16.05.2012

Mexico - Recrudescence de la violence avant les présidentielles méxicaines

1_0_588243.jpegLe Mexique a eu droit dimanche 6 mai à son premier débat télévisé avant la présidentielle du 1er juillet prochain . Entre les quatre candidats dont celui du parti au pouvoir le PAN (Parti action nationale) et de l’opposition le PRI ( Parti révolutionnaire institutionnel), il fut question d’économie, mais surtout de la criminalité organisée. Après cinq ans de guerre lancée par le président sortant contre les cartels, les morts violentes n’ont pas diminué, au contraire. 

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29.03.2010

Attaques contre le pape : le décryptage du sociologue Massimo Introvigne

Sous le titre « Cosa c'è dietro gli scandali ? », le sociologue italien Massimo Introvigne (photo) démonte dans l’Osservatore romano le mécanisme de la « panique morale » entrepris par ceux qui veulent discréditer l’Église dans sa lutte contre la permissivité morale. Un document exceptionnel traduit par Liberté politique.

 

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On reparle de prêtres pédophiles, de rumeurs et d’allégations qui se rapportent à l'Allemagne, en persistant à tenter d'impliquer des personnes proches du Pape. Je crois que la sociologie a beaucoup à dire et ne devrait pas garder le silence par crainte de déplaire. Le débat actuel sur les prêtres pédophiles — considéré du point de vue du sociologue — est un exemple typique de « panique morale ». Le concept est né dans les années 1970 pour expliquer la manière dont certains problèmes sont l'objet d'une « hyperconstruction sociale ».

 

 

Panique morale

Plus précisément, la « panique morale » a été définie comme un problème socialement construit, caractérisé par une amplification systématique des données réelles, tant dans la représentation médiatique que dans le débat politique. D’autres faits saillants ont été cités comme typique de la « panique morale ». D’abord, les problèmes sociaux qui existent depuis des décennies sont reconstruits dans les médias et les discours politique comme des « nouveautés », objet d'une prétendue croissance spectaculaire récente. Deuxièmement, leur impact est amplifié par le folklore des statistiques qui, bien que non confirmées par des études scientifiques, se répètent d'un milieu à l’autre pour inspirer les campagnes médiatiques.

Philip Jenkins a souligné le rôle des entrepreneurs de « panique morale » dont les intentions ne sont pas toujours déclarées. La « panique morale » n'est bonne pour personne. Fausser la perception des problèmes compromet l'efficacité des mesures qui devraient les résoudre. Soyons clairs : la « panique morale » remplit à ses débuts les conditions objectives d’un réel danger. Pas en inventant l'existence d'un problème, mais en exagérant les données statistiques. Dans une série d'études précieuses, Jenkins a montré que la question des prêtres pédophiles est peut-être l'exemple le plus typique de « panique morale ». Ses deux éléments caractéristiques sont : un chiffre réel au départ, suivi d’une exagération de ces données par le truchement des ambigus « entrepreneurs moraux ».

 

 

Les chiffres

Tout d'abord, les chiffres réels. Il y a des prêtres pédophiles. Certaines affaires, à la fois scandaleuses et abjectes, ont abouti à des condamnations définitives, les accusés n'ayant jamais été innocentés. Ces affaires — aux États-Unis, en Irlande, Australie — expliquent les paroles sévères du pape et sa demande de pardon aux victimes. Même si ces affaires étaient seulement au nombre de deux — malheureusement, elles sont bien plus nombreuses — ce serait toujours deux affaires de trop. Mais puisque demander pardon — une démarche à la fois digne et nécessaire — ne suffit pas, nous devons intervenir pour que ces affaires ne se reproduisent pas, qu’elles soient deux ou deux cent vingt mille, qu’elles soient plus ou moins nombreuses chez les prêtres et les religieux catholiques ou dans d’autres catégories de personnes. Les sciences sociales sont souvent accusées de travailler sur des chiffres froids, mais elles n’oublient pas que derrière chaque chiffre il y a un être humain.

Les chiffres, bien que non suffisants, sont nécessaires. Ils sont la condition préalable d'une analyse adéquate. Pour comprendre comment on est passé d’une réalité tragique donnée à une « panique morale », il est nécessaire de se demander comment de nombreux prêtres sont devenus pédophiles. Les données les plus complètes ont été recueillies dans les États-Unis, en 2004, quand la Conférence des évêques catholiques a commandé une étude indépendante, au John Jay College of Criminal Justice, City University de New York, une université catholique reconnue comme la plus autorité académique aux États-Unis dans le domaine de la criminologie.

Cette étude nous apprend que, de 1950 à 2002, 4392 prêtres américains (sur plus de 109.000) ont été accusés de relations sexuelles avec des mineurs. Parmi ceux-ci, un peu plus d'une centaine ont été condamnés par les tribunaux civils. Le faible nombre de condamnations prononcées par l'État découle de plusieurs facteurs. Dans certains cas, les victimes réelles ou présumées ont dénoncé des prêtres déjà morts ou dont les faits étaient prescrits. Dans d'autres, l’accusation, y compris dans sa dimension canonique, ne relève pas de la violation d’une loi civile : c'est le cas, par exemple, dans plusieurs États américains, du prêtre qui a une relation avec un — ou plusieurs — mineur de plus de 16 ans consentants.

Mais il y a eu également eu nombreux cas sensationnels de prêtres accusés malgré leur innocence. Ces cas se sont en effet multipliés depuis 1990, certains cabinets d'avocats ayant obtenu des transactions en millions de dollars sur la base de simples soupçons. Lancer un appel à la « tolérance zéro » est justifié, mais il ne devrait y avoir non plus aucune tolérance pour ceux qui calomnient les prêtres innocents. Ajoutons qu’aux États-Unis, les chiffres ne changent pas de manière significative avec la période 2002-2010, l'étude du John Jay College parlant déjà du « déclin remarquable » des affaires de pédophilie dans les années 2000.

Les enquêtes depuis ont été rares, et il y a eu très peu de condamnations, en raison des mesures rigoureuses introduites tant par les évêques des États-Unis que par le Saint-Siège. L'étude du John Jay College dit-elle, comme on le dit souvent, que 4% des prêtres américains sont des « pédophiles » ? Pas du tout. Selon cette étude, 78,2 % des chefs d'accusation concernent des mineurs qui ont passé l’âge de la puberté. Avoir des relations sexuelles avec un mineur de dix-sept ans n'est certainement pas une bonne chose, encore moins de la part d’un prêtre, mais ce n'est pas de la pédophilie. Ainsi, les prêtres accusés de pédophilie aux États-Unis sont en fait 958 en 42 ans, soit 18 par an.

On compte 54 condamnations en un peu plus d'un an. Le nombre de condamnations de prêtres et de religieux dans d'autres pays a été semblable à celui des États-Unis, même si aucun pays ne dispose d’étude aussi approfondie que celle du Collège John Jay. On cite souvent un certain nombre de rapports gouvernementaux irlandais qualifiant d’« endémique » les abus dans les orphelinats et les internats (masculins), dirigés par des diocèses et des ordres religieux, et il ne fait aucun doute que les cas d'abus sexuel d'enfants ont été très sérieux.

L'examen systématique de ces rapports montre aussi que de nombreuses accusations portent seulement sur l'utilisation de moyens de correction excessive ou violente. Le soi-disant Rapport Ryan de 2009 — très ferme contre l'Église catholique — a examiné des internats et des orphelinats sur une période ayant recueilli 250.000 élèves, période où l’on a enregistré 253 accusations d'inconduite sexuelle sur des garçons et 128 sur des filles, toutes non attribuées à des prêtres, religieux ou religieuses, de nature et de gravité diverses, concernant rarement des enfants pré-pubères, et ayant encore plus rarement abouti à des condamnations.

 

 

Pseudo-découvertes

La controverse de ces dernières semaines sur les situations qui ont surgi en Allemagne et en Autriche, est typique de la « panique morale ». Ces affaires sont présentées comme de « nouveaux » faits, datant de nombreuses années, dans certains cas datant de plus de trente ans et en partie déjà connues. Le fait que — avec une insistance particulière pour ce qui touche la Bavière, d’où vient le Pape — on présente à la une des journaux des événements de 1980 comme s’ils s’étaient produits hier, avec des arguments spécieux, en concentrant les attaques sous la forme d’annonces quotidiennes de nouvelles « découvertes », montre bien comment la « panique morale » est orchestrée des « entrepreneurs moraux », de manière organisée et systématique.

L’affaire qui « implique le Pape » — comme certains journaux l’ont titré — [1] est caractéristique de la méthode. On s’intéresse à un prêtre de Essen, déjà coupable d'abus sexuel, qui a été reçu en 1980 dans l'archidiocèse de Münich et Freising, dont le pape actuel était l’archevêque. L’affaire est apparue en 1985 et a été jugée par un tribunal allemand en 1986, assurant, notamment, que la décision d’accueillir ce prêtre par l'archevêché n'a pas été prise par le cardinal Ratzinger, qui ne le connaissait même pas, ce qui n'est pas étrange dans un grand diocèse avec une bureaucratie complexe.

Qu’aujourd'hui, un journal allemand décide d’exhumer l'affaire pour en faire une actualité vingt-quatre ans après les faits, devrait interroger. La question troublante — pourquoi sembler sur la défensive plutôt que consoler les victimes — est moins importante que celle de savoir si la condition de prêtre catholique implique un risque de devenir pédophile ou d'abuser sexuellement des mineurs (les deux cas, comme on l’a vu, ne coïncident pas parce que l'agresseur d'un adolescent n’est pas un pédophile) et que ce risque est plus élevé que dans l’ensemble de la population.

 

 

Célibat ou permissivité, le vrai coupable

Répondre à cette question est cruciale pour découvrir les causes du phénomène pour ensuite le prévenir. Selon les études de Jenkins, si l'on compare au États-Unis l'Église catholique des grandes confessions protestantes, on découvre que la présence de pédophiles est — selon cette dénomination — de deux à dix fois plus importante parmi les membres du clergé protestant que parmi les prêtres catholiques. La question est pertinente car elle montre que le problème n'est pas le célibat : la majorité des pasteurs protestants sont mariés. Dans le même temps que des centaines de prêtres américains ont été condamnés pour abus sexuel de mineurs, le nombre de professeurs d'éducation physique et d’entraîneurs sportifs d'équipes de jeunes — dont la grande majorité sont mariés — reconnus coupables du même crime par les tribunaux américains, a approché les 6000.

Les exemples pourraient se multiplier, et pas seulement aux États-Unis. Selon des rapports réguliers du gouvernement des États-Unis, pour près des deux tiers des enfants victimes de violences sexuelles, les coupables ne sont pas des étrangers ou des enseignants — notamment des prêtres et des pasteurs — mais des membres de la famille : beaux-pères, oncles, cousins, frères et malheureusement, parents. Des données similaires existent dans de nombreux autres pays.

Bien qu'il soit politiquement incorrect de le dire, il y a un chiffre qui est beaucoup plus important : plus de 80 % des pédophiles sont des homosexuels, des hommes qui abusent d'autres hommes. Et — pour citer une fois de plus Jenkins — plus de 90% des prêtres catholiques condamnés pour abus sexuel de mineurs et pédophilie, sont homosexuels. Si l'Église catholique rencontre effectivement un problème, ce n'est pas sur le célibat, mais sur une certaine tolérance de l'homosexualité, surtout dans les séminaires des années soixante, quand on a ordonné alors la grande majorité des prêtres aujourd’hui reconnus coupables d'abus sexuels. C'est un problème que Benoît XVI corrige vigoureusement.

Plus généralement, le retour à la morale, l’ascèse, la méditation sur la vraie nature de la prêtrise et sa grandeur sont l'antidote à la tragédie de la pédophilie. Surtout en cette année sacerdotale […].

Les affaires douloureuses dont il est question ces dernières semaines ne sont pas toujours inventées, c’est juste un retour en arrière de vingt, voire trente ans. Pourquoi déterrer des affaires anciennes en 2010, des affaires connues, au rythme d'une par jour, des attaques de plus en plus directement tournées contre le Pape — des attaques, d’autant plus paradoxales quand on sait la très grande sévérité du cardinal Ratzinger, puis de Benoît XVI, sur ce sujet ?

Les « entrepreneurs de la morale » veulent organiser la panique, cela apparaît toujours plus clairement, et non mettre au centre la véritable protection des enfants. La lecture de certains articles montre comment un lobby très puissant tente de discréditer à l'avance la voix de l'Église sur l’accusation la plus infâme, pour qu’il soit maintenant, malheureusement, plus facile d'encourager ou tolérer la pédophilie.

Massimo Introvigne


© Osservatore romano, 18 mars 2010, traduction française Liberté politique.

libertepoltique.com


[1] Cf. Le Monde du 26 mars titre : « Pédophilie : le pape au cœur du scandale » (Ndlr).

25.03.2010

Le scandale de la pédophilie

Genèse d'un délit. La révolution des années Soixante

Le scandale de la pédophilie a toujours existé; ce qui lui a donné des proportions énormes, c'est le virage culturel d'il y a un demi-siècle. Benoît XVI l'a écrit dans sa lettre aux catholiques d'Irlande, que commentent deux cardinaux et un sociologue


par Sandro Magister





ROME, le 25 mars 2010 – La loi et la grâce. La main de Dieu parvient là où la justice terrestre n’arrive pas. Dans sa lettre du 19 mars, Benoît XVI a ordonné aux catholiques d'Irlande ce qu’aucun pape de l’époque moderne n’a jamais ordonné à toute l’Église d’un pays.

Il leur a enjoint non seulement de déférer les coupables devant les tribunaux canoniques et civils mais aussi de se mettre collectivement en état de pénitence et de purification. Et cela non pas dans le secret de leurs consciences mais de manière publique, sous les yeux de tous, y compris leurs adversaires les plus implacables et les plus moqueurs. Jeûne, prière, lecture de la Bible et activités caritatives tous les vendredis à partir de maintenant jusqu’à Pâques de l’année prochaine. Confession sacramentelle fréquente. Adoration continuelle de Jésus – lui-même "victime de l’injustice et du péché" – devant la sainte hostie exposée sur les autels des églises. Et pour tous les évêques, prêtres et religieux, sans exception, une période spéciale de "mission", un long et rude parcours d’exercices spirituels pour une révision de vie radicale.

C’est une décision audacieuse qu’a prise là le pape Benoît XVI. Parce que le prophète Jonas lui-même ne croyait plus que Dieu pardonnerait à Ninive pour ses péchés, en dépit de la cendre de la pénitence et des sacs dont tous étaient couverts, depuis le roi jusqu’à la dernière des bêtes.

Et aujourd’hui encore beaucoup de gens concluent que l’Église reste condamnée irrémédiablement, même après la lettre dans laquelle le pape lui-même se déclare plein de honte et de remords à cause des abominations commises sur des enfants par certains prêtres, vis-à-vis desquelles certains évêques ont fait preuve d’une négligence coupable.

Et pourtant le pardon de Dieu est descendu même sur Ninive et le sceptique Jonas a dû revenir sur son opinion.  Ce prophète, Michel-Ange l’a justement représenté sur la partie supérieure du mur derrière l’autel de la Chapelle Sixtine, pour montrer que le pardon de Dieu est la clé de tout, depuis la création du monde jusqu’au jugement dernier.

Dimanche 21 mars, tandis que l’on donnait lecture de sa lettre dans les églises d'Irlande, Benoît XVI a commenté, pour les fidèles réunis sur la place Saint-Pierre au moment de l'Angélus, le pardon de Jésus à la femme adultère : "Il sait ce qu’il y a dans le cœur de chaque être humain, il veut condamner le péché, mais sauver le pécheur et démasquer l'hypocrisie". L'hypocrisie de ceux qui voulaient lapider la femme, bien qu’étant eux-mêmes les premiers à pécher.

Intransigeance vis-à-vis du péché, "en commençant par le nôtre", et miséricorde vis-à-vis des personnes. Telle est la leçon que Joseph Ratzinger veut appliquer à l’affaire irlandaise et, plus largement, à l’Eglise tout entière.

D’un côté, les rigueurs de la loi. Le prix de la justice devra être payé intégralement. Les diocèses, les séminaires, les congrégations religieuses où l’on a laissé se commettre des méfaits sont avertis : des visiteurs apostoliques vont venir du Vatican pour découvrir ce qui s’est passé et, même là où il n’y aura pas lieu de faire intervenir la justice civile, la discipline canonique punira ceux qui auront été négligents.

Mais, en même temps, le pape allume la lumière de la grâce. Il ouvre la porte du pardon de Dieu même à ceux qui se sont rendus coupables des pires abominations, s’ils se repentent sincèrement.

Quant à ceux qui se tiennent au premier rang des accusateurs, ceux qui sont les plus armés de pierres contre l’Église, aucun d’entre eux n’est sans péché. Pour ceux qui exaltent la sexualité comme pur instinct, libre de toute entrave, il est difficile de condamner ensuite tout abus qui en est fait.

La tragédie de certains prêtres et religieux, a écrit Benoît XVI dans sa lettre pastorale, a aussi été de céder à ce genre de "façons de penser" si répandues, au point d’en arriver à justifier l'injustifiable.

Une faiblesse qui ne peut certainement pas être reprochée à Ratzinger évêque et pape, même par ses adversaires les plus acharnés, s’ils sont sincères.



Le commentaire reproduit ci-dessus est publié dans "L'Espresso" n. 13 de 2010, en kiosque depuis le 26 mars.

A la fin, ce commentaire fait référence à un paragraphe précis - le quatrième - de la lettre de Benoît XVI aux catholiques d'Irlande.

C’est le paragraphe dans lequel le pape évoque les raisons qui ont favorisé, à partir des années Soixante du siècle dernier, l'expansion des abus sexuels commis par le clergé et surtout l'incapacité à en comprendre la gravité.

Le voici en entier.


BENOÎT XVI. LE PARAGRAPHE 4 DE SA LETTRE



"Au cours des dernières décennies, l’Église dans votre pays a dû affronter de nouveaux et graves défis à la foi, découlant de la transformation et de la sécularisation rapides de la société irlandaise. Un changement social très rapide a eu lieu, qui a souvent eu des effets contraires à l’adhésion traditionnelle des Irlandais à l’enseignement et aux valeurs catholiques. Très souvent, les pratiques sacramentelles et de dévotion qui soutiennent la foi et lui permettent de croître, comme par exemple la confession fréquente, la prière quotidienne et les retraites annuelles, ont été négligées.

"Au cours de cette période, la tendance, y compris chez certains prêtres et religieux, à adopter des façons de penser et de considérer les réalités séculières sans référence suffisante à l’Évangile, a été déterminante. Le programme de renouveau proposé par le Concile Vatican II a parfois été mal interprété et, à vrai dire, à la lumière des profonds changements sociaux qui avaient lieu, il était très difficile de savoir quelle était la meilleure façon de l’appliquer. En particulier, il y a eu une tendance, dictée par de justes intentions mais erronée, à éviter d’aborder sous l’angle pénal les situations canoniques irrégulières. C’est dans ce contexte général que nous devons chercher à comprendre le problème préoccupant des abus sexuels commis sur des enfants, qui a grandement contribué à l’affaiblissement de la foi et à la perte de respect pour l’Église et pour ses enseignements.

"Ce n’est qu’en examinant avec attention les nombreux éléments qui ont donné naissance à la crise actuelle qu’il est possible d’entreprendre un diagnostic clair de ses causes et de trouver des remèdes efficaces. Il est certain que, parmi les facteurs qui y ont contribué, nous pouvons citer : des procédures inadéquates pour déterminer l’aptitude des candidats au sacerdoce et à la vie religieuse ; une formation humaine, morale, intellectuelle et spirituelle insuffisante dans les séminaires et les noviciats ; une tendance de la société à favoriser le clergé et d’autres figures d’autorité, ainsi qu’une préoccupation hors de propos pour la réputation de l’Église et pour éviter les scandales, qui ont eu pour résultat la non-application des peines canoniques en vigueur et l’absence de protection de la dignité de chaque personne. Il faut agir d’urgence pour traiter ces facteurs, qui ont eu des conséquences si tragiques pour les vies des victimes et de leurs familles et qui ont diminué la lumière de l’Evangile plus gravement qu’au cours des siècles de persécution".


Deux cardinaux et un spécialiste de la sociologie des religions, entre autres, se sont exprimés à propos des facteurs culturels analysés par le pape.


LE COMMENTAIRE DU CARDINAL BAGNASCO


Le premier des deux cardinaux est Angelo Bagnasco, archevêque de Gênes et président de la conférence des évêques d’Italie (CEI).

Voici comment, le lundi 22 mars, dans le discours par lequel il a ouvert les travaux du conseil permanent de la CEI, Bagnasco a conclu le passage consacré à la lettre du pape aux catholiques d'Irlande :

"Différentes personnes, y compris des non-catholiques, ont souligné que, depuis un certain temps déjà, le phénomène de la pédophilie apparaît tragiquement répandu dans divers milieux et dans plusieurs catégories de personnes. Mais ce point, loin d’être mentionné ici pour diminuer ou relativiser la gravité spécifique des faits signalés dans les milieux ecclésiastiques, est plutôt un avertissement incitant à percevoir l’ampleur objective de la tragédie. Au moment même où elle se sent humiliée, l’Église apprend du pape à ne pas avoir peur de la vérité, même quand celle-ci est douloureuse et odieuse, à ne pas la taire, à ne pas la couvrir. Mais cela ne signifie pas subir – quand il y en a – des stratégies de discrédit généralisé.

"En réalité nous devons tous nous interroger, en rejetant désormais tout faux-fuyant, à propos d’une culture qui, de nos jours, règne incontestée et favorisée, et qui tend progressivement à effilocher le tissu conjonctif de toute la société, en se moquant, le cas échéant, de ceux qui résistent et tentent de s’opposer : c’est l’attitude de ceux qui cultivent une autonomie absolue vis-à-vis des critères du jugement moral et qui propagent comme bons et séduisants des comportements inspirés de désirs individuels et d’instincts parfois effrénés. Mais l’exacerbation de la sexualité détachée de son sens anthropologique, l’hédonisme à tout va et le relativisme qui n’admet ni barrières ni sursauts font beaucoup de mal parce qu’ils sont spécieux et parfois, sans que l’on s’en rende compte, omniprésents.

"Alors il faut que nous recommencions tous à appeler les choses par leur nom, toujours et partout, à identifier le mal dans sa gravité croissante et ses manifestations multiples, pour ne pas nous trouver, avec le temps, face à la prétention d’une aberration revendiquée sur le plan des principes".


LE COMMENTAIRE DU CARDINAL RUINI



Le second cardinal est Camillo Ruini, président du comité pour le projet culturel de l’Église italienne, prédécesseur de Bagnasco à la présidence de la CEI et vicaire du pape pour le diocèse de Rome de 1991 à 2008.

Dans une interview accordée au quotidien "il Foglio" du 16 mars, quelques jours avant que le pape ne publie sa lettre, Ruini a déclaré, entre autres :

"À mon avis, la campagne de diffamation contre l’Église catholique et le pape que mènent les médias s’inscrit dans cette stratégie qui est à l’œuvre depuis des siècles et que Friedrich Nietzsche théorisait déjà avec le goût du détail. Selon Nietzsche, l’attaque décisive contre le christianisme ne peut pas être portée sur le plan de la vérité mais sur celui de l’éthique chrétienne, qui serait l’ennemie de la joie de vivre. Alors je voudrais demander à ceux qui lancent les scandales de la pédophilie principalement contre l’Église catholique, en mettant éventuellement sur le tapis le célibat des prêtres, s’il ne serait pas plus honnête et plus réaliste de reconnaître que ces déviations, et d’autres, liées à la sexualité accompagnent certainement toute l’histoire du genre humain mais aussi qu’à notre époque, ces déviations sont encore plus stimulées par la ‘libération sexuelle’ si vantée".

Et aussi :

"Lorsque l’exaltation de la sexualité envahit tout l’espace de la vie et que l’autonomie de l’instinct sexuel par rapport à tout critère moral est revendiquée, il devient difficile de faire comprendre que certains abus déterminés doivent absolument être condamnés. En réalité la sexualité humaine, dès son début, n’est pas simplement instinctive, elle n’est pas identique à celle des autres animaux. Comme tout ce qui est humain, c'est une sexualité ‘pétrie’ de raison et de morale, qui peut être vécue de manière humaine et qui ne rend vraiment heureux que si elle est vécue de cette façon".



LE COMMENTAIRE DU PROFESSEUR INTROVIGNE


Le sociologue est le professeur Massimo Introvigne, président du CESNUR, Center for Studies on New Religion.

Dans un commentaire paru le 22 mars sur l’édition italienne du site de l'agence internationale "Zenit", Introvigne a notamment écrit :

"Ce que les Anglais et les Américains appellent 'the Sixties', les années Soixante, et les Italiens, en se concentrant sur l’année symbolique, 'il Sessantotto', apparaît de plus en plus comme une période de profond bouleversement des mœurs, ayant des effets cruciaux et durables sur la religion.

"Il y a d’ailleurs eu un Soixante-huit dans la société et un Soixante-huit dans l’Église : 1968 est justement l’année du désaccord public avec l’encyclique 'Humanae Vitae' de Paul VI, une contestation qui - selon une étude remarquable et influente du philosophe américain récemment disparu Ralph McInerny, 'Vatican II. Qu’est-ce qui est allé de travers ?' - constitue un point de non-retour dans la crise du principe d’autorité au sein de l’Église catholique. [...]

"Mais pourquoi les années Soixante ? Pour rester dans les îles britanniques, Hugh McLeod a publié sur ce sujet aux éditions Oxford University Press, en 2007, un important ouvrage, 'The Religious Crisis of the 1960s', qui fait le point sur les discussions en cours.

"Deux thèses se sont opposées : celle d’Alan Gilbert, qui pense que la révolution des années 1960 a été déterminée par le boom économique qui a répandu l’esprit de consommation et éloigné les populations des églises ; et celle de Callum Brown, pour qui le facteur décisif a été l’émancipation des femmes, suite à la diffusion de l’idéologie féministe, du divorce, de la pilule anticonceptionnelle et de l’avortement.

"McLeod pense - à juste titre selon moi - qu’une révolution d’une telle portée ne peut pas s’expliquer par un seul facteur. Le boom économique et le féminisme entrent en jeu, mais également des aspects plus strictement culturels, que ce soit à l’extérieur des Églises et communautés chrétiennes (la rencontre entre la psychanalyse et le marxisme) ou à l’intérieur (les 'nouvelles théologies').

"Sans entrer dans les éléments les plus techniques de cette discussion, Benoît XVI montre, avec sa lettre, qu’il est conscient du fait qu’il y a eu dans les années Soixante une authentique révolution – pas moins importante que la Réforme protestante ou la Révolution française – qui a été 'très rapide' et qui a asséné un coup très dur à la 'traditionnelle adhésion du peuple à l’enseignement et aux valeurs catholiques'. [...]

"Dans l’Église catholique on n’a pas tout de suite été suffisamment conscient de la portée de cette révolution. Au contraire, celle-ci a contaminé – estime aujourd’hui Benoît XVI – 'même des prêtres et des religieux', elle a déterminé des malentendus dans l’interprétation du concile et elle a été la cause d’une 'formation humaine, morale et spirituelle insuffisante dans les séminaires et dans les noviciats'.

"Dans ce contexte, les prêtres insuffisamment formés ou contaminés par le climat qui a suivi les années Soixante ne sont certainement pas tous devenus pédophiles, pas même un pourcentage significatif d’entre eux : nous savons par les statistiques que le nombre réel de prêtres pédophiles est très inférieur aux chiffres fournis par certains médias. Cependant ce nombre n’est pas égal à zéro – comme nous le voudrions tous – et cela justifie les propos très sévères du pape. Mais l’étude de la révolution des années Soixante et de 1968 est essentielle pour comprendre ce qui s’est produit par la suite, pédophilie comprise. Et pour trouver de véritables remèdes.

"Si cette révolution, à la différence de celles qui l’ont précédée, est morale et spirituelle, si elle touche à l’intériorité de l’homme, les remèdes ne pourront venir, en définitive, que de la restauration de la moralité, de la vie spirituelle et d’une vérité intégrale sur la personne humaine. Mais pour cela les sociologues, comme toujours, ne suffisent pas : il faut des pères et des maîtres, des éducateurs et des saints. Et nous avons tous grand besoin du pape, de ce pape, qui encore une fois – pour reprendre le titre de sa dernière encyclique – dit la vérité dans la charité et pratique la charité dans la vérité".




La lettre de Benoît XVI aux catholiques d'Irlande :

> "Vous devez en répondre devant Dieu"

Le texte complet du discours du cardinal Bagnasco au conseil permanent de la CEI :

> Prolusione, 22 marzo 2010

L’intégralité de l’interview accordée par le cardinal Ruini à "il Foglio" :

> Ruini contro l'assedio etico al clero

Et tout le commentaire du professeur Introvigne sur le site "Zenit" :

> La lettera del papa e la rivoluzione culturale degli anni Sessanta



Traduction française par Charles de Pechpeyrou.

www.chiesa