12.01.2011

Silence, on tue !

foetus.gifAu cours des années quatre-vingt, le sida est venu souder dramatiquement le sexe et la mort dans l’esprit des gens. En France, les pouvoirs publics l’avaient fait déjà sans le dire, vingt ans plus tôt, en constitutionnalisant cette forme de mortalité prénatale que notre hypocrisie et notre lâcheté collectives dissimulent sous le nom d’IVG : interruption volontaire de grossesse, un phénomène social massif et grandissant.

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24.11.2009

La vie consacrée et la culture numérique

Congrès à Rome sur l’usage des médias dans les communautés religieuses



ROME, Mardi 24 novembre 2009 (ZENIT.org) - La culture numérique et le virtuel traversent désormais aussi la vie consacrée, qui est donc appelée à s'interroger sérieusement sur le changement qui s'opère en l'homme et dans sa manière d'être, au plan religieux et comme croyant.

C'est la réflexion qui ressort du récent congrès sur « l'utilisation et les abus des moyens de communication en communauté », organisé les 20 et 21 novembre à l'université pontificale « Regina Apostolorum » (APRA) de Rome. 

 


Dans son intervention, Marcela Lombard, professeur à l'Institut supérieur des sciences religieuses de l'APRA, a rappelé que l'Eglise ne condamne pas les moyens de communication, qui sont « des dons de Dieu », mais invite à aborder avec réalisme et prudence ces moyens qui peuvent comporter « certains risques pour la vie intérieure et le vécu authentique et réel, au-delà même de la vie consacrée, de vertus importantes pour la vie chrétienne ».

« La vision du sexe comme divertissement, l'infidélité et l'absence d'une vision morale et spirituelle du contrat de mariage sont décrits de manière acritique dans les moyens de communication », a-t-elle souligné. Si bien que la personne consacrée est « exposée à ces images qui pénètrent la conscience morale des personnes et peuvent provoquer son relâchement ». 

« Dans la publicité, a-t-elle poursuivi, on tend à créer des nécessités à l'égard de produits ou de services dont on n'a, en réalité, pas besoin », ceci exigeant donc une plus grande capacité à identifier ce qui est essentiel.  

Généralement, dans les moyens de communication, le pouvoir est exalté, la transgression proposée et vantée, l'autorité contestée et sous-évaluée.

« Les vertus cardinales doivent se cultiver afin que les moyens de communication ne portent pas atteinte à la vie chrétienne et consacrée, a souligné Marcela Lombard : la prudence, la justice, la force et la tempérance appliquées à l'usage des moyens de communication éviteront de tomber dans l'abus ».  

Autre intervention au congrès de l'APRA, celle de l'écrivain Ángeles Conde qui a souligné pour sa part, comment l'Eglise continue d'inviter les fidèles et les agents de la pastorale à intégrer l'Evangile dans la nouvelle culture créée par la communication moderne pour pouvoir transformer le continent numérique en utilisant l'unique Parole qui peut sauver l'homme : le Verbe incarné. 

Cette « inculturation médiatique », a-t-elle dit, est possible pour tous et aussi pour les religieuses qui souhaitent vivre leur charisme en évangélisant les laïcs, impliquant les jeunes et cherchant les vocations là où elles se trouvent, donc aussi sur Internet.

D'innombrables initiatives de ce genre existent déjà : du Vatican sur You Tube aux cours de catéchèses on-line, aux écoles de prière sur le web. 

« L'Eglise peut donner du sens et une dimension humaine à la culture numérique, a-t-elle ajouté. Mais il faut qu'elle soit plus présente, ce qui demande un élan tous azimuts, plus de formation à la communication, auprès notamment des agents de la pastorale; plus d'intérêt à collaborer avec les autres initiatives catholiques ; mêler l'initiative et la créativité à la prudence évangélique pour offrir un service permanent d'animation évangélique dans cette culture numérique, en encourageant les laïcs, spécialement les jeunes, à devenir sur le web de vrais apôtres et missionnaires auprès de leurs contemporains » .  

Selon sœur Nicla Spezzati, a.s.c., professeur à l'Institut de théologie de la vie consacrée « Claretianum », « nous vivons dans les cultures des médias qui nous proposent une hiérarchie interprétative du monde : de bas en haut, selon l'indication d'Edmund Husserl, mais aussi de haut en bas » . 

Les médias, a-t-elle expliqué, « procèdent par généralisations toujours plus amples jusqu'à massifier une donnée occasionnelle et accidentelle » et « en même temps construisent ‘d'en haut' des nouvelles et des images qui descendent comme paramètres d'interprétation visant à orienter et diriger les convictions personnelles et locales » .

Dans la civilisation médiatique actuelle, les moyens de communication sont devenus « un 'acteur substantiel' dans la compréhension des processus sociaux, jusqu'à influencer de manière réductive la personne humaine, sujet pensant qui devient sujet voyant d'une 'représentation' de la réalité ». 

C'est pourquoi, « devant notre téléviseur, nos défenses s'amenuisent, nous devenons vulnérables et sensibles à une séduction multi sensorielle », tout ceci finissant par créer « une inversion dans  la ‘relation de pouvoir' entre le consommateur et le producteur d'images et d'informations » .  

Les médias, a expliqué  encore sœur Nicla Spezzati, annulent « le lieu réel de la communauté, de la croissance humaine, le remplaçant, peu à peu, par les 'non-lieux' de l'homo videns, de l'homo tecnologicus-oeconomicus ». 

Mais ce qui est encore plus dangereux, a-t-elle ajouté, c'est que ces médias ouvrent la voie à « un processus d'individualisme, solipsisme selon lequel la personne vit en communauté mais comme une 'étrangère', une 'touriste'; se rattache et grandit en relation avec un monde tout autre », un monde fait « d'images positives et gratifiantes de beauté, de sérénité, de rêve, d'affirmation professionnelle, de relations humaines satisfaisantes » ; un monde capable de « faire taire angoisses et insatisfactions », de « se détourner de la réalité quotidienne » et d'« intégrer les relations humaines peu gratifiantes » . 

Pour cela, il est nécessaire de se réapproprier cette attitude critique qui permet de déchiffrer et de reconnaître la « force » des communautés religieuses ; cette lecture critique du langage que les médias utilisent, mélangeant les choses et les faits, pour représenter la réalité » .  

Il est en même temps nécessaire de prendre des décisions concrètes qui soient en mesure d'influer sur toute la vie communautaire, sur la vie personnelle, donnant forme « à un environnement où le climat habituel serait celui d'un regard sage, attentif, amoureux de la vie et des personnes »; « qui permet à l'intellect de respirer, de sonder avec amour et simplicité » soutenu « par son sens de l'écoute et du silence », « par le simple partage du fruit de ses propres efforts », « par sa passion pour l'homme dans sa quête de sens et ses souffrances ». 

Mirko Testa

14.10.2009

La théorie du genre préoccupe les pères synodaux, par Mgr Anatrella (1)

La théorie du genre préoccupe les pères synodaux, par Mgr Anatrella (1)

Une théorie « désincarnée », irréaliste », « meurtrière »

 



ROME, Lundi 12 octobre 2009 (ZENIT.org) - « La théorie du genre préoccupe les pères synodaux » : Mgr Tony Anatrella, psychanalyste et spécialiste en psychiatrie sociale, a bien voulu évoquer pour ZENIT les problèmes que soulève cette nouvelle idéologie et ses incidences sur la famille et la société dans la mesure où elle se répand en Afrique. 

Mgr Anatrella reçoit en consultations et enseigne la psychologie à Paris. Il est consulteur du Conseil pontifical pour la famille et du Conseil pontifical pour la pastorale des services de la santé. Il travaille, entre autres, les questions relatives à la théorie du genre auprès de plusieurs dicastères romains. Il vient de publier un ouvrage sur ce thème : « La tentation de Capoue, Anthropologie du mariage et de la filiation, éditions Cujas » (cf. ZENIT du 8 octobre 2009). 

 

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Mgr Sarah est intervenu pendant le débat du synode des évêques pour l'Afrique sur ce thème. L'archevêque a évoqué cette théorie « irréaliste et désincarnée » et même « meurtrière », étrangère aux valeurs africaines. Nous avons demandé à Mgr Anatrella d'expliquer ces termes et de préciser comment cette idéologie s'infiltre en Afrique - sans que les présupposés ne soient annoncés - et comment, « l'échange de dons entre l'Afrique et l'Occident » pourrait permettre d'élaborer des « anticorps ». Nous publions aujourd'hui le premier volet de cet entretien exclusif, et demain le second. Il souligne notamment que « les Africains ne veulent pas être colonisés par des idéologies occidentales ». 


ZENIT - Mgr Sarah, qui est le « numéro deux » de la Mission dans l'Eglise à la Congrégation pour l'évangélisation des peuples, a traité, à la surprise de quelques uns du danger de la théorie du genre pour l'Afrique. Pouvez-vous, Mgr Anatrella, résumer ce que signifie cette théorie? 

Mgr Tony Anatrella - Quelques uns ont été étonnés notamment parmi les observateurs car certains mouvements chrétiens s'habituent à utiliser les concepts du genre sans avoir conscience des enjeux. La théorie du genre présente les relations entre les hommes et les femmes en termes de pouvoir, de rivalité et d'opposition là où, d'une façon réaliste, elles se conçoivent dans la solidarité, la coopération et la complémentarité. Cette théorie désolidarise l'homme de la femme et prétend que les hommes ont, de tout temps, dominé les femmes. Autrement dit, l'inégalité entre les sexes est le produit des relations de pouvoir entre les hommes et les femmes (un genre domine l'autre). Ainsi, on préfère parler de genre masculin ou féminin, voire d'un genre neutre qui inclut les orientations sexuelles, plutôt que d'homme et de femme car on considère que le genre masculin et le genre féminin, ou encore la différence sexuelle, ne sont que des constructions culturelles de pouvoir. L'identité personnelle du sujet est évacuée puisque l'homme et la femme ne sont que des productions sociales. 

La théorie du genre est une idéologie sociologisante produite par les sciences humaines dans laquelle on retrouve des aspects de la dialectique marxiste. La différence sexuelle est devenue la nouvelle caractéristique de la lutte des classes sexuelles dont il faut se libérer. Il faut même délivrer la société de ses normes hétérosexuelles afin de faire droits aux revendications des personnes homosexuelles. Au nom de l'égalité, nous sommes invités à ne plus faire référence à la catégorie même de sexe. Dans un premier temps, on distinguait le sexe du genre, actuellement on franchit une limite supplémentaire en abandonnant le sexe pour le genre. Il faut donc déconstruire tout ce qui peut rappeler les normes d'une société fondée sur la différence sexuelle, ne plus parler de père, de mère, de mariage et de la filiation enracinée sur des rapports biologiques. La famille sociale serait privilégiée au détriment de la famille biologique. Ainsi pour favoriser le mariage entre personnes de même sexe, le Québec a rayé dans son Code civil les notions de « père » et de « mère » au bénéfice de la notion étrange et confuse de « pourvoyeur de forces génétiques ». L'Espagne est dans la même dérive en parlant « de progéniteur 1 » et « de progéniteur 2 ». La France se prépare à créer le statut du beau-parent qui donne un pouvoir relativement parental à toutes les personnes qui se succèdent dans la vie affective de l'un ou l'autre des parents de l'enfant. Le législateur est davantage attentif aux intérêts subjectifs des adultes qu'aux besoins structurels de l'enfant. Il y aurait ainsi matière à réfléchir sur ce qu'est « l'intérêt supérieur de l'enfant » que l'on confond souvent avec des considérations affectives ? Sans avoir à s'interroger sur le sens de ces errances, les responsables politiques morcellent toujours davantage le sens de la filiation. Toutes les manipulations et les tricheries sont possibles avec les mots quand une société ne voit plus l'enjeu de la différence sexuelle et de ce qui structure le lien familial et social. 


ZENIT - Mgr Sarah a contesté cette théorie « irréaliste et désincarnée » au nom des valeurs africaines : quelles valeurs africaines sont en danger? 

Mgr Tony Anatrella - Les Africains ont le sens des réalités là où l'Occident construit des théories idéalistes dans le déni des conditions objectives de l'existence humaine. Les Africains ne sont pas intellectuellement encombrés par des idéologies totalitaires qui se créent à la suite de chaque génération. Ils sont néanmoins confrontés à d'autres maux comme la corruption, le pouvoir usurpé, la polygamie et la maltraitance des femmes (que la théorie du genre ne saura guérir), l'injustice et les crises économiques vecteurs de guerres, les pratiques occultes et la mise en cause de la liberté religieuse. En revanche, ils sont souvent pollués par des idées qui leur parviennent via les paraboles satellitaires et les ONG. Après le marxisme et le nazisme, l'Occident n'a pas retenu la leçon et recommence avec une nouvelle idéologie tout aussi oppressive et imposée aux États par l'ONU et ses agences mais aussi par l'Europe dans l'aveuglement le plus complet des citoyens. Le Traité de Lisbonne (13 décembre 2007) est structuré autour du genre et, en ce sens, cette référence nivelle la famille. 

Engager une lutte entre les hommes et les femmes au nom du genre est incompréhensible pour les Africains et encore davantage lorsqu'il s'agit de privilégier des orientations sexuelles pour initier la vie conjugale et familiale. Dans le meilleur des cas, les Africains savent, comme le rappelle Mgr Robert Sarah, que « l'homme n'est rien sans la femme et la femme n'est rien sans l'homme. L'un et l'autre ne sont rien si l'enfant n'est pas au centre de la famille, constituée seulement par un homme et une femme, cellule de base de la société ». La question n'est pas tant d'appliquer une vision égalitariste, mais de savoir traiter en justice la vie conjugale et familiale. 

La théorie du genre véhicule en Afrique une vision morcelante de la famille qui va à l'encontre de la culture africaine. C'est pourquoi Benoît XVI a souligné avec force cette idée dans son homélie à l'ouverture du Synode : « Naturellement, en Afrique, il y a de multiples cultures différentes, mais elles semblent toutes d'accord sur ce point : Dieu est le Créateur et la source de la vie. Or, la vie - nous le savons bien - se manifeste en premier dans l'union entre l'homme et la femme et dans la naissance des enfants ; la loi divine, écrite dans la nature, est par conséquent plus forte et l'emporte sur toute loi humaine, selon l'affirmation nette et concise de Jésus : « Que l'homme ne sépare pas ce que Dieu a uni » (Mc 10, 9). La perspective n'est pas d'abord morale : avant même le devoir, elle concerne l'être, l'ordre inscrit dans la création ». Cela veut dire que l'identité sponsale de la personne humaine et l'être familial sont constitutifs de la condition humaine. Le pouvoir politique a la responsabilité de les organiser pour le service du bien commun, mais ils ne sont pas à leur libre disposition pour attribuer légalement les caractéristiques du couple et de la famille à des situations qui leur sont contraires. 

En Occident, nous avons une vision cassée de la famille, du père et de la mère alors que les Africains les tiennent en estime et entendent en respecter les fondements et les principes. Une conception fractionnée en plusieurs modèles du couple et la famille leur est étrangère et nous commettons l'erreur de diagnostic de confondre les situations accidentelles et particulières comme autant de références possibles. A l'évidence, nous ne savons plus penser de façon cohérente le couple, le mariage, la famille et la filiation à partir des deux seules identités qui existent celle de l'homme et de la femme, du mariage et de l'être familial. Comment ne pas voir, par exemple en France, que l'idéologie du genre inspire des lois civiles qui, en s'accumulant, tentent de répondre à d'autres lois qui ont produit des effets pathogènes et insécurisants sur le sens de l'engagement dans le mariage et dont il faut maintenant réparer les dégâts en modifiant le sens du couple et de la famille en allant du Pacs à la création d'un statut du beau-parent. Autrement dit, les divorces et les unions de fait créent de multiples confusions et génèrent des troubles du sens de l'engagement, de l'alliance et de la filiation ; et l'on va jusqu'à les inscrire dans la loi. Une fois de plus, les Africains ne veulent pas être colonisés par des idéologies occidentales qui leur imposent des comportements moyennant des aides financières et sanitaires de la part des agences de l'ONU et des ONG. 


ZENIT - Mgr Sarah va jusqu'à dire que c'est une théorie « meurtrière » : elle est donc un vecteur de violence dans les sociétés? 

Mgr Tony Anatrella - Cette théorie au nom de l'égalité de tous devant la loi est en train de paralyser et d'anémier le sens du couple et de la famille. Elle est source d'injustice et ne favorise pas la paix dans la société. 

Entendons-nous bien, les injustices et les violences envers les femmes doivent être dénoncées. Dans sa lettre adressée aux femmes, Mulieris dignitatem, (15 août 1988) Jean-Paul II soulignait qu'il faut tenir compte de l'existence des deux sexes dans le sens où « l'être humain existe toujours et uniquement comme femme et comme homme ». Il est donc indispensable d'éviter « une égalité statique et nivelante » et une « différence abyssale et inexorablement conflictuelle ». Il est tout aussi nécessaire de porter attention aux personnes qui sont dans des conditions particulières de vie et de les soutenir à bien des égards. Cela ne veut pas dire pour autant que ces conditions singulières seront une source pour inspirer des lois en contradiction avec les édifices juridiques majeurs de la société. 

Cette idéologie est meurtrière dans le sens où elle déstabilise et comme le dit Mgr Robert Sarah « s'attaque à l'identité sponsale de la personne humaine, à l'identité masculine et féminine comme réalité intrinsèque à chacun, au mariage, à la maternité, à la paternité, à la famille et à la procréation ». Toucher à ces réalités fondatrices et formatrices de l'humain en chacun de nous, ne peut que produire toujours davantage de violences. Celles-ci ne cessent de se développer dans les sociétés occidentales notamment à partir des enfants et des jeunes. Lorsque, dans ses lois, la société dénie la différence sexuelle, encourage la déliaison du lien conjugal à la moindre difficulté, favorise la mort des enfants en gestation, laisse entendre qu'un couple et une famille se forment dans n'importe quelles conditions alors il ne faut pas s'étonner que, le cadre porteur se fragilisant, les personnalités deviennent instables et impulsives et rencontrent de sérieuses difficultés pour élaborer leur vie pulsionnelle. Plus la société a une vision cohérente du couple, du mariage et de la famille et plus les sujets, à commencer par les plus jeunes, y trouvent de la force, de la sécurité et de l'autonomie pour se construire. L'avenir de la société repose sur la famille lieu premier de socialisation, de transmission et d'apprentissage des savoirs être et des savoirs faire. Il n'y a pas de société stable et paisible sans famille qui soit, elle-même, stable et fondée sur les repères de base de l'humanité : l'homme et la femme, le père et la mère. Laisser entendre autre chose est à la fois une vision idéaliste qui a souvent conduit des pays au totalitarisme, et un comportement contraire aux valeurs conjugales et familiales source de désarroi et de confusion. 
 

(à suivre) 

Propos recueillis par Anita S. Bourdin

16.04.2008

Prostitution : un travail comme un autre ?

Les différentes tentatives de légaliser « le plus vieux métier du monde »
 
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ROME, Mardi 15 avril 2008 (ZENIT.org) - Le scandale qui a frappé le gouverneur de l'Etat de New York, Eliot Spitzer, contraint à présenter sa démission après avoir été accusé de fréquenter des prostituées, relance le débat sur le sexe moyennant paiement.

Dans un article d'opinion paru le 13 mars sur le Los Angeles Times, Patty Kelly, professeur d'anthropologie à l'Université George Washington, affirme que la prostitution fait partie de notre culture et qu'elle devrait être dépénalisée.

Au Canada, l'éditorialiste Jeet Heer relève, dans un artiche paru le 12 mars, que beaucoup d'hommes politiques sont des clients assidus de la prostitution. Il estime donc que la prostitution est un travail comme un autre et qu'il devrait être légalisé.

Avant le scandale Spitzer, l'éditorialiste David Aaronovitch, du Times à Londres, affirmait dans son article du 15 janvier que le sexe payant entre adultes n'a rien de mal. Depuis quelque temps, déjà, les autorités britanniques discutent sur une éventuelle modification des normes régissant la prostitution, bien que toute intervention semble pour le moment avoir été reportée.

Mais la presse anglaise a également publié de nombreux articles qui prennent position contre toute forme de légalisation. Le 19 janvier, le Times s'est fait l'écho d'un livre, publié récemment en France, dont l'auteur est une jeune étudiante de 19 ans qui se fait appeler Laura D. Cette jeune fille a payé sa première année universitaire en travaillant comme prostituée et a écrit ce livre pour recommander aux autres filles de ne pas suivre son exemple.

Dans son livre, rapporte le Times, la jeune étudiante décrit son expérience comme une expérience désagréable et assimilable à une forme de domination financière. Elle raconte que depuis qu'elle a quitté son activité, il lui est difficile d'avoir une relation avec l'autre sexe.

Janice Turner, sur le Times du 23 février, écrit quant à elle que la grande majorité des femmes qui s'adonnent à la prostitution souhaite en sortir. Elle pense que les maisons closes légalisées en Hollande sont comme des « aimants pour le crime organisé et les trafiquants de drogue ». La situation, ajoute-t-elle, n'est pas différente dans les centres de prostitution légalisée au Nevada, où bon nombre de femmes sont souvent traitées de façon cruelle.

Sur le journal canadien National Post du 13 mars, est parue une réponse à l'article de Jeet Heer. Selon la journaliste Barbara Kay, la prostitution n'est pas un travail comme un autre et ne saurait être considérée comme tel. « Les prostituées font quelque chose qui relève de l'inhumain, pour satisfaire des instincts qui, dans un monde vraiment ‘meilleur', pourraient être canalisés dans des relations plus dignes et fécondes », affirme-t-elle

« Vendre son corps n'est pas un comportement dont on peut être fier, car la structure psychologique du genre humain veut que l'estime de soi chez la femme soit indissociable de son comportement sexuel », ajoute-t-elle.

Les victimes

Au moment du scandale Spitzer, en Grande Bretagne sortait un livre sur les politiques de l'Etat en matière de prostitution. L'ouvrage, intitulé « Prostitution, Politics and Policy » (Routledge-Cavendish), écrit par Roger Matthews, rapporte les conclusions de 20 années de recherche et d'étude sur le phénomène de la prostitution.

R. Matthews, professeur de criminologie à la London South Bank University, énonce une série de problèmes liés à la prostitution. Ceux qui favorisent sa dépénalisation, souligne-t-il, considèrent que la prostitution est un délit sans victimes. Une position qui, selon lui, est pour le moins superficielle.

Les personnes qui se prostituent, surtout les femmes qui exercent sur le bord des routes, représentent un des groupes sociaux les plus exposés, estime le professeur Matthews. Beaucoup de ces femmes ont un passé lourd (abus, abandon) et beaucoup d'entre elles sont des toxicomanes. Les estimations varient, ajoute l'auteur, mais d'après plusieurs études réalisées dans divers pays, on estime qu'entre 50% et 90% des prostituées qui sont dans la rue ont subi des abus ou vécu un abandon durant leur enfance.

Ces femmes sont également les plus exposées aux problèmes de logement, de chômage et de pauvreté. Leur vulnérabilité et le manque d'estime de soi font qu'elles se laissent plus facilement exploitées par ceux qui finiront pas les entraîner dans la prostitution, ajoute R. Matthews.

Contrairement à ceux qui dépeignent la prostitution comme un libre choix ou un moyen de libération pour la femme, le professeur souligne que beaucoup de femmes s'adonnent à la prostitution pour pouvoir acheter de la drogue ou d'autres nécessités urgentes. Selon les données rapportées dans son livre, 10 à 15% de femmes se trouveraient sous la coupe de ‘protecteurs' les forçant à se prostituer.

Selon R. Matthews « derrière l'apparente indépendance et autonomie se cache un grand nombre de femmes qui ont perdu toutes leurs illusions et qui finissent peu à peu par perdre l'estime de soi ». Un problème qui s'aggrave au fur et à mesure que ces femmes avancent dans l'âge et qu'elles perdent leur pouvoir de séduction.

Superficialité

Retirer les prostituées de la rue et légaliser la prostitution peut paraître une solution, mais elle ne l'est que d'un point de vue superficiel, explique le criminologue dans un son livre.

R. Matthews rapporte le cas de l'Etat australien de Victoria où, relève-t-il, la légalisation de la prostitution a conduit non seulement à une prolifération des maisons closes, mais à une hausse également de la prostitution illégale. Les conditions de travail, dans beaucoup de cas, ne se sont guère améliorées, et les cas de violence sur les femmes se sont multipliés.

On retrouve les mêmes problèmes aux Pays-Bas, poursuit R. Matthews, au point que les autorités ont décidé récemment de fermer de nombreuses maisons closes, pourtant légales. Quant à l'expérience allemande, elle montre, selon l'auteur, que la légalisation a augmenté la présence des prostituées dans la rue au lieu de la réduire.

Concernant les contrôles sanitaires qui sont de rigueur dans les structures légalisées, le prof. Matthews affirme que leur efficacité est en réalité très relative, vu que les clients n'y sont pas soumis. Il s'agit donc d'un examen sans grande valeur qui pourrait d'ailleurs faire croire aux gens qu'ils sont en sécurité alors qu'ils ne le sont pas.

Offense à la dignité

L'enseignement de l'Eglise sur la prostitution est clair. Le catéchisme de l'Eglise catholique observe que les personnes impliquées dans ce genre de services sont offensées dans leur dignité, car elles sont réduites à un simple instrument de plaisir sexuel. Le n. 2355 critique également les personnes qui paient, affirmant qu'elles pèchent gravement contre elles-mêmes.

Ces derniers temps, l'Eglise a mis un accent particulier sur les violations de la dignité humaine par la prostitution. Le document conciliaire « Gaudium et spes » dresse une liste de tout ce qui constitue une « offense à la vie et à l'intégrité de la personne humaine », dont la prostitution.

De telles offenses « corrompent la civilisation humaine », affirme le document (n. 27).

Dans l'encyclique Veritatis splendor, le pape Jean-Paul II reprend l'énoncé de toutes les offenses contenues dans la constitution « Gaudium et spes » (5), soulignant que leur nature veut qu'elles soient considérées comme des actes « intrinsèquement mauvais », et donc toujours gravement illicites (n. 80).

Puis, Jean-Paul II, dans son autre encyclique Evangelium vitae, renvoie à la même liste de violations et d'atteintes à la vie humaine, en disant trente ans plus tard : « Encore une fois et tout aussi fermement je les déplore au nom de l'Eglise entière » (n. 3).

Benoît XVI a lui aussi soulevé les problèmes de la prostitution dans le discours qu'il a adressé le 13 décembre au nouvel ambassadeur de Thaïlande près le Saint-Siège, et dans lequel il rappelle la préoccupation de l'Eglise pour des fléaux comme « la plaie du SIDA, la prostitution et le commerce de femmes et d'enfants qui continuent d'affliger les pays de la région » du sud-est asiatique.

Le pape avait alors déploré la superficialité avec laquelle la sexualité est traitée dans les moyens de communication sociale, ce qui conduit à donner une image dégradante de la femme et à des abus contre les enfants. Affronter ces crimes serait un tournant décisif d'espérance et de dignité pour tous les intéressés, avait déclaré le pape. Un sentiment que partagent tant de personnes qui se préoccupent du sort de toutes les femmes prisonnières de la prostitution.

P. John Flynn, l.c.

Traduction française : Isabelle Cousturié

11:45 Écrit par Père Walter dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : societe, morale, sexe, drogue | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook |