05.07.2011

Les Archives du Vatican dévoilent une partie de leurs trésors

archives vatican.JPGUne première dans l’histoire des Archives secrètes vaticanes. Une partie d’entre elles traverseront le Tibre pour une exposition qui aura lieu en février 2012 aux Musées Capitolins à Rome. Son Titre : "Lux in Arcana, la lumière sur les secrets". Elle a été présentée ce mardi en Salle de Presse du Saint-Siège. 

Lire la suite

28.02.2011

Catholiques et Juifs toujours plus proches

catholiques juifs.JPGParis, centre du rapprochement entre le Judaïsme mondial et l’Eglise catholique. Du 27 février au 2 mars le Comité de liaison catholique-juif international se retrouve dans la capitale française pour fêter son 40eanniversaire. Au programme, des rencontres, une visite dans la ville de Raincy et une journée dédiée à la mémoire de la Shoah.

Lire la suite

27.01.2011

Benoît XVI : que la Shoah soit pour tous un avertissement contre l’oubli

shoah.JPGIl y a 66 ans, les portes du camp d'extermination d'Auschwitz-Birkenau, dans le sud de la Pologne, étaient ouvertes par les soldats de l'Armée rouge qui découvraient l'horreur. 


Chaque année, le 27 janvier, est célébrée une Journée internationale en mémoire des victimes de la Shoah et de prévention des crimes contre l’Humanité.

Lire la suite

18.01.2010

A la synagogue de Rome le pape relit les "Dix Commandements"

A la synagogue de Rome le pape relit les "Dix Commandements"

Il a proposé le décalogue de Moïse comme "étoile polaire" pour Israël, les chrétiens et l'humanité tout entière. Mais les propos tenus par Benoît XVI aux juifs tombent sur un terrain très accidenté. Anna Foa et Mordechay Lewy: le judaïsme aussi doit faire son autocritique

par Sandro Magister



ROME, le 18 janvier 2010 – Les propos de Benoît XVI, hier, à la synagogue de Rome – voir ci-dessous le texte intégral – sont d’autant plus significatifs qu’ils ont été tenus dans un contexte pas tout à fait amical, comme c’est inévitable entre deux croyances aussi unies par leur origine et en même temps aussi radicalement divisées par ce Jésus de Nazareth qui, pour les chrétiens, est le Fils de Dieu.


Le pape Joseph Ratzinger a été accueilli à la synagogue par le grand rabbin de Rome, Riccardo Di Segni, et par presque toute la communauté juive de Rome, la plus nombreuse d'Italie, héritière de celle qui vivait dans la ville "caput mundi" avant même qu’y viennent les apôtres Pierre et Paul, Juifs convertis à Jésus.

Mais l'autre rabbin italien très connu, Giuseppe Laras, de la communauté juive de Milan, n’était pas là. Il n’a pas cru à cette rencontre et il l'a dit : "Il n’y a que l’Église qui va en tirer profit". A son avis, avec Benoît XVI, les relations fraternelles entre juifs et catholiques ne se sont pas renforcées mais "elles se sont sans cesse affaiblies".

Le rabbin Di Segni lui a répondu : "C’est le temps qui dira laquelle de [nos] deux visions opposées aura été la bonne".

En effet, il y a encore beaucoup de questions "indécises", entre les juifs et l’Église de Rome.


LE JOUR DU "MOED DE PLOMB"


Déjà, la date choisie pour la visite était à double tranchant. Pour les juifs de Rome, le 17 janvier est le jour du "Moed de plomb", souvenir de l'incendie allumé en 1793 par haine contre leur ghetto et heureusement éteint par une violente averse tombée d’un ciel couleur "de plomb".

Pendant des siècles, la présence des juifs dans la Rome pontificale a pris la forme du ghetto clos de murs. Au terme de sa visite à la synagogue, Benoît XVI a inauguré au Musée Juif une exposition montrant qu’au XVIIIe siècle, les juifs romains étaient forcés à participer à la cérémonie d’intronisation de chaque nouveau pape, en décorant de fleurs, de tentures et de bannières la zone allant du Colisée à l'Arc de Titus qui célèbre la destruction définitive du temple de Jérusalem par l’empire romain.


LE REFUS DU RABBIN LARAS


Mais, en Italie, le 17 janvier c’est aussi la "Journée pour l'approfondissement et le développement du dialogue entre catholiques et juifs". Depuis 2001, la communauté juive et les évêques italiens l’organisent ensemble. Depuis 2005, après le discours prononcé cette année-là par Benoît XVI à la synagogue de Cologne, les deux parties sont convenues de la consacrer chaque année à l’un des dix commandements.

Cependant, l’an dernier, les juifs sont revenus sur leur adhésion à la Journée, principalement à l’instigation du rabbin Laras. Ils ont dit que la faute en incombait à Benoît XVI lui-même et notamment à sa décision d’introduire dans l’ancien rite romain du Vendredi Saint la prière pour que Dieu "éclaire" le cœur des juifs, "afin qu’ils reconnaissent Jésus-Christ sauveur de tous les hommes". Prière jugée inacceptable par Laras dans la mesure où elle a pour but la conversion des juifs à la foi chrétienne.

Les juifs italiens n’ont pas tous approuvé ce geste de rupture. Mais la polémique contre Benoît XVI s’est durcie et elle s’est étendue au monde entier quand il a levé l’excommunication de quatre évêques lefebvristes à orientation antisémite, dont l’un, l'anglais Richard Williamson, a nié impudemment la Shoah.

Le pape a expliqué les raisons de son geste dans une lettre aux évêques catholiques, le 10 mars 2009. Dans un passage de cette lettre il a remercié "les amis juifs" qui – plus que bien des hommes d’Église – l'avaient "aidé à mettre fin au malentendu et à rétablir l’amitié et la confiance".

La tempête s’est un peu calmée. Et, en ce 17 janvier 2010, les juifs italiens organisent de nouveau avec les évêques la Journée du dialogue, en la mettant sous le signe du commandement : "Souviens-toi du jour du sabbat, pour le sanctifier", le quatrième dans le classement juif.

Le voyage de Benoît XVI en Terre Sainte, au mois de mai dernier, a contribué à améliorer le climat.

Mais même après ce voyage les questions prêtant à controverse sont restées ouvertes. Deux en particulier, qui sont liées entre elles : Pie XII et la Shoah.


LES SILENCES DE PIE XII ET DES JUIFS



L'accusation principale portée contre Pie XII par une grande partie du judaïsme mondial – mais aussi par une fraction du catholicisme – est qu’il s’est tu face à l’extermination nazie.

Hier, avant d’entrer dans la synagogue, Benoît XVI s’est arrêté devant la plaque qui commémore la déportation à Auschwitz d’un millier de juifs de Rome, le 16 octobre 1943. Pie XII est accusé de s’être tu même à cette occasion, comme l’a redit le président de la communauté juive de Rome, Riccardo Pacifici, dans le discours par lequel il a accueilli le pape à la synagogue.


"Le silence de Pie XII face à la Shoah fait encore mal comme un acte manqué. Peut-être n’aurait-il pas arrêté les trains de la mort, mais il aurait émis un signal, un mot de très grand réconfort, de solidarité humaine, pour ceux de nos frères qui ont été transportés vers les cheminées d’Auschwitz".


Pour défendre Pie XII, on affirme qu’il s’est tu pour ne pas augmenter le nombre des victimes en protestant publiquement. Et qu’au contraire, il a beaucoup fait pour sauver la vie de nombreux juifs, qui ont en effet trouvé refuge dans des églises, des couvents, des instituts catholiques. Une protection admise avec des mots émus par Pacifici lui-même, dont le père trouva refuge dans un couvent de religieuses à Florence.

Quelques jours avant la visite de Benoît XVI à la synagogue, justement, d’autres cas de juifs sauvés ont été découverts. Pendant la guerre, certains d’entre eux avaient trouvé refuge à l'abbaye romaine de Tre Fontane, construite sur le lieu du martyre de saint Paul. Les Allemands s’y étaient installés mais ils ne s’aperçurent pas que parmi les moines, il y avait des juifs qui, cachés par la bure, furent sauvés en fin de compte.

Sur le plan historiographique, présenter Pie XII comme "le pape de Hitler" paraît de plus en plus infondé. Mais les critiques sur ses silences publics à propos de la Shoah restent fortes et répandues. Cela explique les réactions négatives de nombreux juifs à la poursuite du procès de béatification de Pie XII, dont une étape importante a été la proclamation de ses "vertus héroïques", le 19 décembre dernier.

Selon le rabbin Laras, cette décision de Benoît XVI aurait été un motif suffisant pour que les juifs de Rome annulent sa visite à la synagogue.

Mais la question du silence à propos de la Shoah est plus complexe qu’il n’y paraît. A côté des silences de Pie XII, il y a aussi eu ceux d’autres gens, qui ont duré longtemps après la seconde guerre mondiale. Les accusations contre Pie XII ne sont devenues bruyantes et persistantes qu’à partir des années 60, après sa mort. Avant, le monde juif se taisait aussi, non seulement à propos de ce pape, mais de la Shoah elle-même :


"Les quinze ans qui ont suivi la seconde guerre mondiale ont été en Europe le temps du silence et de la grande évacuation de la Shoah. Ce fut aussi pour Israël une période de silence".


C’est ce qu’Anna Foa, juive, professeur d’histoire à l'Université "La Sapienza" de Rome, a écrit dans un article publié dans "L'Osservatore Romano" le 15 janvier 2010, avant-veille de la visite de Benoît XVI à la synagogue.

Un article important en raison du support et de la date de publication.


ANNA FOA ET LE "PÉCHÉ ORIGINEL" D’ISRAËL



Dans son article, Anna Foa fait siennes les thèses de l’un des grands spécialistes du sionisme, Georges Bensoussan. Ils pensent tous deux que l’état d'Israël n’est pas né en tant que "rédemption" de l’extermination des juifs par Hitler. Le vrai créateur de cet état a été le sionisme, dès l’époque du mandat britannique, quand des juifs qui voulaient construire un homme nouveau se sont installés sur cette terre. L’idée de la Shoah comme base de l’état d'Israël ne s’est développée que bien plus tard, après le procès d’Eichmann et surtout après la guerre du Kippour, au cours des récentes décennies. Cette idée – écrit Anna Foa – a été préparée justement par les quinze ans de silence après la guerre : un silence "habité de souvenirs refoulés, de nouvelles peurs identifiées aux vieilles peurs concrétisées dans la Shoah, de sentiments de culpabilité et de volonté de revanche".

Vue ainsi, la naissance de l’état d'Israël n’est plus ce "péché originel" que lui reprochent encore aujourd’hui tant de ses amis et de ses ennemis. Parmi ces derniers, beaucoup de catholiques, au premier rang desquels les arabes vivant dans la région. Celui d’entre eux qui fait le plus autorité, le patriarche latin de Jérusalem Fouad Twal, était lui aussi à la synagogue de Rome hier, à l'arrivée du pape.

Selon cette "vulgate", l’état d'Israël a été créé par les grandes puissances pour porter remède à l’extermination de six millions de juifs qui venait d’avoir lieu en Europe ; on a ainsi réparé une injustice en en commettant une autre au détriment des populations arabes du lieu. En 1964, quand Paul VI s’est rendu en Terre Sainte, l’Église de Rome n’avait pas encore accepté l'existence du nouvel état. Et, trente ans plus tard, en 1993, quand le Saint-Siège a enfin reconnu l’état d'Israël et établi avec lui des relations diplomatiques, les arabo-chrétiens y ont vu une trahison.

Mais pour Jean-Paul II et maintenant pour Benoît XVI, la reconnaissance d'Israël est sans aucune réserve.

En revanche, de l’autre côté, le souvenir de la Shoah sans cesse utilisé comme chef d’accusation contre l’Église de Pie XII et de ses successeurs empêche le judaïsme de sortir de son identité de victime.

C’est justement ainsi qu’Anna Foa achève son article dans "L'Osservatore Romano". En prenant la Shoah et pas le sionisme comme base de son identité politique et religieuse, Israël risque "de se replier sur la catastrophe plutôt que sur l’espérance de l’avenir" et s’enferme dans "une identité douloureuse qui oscille constamment entre Auschwitz et Jérusalem".


MORDECHAY LEWY ET L'INCAPACITÉ DE PARDONNER



Toujours dans "L'Osservatore Romano", quelques jours avant la visite de Benoît XVI à la synagogue, un autre juif qualifié a traité encore plus à fond cette même question.

C’est Mordechay Lewy, ambassadeur d’Israël près le Saint-Siège. Son article a été publié par le journal du Vatican le 13 janvier, mais aussi par "Pagine ebraiche" [Pages juives], le mensuel des juifs italiens.

Lewy admet que "seuls quelques rares représentants du judaïsme sont vraiment engagés dans l'actuel dialogue avec les catholiques". Ce sont surtout des juifs réformés, les courants orthodoxes étant plus réticents.

La raison en est – écrit-il – que le dialogue entre juifs et chrétiens est asymétrique. Alors que les chrétiens ont à la fois l'Ancien et le Nouveau Testament, les juifs tendent à définir leur identité religieuse en termes d’"autosuffisance théologique". Ils se sentent les seuls à être "élus" par Dieu. Ils ont vaillamment lutté pour survivre au milieu de chrétiens qui, pendant des siècles, ont tout fait pour les convertir, "avec douceur ou, dans la majorité des cas, par la force".

Ainsi, "une blessure grave et douloureuse, infligée dans le passé, s’ouvre à chaque fois que la victime est confrontée aux symboles du bourreau".

Aujourd’hui encore, écrit Lewy, voici ce qui arrive à beaucoup de juifs :


"Ils désirent éviter toute situation où il faut pardonner à quelqu’un, surtout si celui-ci est identifié, à tort ou à raison, comme représentant du bourreau. La victime juive semble incapable de donner l'absolution pour des méfaits anciens ou récents commis contre ses frères et ses sœurs".


Une autocritique qui va loin. Mais justement dans le discours qu’il a adressé à Benoît XVI en l’accueillant à la synagogue, le grand rabbin de Rome, Riccardo Di Segni, a tenu des propos qui suscitent l’espoir, à propos de la "fraternité" entre juifs et chrétiens :


"Le récit du Sefer Bereshit, la Genèse, donne de précieuses indications à ce sujet. Comme l’explique rav Sachs, il y a dans le livre, du début à la fin, un fil conducteur qui relie des histoires différentes. Les relations fraternelles commencent très mal, Caïn tue Abel. Deux autres frères, Isaac et Ismaël, vivent séparés, victimes de rivalités héritées, mais se réunissent pour un geste de piété devant la sépulture de leur père commun Abraham. Une troisième paire de frères, Esaü et Jacob, également conflictuelle, se retrouve pour une brève réconciliation et un baiser, mais les chemins des deux hommes se séparent. Enfin l’histoire de Joseph et de ses frères, qui commence dramatiquement par une tentative de meurtre et une vente comme esclave, s’achève par une réconciliation finale quand les frères de Joseph reconnaissent leur erreur et prouvent qu’ils veulent se sacrifier pour l'autre. Si nos relations sont des relations entre frères, il faut se demander avec sincérité à quel point nous sommes de ce parcours et ce qui nous empêche encore de retrouver de véritables relations de fraternité et de compréhension ; et ce que nous devons faire pour y parvenir".


***


Dans ce contexte, voici ce que le pape Joseph Ratzinger a dit à la synagogue de Rome, le 17 janvier 2010.



LES "DIX COMMANDEMENTS" QUI ÉCLAIRENT LE MONDE


par Benoît XVI



“Merveilles que fit pour eux le Seigneur.
Merveilles que fit pour nous le Seigneur :
nous étions dans la joie” (Psaume 126).

“Voyez, qu’il est bon, qu’il est doux
d’habiter en frères tous ensemble!” (Psaume 133).

1. Au début de cette rencontre au grand temple des juifs de Rome, les psaumes que nous avons écoutés nous suggèrent l’attitude spirituelle la plus authentique pour vivre ce moment de grâce particulier et joyeux : la louange du Seigneur, qui a fait des merveilles pour nous, qui nous a réunis ici par son Hèsed, son amour miséricordieux, et l’action de grâces parce qu’il nous a donné de nous retrouver pour renforcer les liens qui nous unissent et continuer à parcourir le chemin de la réconciliation et de la fraternité. […]

En venant parmi vous pour la première fois comme chrétien et comme pape, il y a presque 24 ans, mon vénéré prédécesseur Jean-Paul II avait voulu apporter une vraie contribution à la consolidation des bonnes relations entre nos communautés, pour dépasser toute incompréhension et tout préjugé. Ma visite d’aujourd’hui se place sur le chemin ainsi tracé, pour le confirmer et le renforcer. C’est avec des sentiments très cordiaux que je me trouve parmi vous pour vous manifester l’estime et l’affection que l’évêque et l’Église de Rome, ainsi que l’Eglise catholique toute entière, ont pour votre communauté et pour les Communautés juives répandues dans le monde.

2. La doctrine du Concile Vatican II a représenté pour les catholiques un point fixe auquel se référer constamment quant à leur attitude et leurs relations avec le peuple juif, marquant une nouvelle et significative étape. L’événement conciliaire a donné une impulsion décisive à l’engagement de parcourir un chemin irrévocable de dialogue, de fraternité et d’amitié, chemin qui s’est approfondi et développé pendant ces quarante ans avec des pas et des gestes importants et significatifs. Parmi ceux-ci, je veux citer à nouveau la visite historique de mon vénérable prédécesseur en ce lieu, le 13 avril 1986, ses nombreuses rencontres avec des dirigeants juifs, y compris lors de ses voyages apostoliques internationaux, le pèlerinage jubilaire en Terre Sainte de l’an 2000, les documents du Saint-Siège qui, après la déclaration Nostra Aetate, ont donné de précieuses orientations pour un développement positif des relations entre catholiques et juifs. Moi aussi, au cours de ces années de pontificat, j’ai voulu montrer ma proximité et mon affection envers le peuple de l’Alliance. Je garde bien vivants dans mon cœur tous les moments du pèlerinage que j’ai eu la joie de faire en Terre Sainte, en mai de l’an dernier, ainsi que mes nombreuses rencontres avec des communautés et organisations juives, en particulier celles qui ont eu lieu dans les synagogues de Cologne et de New-York.

De plus, l’Eglise n’a pas manqué de déplorer les fautes de ses fils et filles, en demandant pardon pour tout ce qui a pu favoriser en quelque façon les plaies de l’antisémitisme et de l’antijudaïsme (cf. Commission pour les Rapports Religieux avec le judaïsme, "Nous rappelons : une réflexion sur la Shoah", 16 mars 1998). Puissent ces plaies être guéries pour toujours ! Je repense à la prière pleine de tristesse du pape Jean-Paul II au Mur du Temple à Jérusalem, le 26 mars 2000, si vraie et sincère au fond de notre cœur : "Dieu de nos pères, tu as choisi Abraham et sa descendance pour que ton nom soit porté aux peuples : nous regrettons profondément le comportement de ceux qui, au cours de l’histoire, les ont fait souffrir, eux qui sont tes fils, et t’en demandant pardon, nous voulons nous engager à vivre une authentique fraternité avec le peuple de l’Alliance".


[La version française intégrale sera mise en ligne au plus tôt]



3. Il passare del tempo ci permette di riconoscere nel ventesimo secolo un’epoca davvero tragica per l’umanità: guerre sanguinose che hanno seminato distruzione, morte e dolore come mai era avvenuto prima; ideologie terribili che hanno avuto alla loro radice l’idolatria dell’uomo, della razza, dello stato e che hanno portato ancora una volta il fratello ad uccidere il fratello. Il dramma singolare e sconvolgente della Shoah rappresenta, in qualche modo, il vertice di un cammino di odio che nasce quando l’uomo dimentica il suo Creatore e mette se stesso al centro dell’universo. Come dissi nella visita del 28 maggio 2006 al campo di concentramento di Auschwitz, ancora profondamente impressa nella mia memoria, “i potentati del Terzo Reich volevano schiacciare il popolo ebraico nella sua totalità” e, in fondo, “con l’annientamento di questo popolo, intendevano uccidere quel Dio che chiamò Abramo, che parlando sul Sinai stabilì i criteri orientativi dell’umanità che restano validi in eterno”.

In questo luogo, come non ricordare gli Ebrei romani che vennero strappati da queste case, davanti a questi muri, e con orrendo strazio vennero uccisi ad Auschwitz? Come è possibile dimenticare i loro volti, i loro nomi, le lacrime, la disperazione di uomini, donne e bambini? Lo sterminio del popolo dell’Alleanza di Mosè, prima annunciato, poi sistematicamente programmato e realizzato nell’Europa sotto il dominio nazista, raggiunse in quel giorno tragicamente anche Roma. Purtroppo, molti rimasero indifferenti, ma molti, anche fra i cattolici italiani, sostenuti dalla fede e dall’insegnamento cristiano, reagirono con coraggio, aprendo le braccia per soccorrere gli ebrei braccati e fuggiaschi, a rischio spesso della propria vita, e meritando una gratitudine perenne. Anche la Sede Apostolica svolse un’azione di soccorso, spesso nascosta e discreta.

La memoria di questi avvenimenti deve spingerci a rafforzare i legami che ci uniscono perché crescano sempre di più la comprensione, il rispetto e l’accoglienza.

4. La nostra vicinanza e fraternità spirituali trovano nella Sacra Bibbia – in ebraico "Sifre Qodesh" o “Libri di Santità” – il fondamento più solido e perenne, in base al quale veniamo costantemente posti davanti alle nostre radici comuni, alla storia e al ricco patrimonio spirituale che condividiamo. È scrutando il suo stesso mistero che la Chiesa, popolo di Dio della Nuova Alleanza, scopre il proprio profondo legame con gli ebrei, scelti dal Signore primi fra tutti ad accogliere la sua parola. “A differenza delle altre religioni non cristiane, la fede ebraica è già risposta alla rivelazione di Dio nella Antica Alleanza. È al popolo ebraico che appartengono ‘l’adozione a figli, la gloria, le alleanze, la legislazione, il culto, le promesse, i patriarchi; da essi proviene Cristo secondo la carne’ (Romani 9, 4-5) perché ‘i doni e la chiamata di Dio sono irrevocabili!’ (Romani 11, 29)” (Catechismo della Chiesa Cattolica, 839).

5. Numerose possono essere le implicazioni che derivano dalla comune eredità tratta dalla Legge e dai Profeti. Vorrei ricordarne alcune: innanzitutto, la solidarietà che lega la Chiesa e il popolo ebraico “a livello della loro stessa identità” spirituale e che offre ai cristiani l’opportunità di promuovere “un rinnovato rispetto per l’interpretazione ebraica dell’Antico Testamento” (cfr. Pontificia Commissione Biblica, "Il popolo ebraico e le sue Sacre Scritture nella Bibbia cristiana", 2001, pp. 12 e 55); la centralità del Decalogo come comune messaggio etico di valore perenne per Israele, la Chiesa, i non credenti e l’intera umanità; l’impegno per preparare o realizzare il Regno dell’Altissimo nella “cura del creato” affidato da Dio all’uomo perché lo coltivi e lo custodisca responsabilmente (cfr. Genesi 2, 15).

6. In particolare il Decalogo – le “Dieci Parole” o dieci comandamenti (cfr. Esodo 20, 1-17; Deuteronomio 5, 1- 21) – che proviene dalla Torah di Mosè, costituisce la fiaccola dell’etica, della speranza e del dialogo, stella polare della fede e della morale del popolo di Dio, e illumina e guida anche il cammino dei cristiani. Esso costituisce un faro e una norma di vita nella giustizia e nell’amore, un “grande codice” etico per tutta l’umanità. Le “Dieci Parole” gettano luce sul bene e il male, sul vero e il falso, sul giusto e l’ingiusto, anche secondo i criteri della coscienza retta di ogni persona umana. Gesù stesso lo ha ripetuto più volte, sottolineando che è necessario un impegno operoso sulla via dei comandamenti: “Se vuoi entrare nella vita, osserva i comandamenti” (Matteo 19, 17). In questa prospettiva, sono vari i campi di collaborazione e di testimonianza. Vorrei ricordarne tre particolarmente importanti per il nostro tempo.

Le “Dieci Parole” chiedono di riconoscere l’unico Signore, contro la tentazione di costruirsi altri idoli, di farsi vitelli d’oro. Nel nostro mondo molti non conoscono Dio o lo ritengono superfluo, senza rilevanza per la vita; sono stati fabbricati così altri e nuovi dei a cui l’uomo si inchina. Risvegliare nella nostra società l’apertura alla dimensione trascendente, testimoniare l’unico Dio è un servizio prezioso che ebrei e cristiani possono offrire assieme.

Le “Dieci Parole” chiedono il rispetto, la protezione della vita, contro ogni ingiustizia e sopruso, riconoscendo il valore di ogni persona umana, creata a immagine e somiglianza di Dio. Quante volte, in ogni parte della terra, vicina e lontana, vengono ancora calpestati la dignità, la libertà, i diritti dell’essere umano! Testimoniare insieme il valore supremo della vita contro ogni egoismo, è offrire un importante apporto per un mondo in cui regni la giustizia e la pace, lo “shalom” auspicato dai legislatori, dai profeti e dai sapienti di Israele.

Le “Dieci Parole” chiedono di conservare e promuovere la santità della famiglia, in cui il “sì” personale e reciproco, fedele e definitivo dell’uomo e della donna, dischiude lo spazio per il futuro, per l’autentica umanità di ciascuno, e si apre, al tempo stesso, al dono di una nuova vita. Testimoniare che la famiglia continua ad essere la cellula essenziale della società e il contesto di base in cui si imparano e si esercitano le virtù umane è un prezioso servizio da offrire per la costruzione di un mondo dal volto più umano.

7. Come insegna Mosè nello "Shemà" (cfr. Deuteronomio 6, 5; Levitico 19, 34) – e Gesù riafferma nel Vangelo (cfr. Marco 12, 19-31), tutti i comandamenti si riassumono nell’amore di Dio e nella misericordia verso il prossimo. Tale regola impegna ebrei e cristiani ad esercitare, nel nostro tempo, una generosità speciale verso i poveri, le donne, i bambini, gli stranieri, i malati, i deboli, i bisognosi. Nella tradizione ebraica c’è un mirabile detto dei Padri d’Israele: “Simone il Giusto era solito dire: Il mondo si fonda su tre cose: la Torah, il culto e gli atti di misericordia” (Aboth 1, 2). Con l’esercizio della giustizia e della misericordia, ebrei e cristiani sono chiamati ad annunciare e a dare testimonianza al Regno dell’Altissimo che viene, e per il quale preghiamo e operiamo ogni giorno nella speranza.

8. In questa direzione possiamo compiere passi insieme, consapevoli delle differenze che vi sono tra noi, ma anche del fatto che se riusciremo ad unire i nostri cuori e le nostre mani per rispondere alla chiamata del Signore, la sua luce si farà più vicina per illuminare tutti i popoli della terra. I passi compiuti in questi quarant’anni dal comitato internazionale congiunto cattolico-ebraico e, in anni più recenti, dalla commissione mista della Santa Sede e del Gran Rabbinato d’Israele, sono un segno della comune volontà di continuare un dialogo aperto e sincero. Proprio domani la commissione mista terrà qui a Roma il suo IX incontro su “L’insegnamento cattolico ed ebraico sul creato e l’ambiente”; auguriamo loro un proficuo dialogo su un tema tanto importante e attuale.

9. Cristiani ed Ebrei hanno una grande parte di patrimonio spirituale in comune, pregano lo stesso Signore, hanno le stesse radici, ma rimangono spesso sconosciuti l’uno all’altro. Spetta a noi, in risposta alla chiamata di Dio, lavorare affinché rimanga sempre aperto lo spazio del dialogo, del reciproco rispetto, della crescita nell’amicizia, della comune testimonianza di fronte alle sfide del nostro tempo, che ci invitano a collaborare per il bene dell’umanità in questo mondo creato da Dio, l’Onnipotente e il Misericordioso.

10. Infine un pensiero particolare per questa nostra città di Roma, dove, da circa due millenni, convivono, come disse il papa Giovanni Paolo II, la comunità cattolica con il suo vescovo e la comunità ebraica con il suo rabbino capo. Questo vivere assieme possa essere animato da un crescente amore fraterno, che si esprima anche in una cooperazione sempre più stretta per offrire un valido contributo nella soluzione dei problemi e delle difficoltà da affrontare.

Invoco dal Signore il dono prezioso della pace in tutto il mondo, soprattutto in Terra Santa. Nel mio pellegrinaggio del maggio scorso, a Gerusalemme, presso il Muro del Tempio, ho chiesto a Colui che può tutto: “Manda la tua pace in Terra Santa, nel Medio Oriente, in tutta la famiglia umana; muovi i cuori di quanti invocano il tuo nome, perché percorrano umilmente il cammino della giustizia e della compassione”.

Nuovamente elevo a Lui il ringraziamento e la lode per questo nostro incontro, chiedendo che Egli rafforzi la nostra fraternità e renda più salda la nostra intesa.

“Genti tutte, lodate il Signore,
popoli tutti, cantate la sua lode,
perché forte è il suo amore per noi
e la fedeltà del Signore dura per sempre.
Alleluia” (Salmo 117).


Le discours adressé au pape à la synagogue le 17 janvier par le président de la communauté juive de Rome, Riccardo Pacifici:

> "Ho l'onore di porgere a lei, papa Benedetto XVI..."

Et celui du grand rabbin de Rome, Riccardo Di Segni:

> "Un saluto grato di benvenuto..."



L'article d’Anna Foa dans "L'Osservatore Romano" du 15 janvier 2010 :

> Tra Auschwitz e Gerusalemme. Il sionismo, la Shoah e lo Stato d'Israele

Et celui de Mordechay Lewy dans "L'Osservatore Romano" du 13 janvier 2010 :

> I rischi dell'autosufficienza. Perché per molti ebrei ortodossi il dialogo con i cattolici è ancora difficile


Tous les articles de www.chiesa sur ce thème :

> Focus JUIFS



La photo de cette page est de Stefano Meloni.


Traduction française par Charles de Pechpeyrou.

www.chiesa

Les gestes de Benoît XVI à la synagogue de Rome

Les gestes de Benoît XVI en visite à la synagogue de Rome

Un pèlerinage des douleurs et des joies ouvert à l’espérance

 

http://www.francesoir.fr/uploads/articles/min3_05ffa3c524e57ed8b96a559311a1f396.jpg


ROME, Vendredi 17 janvier 2010 (ZENIT.org) - La visite de Benoît XVI à la communauté juive de Rome a comporté sept gestes significatifs marquant notamment la commémoration de la déportation de 1943 et de l'attentat de 1982, la visite de Jean-Paul II en 1986, avec une rencontre émouvante avec le rabbin Toaff, l'histoire des juifs et des papes : un pèlerinage des douleurs et des joies ouvert à l'espérance.


Le pape vient à pied

Le premier des gestes qui ont marqué la visite de Benoît XVI, on note son arrivée au Portique d'Ottavia, dans l'ancien quartier du Ghetto, et sa marche à pied jusqu'à la synagogue.

Benoît XVI était guidé par Riccardo Pacifici, président de la commuauté juive de Rome, et accompagné de Renzo Gattegna, président de l'Union des communautés juives italiennes (UCEI).

En chemin, le pape a posé trois autres gestes principaux. Il a tout d'abord rendu hommage aux juifs de Rome déportés après la rafle du 16 octobre 1943, devant la plaque qui rappelle cette tragédie. Il a déposé une gerbe de roses rouges et s'est recueilli.


La rafle de 1943 et la Shoah

La rafle a été ordonnée par le commandant des SS dans la Rome occupée, Herbert Kappler, à la demande de Berlin : 1021 juifs romains furent déportés, 17 d'entre eux revinrent des camps d'extermination, dont une seule femme.

Dans son discours, le pape a évoqué la Shoah comme un « drame singulier et bouleversant » qui « représente d'une certaine façon le sommet d'un chemin de haine qui naît lorsque l'homme oublie son Créateur et se met lui-même au centre de l'univers ».

Il a cité ses paroles lors de la visite à Auschwitz, du 28 mai 2006 « profondément imprimée dans ma mémoire », a-t-il souligné.


L'accolade avec le rabbin Toaff

Une rencontre non prévue a été particulièrement émouvante : celle, au pied de son immeuble, du grand rabbin émérite Elio Toaff, qui avait accueilli Jean-Paul II à la grande synagogue, en 1986. Puis le rabbin Toaff, chaleureux, a souligné qu'il aurait 95 ans en avril et le pape lui a présenté ses vœux.

Le pape a ensuite rendu hommage - une gerbe blanche - à la mémoire d'un petit enfant juif de deux ans mort pendant l'attaque terroriste de 1982 contre la synagogue de Rome, une attaque alors sévèrement condamnée par Jean-Paul II le lendemain, 10 octobre, après l'angélus.

Dans son discours, le pape a parlé d'un « chemin irrévocable de dialogue, de fraternité et d'amitié », inauguré par Vatican II.


Sous le signe des enfants

Le pape a rencontré la maman, le frère aîné alors âgé de quatre ans, blessé, et le papa du jeune Stefano Gay Taché, lui aussi blessé. Il a salué personnellement d'autres survivants, restés parfois longtemps entre la vie et la mort. L'attentat a eu lieu à la sortie de l'office de Shemini Atzeret (le 8ème jour, conclusif, de la fête des Tentes, Soukkot) : un groupe de palestiniens a tiré sur la foule, faisant quelque quarante blessés.

Le pape Benoît XVI a ensuite été accueilli sur le seuil de la synagogue par le grand rabbin de Rome Riccardo Di Segni.

Avant les quatre discours, de Pacifici, Gattegna, Di Segni et de Benoît XVI, Riccardo Pacifici a invité l'assemblée à observer une minute de silence en faveur des victimes de Haïti et appelé à la générosité pour les sinistrés.


Les archives, la hâte

Le président Pacifici a salué les personnalités et groupes représentés, notamment un groupe de musulmans italiens. Il rappelé avec émotion que son grand père, rabbin à Milan, a été déporté, avec son épouse, Wanda, tandis que son père, Emmanuel, était mis à l'abri chez les sœurs de Santa-Marta de Florence, saluant sr Vittoria, une sœur de cette communauté présente dans la synagogue. Il est revenu sur les silences présumés de Pie XII et sur l'ouverture des archives : le Vatican a pour sa part indiqué à plusieurs reprises qu'il mettait les bouchées doubles pour ordonner les documents et les cataloguer de façon à ce qu'il soient consultables au plus vite, souhaitant que les autres archives internationales de l'époque soient également ouvertes pour recouper les informations. M. Pacifici a fait allusion au patrimoine « culturel » juif conservé dans les archives du Vatican. Il également nommé des disparus ainsi que le soldat franco-israélien Guilad Shalit, prisonnier dans la Bande de Gaza et dont le pape avait rencontré les parents en Israël. Par ailleurs, il a exprimé sa « préoccupation » face au « fanatisme religieux » soutenu par des « Etats souverains ».

Sur Pie XII et les archives le pape n'a rien ajouté sinon que « le Siège apostolique » aussi a pris part au sauvetage de juifs « souvent de façon cachée et discrète ».


Défendre les droits humains

Dans son discours, Renzo Gattegna a salué le pape au nom des 21 communautés juives d'Italie, dont il préside l'union (UCEI). Il a évoqué les papes Jean XXIII et Jean-Paul II, notamment la demande de pardon de l'An 2000. Il a indiqué une voie pour la collaboration entre juifs et catholiques : la défense des droits humains fondamentaux dans le monde. Il a dit sa gratitude à Dieu pour la « sagesse » de la génération des Elio Toaff et Jean-Paul II. Plus encore, il souhaite que la collaboration se fasse entre juifs, chrétiens et musulmans, qui reconnaissent le « Dieu unique » et ceci pour qu'advienne dans le monde « une ère de paix ».


Responsabilité de paix universelle

Pour sa part, le grand rabbin Di Segni a dit son inquiétude si Vatican II était remis en question. Il a cité les rabbins présents et le morceau d'histoire et de géographie qu'ils représentent : rav Brudman, grand rabbin de Savion en Israël, qui a passé trois années de son enfance dans un camp nazi ; le rav Schneier, de New York, enfant dans l'enfer de Budapest en 1944; le rav Shearyashuv haKohen, grand rabbin de Haïfa « qui a combattu dans la guerre d'indépendance d'Israël en 1948 et a été prisonnier des Jordaniens » ; le rav Arussi grand rabbin de Kiriat Ono, descendant d'une famille du Yémen. Il a aussi mentionné la présence d'un groupe de survivants de la Shoah auquel le pape a adressé des signes d'amitié. Mais le rabbin a voulu souligner que ce n'était pas seulement une historie de survie mais de « résistance » et de « fidélité » pour ceux qui ont refusé d'abjurer pour se sauver. Lui aussi a insisté sur le fait que juifs, chrétiens et musulmans doivent maintenant travailler ensemble car ils portent une « responsabilité de paix » spéciale, et de « paix universelle », celle annoncée par le prophète Isaïe, qu'il a cité. Auparavant, le rabbin avait mentionné le contexte historique de l'exposition que le pape a ensuite visitée. Le grand rabbin a souligné que ce sont aussi des témoignages du temps où les juifs ne jouissaient pas de leur liberté, acquise en 1870. Il a proposé une méditation à partir du terme de « frères » employé par Jean-Paul II en 1986, en se demandant, en parcourant la bible : quel type de frères ?

Comme en écho, le pape a achevé son discours sur un vœu de « d'un amour fraternel croissant ».

Ces discours sont disponibles en italien sur le site de l'Union des communautés juives d'Italie. Le site Internet du Saint-Siège propose aussi le texte du pape en italien, avec une traduction en anglais.

L'échange de cadeaux a été suivi du poignant chant « Ani maamin », « Je crois », profession de foi tragiquement chantée dans les camps d'extermination.

Le pape et le rabbin ont ensuite eu un bref entretien privé en tête à tête vers 18 h dans une salle contiguë à la grande synagogue de Rome.


 Vers la fraternité authentique

Dans le sous-sol de la synagogue, Benoît XVI a inauguré une exposition qui restera ouverte au public jusqu'au 31 mars, intitulée « Et Ecce gaudium ».

Ce sont 14 dessins du 18e siècle faits par la communauté juive de Rome pour le couronnement de différents papes : Clément XII (1730), Clément XIII (1758), Clément XIV (1769) et Pie VI (1775). Ils ont été retrouvés dans les archives historiques de la Communauté juive de Rome.

Le pape a admiré la beauté des dessins et des peintures, de la calligraphie de versets bibliques, guidé par la commissaire de l'exposition, Mme Daniela Di Castro.

En accompagnant le pape jusqu'à sa voiture, à peu près deux heures après son arrivée, et dans la nuit de Rome, Ricardo Pacifici a ajouté en serrant les mains du pape : « Vraiment merci, continuons » ["Andiamo avanti!"].

Le pape, légèrement essoufflé par ces émotions, est remonté dans sa voiture couverte immatriculée « SCV 1 », sous les applaudissements, alors que l'hélicoptère continuait ses rotations au-dessus de la synagogue. Puis le cortège s'est mis en route vers 18 h 21.

Anita S. Bourdin

22.12.2009

A propos de Pie XII : déclaration du vicariat hébréophone en Israël

A propos de Pie XII : déclaration du vicariat hébréophone en Israël


Le cri « n’en a pas fait assez », cri de douleur profonde


ROME, Lundi 21 décembre 2009 (ZENIT.org) - Le vicariat hébréophone en Israël publie ce 21 décembre une déclaration sur la récente proclamation des vertus de Pie XII. La déclaration est signée par le vicaire, le Rév. Père David Neuhaus, SJ et les prêtres du vicariat.

 

http://www.lessignets.com/signetsdiane/calendrier/images/mars/2/Pie_XII3031.jpg

 

Déclaration

Le pape Benoît XVI a approuvé, samedi 19 décembre, 21 décrets dont 10 concernant les vertus d'hommes et femmes de l'histoire de l'Eglise qui ont donné un témoignage exemplaire (bien que des témoignages très différents) de leur foi chrétienne au cours de leur vie. Parmi les exemples remarquables, il y avait aussi deux papes, Jean-Paul II et Pie XII. Cette étape a de nouveau provoqué une tempête dans les relations entre juifs et catholiques.

Les catholiques hébréophones vivent au milieu du peuple juif dans la société israélienne. Leur existence est fondée sur leur appartenance à l'Eglise et son amour pour elle et leur proximité (dans certains cas leur appartenance aussi) et leur amour pour le peuple juif. Il est naturel, après des centaines d'années d'histoire partagée par l'Eglise et le peuple juif - une histoire qui a connu des difficultés et même des périodes tragiques -, que l'appartenance à ces deux mondes puisse être parfois déchirante. Notre vocation, en tant que catholiques hébréophones en Israël, est de « sentir » à la fois avec l'Eglise et avec Israël et d'essayer d'être un pont entre les deux, et parfois même de vivre la division douloureuse de l'incompréhension, de la polémique et de la défensive.

Ces dernières années, la figure du pape Pie XII a créé de temps à autre une tempête dans les relations entre l'Eglise et le peuple juif. Certains, dans l'Eglise, ont cherché à reconnaître le pape comme un croyant exemplaire qui a fait face aux grands défis de son temps, mais certains juifs ont soutenu que, pendant la période de la seconde guerre mondiale, le pape « n'en a pas fait assez » pour sauver les juifs de l'Europe occupée.

Samedi, Benoît XVI a reconnu les vertus de Pie XII et la réaction des juifs était attendue : cela blesse les juifs. La déclaration du pape Benoît XVI concernant les vertus de Pie XII n'est pas centrée sur la période de la Shoah et ne ferme pas la porte de la recherche des historiens. Le pape, qui a servi de 1939 à 1958, a été actif dans beaucoup de domaines différents et il a laissé sa marque dans l'Eglise du XXe siècle. C'est lui qui a ouvert la porte de la recherche biblique scientifique dans l'Eglise (recherche qui aujourd'hui réunit juifs et chrétiens et influence grandement la définition de l'héritage biblique commun des juifs et des chrétiens). Il a nommé des évêques qui n'étaient pas européens pour servir en Afrique et en Asie, reconnaissant ainsi le changement de visage de l'Eglise universelle. Il a encouragé la réforme liturgique et le dialogue entre la foi et la science. Il a dû faire face à la persécution de l'Eglise dans les pays qui étaient sous la domination communiste. Les catholiques se souviennent de lui et honorent sa mémoire dans un contexte ecclésial beaucoup plus large que les seules années sombres de la seconde guerre mondiale.

En tant que catholiques hébréophones en Israël, dont certains sont aussi membres du peuple juif, nous nous réjouissons de la vision partagée par beaucoup de juifs et de catholiques lorsqu'il s'agit des vertus du pape Jean-Paul II. Ce qui est particulièrement important pour nous, c'est tout ce qu'il a fait pour rapprocher l'Eglise du peuple juif. En même temps, nous exprimons une fois de plus notre peine concernant la division entre l'Eglise et le peuple juif lorsqu'on en vient à Pie XII. En tant que catholiques, nous sommes appelés à comprendre les figures des papes Jean-Paul II et Pie XII à la lumière de l'enseignement de l'Eglise. Nous rejetons la diffamation de Pie XII, et ce qui l'accuse de lâcheté et même d'antisémitisme et de collaboration avec l'ennemi nazi. Ces accusations sont absolument sans fondement. De même, nous rejetons les interprétations qui voient toute mise à l'honneur de Pie XII comme une minimisation de l'importance de la Shoah ou comme un pas en arrière par rapport au progrès stupéfiant des relations entre juifs et chrétiens ces dernières décennies. D'autre part, nous sommes appelés à comprendre le malaise de beaucoup de nos frères et sœurs juifs qui soutiennent que le pape « n'en a pas fait assez » pour sauver les juifs à l'heure de leurs souffrances pendant la Shoah.

Nous comprenons le cri « n'en a pas fait assez » comme un cri de douleur profonde venant du sentiment de trahison ressenti par le peuple juif pendant leur épreuve. En effet, le monde n'en a pas assez fait et c'est un fait indéniable que six millions de membres du peuple juif ont été assassinés. En définitive, il ne peut pas y avoir « d'assez » dans la tentative de faire face à une tragédie qui a les dimensions de la Shoah ! Nous entendons le cri du peuple juif et nous ressentons leur douleur. A la lumière de la Shoah, la question est la suivante : « Le pape aurait-il pu faire davantage ? » La question est à la fois légitime et compréhensible, cependant peut-être n'y a-t-il pas de réponse humaine à cette question. Dieu seul peut savoir s'il a en effet fait ce qu'il pouvait faire. Nous sommes témoins de la recherche historique concernant les efforts diplomatiques du pape pour mettre un terme à la guerre et à la terreur contre le peuple juif. Nous sommes témoins des nombreuses histoires concernant les instructions que le pape a données d'ouvrir des églises et les monastères de façon à donner asile aux juifs en fuite, pour leur fournir des faux papiers et les faire sortir clandestinement des régions dangereuses. Nous devons faire mémoire du rôle des hommes et des femmes qui, dans l'Eglise, « justes parmi les nations », se sont trouvés, sous l'autorité du pape, à agir en Italie et dans d'autres pays d'Europe pour aider les juifs à se cacher et à s'échapper. Dans certains cas, ils ont payé cela de leur vie.

Nous continuons à prier à la fois pour que dans l'Eglise et dans le peuple juif, nous ne cessions pas de chercher ensemble la vérité historique de façon à pouvoir éduquer nos enfants dans le respect mutuel et la fraternité, et que se poursuivent nos efforts pour collaborer à « l'amélioration du monde » (tikkun olam).

Rév. Père David Neuhaus SJ,

vicaire patriarcal pour les catholiques hébréophones

et les prêtres du vicariat

[traduction française : Anita S. Bourdin]

05:30 Écrit par Père Walter dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : pie xii, histoire, guerre, israel, vertus heroiques, paix, shoah | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook |

16.08.2009

Shoah: Londres et Washington tergiversaient; Pie XII agissait discrètement

L’Osservatore Romano a critiqué la passivité des Etats Unis et de la Grande Bretagne face à la Shoah.

Dans un article publié en première page, le journal du Vatican pointe du doigt les lenteurs de Washington et les priorités politiques de Londres, pendant que Pie XII entrait discrètement en action pour aider les juifs. Un article qui sort au terme d'une semaine marquée par une polémique au sujet des paroles du Pape sur les camps d'extermination.


Compte-rendu et analyse Thomas Chabolle sur Radio Vatican: >>

12.05.2009

Le pape en Israël. Premier jour, double surprise

Le monde l'attendait au passage sur les questions les plus explosives: l'antisémitisme, la guerre. Mais Benoît XVI a agi à sa façon. Il a tiré deux mots de la Bible. Avec le premier, il a expliqué les conditions de la paix. Avec le second, il a éclairé le mystère de la Shoah


par Sandro Magister






ROME, le 12 mai 2009 – A peine arrivé en terre d'Israël, lundi, Benoît XVI a immédiatement abordé de front les questions les plus controversées: d’abord la paix et la sécurité, puis la Shoah et l'antisémitisme.

Sur ces deux points, il était attendu au passage. Soumis à des pressions incessantes et pas toujours loyales. Pour beaucoup de ceux qui le critiquent, le scénario était déjà écrit et ils attendaient seulement de pouvoir juger si et comment le pape allait le respecter.

Mais Benoît XVI a procédé avec une surprenante originalité. Dans un cas comme dans l’autre.

L'obtention de la paix, il l'a liée indissolublement à cette "recherche de Dieu" qui avait déjà été le thème dominant de son mémorable discours de Paris au monde de la culture, l’un des discours essentiels de son pontificat. Quant au thème de la sécurité – névralgique pour Israël – il l’a traité à partir du mot biblique "betah", qui veut dire sécurité, certes, mais aussi confiance et l'une ne va pas sans l'autre.

Lors de la visite à Yad Vashem – le mémorial des victimes de la Shoah dont les noms sont inscrits par millions – le pape a ensuite expliqué le sens d’un autre mot biblique: le "nom". Les noms de tous "sont inscrits de manière indélébile dans la mémoire de Dieu Tout-puissant". Et donc "on ne peut jamais enlever son nom à un autre être humain", pas même quand on veut tout lui enlever. Le cri de ceux qui ont été tués monte de la terre comme au temps d’Abel, contre toute effusion de sang innocent, et Dieu écoute tout le monde, parce que "ses miséricordes ne sont pas épuisées". Ces derniers mots, tirés du livre des Lamentations, le pape les a écrits quand il a signé le livre d’or.

Le discours de Benoît XVI à Yad Vashem et celui qu’il a prononcé auparavant, sur la paix et la sécurité, pendant sa visite au président Shimon Peres, sont reproduits ci-dessous. Ils sont tous les deux du lundi 11 mai 2009, premier jour de sa visite en Israël.



"Cherchez Dieu et la paix vous sera donnée"

par Benoît XVI



Monsieur le Président, [...] cet après-midi je souhaite vous redire, à vous-même [...] ainsi qu’à tout le peuple de l’État d’Israël, que le pèlerinage que j’accomplis aux Lieux Saints, est une démarche de prière pour le don précieux de l’unité et de la paix pour le Moyen-Orient et pour toute l’humanité. Oui, je prie chaque jour pour que la paix, née de la justice, revienne en Terre Sainte et dans toute la région, apportant la sécurité et une espérance renouvelée pour tous.

La paix est avant tout un don divin. Car la paix est la promesse du Tout-Puissant à l’humanité et elle est porteuse d’unité. Dans le Livre du prophète Jérémie nous lisons : « Car je sais, moi – c’est le Seigneur qui parle – les desseins que je forme pour vous, desseins de paix et non de malheur, pour vous donner un avenir et une espérance » (29, 11). Le prophète nous rappelle la promesse du Tout-Puissant, disant qu’Il « se laisse trouver », qu’Il « écoutera », et qu’Il « nous rassemblera ». Mais il y a une condition : nous devons « le chercher » et le « chercher de tout notre coeur » (cf. ibid. 12-14).

Aux Chefs religieux qui sont ici présents, je souhaite dire que la contribution spécifique des religions à la recherche de la paix se trouve essentiellement dans une recherche de Dieu authentique, ardente et unifiée. Il nous revient de proclamer - et d’en être les témoins -, que le Tout-Puissant est présent, qu’Il peut être connu même s’il semble caché à notre regard, qu’Il agit dans notre monde pour notre bien et que l’avenir de la société est marqué du sceau de l’espérance quand elle se met en syntonie avec l’ordre divin.

C’est la présence dynamique de Dieu qui pousse les coeurs à se rassembler et qui assure l’unité. En effet, le fondement ultime de l’unité entre les personnes se trouve dans la parfaite unité et universalité de Dieu, qui a créé l’homme et la femme à son image et à sa ressemblance afin de nous attirer dans sa propre vie divine pour que tous soient un.

Les Chefs religieux doivent donc être attentifs au fait que toute division ou tension, toute tendance au repliement sur soi ou à la suspicion parmi les croyants ou entre des communautés, peut facilement conduire à une contradiction qui masque l’unité du Tout-Puissant, trahit notre propre unité et s’oppose à l’Unique qui se révèle lui-même comme Celui qui est « riche en grâce et en fidélité » (Ex 34, 6 ; Ps 138, 2 ; Ps 85, 11). Mes amis : Jérusalem, qui a longtemps été un carrefour pour de nombreux peuples d’origines différentes, est une cité qui permet aux Juifs, aux Chrétiens et aux Musulmans aussi bien d’assumer le devoir et de jouir du privilège de témoigner ensemble de la coexistence pacifique depuis si longtemps désirée par ceux qui adorent le Dieu unique ; de mettre en évidence le dessein du Tout-Puissant sur l’unité de la famille humaine annoncée à Abraham ; et de proclamer la nature véritable de l’homme qui est d’être un chercheur de Dieu. Prenons la résolution de faire en sorte que, à travers l’enseignement et l’orientation que nous donnons à nos communautés respectives, nous aidions leurs membres à être fidèles à ce qu’ils sont en tant que croyants, toujours plus conscients de la bonté infinie de Dieu, de l’inviolable dignité de tout être humain et de l’unité de la famille humaine tout entière.

La Sainte Écriture nous offre aussi une manière de comprendre la sécurité. Selon l’usage juif, la sécurité – "batah" – naît de la confiance, elle ne fait pas seulement référence à l’absence de menace, mais aussi au sentiment de quiétude et de confiance. Dans le Livre du prophète Isaïe nous lisons ce qui a trait à une période de bénédiction divine : « Une fois encore, se répand sur nous l’Esprit d’en haut… Dans le désert s’établira le droit et la justice habitera le verger. Le fruit de la justice sera la paix, et l’effet de la justice repos et sécurité à jamais » (32, 15-17). La sécurité, le droit, la justice et la paix ! Dans le dessein de Dieu sur le monde, tout cela est inséparable. Loin d’être le simple fruit des efforts de l’homme, ce sont des valeurs qui jaillissent de la relation fondamentale de Dieu avec l’homme et qui demeurent comme un patrimoine commun dans le coeur de chaque personne.

Il n’y a qu’une manière de protéger et de promouvoir ces valeurs : les mettre en pratique ! En vivre ! Aucune personne, famille, communauté ou nation n’est exemptée du devoir de vivre selon la justice et de travailler à la paix. Il va de soi que l’on attend des dirigeants civils et politiques qu’ils assurent une sécurité juste et convenable aux personnes qu’ils ont mission de servir.

Cet objectif fait partie de la promotion authentique des valeurs communes à l’humanité et ne peut donc pas entrer en conflit avec l’unité de la famille humaine. Les valeurs authentiques et les buts d’une société, qui protègent toujours la dignité humaine, sont indivisibles, universels et interdépendants (cf. Allocution aux Nations Unies, 18 avril 2008). Ils ne peuvent plus être respectés quand ils deviennent la proie d’intérêts particuliers ou de politiques sectorisées. Le véritable intérêt d’une nation est toujours servi par la recherche de la justice pour tous.

Mesdames et Messieurs, la question de la sécurité durable repose sur la confiance, elle s’alimente aux sources de la justice et du droit, et elle est scellée par la conversion des coeurs qui nous pousse à regarder l’autre dans les yeux et à reconnaître le « Toi » comme mon égal, mon frère, ma soeur. N’est-ce pas de cette manière que la société elle-même devient le « verger » (Is 32,15) où fleurissent non pas des blocs opposés et l’obstruction, mais la cohésion et l’accord ? Ne peut-elle pas devenir une communauté ayant de nobles aspirations où tous peuvent avoir un accès sans restriction à l’éducation, à un toit, à un travail, une société décidée à construire sur les fondements solides de l’espérance,

En concluant, je voudrais me tourner vers les familles simples de cette ville et de cette terre. Quels sont les parents qui pourraient vouloir la violence, l’insécurité ou la désunion pour leur fils ou leur fille ? Quel but politique humain peut-il être jamais servi par le conflit et la violence ? J’entends le cri de ceux qui vivent dans ce pays et qui réclament la justice, la paix, le respect de leur dignité, la sécurité durable, une vie quotidienne sans crainte des menaces venant de l’extérieur ou d’une violence aveugle. Et je sais qu’un nombre important d’hommes et de femmes, de jeunes aussi, travaillent en faveur de la paix et de la solidarité à travers des programmes culturels et des initiatives qui manifestent concrètement compassion et souci de l’autre ; ils sont assez humbles pour savoir pardonner, ils ont le courage de saisir le rêve auquel ils ont droit.

Monsieur le Président, je vous remercie de votre courtoisie à mon égard et je vous assure encore de ma prière pour le Gouvernement et pour tous les citoyens de cet État. Puisse une authentique conversion de tous les coeurs conduire à un engagement toujours plus résolu et fort en faveur de la paix et de la sécurité à travers la justice pour chacun ! Shalom !



"Leurs noms sont inscrits de manière indélébile dans la mémoire de Dieu"

par Benoît XVI



« Je leur donnerai dans ma maison et dans mes remparts un monument et un nom (…) ; je  leur donnerai un nom éternel qui jamais ne sera effacé » (Is 56, 5).

Ce passage du Livre du prophète Isaïe offre les deux mots simples qui expriment solennellement le sens profond de ce lieu vénéré : "yad", mémorial; "shem", nom. Je suis venu pour rester en silence devant ce monument, érigé pour honorer la mémoire de millions de personnes tuées dans l’horrible tragédie de la Shoah. Elles ont perdu leurs vies mais elles ne perdront jamais leurs noms, car ils sont profondément gravés dans le coeur de ceux qui les aiment, de leurs compagnons de détention qui ont survécus et de tous ceux qui sont déterminés à ne plus jamais permettre qu’une telle atrocité déshonore à nouveau l’humanité. Plus que tout, leurs noms est à jamais inscrits dans la mémoire du Dieu Tout-puissant.

Il est possible de dérober à un voisin ce qu’il possède, son avenir ou sa liberté. Il est possible de tisser un réseau insidieux de mensonges pour convaincre les autres que certains groupes ne méritent pas d’être respectés. Néanmoins, quoique vous fassiez, il est impossible d’enlever son nom à un être humain.

L’Écriture Sainte nous enseigne l’importance du nom pour conférer à une personne une mission unique ou un don spécial. Dieu appelle Abram, « Abraham », car il va devenir le « Père d’une multitude de nations » (Gn 17, 5). Jacob fut appelé « Israël » car il avait « été fort contre Dieu et contre les hommes et il l’avait emporté » (cf. Gn 32, 29). Les noms inscrits dans ce sanctuaire auront toujours une place sacrée parmi les descendants innombrables d’Abraham.

Comme lui, leur foi a été éprouvée. Comme Jacob, ils ont été plongés dans le combat pour discerner les desseins du Très-Haut. Que les noms de ces victimes ne périssent jamais ! Que leur souffrance ne soit jamais niée, discréditée ou oubliée ! Et que toutes les personnes de bonne volonté demeurent attentives à déraciner du coeur de l’homme tout ce qui peut conduire à de telles tragédies !

L’Église catholique, professant les enseignements de Jésus et attentive à imiter son amour pour tous les hommes, a une profonde compassion pour les victimes dont il est fait mémoire ici. De même, elle se fait proche de tous ceux qui, aujourd’hui, sont objet de persécution à cause de leur race, de leur couleur, de leur condition de vie ou de leur religion – leurs souffrances sont les siennes, et sienne est leur espérance de justice. En tant qu’Évêque de Rome et Successeur de l’Apôtre Pierre, je réaffirme l’engagement de l’Église à prier et à travailler sans cesse pour faire en sorte que cette haine ne règne plus jamais dans le coeur des hommes. Le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob est le Dieu de la paix (cf. Ps 85, 9).

Les Écritures enseignent que nous avons le devoir de rappeler au monde que ce Dieu est vivant, même s’il nous est parfois difficile de comprendre ses chemins mystérieux et impénétrables. Il s’est révélé lui-même et il continue d’agir dans l’histoire humaine. Il est le seul à gouverner le monde avec justice et à se prononcer sur toutes les nations avec droiture (cf. Ps 9, 9).

En regardant les visages qui se reflètent à la surface de la nappe d’eau immobile à l’intérieur de ce mémorial, on ne peut pas ne pas se rappeler que chacun d’eux porte un nom. Je peux seulement imaginer la joyeuse attente de leurs parents alors qu’ils se préparaient avec impatience à accueillir la naissance de leurs enfants. Quel nom donnerons-nous à cet enfant ? Qu’adviendrat-il de lui ou d’elle ? Qui pouvait imaginer qu’ils auraient été condamnés à un sort aussi déplorable !

Tandis que nous sommes ici, en silence, leur cri résonne encore dans nos coeurs. C’est un cri élevé contre tout acte d’injustice et de violence. C’est le reproche continuel du sang innocent versé. C’est le cri d’Abel montant de la terre vers le Très-Haut. En professant fermement notre foi en Dieu, nous faisons monter ce cri en utilisant les mots du Livre des Lamentations qui sont si pleins de sens pour les Juifs comme pour les Chrétiens.

« Les faveurs du Seigneur ne sont pas finies, ni ses compassions épuisées ; elles se renouvellent chaque matin, grande est sa fidélité ! Ma part, c’est Dieu ! dit mon âme, c’est pourquoi j’espère en lui. » Le Seigneur est bon pour qui se fie à lui, Pour l’âme qui le cherche. Il est bon d’attendre en silence le salut de Dieu ». (Lm 3, 22-26).

Chers amis, je suis profondément reconnaissant envers Dieu et envers vous de cette occasion qui m’a été donnée de m’arrêter ici, en silence : silence pour se souvenir, silence pour prier, silence pour espérer.



Le programme, les discours, les homélies du voyage de Benoît XVI:

> Pélerinage en Terre-Sainte, 8-15-mai 2009




Tous les articles de www.chiesa à propos des relations entre l’Eglise catholique et le judaïsme:

> Focus JUIFS

(www.chiesa)