance des Etats-Unis. Depuis, le phénomène s'est heureusement réduit et nous tentons de traiter les dossiers en temps réel.

Q. – Combien en avez-vous traité jusqu'ici?

R. – De 2001 à 2010 il s'est agi d'environ 3 000 accusations regardant des prêtres diocésains ou des religieux, pour des crimes commis ces 50 dernières années.

Q. – Il s'agit donc de 3 000 cas de prêtres pédophiles?

R. – On ne peut pas dire cela car, grosso modo, dans 60 % des cas on a affaire à des actes d'"éphébophilie", c'est-à-dire d'attraction physique pour des adolescents de même sexe. Dans d’autres cas, 30 %, il s'agit d'attirance hétérosexuelle, et pour les 10 % restants de véritable attraction physique envers des garçons impubères. En neuf ans, il y a donc eu environ 300 cas de prêtres accusés de pédophilie. C’est trop, certes, mais il faut constater que le phénomène n'est pas étendu comme on veut le faire croire.

Q. – Combien de procès et de condamnations sur trois mille accusés?

R. – Tout d'abord, dans 20 % des cas le procès, pénal ou administratif, s'est déroulé sous notre supervision dans le diocèse de compétence. Très rarement il y a un procès au Vatican, ce qui permet aussi d'accélérer la procédure. Dans 60 % des cas, principalement à cause de l'âge avancé des accusés, on n'engage pas de procès mais des mesures disciplinaires sont prises à leur encontre, comme l'interdiction de célébrer la messe en public et de confesser, ou l'obligation de mener une vie retirée et de pénitence. S'il y a eu dans cette catégorie des cas particulièrement médiatisés, il ne s'est absolument pas agi d'absolution. S'il n'y a pas eu de condamnation formelle, la réduction au silence et à l'obligation de prière a tout son sens.

Q. – Les 20 % restants?

R. – On dira que pour la moitié, celle des cas particulièrement graves, appuyés sur des preuves indubitables, le Pape a pris la douloureuse responsabilité de la réduction à l'état laïque. Il s'agit d'une mesure extrême mais inévitable. Pour l'autre moitié, ce sont les prêtres qui ont demandé à être relevé de leurs devoirs sacerdotaux. On compte parmi eux les prêtres trouvés en possession de matériel pédo-pornographique, condamnés pour ce délit par la justice civile.

Q. – D'où proviennent les 3 000 cas évoqués?

R. – Principalement des Etats-Unis qui, en 2003-2004 ont fourni environ 80 % des cas. En 2009 leur proportion est tombée à 25 % des 223 nouveaux dossiers en provenance du monde entier. En 2007-2009, la moyenne annuelle des cas signalés à notre congrégation a été de 250. Nombre de pays ne signalent qu'un ou deux cas, bien que le nombre des pays intéressés par un phénomène somme toute assez réduit s'accroisse. Rappelons qu'il y a 400 000 prêtres diocésains et religieux dans le monde, un nombre sans rapport avec la perception que provoquent les cas exposés dans la presse.

Q. – Et en Italie?

R. – Jusqu'ici le problème ne semble pas revêtir de dimension dramatique, même si je suis préoccupé par une certaine culture du silence, encore trop diffuse. Par ailleurs, la Conférence épiscopale italienne assure une excellent service technico-juridique aux diocèses devant traiter ces affaires. On doit saluer l'engagement croissant des évêques à faire la lumière sur les cas qu'on leur signale.

Q. – Vous dites que les procès en règle ne représentent que 20 % des 3 000 cas examinés ces neuf dernières années. Se sont-ils tous terminés par la condamnation des accusés?

R. – Si nombre des procès se sont conclus par une condamnation, dans certains cas le prêtre a été innocenté ou bien les accusations n'ont pu être suffisamment démontrées. Cela dit, dans chaque cas, on évalue la culpabilité de l'accusé mais aussi sa capacité à remplir son ministère.

Q. – On accuse régulièrement la hiérarchie ecclésiastique de ne pas transmettre à la justice civile des cas de pédophilie du clergé qui lui sont signalés.

R. – Dans les pays de culture juridique anglo-saxonne, mais aussi en France, les évêques prennent généralement connaissance des crimes commis par leurs prêtres hors confession, ce qui les oblige à recourir à l'autorité judiciaire. C'est une situation grave car ces évêques sont comme un parent contraint à dénoncer son fils. Dans ces cas, nous recommandons de respecter la loi civile.

Q. – Et si l'évêque n'a pas cette obligation?

R. – Dans ces situations la congrégation n'oblige pas les évêques à dénoncer leurs prêtres, mais elle les encourage à inviter les victimes à dénoncer leur bourreaux. Nous encourageons les évêques à fournir à ces victimes toute l'assistance nécessaire, et pas strictement spirituelle. Dans le cas récent d'un prêtre condamné par un tribunal civil italien, c'est la congrégation qui a suggéré aux dénonciateurs réclamant une procédure canonique d'alerter la justice civile. Cela dans l'intérêt des victimes et pour éviter de nouveaux actes délictueux.

Q. – La prescription est-elle prévue pour les "delicta graviora"?

R. – Vous touchez un point délicat. Avant 1898, le principe de la prescription pénale était étranger au droit de l'Eglise. C'est seulement avec le Motu Proprio de 2001 qu'on a introduit pour les crimes graves une prescription de dix ans. Pour les délits sexuels, la décennie commence au dix-huitième anniversaire de la victime.

Q. – Est-ce suffisant?

R. – La pratique a montré que cette prescription décennale n'est pas adapté à ce type d'affaires. Il serait bon d’en revenir au système précédent fixant l'imprescriptibilité de ces "delicta graviora". Cela dit, le 7 novembre 2002, Jean-Paul II a concédé à la Congrégation pour la doctrine de la foi une faculté de dérogation au cas par cas, à la demande motivée de l'évêque intéressé. Elle est généralement accordée.

(Traduction du Vatican).




Le journal de la conférence des évêques d’Italie, qui a publié, le 13 mars 2010, l'interview :

> Avvenire


Le motu proprio de Jean-Paul II du 30 avril 2001 :

> "Sacramentorum sanctitate tutela"

La lettre d’application de la congrégation pour la doctrine de la foi du 18 mai de la même année :

> "De delictis gravioribus"

16.02.2010

L’Église d’Irlande réunie autour du Pape reconnaît son échec dans les scandales de pédophilie

Le Pape appelle les évêques irlandais à agir vite, avec détermination, honnêteté et courage à la suite du scandale des abus sur des mineurs commis par les membres du clergé, des actes couverts par une partie de la hiérarchie catholique pendant une trentaine d’années.

 

(Source: Kerknet)


Un communiqué a été publié à l’issue du sommet extraordinaire de deux jours, qui s’est tenu au Vatican ce lundi et mardi 15 et 16 février, en présence de plusieurs responsables de la Curie romaine. Benoît XVI demande des mesures concrètes pour restaurer la crédibilité morale et spirituelle de l’Église. La pédophilie – s’est-il indigné – n’est pas seulement un crime atroce : c’est un péché qui offense Dieu.

Les évêques irlandais ont reconnu pour leur part qu’ils avaient été incapables d’empêcher de tels agissements. Ils se disent aujourd’hui prêts à coopérer avec la Justice et avec les autres instances compétentes.

 

Bernard Decottignies (Radio Vatican): >>

15.02.2010

L'Église irlandaise convoquée au Vatican

A la demande de Benoît XVI, l’ensemble des évêques d’Irlande se retrouvent à Rome en ce lundi et mardi, 15 et 16 février. Cette rencontre se tient dans un climat lourd, après la publication du rapport de la Commission Murphy, du nom d’un juge irlandais. Ce document révélait, en novembre dernier, trente ans d’abus sexuels commis par des prêtres sur des mineurs. Des abus couverts par certains évêques.


Aujourd’hui, l’Église veut regagner la confiance des fidèles irlandais et le Pape devrait rendre publique une lettre pastorale adressée aux catholiques de ce pays meurtri par le scandale. Une réforme en profondeur de l’Église irlandaise est également en réflexion.


Le père Arthur O’Neill est curé de la paroisse de Cabinteely dans la banlieue de Dublin, la capitale du pays: >>



Le père Arthur O’Neill était interrogé par Olivier Bonnel (Radio Vatican).

25.09.2009

Dieu veut te parler - Lectures 26° Dimanche du Temps Ordinaire B

Evangile : Contre le sectarisme et contre le scandale (Mc 9, 38-43.45.47-48)


Acclamation : Ta parole, Seigneur, est vérité : dans cette vérité, consacre-nous. (Jn 17, 17)




Évangile de Jésus Christ selon saint Marc

Jean, l'un des Douze, disait à Jésus : « Maître, nous avons vu quelqu'un chasser des esprits mauvais en ton nom ; nous avons voulu l'en empêcher, car il n'est pas de ceux qui nous suivent. »
Jésus répondit : « Ne l'empêchez pas, car celui qui fait un miracle en mon nom ne peut pas, aussitôt après, mal parler de moi ;
celui qui n'est pas contre nous est pour nous.
Et celui qui vous donnera un verre d'eau au nom de votre appartenance au Christ, amen, je vous le dis, il ne restera pas sans récompense.
Celui qui entraînera la chute d'un seul de ces petits qui croient en moi, mieux vaudrait pour lui qu'on lui attache au cou une de ces meules que tournent les ânes, et qu'on le jette à la mer.
Et si ta main t'entraîne au péché, coupe-la. Il vaut mieux entrer manchot dans la vie éternelle que d'être jeté avec tes deux mains dans la géhenne, là où le feu ne s'éteint pas.
Si ton pied t'entraîne au péché, coupe-le. Il vaut mieux entrer estropié dans la vie éternelle que d'être jeté avec tes deux pieds dans la géhenne.
Si ton oeil t'entraîne au péché, arrache-le. Il vaut mieux entrer borgne dans le royaume de Dieu que d'être jeté avec tes deux yeux dans la géhenne,
là où le ver ne meurt pas et où le feu ne s'éteint pas. »

Copyright AELF - 1980 - 2009 - Tous droits réservés


Pour lire les autres lectures:

 

Praedicatho

04.07.2009

Dieu veut te parler - Homélie du 14° dimanche du Temps Ordinaire B




Saint Marc fait deux observations déroutantes dans le passage de l'évangile de ce jour.

D'abord il fait mention des frères et des sœurs de Jésus. Comment Jésus peut-il avoir des frères et des sœurs si Marie est « toujours vierge » ? A cette question il est assez facile de répondre : dans la tradition hébraïque, c'est tout simplement une référence à la parenté de Jésus, cousins, neveux et nièces, etc.


La seconde difficulté est la suivante. Saint Marc nous raconte que quand Jésus prêche pour la première fois dans son pays (Nazareth), il s'étonne du manque de foi de ses compatriotes. Ceux-ci étaient étonnés par son éloquence, mais peu enclins à croire et à obéir. Ils avaient, comme le peuple d'Israël dans la première lecture de ce dimanche, « le visage dur, et le cœur obstiné ». Dans les deux cas, par les prophètes de l'Ancien Testament et par Jésus dans le Nouveau Testament, Dieu parlait clairement à son peuple, mais le peuple a refusé d'écouter.


Ceci est assez étonnant, car, après tout, Dieu est tout-puissant, et il nous a créés pour vivre en communion avec lui. L'on serait donc en droit de penser que nous pouvons répondre automatiquement et correctement quand Dieu nous parle, et que nous sommes attirés par lui comme le fer par l'aimant. Pourquoi les choses ne se passent-elles pas comme ça ?...

 

Pour lire la suite de l'homélie :

Dieu veut des amis, et non des esclaves

Dieu veut te parler - Lectures 14° Dimanche du Temps Ordinaire B

Evangile : Jésus n'est pas accepté dans son pays (Mc 6, 1-6)

Acclamation : Le Seigneur a envoyé Jésus, son serviteur, porter pauvres la Bonne Nouvelle du salut. (Lc 4, 18a)




Évangile de Jésus Christ selon saint Marc

Jésus est parti pour son pays, et ses disciples le suivent.
Le jour du sabbat, il se mit à enseigner dans la synagogue. Les nombreux auditeurs, frappés d'étonnement, disaient : « D'où cela lui vient-il ? Quelle est cette sagesse qui lui a été donnée, et ces grands miracles qui se réalisent par ses mains ?
N'est-il pas le charpentier, le fils de Marie, et le frère de Jacques, de José, de Jude et de Simon ? Ses soeurs ne sont-elles pas ici chez nous ? » Et ils étaient profondément choqués à cause de lui.
Jésus leur disait : « Un prophète n'est méprisé que dans son pays, sa famille et sa propre maison. »
Et là il ne pouvait accomplir aucun miracle ; il guérit seulement quelques malades en leur imposant les mains.
Il s'étonna de leur manque de foi. Alors il parcourait les villages d'alentour en enseignant.


Extrait de la Traduction Liturgique de la Bible - © AELF, Paris

 

Pour lire les autres lectures :


Praedicatho

13.02.2009

Le prestige des judaïsants ou la 'folie' des Apôtres ?

Rome (Agence Fides) – Dans son commentaire de la Lettre aux Galates, Saint Augustin rappelle la stupeur de Paul face aux membres de cette communauté, qui étaient troublés ou fascinés par le prestige des judaïsants, ces chrétiens d’origine juive qui accordaient une grande importance au judaïsme, jusqu’à la faire devenir une condition indispensable pour être chrétiens. Ainsi, au lieu d’adhérer à Jésus et à son Evangile, ils retournaient en arrière vers Moïse et vers la Loi. L’Apôtre écrit : « …gens auxquels nous refusâmes de céder, fût-ce un moment, par déférence, afin de sauvegarder pour vous la vérité de l’Evangile » (Galates 2, 5).


Ce phénomène semble se raviver de nos jours : le symptôme en est, par exemple, la préférence pour des expressions comme « Premier » et « Second » Testament, comme s’ils étaient équivalents : on oublie que ce dernier a mené à son accomplissement le premier, et qu’il est appelé par la liturgie « Nouvelle et Eternelle Alliance ». Saint Jean n’a-t-il pas écrit. La Loi fut donné par l’intermédiaire de Moïse, la grâce et la vérité, nous sont venues par Jésus-Christ » (Jean 1, 17) ?

Moïse, tout en étant un grand prophète, reste toujours un homme ; Jésus est le Fils de Dieu, qui, en ressuscitant, nous a obtenu la rémission des péchés, et a rétabli l’amitié avec Dieu : ainsi, l’Ancien Testament ne reçoit lumière et pleine espérance que par la Résurrection de Jésus de Nazareth, Seigneur et Christ.

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Comme l’a montré le savant Jacob Neussner, juif observant et rabbin, Jésus, en demandant l’adhésion à Lui et non à la Torah, a marqué la différence avec la religion juive. Paul, maître juif zélé, était conscient que l’adhésion à Jésus-Christ n’était pas une répétition de la foi juive, autrement il n’aurait pas déclaré terminée de manière irréversible sa vie passée dans le judaïsme. Il se fit baptiser, il reçut l’illumination – comme le Baptême était appelé par l’Eglise antique – parce qu’elle est le Sacrement qui fait voir la vérité avec les yeux nouveaux de la foi. Que cela soit bien clair : ceci ne se produit que par une rencontre avec la Grâce Divine.

Les Apôtres, qui étaient des juifs, ont compris la Résurrection des morts de Jésus comme le vrai jugement divin de la Part de Dieu Père qui, de cette manière, démentait catégoriquement la sentence du Sanhédrin, considérée comme valable, jusqu’à ce moment par les juifs.
Ainsi, chaque sagesse humaine est soumise au jugement de la Croix, révélatrice de la Sagesse et de la Puissance de Dieu. Elle est la « folie » que les Apôtres ont annoncée, sur laquelle l’Eglise est fondée !

S’ils avaient plus veillé à ne pas causer de scandale pour les juifs, ou à être d’accord avec les païens, alors, l’Eglise aurait été un comme un royaume oui une famille divisée en elle-même, tombant en ruines, comme en avertit Jésus (cf. Mathieu 12, 25).

La préoccupation d’être acceptés par le monde est une tentation fréquente pour les hommes d’Eglise. Pour que cela ne se produise pas, et que le monde n’en reçoive pas un scandale, il est nécessaire avant tout d’être unanimes dans le langage : que les fidèles parlent avec l’unique voix de leur curé, les religieux avec l’unique voix de leur Supérieur, les prêtres avec l’unique voix de leur Evêque, les Cardinaux avec l’unique voix du Pape, qui les a « créés » tels.

On doit entendre toujours l’unique Eglise Catholique, et non pas une communauté particulière. D’ailleurs, une Eglise fondée sur les opinions de chaque ecclésiastique, aurait difficilement survécu ; en raison aussi du fait que le pas de l’opinion à l’hérésie est bref.

C’est seulement si l’on est unis à Pierre qu’il y a la pleine communion de l’Eglise, parce qu’il « est le principe perpétuel et visible et le fondement de l’unité de l’Eglise » en rapport à celui, invisible, qu’est le Saint-Esprit (Lumen Gentium, 23). C’est à juste titre qu’il faut défendre Vatican II, parce que, de cette vérité surtout, on ne peut déroger, que ce soit à l’intérieur de l’Eglise ou à l’extérieur, dans le dialogue avec les non-catholiques et avec les non-chrétiens.

Quoi qu’il en soit, que personne ne se fasse d’illusion : le dialogue n’éloigne pas l’opposition violente ; le Christianisme a dû y faire face depuis ses origines, provenant des communautés juives ou des autorités locales, qui agirent suite aux dénonciations présentées par les juifs. Le dialogue n’empêche pas la persécution. Nous le voyons de nos jours dans différentes parties du monde : elle peut être sanglante ou verbale, ouverte ou sourde, par des intimidations et des pressions. Les persécuteurs ne sont jamais satisfaits, parce que « la lumière luit dans les ténèbres, mais les ténèbres ne l’ont pas reçue… Il est venu chez les siens, et les siens ne l’ont pas reçu » (Jean 1, 5.11).

S’il y a cette conscience, on aide le Saint-Père dans l’exercice de sa responsabilité personnelle envers l’Eglise Universelle.

(Agence Fides, 12 février 2009)