14.04.2012

Double anniversaire de Benoît XVI en vue

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26.08.2011

Il y a 33 ans était élu le "Pape du sourire"

pape du sourire.jpgIl y a 33 ans, le 26 août 1978, les cardinaux réunis en Conclave choisissaient le Pape du sourire : le Patriarche de Venise, Albino Luciani, devenu Jean-Paul 1er n’allait occuper sa charge que pendant quelques jours et pourtant il a laissé une trace profonde dans l’Église. 
C’est ce que souligne le journaliste et théologien italien Gianni Gennari. Et il parle en connaissance de cause. Quand il venait à Rome le futur Pape logeait au petit séminaire où Gianni Gennari enseignait à l’époque. Ils eurent l’occasion de se rencontrer fréquemment en 1965, à l’occasion de la dernière session du Concile et puis au moment des Synodes convoqués par Paul VI. 

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21.04.2011

Jean-Paul II : trois cardinaux de la Curie se souviennent

jean paul ii.JPGBenoît XVI, qui vient d’entrer ce 19 avril dans sa septième année de pontificat, sera, dans quelques jours, le premier Pape de l’histoire à béatifier son prédécesseur Jean-Paul II. Des dizaines de milliers de personnes vont converger vers Rome pour assister à cette célébration le 1er mai.

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06.02.2011

Benoît XVI : 'La foi n’est pas une chose du passé'

pape eveques.JPGCe samedi matin, Benoit XVI a consacré cinq nouveaux évêques au cours d’une messe solennelle en la Basilique Saint-Pierre. Parmi eux un chinois, Mgr Hon Tai-Fai, théologien salésien de Hong Kong, nommé le 23 décembre dernier secrétaire de la congrégation pour l’évangélisation des peuples, premier chinois à occuper une aussi haute fonction au sein de la curie romaine.

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17.07.2010

Vers la reconaissance des « vertus héroïques » du P. Marie-Eugène, ocd

Vote favorable concernant le fondateur de « Notre Dame de Vie »


grialou_a.jpgROME, Vendredi 16 juillet 2010 (ZENIT.org) - La Congrégation romaine pour les Causes des Saints pourrait proposer à Benoît XVI de reconnaître le caractère « héroïque » des vertus humaines et chrétiennes du P. Marie-Eugène de l'Enfant-Jésus, ocd (au siècle, Henri Grialou, 1894-1967), fondateur de Notre-Dame de Vie.

En effet, la Commission des théologiens de cette congrégation vient d'émettre un avis favorable pour la reconnaissance de l'exemplarité évangélique de la vie de ce Carme français.

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08.07.2010

Garder comme un bien précieux, la foi dans le Christ et la communion avec Pierre : le devoir de tout chrétien

C'est dans la Salle Paul VI au Vatican qu'a eu lieu ce mercredi l'audience générale, la dernière de ce mois de juillet. Benoît XVI quitte en effet le Vatican pour Castelgandolfo où il passera tout l'été La prochaine audience générale est fixée au mercredi 4 août.

 

 

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C'est un grand théologien d'origine écossaise du 13è siècle, Jean Duns Scot., que le Pape a présenté aux fidèles, souhaitant en particulier que les théologiens puissent toujours "garder l'humilité et la simplicité des petits".


Écoutons le résumé de sa catéchèse et son salut aux pèlerins francophones: >>



 

 

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Né vers 1266 en Écosse, le Bienheureux Jean Duns Scot, chers pèlerins francophones, embrassa le charisme franciscain. ‘Chantre du Verbe incarné’, celui qui sera appelé le Docteur subtile, soutient que l’Incarnation du Logos est l’œuvre la plus grande et la plus belle de toute l’histoire du salut. Elle est la révélation de l’éternel amour divin qui se manifeste aussi dans le Mystère de la Passion salvifique et dans le Saint Sacrement. Centre de l’histoire et du cosmos, le Christ donne sens, dignité et valeur à notre vie. Par sa doctrine de la « Rédemption préventive », Duns Scot affirme que l’Immaculée Conception, dont il est le ‘défenseur’, est le chef-d’œuvre de la Rédemption opérée par le Christ. Il nous interpelle aussi, aujourd’hui, sur le sens de la liberté. Détachée de la vérité, la liberté détruit l’harmonie intérieure de la personne humaine et engendre la souffrance. Elle se perfectionne quand l’homme s’ouvre à Dieu, accueille sa Parole et se met à l’écoute de la Révélation. Chers frères et sœurs, la profondeur de la pensée de Duns Scot provient de son humilité et de la contemplation des saints mystères. Puissions-nous considérer la communion avec Dieu, avec le Successeur de Pierre et avec l’Église universelle comme un bien précieux. Que la Vierge Immaculée nous y aide !

 

 

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J’accueille avec joie les pèlerins francophones, surtout les jeunes. Je vous exhorte, chers collégiens, lycéens et servants d’autel, à faire croître votre amour pour le Saint Sacrement et pour la Vierge Immaculée. Puissiez-vous aussi vous laisser guider par l’Esprit Saint pour témoigner joyeusement et librement des vérités de la foi chrétienne ! N’ayez pas honte de votre foi et soyez fiers d’être catholiques ! Bon pèlerinage et bonnes vacances !

 

 

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(Radio Vatican)

04.06.2010

Premiers pas de Benoît XVI sur l'île de Chypre

Le 16e voyage apostolique de Benoît XVI est maintenant commencé. Le Pape est arrivé aux alentours de 13 heures, heure de Rome, à Chypre, une île coupée en deux par une ligne de démarcation, un pays membre de l’Union européenne situé au carrefour entre l’Europe et le Moyen-Orient.

 

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A l’aéroport de Paphos, la Pape a été accueilli par le président Demetris Christophias, par le nonce apostolique sur place, monseigneur Soueif, par le Patriarche latin de Jérusalem, Monseigneur Twal et enfin par l’Archevêque orthodoxe de Chypre, Sa Béatitude Chrysostomos II.

 

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A Chypre, l’écrasante majorité des chrétiens appartient en effet à une très ancienne Eglise orthodoxe, autocéphale. Les catholiques, maronites et latins, ne sont qu’une toute petite minorité.

 

 

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Dans son premier discours, dès son arrivée, le Pape a souhaité que «l’amour» des Chypriotes pour leur patrie et leur famille, mais aussi «le désir de vivre en harmonie avec leurs voisins» les inspire dans leurs «efforts patients pour résoudre les problèmes restés en suspens concernant l’avenir de leur île».

 

 

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Il a également évoqué l’Instrumentum laboris du Synode des évêques pour le Moyen-Orient. Benoît a indiqué que cette assemblée examinera plusieurs aspects de «la présence de l’Église dans cette région» et les «défis que les catholiques affrontent parfois dans des circonstances éprouvantes ».

 

 

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Cet après midi, le Pape participe à une célébration œcuménique à Paphos, sur la côte occidentale de Chypre, dans l’église Agia Kiriaki. De nombreux chrétiens se sont déplacés pour l'occasion.

 

 

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La visite du Pape a en effet soulevé un enthousiasme certain comme nous l'explique Savas Chrysantou, un professeur de médecine, fils aussi d'un théologien proche de Chrysostomos: >>

 


(Radio Vatican)

 

21.04.2010

Le Pape salue la mémoire du cardinal Tomas Spidlik

Les obsèques du cardinal Tomas Spidlik ont été célébrées ce mardi matin en la basilique Saint-Pierre.

 

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Spécialiste mondialement reconnu de la spiritualité chrétienne orientale, le cardinal Spidlik (photo) est mort vendredi soir à Rome à l’âge de 90 ans. Théologien, philosophe et écrivain, ce jésuite tchèque était une des personnalités les plus respectées du Vatican. Sous le communisme, ses écrits livrés clandestinement en Tchécoslovaquie apportaient une nourriture spirituelle à de nombreux chrétiens vivant derrière le rideau de fer.

Dans son homélie, Benoît XVI a évoqué la fraîcheur et la bonne humeur qui ont caractérisé le cardinal Spidlik jusqu’à la fin de ses jours.

« Je pense – a dit le Pape – que les grands hommes de foi peuvent traverser de dures épreuves sans perdre la confiance, en gardant au contraire, un vif sens de l’humour, signe d’intelligence, mais aussi de liberté intérieure ».

 

(Radio Vatican)

12.04.2010

Il faut sauver le catholique Kennedy. Une réponse à Mgr Chaput

L'archevêque de Denver a accusé ce président d'avoir fait sortir la religion de la sphère publique. Le professeur Diotallevi répond : "L'Église ne gagne rien à trop s'appuyer sur le pouvoir politique, même quand il est amical"


par Sandro Magister




ROME, le 11 avril 2010 – La réfutation par l'archevêque de Denver, Charles J. Chaput, du célèbre discours où John Kennedy avait expliqué aux Américains, il y a juste cinquante ans, que le catholique qu’il était pouvait être un bon président, est de celles qui laissent une trace.

Le réquisitoire de Chaput a été publié intégralement  quelques heures après que l'archevêque l'eut prononcé, le 1er mars 2010, à la Baptist University de Houston, la ville même où Kennedy avait prononcé son discours :

> La doctrine du catholique Kennedy? À oublier

Chaput compte parmi les personnalités les plus influentes de l'épiscopat des États-Unis. Avec le cardinal Francis George, archevêque de Chicago et président de la conférence des évêques des États-Unis, il est l’un des leaders du nouveau courant de l’Église catholique américaine, en grande harmonie avec Benoît XVI. Un groupe dont fait également partie le nouvel archevêque coadjuteur de Los Angeles, José Horacio Gómez, nommé il y a quelques jours par le pape dans ce diocèse qui est le plus grand du pays.

Et bien, d’après Chaput, le catholique Kennedy aurait contribué par ce discours non pas à assurer une présence plus efficace de la foi chrétienne dans la sphère publique, mais à provoquer une désastreuse séparation de l’Église et de l’État, à confiner la foi religieuse dans le secret des consciences et en définitive à la vider de son contenu.

Autrement dit, le catholique Kennedy aurait favorisé un modèle de société s’inspirant davantage de la "laïcité" [en français dans le texte] agressive à la française que de la "religious freedom" qui caractérise l'Amérique.

La controverse n’est pas seulement académique. Depuis que Barack Obama est président, elle est au centre de la confrontation entre la politique qu’il mène et les prises de position de l'épiscopat catholique américain, surtout en ce qui concerne la vie, la famille et l'éducation.

C’est une controverse qui traverse et divise également le monde catholique, aux États-Unis et ailleurs. Chaput a-t-il raison de réfuter aussi durement Kennedy ?

Depuis Rome, un chercheur très compétent en ce domaine, le professeur Luca Diotallevi, répond à l’archevêque de Denver à travers la note publiée ci-dessous.

Diotallevi enseigne la sociologie à l'Université Rome III et il a été senior fellow du Center for the Study of World Religions de la Harvard Divinity School. Il a publié récemment, aux éditions Rubbettino, un livre consacré précisément aux questions discutées par Chaput : "Una alternativa alla laicità" [Une alternative à la laïcité].

Dans cet ouvrage et dans d’autres, Diotallevi a toujours accordé une attention et une prédilection particulières au modèle américain de "religious freedom".

Il ne prend pas, à proprement parler, la défense de Kennedy mais il critique la critique que Chaput fait de celui-ci. C’est d’autant plus intéressant que le professeur Diotallevi est le vice-président du comité scientifique des "Settimane sociali" [Semaines sociales] des catholiques italiens et le spécialiste des sciences politiques le plus écouté par la conférence des évêques d’Italie, présidée hier par le cardinal Camillo Ruini et aujourd’hui par le cardinal Angelo Bagnasco.



ON PEUT SÉPARER L’EGLISE DE L’ETAT, C’EST MÊME UN DEVOIR

par Luca Diotallevi



Dans une conférence, Mgr Charles J. Chaput a affirmé qu’il y a un lien de cause à effet entre le célèbre discours prononcé par John F. Kennedy en 1960 à Houston, devant une assistance de pasteurs protestants, et le courant "secular" qui s’est ensuite répandu dans la culture américaine à la fin des années 60 et dans les années 70. Cette conférence mérite d’être commentée.

Pour faire court, je me limiterai à proposer deux observations critiques et deux axes de recherches.

La première observation critique concerne le caractère "secular" du discours de Kennedy. Nous savons par les historiens que l’une des sources de ce texte était une note préparée pour le futur président par le théologien jésuite John Courtney Murray qui, au cours du concile Vatican II, allait jouer un rôle décisif dans la rédaction de la déclaration "Dignitatis humanae". C’était déjà alors l’un des grands spécialistes des rapports entre la doctrine sociale de l’Église et la théorie et la pratique politiques contemporaines ; John Kennedy lui avait donc demandé dans quelles conditions un catholique pouvait ou non assumer une fonction publique comme celle de président des Etats-Unis d'Amérique, pour laquelle il s’apprêtait à faire campagne. Le discours ayant été influencé par cette source – facile à retrouver – on peut difficilement le considérer comme "secular". Bien entendu, l’influence d’une source ne dispense pas d’analyser le texte en soi, mais elle justifie une certaine prudence dans son interprétation.

La seconde observation critique concerne la “culture protestante” dont Kennedy se serait rapproché par ce discours. Les pasteurs protestants auxquels il s’adressait à cette occasion étaient tout sauf “laïcistes", tout sauf tièdes quant à la possibilité de manifester l'expérience chrétienne dans tous les aspects de la vie publique. Un homme politique expérimenté comme John Kennedy n’aurait jamais affronté un public de ce genre, dont il espérait obtenir l’approbation, en proposant une atténuation ou une suppression de la dimension publique de l’expérience chrétienne. Il serait tout à fait nécessaire de faire une analyse approfondie des sources, y compris religieuses bien sûr, de la culture "secular" qui, au cours des années qui ont suivi, se sont manifestées avec vigueur dans la vie publique aux Etats-Unis. Mais une telle analyse devrait menée en étant capable de faire une distinction entre les nombreuses composantes du “monde protestant” d’Amérique du Nord et en particulier de celui des années 50.

Voici maintenant deux réflexions à caractère plus général qui constituent une invitation à poursuivre et à approfondir la recherche et la confrontation.

La première est que le mot "Église" revient souvent dans le discours de Mgr Chaput. Son utilisation dans le domaine empirique – si on veut l’employer en lui donnant un sens compatible avec celui qui lui est attribué dans le domaine théologique par le magistère catholique – est très compliquée, même si elle n’est certainement pas impossible. Mgr Chaput rejette la séparation absolue entre l’Église et l’État ; il insiste sur l’opposition entre ceux qui veulent marginaliser l’Église et ceux qui, au contraire, veulent la remettre en position d’influencer plus ou moins directement tous les domaines de la vie sociale. Dans mon essai "Una alternativa alla laicità" [Une alternative à la laïcité], pour faire apparaître la différence entre le modèle français de la "laïcité" [en français dans le texte] et le modèle anglo-saxon de la liberté religieuse, j’ai jugé opportun de ne jamais utiliser le concept d’Église, parce qu’il est trop vaste. En effet, pour ne donner que trois exemples, l'action du baptisé qui prend et exerce des responsabilités politiques est une manifestation de l’Église ; une intervention publique de l'épiscopat est une manifestation de l’Église ; l'exercice d’un pouvoir ecclésiastique comme la nomination d’un évêque ou la validité dans l'ordre civil d’un mariage célébré selon un rite religieux est une manifestation de l’Église. La séparation des pouvoirs politiques et des pouvoirs religieux – question dont je me suis occupé et à laquelle Mgr Chaput donne également de l’importance – n’implique en aucune manière une séparation radicale entre toute forme d’action chrétienne (et par là même ecclésiale) et toute forme d’action politique ou plus généralement publique.

Les deux premiers exemples que je viens de citer (l’action du baptisé qui fait de la politique et la déclaration publique faite par l’épiscopat) ne sont absolument pas remis en cause par la séparation entre le pouvoir politique et le pouvoir religieux. C’est seulement dans des cas analogues à ceux du troisième exemple que le critère de séparation des pouvoirs devient significatif. Donc, pour en revenir à l’intervention de Mgr Chaput, parler d’"Église" en général n’aide pas à comprendre quelles organisations on imagine pour l’espace public et en particulier quels sont les modèles de rapports entre politique et religion qui sont soutenus et quels sont ceux qui sont critiqués. Chaput propose notamment une interprétation des deux premiers points du premier amendement de la constitution des États-Unis d’Amérique qui pourrait s’avérer contre-productive et constituer une sorte de “but marqué contre son camp”.

La question est encore plus urgente aujourd’hui parce que l’extraordinaire et constant engagement de l’Église catholique en faveur de la liberté religieuse – depuis la déclaration "Dignitatis humanae" de Vatican II jusqu’à Benoît XVI, en passant par Paul VI et Jean-Paul II – fait que l’Église voit précisément dans la formation et la mise en œuvre d’un régime de séparation entre pouvoir politique et pouvoir religieux ("ne pas obliger, ne pas empêcher") un signe des racines et de l’influence chrétienne sur le contexte social qui adopte ce régime.

La seconde réflexion concerne le risque que certaines des prises de position "evangelical" ou néoconservatrices les plus répandues dans le monde protestant américain, mais aussi dans certaines franges du monde catholique, adoptent le modèle de la Westphalie, c’est-à-dire qu’elles tendent à proposer un rapport entre politique et religion dans lequel la religion devient un instrument (même s’il est précieux et bien rémunéré) de la politique.

Dans certains passages de sa conférence, Mgr Chaput semble accepter le schéma selon lequel il faut renoncer à la séparation de l’Église et de l’État si l’on ne veut pas d’institutions politiques neutres. Mais ce qui fait de la liberté religieuse une alternative à la "laïcité" [en français dans le texte], c’est justement, avant tout, le fait qu’elle montre le caractère trompeur de cette alternative sèche entre séparation et non-neutralité. Si on l’abandonne, on s’expose en outre à un risque grave. Accepter ou demander qu’un État ne soit pas séparé d’une Église signifie ouvrir de nouveau les portes à une possible soumission de la religion - et éventuellement de l’Église - à ce pouvoir politique.

La liberté religieuse – dans la version de la constitution et de l’histoire des Etats-Unis, comme dans la version britannique ou dans celle de "Dignitatis humanae" – montre au contraire la possibilité d’une séparation du pouvoir politique et du pouvoir religieux sans neutralité des institutions politiques et sans insignifiance publique de l’Église.

La liberté religieuse refuse les bases mêmes de la "laïcité" [en français dans le texte]. Alexis de Tocqueville a probablement été le premier Européen à comprendre qu’aux États-Unis l’Église “régnait” sur les consciences de manière différente parce qu’on y trouvait une entente entre esprit religieux et esprit de liberté qui était inconnue en Europe continentale.

Une caractéristique du christianisme est qu’il relativise tout pouvoir politique par sa simple présence sur la scène publique sous la forme d’une Église (cf. J. Ratzinger, "L’unità delle nazioni" [L’unité des nations], Éditions Morcelliana, Brescia, 2009, p. 34). Au-delà des apparences, l’Église et l’Évangile ne gagnent rien à faire trop de concessions au pouvoir politique, même quand il est amical. L’Église et l’Évangile doivent continuer à animer une attitude – comme on a défini celle de Jésus et de la génération apostolique – "ni anarchiste ni zélote".

C’est précisément là que se trouve l’une des racines du modèle de la liberté religieuse et de son fonctionnement. Ce régime est le signe de la source chrétienne d’une cohabitation courtoise. Il est, en même temps, la condition pour que participent à cette cohabitation d’autres gens qui ne partagent pas la même foi, mais qui – dans les limites de ce que l’enseignement social de l’Église appelle "ordre public" – peuvent jouir des hauts niveaux de liberté que cette foi et sa force historique accordent à toute personne en vertu de sa dignité.


Le texte intégral du discours prononcé par John F. Kennedy, le 12 septembre 1960, devant la Greater Houston Ministerial Association :

> "While the so called religious issue..."


Le plus récent essai du professeur Diotallevi sur ces questions :

Luca Diotallevi, "Una alternativa alla laicità", Éditions Rubbettino, Soveria Mannelli, 2010, 162 pages, 14,00 euros.

Et une synthèse de cet ouvrage par l’auteur lui-même, publiée dans la revue "Vita e Pensiero" [Vie et Pensée] de l'Université Catholique de Milan :

> Se possiamo non dirci laici [Si nous pouvons ne pas nous dire laïcs]


A propos du livre "Render Unto Caesar" [Rendez à César] de l'archevêque Charles J. Chaput :

> Comment faire de la politique quand on est catholique. L'aide-mémoire de Denver


A propos d’un récent appel de personnalités américaines de différentes confessions chrétiennes :

> La "Déclaration de Manhattan" : le manifeste qui secoue l'Amérique (25.11.2009)



Un article paru sur www.chiesa, il y a un an, à propos de la question de la laïcité, avec des références à la visite de Nancy Pelosi à Benoît XVI et à l’affaire Eluana Englaro, et aussi avec des textes des cardinaux Camillo Ruini et Angelo Scola et des professeurs Ernesto Galli della Loggia et Pietro De Marco :

> La laïcité en danger. Deux cardinaux à son secours
(23.2.2009)


Traduction française par Charles de Pechpeyrou.
(13.8.2008)

www.chiesa


18.03.2010

Comment piloter l'Église dans la tempête. Une leçon

Elle a été donnée par Benoît XVI lors d'une audience générale, à l'encontre de ceux qui désirent un nouveau début du christianisme, sans hiérarchie ni dogmes. Le secret d'un bon gouvernement, a-t-il dit, "est surtout de réfléchir et de prier"


par Sandro Magister





ROME, le 18 mars – Peu de gens l’ont remarqué, mais au plus fort de la tempête qui a frappé l’Église catholique parce qu’un certain nombre de ses prêtres ont scandalisé des "petits", Joseph Ratzinger a relevé le défi d’une manière toute personnelle. Par une surprenante leçon de théologie de l’histoire, comportant des références à sa propre vie de théologien et de pape.

Cette leçon, il l’a donnée aux pèlerins qui se pressaient dans la salle des audiences générales, le matin du mercredi 10 mars.

A plusieurs reprises, le pape a levé les yeux de son texte écrit et il a improvisé. On trouvera ci-dessous la transcription intégrale de ses propos. Elle mérite d’être lue d’un bout à l’autre. Mais il faut tout de suite en souligner certains éléments.

Au centre de la leçon se détache la figure de saint Bonaventure de Bagnoregio, docteur de l’Église, qui fut l’un des premiers successeurs de saint François d’Assise à la tête de l'ordre que celui-ci avait fondé.

Voilà le premier des éléments autobiographiques. En effet c’est précisément à la théologie de l’histoire de saint Bonaventure que le jeune Joseph Ratzinger consacra sa thèse d’habilitation en théologie, publiée en 1959 et récemment réimprimée.

La nouveauté de cette œuvre de jeunesse est qu’elle confrontait, pour la première fois, la théologie de l’histoire de saint Bonaventure avec celle, très influente, de Joachim de Flore.

L'influence de Joachim de Flore sur la pensée de ce siècle et celle des siècles suivants - chrétienne ou athée - a été très grande, jusqu’à nos jours. Le théologien Henri de Lubac lui a consacré, il y a trente ans, un mémorable essai en deux volumes intitulé : "La postérité spirituelle de Joachim de Flore".

Lorsque aujourd’hui, en réaction au scandale créé par certains prêtres, on demande une fois encore une purification radicale de l’Eglise pour ouvrir une nouvelle  époque, que l’on désire un nouveau concile qui soit "un nouveau début et une rupture", que l’on souhaite un christianisme spirituel fait de l’Évangile seul, sans hiérarchies ni dogmes, que demande-t-on, sinon l'âge de l’Esprit annoncé par Joachim de Flore ?

Dans sa leçon du 10 mars, Benoît XVI a décrit et actualisé avec une rare clarté l’opposition entre Joachim et Bonaventure. Il a montré que l'utopie de Joachim a trouvé dans le concile Vatican II un terrain fertile pour se reproduire à nouveau mais qu’elle a été victorieusement contestée par "les sages timoniers de la barque de Pierre", c’est-à-dire les papes qui ont su défendre à la fois la nouveauté du Concile et la continuité de l’Église.

Du spiritualisme à l'anarchie il n’y a qu’un pas, a averti Benoît XVI. Il en était ainsi au siècle de saint Bonaventure, il en est ainsi aujourd’hui. Pour être gouvernée, l’Église a besoin de structures hiérarchiques, mais il faut donner à celles-ci une base théologique évidente. C’est ce qu’a fait saint Bonaventure lorsqu’il gouvernait l'ordre franciscain. Pour lui "gouverner n'était pas simplement un acte mais signifiait surtout penser et prier. A la base de son gouvernement nous trouvons toujours la prière et la pensée ; toutes ses décisions résultent de la réflexion, de la pensée éclairée par la prière".

Il doit en être de même – a dit le pape – dans le gouvernement de l’Église universelle : "c'est-à-dire gouverner non seulement par les ordres et les structures, mais en guidant et en éclairant les âmes, en les orientant vers le Christ".

C’est là le deuxième élément autobiographique, décisif, de la leçon du 10 mars, dans laquelle Benoît XVI a indiqué comment il entend gouverner l’Eglise. Il l’a dit avec la douce humilité qui lui est propre, en se plaçant dans l'ombre d’un saint.

Pour saint Bonaventure les textes théologiques et mystiques étaient "l'âme du gouvernement" ; il en est de même pour le pape actuel. L'âme de son gouvernement, ce sont les homélies liturgiques, l'enseignement aux fidèles et au monde, le livre qu’il a consacré à Jésus, autrement dit la "pensée éclairée par la prière". C’est là que la structure hiérarchique de l’Église romaine et ses actes de gouvernement trouvent leur base et leur nourriture. C’est là que l’Église du pape Benoît XVI puise la guérison des péchés commis par ses fils et la réponse aux attaques – pas innocentes – lancées contre elle de l’extérieur et de l’intérieur.

Mais laissons-lui la parole. Voici sa catéchèse du mercredi 10 mars 2010 :



"Il n'y a pas un autre Évangile, il n'y a pas une autre Église à attendre..."

par Benoît XVI



Chers frères et sœurs, [...] saint Bonaventure a eu, entre autres mérites, celui d'interpréter de façon authentique et fidèle la figure de saint François d'Assise, qu'il a vénéré et étudié avec beaucoup d’amour.

En particulier, à l'époque de saint Bonaventure, un courant de Frères mineurs, les "spirituels", soutenait qu'une phase entièrement nouvelle de l'histoire avait été inaugurée avec saint François et que l'"Evangile éternel" dont parle l'Apocalypse allait apparaître et remplacer le Nouveau Testament.

Ce groupe affirmait que l'Église avait désormais achevé son rôle historique et qu’elle était remplacée par une communauté charismatique d'hommes libres, guidés intérieurement par l'Esprit, les "Franciscains spirituels".

A la base des idées de ce groupe, il y avait les écrits d'un abbé cistercien, Joachim de Flore, mort en 1202. Dans ses œuvres, il affirmait l'existence d'un rythme trinitaire de l'histoire. Il considérait l'Ancien Testament comme l'ère du Père, suivie par l’ère du Fils, qui était le temps de l'Église. Il fallait encore attendre la troisième ère, celle de l'Esprit Saint.

Ainsi l’histoire tout entière devait être interprétée comme une histoire de progrès : de la sévérité de l'Ancien Testament à la relative liberté de l’ère du Fils dans l'Église, jusqu'à la pleine liberté des Fils de Dieu au cours de l’ère de l'Esprit Saint, qui devait aussi être, enfin, l’ère de la paix entre les hommes, de la réconciliation des peuples et des religions.

Joachim de Flore avait suscité l'espoir que le début du temps nouveau serait né d'un nouveau monachisme. Il est donc compréhensible qu'un groupe de franciscains ait cru reconnaître en saint François d'Assise l'initiateur du temps nouveau et en son Ordre la communauté de la période nouvelle - la communauté de l’ère de l'Esprit Saint - qui laissait derrière elle l'Église hiérarchique pour commencer la nouvelle Église de l'Esprit, détachée des anciennes structures.

Il y avait donc un risque de très grave malentendu sur le message de saint François, sur son humble fidélité à l'Évangile et à l'Église, et cette équivoque comportait une conception erronée du christianisme dans son ensemble.

Saint Bonaventure, qui devint ministre général de l'Ordre franciscain en 1257, se trouva face à une grave tension au sein de cet Ordre, due précisément aux partisans du courant que j’ai cité, les "Franciscains spirituels", qui se référait à Joachim de Flore. C'est justement pour répondre à ce groupe et pour rendre son unité à l'Ordre que saint Bonaventure étudia avec soin les écrits authentiques de Joachim de Flore et ceux qui lui étaient attribués et qu’il voulut, en tenant compte de la nécessité de présenter correctement la figure et le message de son bien-aimé saint François, donner une juste présentation de la théologie de l'histoire.

Saint Bonaventure traita le problème précisément dans sa dernière œuvre - un recueil de conférences aux moines qui étudiaient à Paris, demeuré incomplet et qui nous est parvenu à travers les transcriptions faites par les auditeurs - intitulée "Hexaemeron", c'est-à-dire une explication allégorique des six jours de la création.

Les Pères de l'Eglise considéraient les six ou sept jours du récit de la création comme une prophétie de l'histoire du monde et de l'humanité. Les sept jours représentaient pour eux sept périodes de l'histoire, également interprétées plus tard comme sept millénaires. Avec le Christ, on devait entrer dans le dernier, c'est-à-dire dans la sixième période de l'histoire, à laquelle devait succéder ensuite le grand sabbat de Dieu. Saint Bonaventure conçoit cette interprétation historique du rapport avec les jours de la création, mais de façon très libre et innovatrice.

Pour lui, deux phénomènes de son époque rendent nécessaire une nouvelle interprétation du cours de l'histoire.

Le premier : la figure de saint François, l'homme totalement uni au Christ jusqu'à la communion des stigmates, presque un "alter Christus", et avec saint François la nouvelle communauté qu'il avait créée, différente du monachisme que l’on avait connu jusqu'alors. Ce phénomène exigeait une nouvelle interprétation, comme nouveauté de Dieu apparue à ce moment.

Le deuxième : la position de Joachim de Flore - qui annonçait un nouveau monachisme et une période totalement nouvelle de l'histoire, allant au-delà de la révélation du Nouveau Testament - exigeait une réponse.

En tant que ministre général de l'Ordre des franciscains, saint Bonaventure avait immédiatement vu qu'avec la conception spiritualiste, inspirée par Joachim de Flore, l'Ordre n'était pas gouvernable, mais allait logiquement vers l'anarchie.

Deux conséquences en découlaient selon lui.

La première : la nécessité pratique de structures et d'une insertion dans la réalité de l'Église hiérarchique, de l'Église réelle, rendait nécessaire une base théologique, notamment parce que les autres, ceux qui suivaient la conception spiritualiste, présentaient une base théologique apparente.

La seconde : tout en tenant compte du réalisme nécessaire, il ne fallait pas laisser de côté la nouveauté de la figure de saint François.

Comment saint Bonaventure a-t-il répondu à cette exigence pratique et théorique ? Je ne peux donner ici, en quelques points, qu'un résumé très schématique et incomplet sur certains points de sa réponse.

Saint Bonaventure rejette l'idée du rythme trinitaire de l'histoire. Dieu est un pour toute l'histoire et il ne se divise pas en trois divinités. En conséquence, l'histoire est une, même si elle est un chemin et – selon saint Bonaventure – un chemin de progrès.

Jésus-Christ est la dernière parole de Dieu - en Lui Dieu a tout dit, se donnant et se disant lui-même. Dieu ne peut pas dire ni donner plus que lui-même. L'Esprit Saint est l'Esprit du Père et du Fils. Le Christ lui-même dit de l'Esprit Saint : "il vous rappellera tout ce que je vous ai dit" (Jn 14, 26) ; "c’est de mon bien qu’il prendra pour vous en faire part" (Jn 16, 15).

Il n'y a donc pas un autre Evangile plus haut, il n'y a pas une autre Eglise à attendre. L'Ordre de saint François doit donc lui aussi s'insérer dans cette Eglise, dans sa foi, dans son organisation hiérarchique.

Cela ne signifie pas que l'Eglise soit immobile, fixée dans le passé, et qu'il ne puisse pas y avoir de nouveauté en elle. "Opera Christi non deficiunt, sed proficiunt", les œuvres du Christ ne reculent pas, ne manquent pas, mais elles progressent, dit le saint dans la lettre "De tribus quaestionibus".

Ainsi, saint Bonaventure formule explicitement l'idée du progrès : c’est une nouveauté par rapport aux Pères de l'Eglise et à une grande partie de ses contemporains. Pour saint Bonaventure le Christ n'est plus la fin de l'histoire, comme pour les Pères de l'Eglise, mais il est son centre ; avec le Christ, l'histoire ne finit pas, elle commence une nouvelle période.

Il y a une autre conséquence : jusqu'alors l'idée que les Pères de l'Eglise avaient été le sommet absolu de la théologie était dominante, toutes les générations suivantes ne pouvant être que leurs disciples. Saint Bonaventure reconnaît lui aussi les Pères comme des maîtres pour toujours, mais le phénomène de saint François lui donne la certitude que la richesse de la parole du Christ est inépuisable et que de nouvelles lumières peuvent aussi apparaître dans les nouvelles générations. L’unicité du Christ garantit également des nouveautés et un renouvellement à toutes les périodes de l'histoire.

Assurément – souligne-t-il – l'Ordre franciscain appartient à l'Église de Jésus-Christ, à l'Église apostolique, et il ne peut pas se construire dans un spiritualisme utopique. Mais, en même temps, la nouveauté de cet Ordre par rapport au monachisme classique est valable, et saint Bonaventure [...] a défendu cette nouveauté contre les attaques du clergé séculier de Paris : les franciscains n'ont pas de monastère fixe, ils peuvent être présents partout pour annoncer l'Évangile. C'est précisément la rupture avec la stabilité, caractéristique du monachisme, en faveur d'une nouvelle flexibilité, qui a restitué à l'Eglise le dynamisme missionnaire.

A ce point, il est peut-être utile de dire qu'aujourd'hui encore, il y a des gens qui pensent que toute l'histoire de l'Église au deuxième millénaire a été un déclin permanent ; certains voient déjà le déclin juste après le Nouveau Testament.

En réalité, "opera Christi non deficiunt, sed proficiunt", les œuvres du Christ ne reculent pas, mais elles progressent. Que serait l'Église sans la nouvelle spiritualité des cisterciens, des franciscains et des dominicains, la spiritualité de sainte Thérèse d'Avila et de saint Jean de la Croix, et ainsi de suite ?

Aujourd'hui encore l'affirmation : "Opera Christi non deficiunt, sed proficiunt", elles vont de l'avant, reste valable. Saint Bonaventure nous enseigne l'ensemble du discernement nécessaire, même sévère, du réalisme sobre et de l'ouverture à de nouveaux charismes donnés par le Christ, dans l'Esprit Saint, à son Eglise.

Et alors que cette idée du déclin se répète, il y a aussi l'autre idée, cet "utopisme spiritualiste", qui se répète. Nous savons, en effet, qu'après le concile Vatican II certains étaient convaincus que tout était nouveau, qu'il y avait une autre Eglise, que l'Eglise préconciliaire était finie et que nous allions en avoir une autre, totalement "autre". Un utopisme anarchique ! Et grâce à Dieu, les sages timoniers de la barque de Pierre, le pape Paul VI et le pape Jean-Paul II, ont défendu d'une part la nouveauté du Concile et, en même temps, l'unicité et la continuité de l'Église, qui est toujours une Église de pécheurs et toujours un lieu de grâce.

En ce sens, saint Bonaventure, en tant que ministre général des franciscains, a suivi une ligne de gouvernement selon laquelle il était bien clair que le nouvel Ordre ne pouvait pas, en tant que communauté, vivre à la même "hauteur eschatologique" que saint François, en qui il voit l’anticipation du monde futur, mais – guidé à la fois par son sain réalisme et par son courage spirituel - il devait s'approcher le plus possible de la réalisation maximale du Sermon sur la montagne, qui pour saint François avait été la règle, tout en tenant compte des limites de l'homme, marqué par le péché originel.

Nous voyons ainsi que, pour saint Bonaventure, gouverner ce n'était pas simplement agir, mais surtout réfléchir et prier. A la base de son gouvernement nous trouvons toujours la prière et la réflexion ; toutes ses décisions résultent de la réflexion, de la pensée éclairée par la prière. Son contact intime avec le Christ a toujours accompagné son travail de ministre général. C'est pourquoi il a composé une série d'écrits théologico-mystiques, qui expriment l'esprit de son gouvernement et manifestent l'intention de conduire l'Ordre intérieurement, c'est-à-dire de gouverner non seulement par les ordres et les structures, mais en guidant et en éclairant les âmes, en les orientant vers le Christ.

De ces écrits, qui sont l'âme de son gouvernement et qui montrent à l'individu comme à la communauté la route à parcourir, je ne voudrais citer qu'un seul, son chef-d'œuvre, l'"Itinerarium mentis in Deum", qui est un "manuel" de contemplation mystique.

Ce livre a été conçu en un lieu de profonde spiritualité : le mont de l'Alverne, où saint François avait reçu les stigmates. Dans son introduction, l'auteur décrit les circonstances qui avaient été à l'origine de ce texte : "Tandis que je méditais sur les possibilités qu’avait l'âme d'accéder à Dieu, je me représentai, entre autres, l’événement merveilleux qui advint en ce lieu au bienheureux François, la vision du Séraphin ailé en forme de Crucifié. Et méditant sur cela, je me rendis compte tout de suite que cette vision m'offrait l'extase contemplative de notre père François et en même temps la voie qui y conduit" ("Itinéraire de l'esprit en Dieu", Prologue, 2 in "Opere di San Bonaventura. Opuscoli Teologici", 1, Rome, 1993, p. 499).

Les six ailes du Séraphin deviennent ainsi le symbole des six étapes qui conduisent progressivement l'homme, à partir de la connaissance de Dieu à travers l'observation du monde et des créatures et à travers l'exploration de l'âme elle-même avec ses facultés, jusqu'à l'union gratifiante avec la Trinité par l'intermédiaire du Christ, à l'imitation de saint François d'Assise.

Les dernières paroles de l'"Itinerarium" de saint Bonaventure, qui répondent à la question sur la manière dont on peut atteindre cette communion mystique avec Dieu, devraient descendre profondément dans nos cœurs : "Si maintenant tu aspires à savoir comment cela peut advenir (la communion mystique avec Dieu), interroge la grâce, non la doctrine ; le désir, non l'intellect ; le murmure de la prière, non l'étude des lettres ; l'époux, non le maître ; Dieu, non l'homme  ; les ténèbres, non la clarté ; non la lumière, mais le feu qui enflamme tout et qui transporte en Dieu avec les fortes onctions et les très ardentes affections... Entrons donc dans les ténèbres, étouffons les angoisses, les passions et les fantômes ; passons avec le Christ crucifié de ce monde au Père, afin qu'après l'avoir vu, nous disions avec Philippe : cela me suffit" (ibid., VII, 6).

Chers frères et sœurs, accueillons l'invitation qui nous est adressée par saint Bonaventure, le Docteur Séraphique, et mettons-nous à l'école du divin Maître : écoutons sa Parole de vie et de vérité, qui résonne dans l'intimité de notre âme. Purifions nos pensées et nos actions, afin qu'Il puisse habiter en nous et que nous puissions entendre sa Voix divine, qui nous attire vers le vrai bonheur.



La catéchèse reproduite ci-dessus est la deuxième d’une trilogie que Benoît XVI a consacrée à saint Bonaventure de Bagnoregio, lors des audiences générales de trois mercredis consécutifs.

Voici les liens vers les première et troisième catéchèses, prononcées respectivement les 3 mars et 17 mars 2010 :

> Saint Bonaventure 1

> Saint Bonaventure 3

A la fin de cette catéchèse, Benoît XVI a annoncé la publication imminente d’une lettre adressée à l’Église d'Irlande, secouée par le scandale des prêtres pédophiles :

"Comme vous le savez, au cours des derniers mois l’Église a été durement secouée en Irlande par la crise des abus sexuels sur des mineurs. En signe de ma profonde préoccupation j’ai écrit une lettre pastorale traitant de cette situation douloureuse. Je la signerai le jour de la fête de Saint Joseph, gardien de la Sainte Famille et patron de l’Église universelle, et je l’enverrai très vite après. Je vous demande à tous de la lire personnellement, avec un cœur ouvert et dans un esprit de foi. J’espère qu’elle pourra être utile dans le processus de repentance, de guérison et de renouvellement".


POST SCRIPTUM – La clôture de la visite apostolique effectuée chez les Légionnaires du Christ a été présentée par les médias de la congrégation de manière à demi dissimulée et imprécise.

A ce jour, 18 mars, le seul endroit où l’information ait été publiée est une page de la version espagnole du site en ligne de Regnum Christi, la branche laïque de la Légion :

> Inicia nueva etapa de la visita apostólica

Toutefois ce que l’on peut lire dans cette note correspond davantage à un "wishful thinking", à un désir insatisfait, qu’à la vérité des faits.

A en croire Regnum Christi, il semblerait que la visite apostolique ne se soit pas achevée le 15 mars – or c’est bien ce qui s’est passé - mais qu’elle demande encore du temps. Le motif allégué est que les cinq visiteurs auraient encore besoin de "plusieurs mois" et de "nouveaux échanges" avec le Saint-Siège pour rédiger leurs rapports.

Mais ce n’est pas exact. Les visiteurs ont remis leurs rapports finaux le 15 mars. Et ils seront à Rome le 30 mars pour les présenter aux autorités vaticanes. Ce sont ces dernières, et pas les visiteurs, qui auront besoin d’un laps de temps pour prendre les décisions qui en résulteront.




Traduction française par Charles de Pechpeyrou.

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