20.11.2009
A la veille de la rencontre avec les artistes, le pape Benoît fait le guide
A la veille de la rencontre avec les artistes, le pape Benoît fait le guide
Il a consacré une audience générale à l'évocation des cathédrales romanes et gothiques du Moyen Age. Pour expliquer que "la voie de la beauté est la plus fascinante pour s'approcher du mystère de Dieu"
par Sandro Magister
ROME, le 20 novembre 2009 – Demain, à la Chapelle Sixtine, Benoît XVI rencontrera des centaines d’artistes du monde entier, croyants ou non. Son discours est très attendu. Mais il en a donné un avant-goût, mercredi 18 novembre, lors de la catéchèse adressée comme chaque semaine aux fidèles.
La coïncidence dans le temps ne lui a pas échappé. Alors qu’il avait décrit, dans les précédentes catéchèses, des faits et des personnages de la théologie médiévale, le pape a choisi d’évoquer – trois jours avant sa rencontre avec les artistes – ces chefs d’œuvre de l’art et de la foi que sont les cathédrales romanes et gothiques, qui, après l'an 1000 couvrirent l'Europe "d’un blanc manteau de nouvelles églises".
La première leçon que Benoît XVI en a tiré est que l'art et la foi chrétienne s’appellent mutuellement, "parce qu’ils peuvent et veulent l’un et l’autre parler de Dieu, en rendant visible l’Invisible".
La seconde leçon est que la beauté est "la voie la plus attirante et la plus fascinante pour parvenir à rencontrer et aimer Dieu".
Ce sont des thèmes auxquels Ratzinger, en tant que théologien et pasteur, a toujours été très sensible. On trouvera ci-dessous le texte intégral de sa méditation du mercredi 18 novembre.
Mais, pour mieux saisir sa pensée en direct, il est utile de revenir aux propos improvisés qu’il a tenus aux prêtres du diocèse de Bressanone lorsqu’il les a rencontrés pendant l’été 2008.
On s’est habitué à voir en Benoît XVI le pape du "Logos". Ceux qui le critiquent l’accusent de rationalisme. Mais en réalité il est convaincu que "la preuve de la vérité" du christianisme ne se donne pas seulement de manière rationnelle. Pour lui "l'art et les saints sont la plus grande apologie de notre foi".
Voici en effet ce qu’il a dit à ce sujet, ce 6 août, fête de la Transfiguration de Jésus, aux prêtres de Bressanone :
"La raison fournit des arguments tout à fait importants et essentiels, mais il y aura toujours un désaccord quelque part. En revanche, si nous observons les saints – la traînée lumineuse par laquelle Dieu marque l’histoire – nous voyons qu’il y a vraiment là une force du bien qui résiste aux millénaires, que c’est là que se trouve réellement la lumière de la lumière.
De même, si nous contemplons les beautés que la foi a créées, je dirais qu’elles sont simplement la preuve vivante de la foi. [...] Toutes les grandes œuvres d’art – les cathédrales gothiques et les splendides églises baroques – sont un signe lumineux de Dieu et ainsi véritablement une manifestation, une épiphanie de Dieu. [...]
"Nous venons d’écouter le son de l’orgue dans toute sa splendeur et je pense que la grande musique née dans l’Eglise rend la vérité de notre foi audible et perceptible : du chant grégorien à la musique des cathédrales jusqu’à Palestrina et à son époque, jusqu’à Bach et ensuite à Mozart et Bruckner et ainsi de suite… En écoutant toutes ces œuvres – les Passions de Bach, sa Messe en si bémol et les grandes compositions de la polyphonie religieuse du XVIe siècle, de l’école viennoise, de toute la musique, y compris celles des compositeurs moins connus – nous entendons soudain : c’est vrai ! Là où naissent de telles choses, il y a la Vérité. [...]
"L’art chrétien est un art rationnel – pensons à l’art gothique ou à la grande musique, ou encore, justement, à notre art baroque – mais il est l’expression artistique d’une raison beaucoup plus large, où cœur et raison se rencontrent. Voilà la clé. Voilà, je pense, d’une certaine manière, la preuve de la vérité du christianisme : cœur et raison se rencontrent, beauté et vérité se touchent. Et plus nous réussissons nous-mêmes à vivre dans la beauté et dans la vérité, plus la foi pourra redevenir créatrice, y compris à notre époque, et s’exprimer sous une forme artistique convaincante".
Voici sa catéchèse d’il y a deux jours sur les cathédrales romanes et gothiques :
Quand l'Europe se couvrait "d’un blanc manteau de nouvelles églises"
par Benoît XVI
Rome, audience générale du mercredi 18 novembre 2009
Chers frères et sœurs, dans les catéchèses des dernières semaines, j’ai présenté divers aspects de la théologie du Moyen Age. Mais la foi chrétienne profondément enracinée des hommes et des femmes de ce temps-là n’est pas seulement à l’origine de chefs d’œuvre de la littérature théologique, de la pensée et de la foi. Elle a aussi inspiré l’une des plus hautes créations artistiques de la civilisation universelle : les cathédrales, véritable gloire du Moyen Age chrétien.
En effet, pendant environ trois siècles à partir du début du XIe siècle, on voit une extraordinaire ferveur artistique se manifester en Europe. Voici comment un ancien chroniqueur décrit l’enthousiasme et l’ardeur au travail de cette époque : "Il est arrivé que dans le monde entier, mais surtout en Italie et dans les Gaules, on a commencé à reconstruire les églises, même si beaucoup d’entre elles, étant encore en bon état, n’avaient pas besoin d’une telle restauration. C’était comme un concours entre les peuples ; on aurait cru que le monde, se dépouillant de ses guenilles, voulait se vêtir partout d’un blanc manteau de nouvelles églises. En somme, presque toutes les cathédrales, beaucoup d’églises de monastères et même des oratoires de villages, furent alors restaurés par les fidèles" (Rodolphe le Glabre, Historiarum 3, 4).
Divers facteurs ont contribué à cette renaissance de l’architecture religieuse. Tout d’abord, des conditions historiques plus favorables, comme une sécurité politique accrue, accompagnée d’une augmentation constante de la population et du développement progressif des villes, des échanges et de la richesse. De plus, les architectes trouvaient des solutions techniques de plus en plus élaborées pour accroître les dimensions des édifices, tout en garantissant leur solidité et leur majesté.
Toutefois c’est surtout grâce à l’ardeur et au zèle spirituel du monachisme en pleine expansion qu’ont été élevées des églises abbatiales où la liturgie pouvait être célébrée avec dignité et solennité et où les fidèles attirés par la vénération des reliques des saints, buts d’incessants pèlerinages, pouvaient s’arrêter pour prier.
C’est ainsi que sont nées les églises et cathédrales romanes, caractérisées par un développement longitudinal, en longueur, des nefs afin d’accueillir de nombreux fidèles ; des églises très solides, aux murs épais, aux voûtes de pierre et aux lignes simples et essentielles.
Une nouveauté est l’introduction de sculptures. Les églises romanes étant le lieu de la prière monastique et du culte rendu par les fidèles, les sculpteurs, plutôt que de se préoccuper de la perfection technique, veillaient surtout à la finalité éducative. Puisqu’il fallait susciter dans les âmes des impressions fortes, des sentiments qui puissent inciter à fuir le vice, le mal, et à pratiquer la vertu, le bien, le thème récurrent était la représentation du Christ comme juge universel, entouré des personnages de l’Apocalypse.
En général ce sont les portails des églises romanes qui offrent cette représentation, pour souligner que le Christ est la Porte qui mène au Ciel. Les fidèles, en franchissant le seuil de l’édifice sacré, entrent dans un temps et un espace différents de ceux de la vie ordinaire. Au-delà du portail de l’église, ceux qui croyaient au Christ, souverain, juste et miséricordieux, pouvaient, selon l’intention des artistes, avoir un avant-goût de la béatitude éternelle dans la célébration de la liturgie et dans les actes de piété accomplis à l’intérieur de l’édifice sacré.
Aux XIIe et XIIIe siècles, un autre type d’architecture s’est répandu, à partir du nord de la France, pour la construction des édifices sacrés. C’était le gothique, qui avait deux caractéristiques nouvelles par rapport au roman : l’élan vertical et la luminosité.
Les cathédrales gothiques offraient une synthèse de foi et d’art harmonieusement exprimée dans le langage universel et fascinant de la beauté, qui suscite aujourd’hui encore l’émerveillement. L’introduction des voûtes ogivales reposant sur de robustes piliers permit d’augmenter notablement leur hauteur. L’élan vers le haut voulait inviter à la prière et était lui-même une prière. La cathédrale gothique entendait traduire ainsi, dans ses lignes architecturales, la soif que les âmes ont de Dieu.
De plus, grâce aux nouvelles solutions techniques adoptées, les murs extérieurs pouvaient être percés et embellis de vitraux polychromes. Autrement dit, les fenêtres devenaient de grandes images lumineuses, très aptes à instruire le peuple dans la foi. Elles racontaient – scène par scène – la vie d’un saint, une parabole, ou d’autres épisodes bibliques. Depuis les vitraux colorés, un flot de lumière se déversait sur les fidèles pour leur raconter l’histoire du salut et les impliquer dans cette histoire.
Un autre mérite des cathédrales gothiques est que toute la communauté chrétienne et civile participait à leur construction et à leur décoration, chacun à sa façon mais de manière harmonieuse ; les humbles et les puissants y participaient, les analphabètes et les savants, parce que, dans cette maison commune, tous les croyants étaient instruits dans la foi. La sculpture gothique a fait des cathédrales une "Bible de pierre", représentant les épisodes de l’Evangile et expliquant les contenus de l’année liturgique, de la Nativité à la Glorification du Seigneur.
De plus, à cette époque, la perception de l’humanité du Seigneur se répandait de plus en plus et les souffrances de sa Passion étaient représentées de façon réaliste : le Christ souffrant, "Christus patiens", devint une image aimée de tous, capable d’inspirer la piété et le repentir des péchés. Les personnages de l’Ancien Testament étaient également présents et leur histoire devint ainsi familière, comme partie de l’unique et commune histoire du salut, aux fidèles qui fréquentaient les cathédrales,.
Avec ses visages pleins de beauté, de douceur, d’intelligence, la sculpture gothique du XIIIe siècle révèle une piété heureuse et sereine, qui se plaît à répandre une dévotion sincère et filiale envers la Mère de Dieu, parfois vue comme une jeune femme souriante et maternelle, mais surtout représentée comme la souveraine du ciel et de la terre, puissante et miséricordieuse. Les fidèles qui remplissaient les cathédrales gothiques aimaient y trouver aussi des expressions artistiques rappelant les saints, modèles de vie chrétienne et intercesseurs auprès de Dieu.
Les manifestations "laïques" de la vie ne manquaient pas ; voici qu’apparaissent, çà et là, des représentations des travaux des champs, des sciences et des arts. Tout était orienté vers Dieu et lui était offert dans le lieu où se célébrait la liturgie.
On peut mieux comprendre le sens qui était attribué à une cathédrale gothique en lisant le texte de l’inscription gravée sur le portail central de Saint-Denis, à Paris : "Passant, toi qui veux louer la beauté de ces portes, ne te laisse éblouir ni par l’or, ni par la magnificence, mais plutôt par le rude labeur. Ici brille une œuvre célèbre, mais veuille le ciel que cette œuvre célèbre qui brille fasse resplendir les esprits, afin que, avec les vérités lumineuses, ils s’acheminent vers la vraie lumière, où le Christ est la véritable porte".
Chers frères et sœurs, je voudrais maintenant souligner deux aspects de l’art roman et gothique qui sont également utiles pour nous.
Le premier aspect est que les chefs d’œuvre artistiques nés en Europe dans les siècles passés sont incompréhensibles si l’on ne tient pas compte de l’âme religieuse qui les a inspirés. Un artiste qui a toujours témoigné de la rencontre entre esthétique et foi, Marc Chagall, a écrit que "pendant des siècles, les peintres ont trempé leur pinceau dans cet alphabet coloré qu’était la Bible". Quand la foi - en particulier quand elle est célébrée dans la liturgie - rencontre l’art, une harmonie profonde se crée, parce que l’une et l’autre peuvent et veulent parler de Dieu, en rendant visible l’Invisible. Je voudrais partager cela lors de la rencontre du 21 novembre avec les artistes, en leur proposant à nouveau cette amitié entre la spiritualité chrétienne et l’art, souhaitée par mes vénérés prédécesseurs, en particulier par les Serviteurs de Dieu Paul VI et Jean-Paul II.
Le second aspect est que la force du style roman et la splendeur des cathédrales gothiques nous rappellent que la "via pulchritudinis", la voie de la beauté, est un chemin privilégié et fascinant pour s’approcher du Mystère de Dieu. Qu’est-ce que la beauté - que les écrivains, les poètes, les musiciens, les artistes contemplent et traduisent dans leur langage - sinon le reflet de la splendeur du Verbe éternel fait chair ? Saint Augustin affirme : "Interroge la beauté de la terre, interroge la beauté de la mer, interroge la beauté de l’air qui se dilate et se diffuse. Interroge la beauté du ciel, interroge l’ordre des étoiles, interroge le soleil, qui avec sa splendeur éclaire le jour ; interroge la lune, qui avec sa clarté atténue les ténèbres de la nuit. Interroge les bêtes sauvages qui se déplacent dans l’eau, celles qui marchent sur terre, celles qui volent dans les airs : âmes qui se cachent, corps qui se montrent ; visible qui se fait conduire, invisible qui conduit. Interroge-les ! Tous te répondront : Regarde-nous : nous sommes beaux ! Leur beauté les fait connaître. Cette beauté changeante, qui l’a créée, sinon la Beauté Immuable ?" (Sermo CCXLI, 2 : PL 38, 1134).
Chers frères et sœurs, que le Seigneur nous aide à redécouvrir la voie de la beauté comme l’un des itinéraires, peut-être le plus attirant et le plus fascinant, pour parvenir à
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> Focus ARTS ET MUSIQUE
Traduction française par Charles de Pechpeyrou.
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14:41 Écrit par Père Walter dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : cathedrales, pape, benoit xvi, catechese, moyen-age, christ, artistes, art, foi, europe, beaute, ratzinger, bressanone, pretres, logos, rationalisme, saints, apologie, chant greogrien, mozart, bruckner, bach, palestrina, polyphonie, ecole viennoise, musique, compositeurs, verite, art gothique, art baroque, apocalypse, eglises romanes, architecture, france, voutes ogivales, vitraux, saint-denis, paris, bible, spiritualite, paul vi, jean paul ii, via pulchritudinis, saint augustin |
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13.11.2009
Les évêques européens face à Internet
Source de savoir et de connaissance, le réseau Internet est devenu aujourd’hui incontournable, mais n’est pas sans danger. L’Église se pose dès lors la question de cet espace en terme de nouvelle terre de mission.
La Commission épiscopale européenne pour les médias tient à Rome à partir de ce jeudi et jusqu’au 15 novembre son assemblée plénière. Les évêques tenteront de se familiariser avec ce monde de la toile, sa culture. Point d’orgue de cette réunion la rencontre avec les représentants de Facebook, Google, Youtube et Wikipédia. Monseigneur Jean-Michel Di Falco Léandri, président de la CEEM, nous parle de ce qu’il attend de ce débat avec les principaux acteurs d’Internet sur Radio Vatican: >>
Propos recueillis par Olivier Tosseri.
Retrouvez ci-dessous l’intégralité de l’intervention de Mgr Di Falco

« La culture de l’Internet et la communication de l’Église. » En entendant ce thème, les trois événements qui ont bousculé la vie de notre Église au cours de l’hiver dernier me sont revenus à l’esprit. Je veux parler de « l’affaire », c’est ainsi que les médias ont désignées ces événements, l’affaire Williamson, de celles de l’excommunication de Recife et des propos sur le préservatif dans l’avion menant le pape au Cameroun. Trois affaires qui ont secoué la planète internet. Elles ont été jugées emblématiques de la manière dont l'Église institutionnelle communique et dont les internautes – chrétiens ou non – réagissent. Elles ont révélé les forces et les faiblesses de la communication de l'Église dans le contexte d’une culture internet triomphante.
Suite à l’affaire Williamson le Saint Père a reconnu lui-même que la curie n’avait pas mesuré l’enjeu d’internet. Ou, pour le citer plus exactement : « Il m’a été dit que suivre avec attention les informations auxquelles on peut accéder par internet aurait permis d’avoir rapidement connaissance du problème. J’en tire la leçon qu’à l’avenir au Saint-Siège nous devrons prêter davantage attention à cette source d’information. »
Face à la critique portant sur le fait que le pape n’avait pas été mis au courant des propos négationnistes de Mgr Williamson disponibles sur le net, le pape ne s’est attaché dans sa lettre aux évêques qu’à internet comme source d’information, comme bibliothèque virtuelle.
Il est bien d’autres aspects qui motivent le choix du thème de réflexion de notre assemblée. Ce sont ces aspects que nous allons aborder au cours de ces journées, aspects parmi lesquels on peut citer l’émergence de la Web generation, les bouleversements dans l’organisation du temps et de l’espace, dans la manière de s’informer et de communiquer, les conséquences ecclésiologiques, les effets sur le gouvernement même de l'Église, la place de la religion sur le marché internet, les manières d’y proclamer l'Évangile et d’y être Église
Ne nous leurrons pas. Ne faisons pas l’autruche. Internet se transforme, transforme notre société et ne peut pas ne pas transformer l'Église, ne peut pas ne pas transformer notre manière d’être et d’agir en Église, au risque de ne plus être témoins du Christ dans le monde d’aujourd’hui !
Avec internet, nous assistons à une révolution copernicienne qui a déjà ses effets sur notre manière d’être dans notre relation au monde, de nous situer dans le monde, d’interagir avec le monde. La prise de conscience par l'Église institutionnelle de l’importance d’internet est là. Nul doute. La preuve en est encore aujourd’hui. Mais savoir surfer sur la vague internet est une toute autre histoire.
Internet est un révélateur, un marqueur. Soit vous savez communiquer, soit vous ne le savez pas, soit vous êtes crédible soit vous ne l’êtes pas, soit vous répondez aux attentes soit vous êtes dans votre bulle, soit vous êtes prophète soit vous êtes le dernier des Mohicans, soit vous êtes vivant soit vous êtes fossile, soit vous connaissez la langue internet soit vous ne la connaissez pas et vous ne pouvez pas communiquer. Je compare souvent le mode de présence de l'Église dans le monde des médias et sur internet à ce qui est demandé à un missionnaire devant partir vers des terres inconnues. Que demande-t-on à un missionnaire avant son départ ? De connaître la culture du pays dans lequel il se rend et d’en apprendre la langue. Ne devrions-nous pas avoir la même attitude pour ce qui est de la présence dans les médias ?
De nouveaux langages se constituent sur internet, utilisés par les jeunes. Abréviations, photos et émoticones, fichiers audio et vidéos sont prépondérants. La culture digitale se dote de sa propre grammaire, d’une langue en constante et rapide évolution. (LOL, MDR) Notre génération a trop tendance à considérer comme superficiel tout ce qui est bref, instantané, porté sur l’émotion. Serait-ce que nous serions plutôt tournés vers l’écrit, les longs développements, la qualité de l’argumentation par les épais dossiers que nous devons traiter, les livres de théologie et les thèses que nous avons lus ou que nous lisons encore ? Mais à y regarder de plus près, l'Église dans son histoire n’a pas considéré comme seuls vecteurs de vérité les longs traités de théologie. Elle a su exprimer sa foi de manière concise et percutante. Qu’il suffise de citer la proclamation du kérygme dans les Actes des Apôtres. Elle a su utiliser des formes de communication non-verbale. Qu’il suffise de penser aux icônes, aux fresques et mosaïques de nos églises, aux vitraux et aux sculptures sur les tympans de nos cathédrales. Elle a su provoquer les émotions. Qu’il suffise d’écouter ses chants et ses musiques. Nous proclamons « une seule foi, un seul baptême, un seul Dieu et Père », mais il existe bien mille et une manières d’exprimer cette foi. Et l’aggiornamento demandé par le Pape Jean XXIII nous pousse à réactualiser sans cesse la manière dont nous proposons la foi aux nouvelles générations.
Nous sommes dans un monde pluraliste, où nombreux sont ceux qui, grâce à internet, peuvent avoir accès à tout et donner leur avis sur tout. L'Église ne peut pas ne pas en tenir compte. Avec la sécularisation, la mondialisation, la montée d’internet, notre vision du monde, de la vie, de la mort, et considérée par certains comme un produit parmi d’autres sur le marché des religions. L'Église ne peut pas communiquer comme si d’autres conceptions et interprétations du monde n’existaient pas. Elle a une Parole, un message d’amour à proclamer, mais elle se doit aussi écouter et Internet est une formidable chambre d’écho de la vie du monde.
Un ami a fait l’étude des sites chrétiens en français les plus consultés. Il en ressort que les sites catholiques en France viennent loin après les sites évangélistes alors même que les évangélistes sont une minorité par rapport aux catholiques dans notre pays. Comment cela se fait-il ? Pour lui les raisons en sont les suivantes :
La première c’est que « Les évangélistes écoutent et les catholiques parlent. »
Par là il veut dire que les évangélistes sortent d’eux-mêmes pour se mettre d’abord à la place des autres. Ils répondent aux besoins. « Que veux-tu ? » demande Jésus au paralytique, à l’aveugle-né. Autrement dit, « De quoi as-tu besoin ? Quel est ton désir le plus profond ? Je peux y répondre. » La communication commence toujours par l’écoute. D’où sa question : l'Église catholique parlerait-elle à partir d’elle-même sans prendre suffisamment en considération ce que vivent les gens ?
La seconde raison du succès des sites évangélistes par rapport aux sites catholiques, c’est que « les sites catholiques sont centrés sur eux-mêmes » et « considérés comme outils et non comme un monde à évangéliser. »
Par là, il veut dire que nos sites sont des extensions ou des duplicata de nos feuilles paroissiales, de nos bulletins diocésains. Ils sont à usage interne. Ils parlent la langue des initiés à l’usage exclusif des initiés. Les sites évangélistes, au contraire, veulent atteindre les internautes, utilisant internet comme outil et vecteur d’évangélisation.
D’accord ou pas avec cette analyse, il n’en demeure pas moins que nous pouvons prendre pour notre compte la nécessité d’écouter le monde pour mieux l’aimer et lui parler.
Si les sites institutionnels avec leur lourdeur sont nécessaires, les électrons libres peuvent l’être aussi. Quelqu’un comme Napoléon est certainement diversement apprécié dans une assemblée comme la nôtre, mais permettez-moi cependant de parler de lui pour une comparaison. Napoléon savait user dans une bataille aussi bien de la cavalerie lourde comme les Dragons enfonçant les flancs de l’adversaire, que des Voltigeurs venant piquer ces mêmes flancs tels des mouches du coche.
Un site internet devrait pouvoir mettre en contact avec Jésus-Christ et une Église vivante, une communauté où se vit l’unité et la charité. Loin de trouver cela, les internautes se trouvent bien des fois confrontés à un « système », qui certes a ses avantages une fois qu’ils en ont franchi le seuil, mais qui, dans un premier contact, fait davantage écran que courroie de transmission, n’ayant pas pour lui la souplesse de l’amour.
Ces voltigeurs de l'Évangile, je les vois dans les blogs créés par des laïcs. Cela entre dans le champ propre de leur activité, de leur vocation et de leur mission de baptisés dans l'Église et dans le monde.
La 44eJournée mondiale des communications sociales qui aura lieu le 23 mai prochain aura pour thème : « Le prêtre et la pastorale dans le monde digital : les nouveaux médias au service de la Parole ». En choisissant ce thème, le pape place l’urgence d’une évangélisation par le monde digital et du monde digital dans le cadre de l’Année sacerdotale. Il s’agira d’ « encourager les prêtres à affronter les défis qui naissent de la nouvelle culture numérique » comme l’a souligné le communiqué de presse. Mais à mon sens, il ne s’agit pas là d’un appel à tous les prêtres à créer son propre blog. Il s’agit plutôt d’un appel aux prêtres à s’entourer de laïcs compétents pour la mise en œuvre de leurs sites paroissiaux ou de mouvements, un appel à collaborer, un appel à accompagner les laïcs qui se lancent (ou qui se sont déjà lancés) dans l’évangélisation par internet. C’est un appel à voir comment nous pouvons aider les internautes à discerner les sites catholiques de ceux qui se réclament comme tels mais ne le sont pas toujours.
Les médias réduisent souvent l'Église au pape et à quelques cardinaux. Raison de plus pour que les évêques et les prêtres laissent toute leur place aux laïcs sur le net. L’Action catholique consistait à évangéliser le même par le même, l’ouvrier par l’ouvrier, l’étudiant par l’étudiant, la femme par la femme, le patron par le patron, etc. Il nous faut retrouver cette intuition en ce qui concerne le net, et si ce n’est évangéliser le net, du moins évangéliser par le net. Seule la présence de chrétiens laïcs compétents et éclairés sur le net, s’exprimant en tant que chrétiens, pourra montrer qu’on ne peut réduire l'Église à sa hiérarchie et au pape.
Permettez-moi de décliner quelques propositions en ce sens :
- Dans la jungle des offres gratuites et des possibilités médiatiques, les chrétiens doivent apparaître avec un plus. Ce « plus » n’est pas un gadget, c’est le levain absolument indispensable pour que la pâte monte, c’est la lampe dans la maison, c’est le phare dans la nuit du monde et de nos vies. Mais il est absolument nécessaire de venir sur le marché du net avec ce « plus ».
- L'Église ne peut pas toucher tout le monde, en même temps, avec les mêmes contenus, sur les mêmes médias. Elle ne peut pas apparaître avec un discours monolithique. Les vies sont diverses, le monde est segmenté, l'Église se doit de diversifier son offre. Qui veut-on rejoindre, où, comment, pourquoi et pour quoi faire, pour mener vers quoi ? Tout ceci ne doit-il pas être pensé avant toute création de site ?
- Bien mesurer avant toute mise en ligne de la manière dont telle ou telle image, tel ou tel propos pourra être entendu, reporté, colporté, interprété. On peut mettre en ligne en connaissance de cause, mais on ne devrait jamais être surpris par les réactions et courir après les démentis et les rectifications. Si l’on est surpris par une réaction, c’est que l’on a mal analysé la situation avant de parler, donc pas été suffisamment à l’écoute. Bien réfléchir avant, et être spontané et réactif malgré tout. Le web est la culture du spontané.
- Il y a plus de 25 ans je disais que les cathédrales du XXIesiècle seraient médiatiques. Aujourd’hui ces nouvelles cathédrales sont à construire sur le net. Dans l’histoire de l'Église, dans le même temps que la charité se faisait inventive pour répondre aux nouveaux besoins, les anciennes structures subsistaient. Pour nous aussi, tout en assurant la vie de nos paroisses et de nos diocèses, nous devons avoir le souci de continuer à être là où sont les gens, là où le monde change, et donc à nous rendre sur YouTube, MySpace, Facebook et autres. Ce n’est certes pas sans question, quelle forme de lien social se tisse entre les connectés ? Ces réseaux posent la question des frontières de l’intimité. Je ne ferai que mentionner les questions autour du rapport à la vérité et à l’identité, au temps et à l’espace, je l’ai déjà mentionné, le rapport à la culture, mais devons-nous être absent pour autant ?
- Ce ne sont pas les jeunes qui ne viennent plus vers l'Église, c’est l'Église qui est loin de leur monde. En surfant sur le net, en allant sur n’importe quel site de rencontre comme Facebook on se rend bien compte du besoin de communiquer, du besoin d’une rencontre et d’un dialogue authentiques. L’authenticité pour eux est signe de vérité. Nous devons donc promouvoir une présence chrétienne sur le web faite d’opérateurs, prêtres inclus, maîtrisant certes les techniques de communication, mais sachant aussi offrir des espaces pour la recherche, la rencontre, le dialogue, la prière.
- Réfléchir au branding visant à travailler la notoriété et l’image. Le pape Jean-Paul II savait poser des gestes symboliquement chargés de sens. Seule l’écoute du monde d’une part, et l’écoute du Dieu de l'Évangile d’autre part, peuvent permettre de nous positionner là on l’on ne nous attend pas, de surprendre, de faire tomber les idées fausses sur l'Église
Ces diverses pistes ne doivent pas donner à penser qu’on peut résoudre les problèmes de communication de l'Église par de simples mesures de communication au risque d’être de ces « cymbales retentissantes » dénoncées par Saint Paul, de ces instruments qui sonnent creux. Il nous faut être d’abord et avant tout habité. « La forme, c’est le fond qui remonte à la surface » disait l’écrivain Victor Hugo. « L’agir suit l’être », disait saint Thomas d’Aquin, et avant lui Aristote. Nous agissons selon ce que nous sommes. Nous donnons à voir ce que nous sommes.
Certains croient qu'Internet n’est que du virtuel ou du superflu. Tous nous connaissons des prêtres, des évêques pour qui internet est le dernier de leurs soucis et continuent leur pastorale comme si internet n’existait pas. Or internet fait de plus en plus partie intégrante de la vie quotidienne. En n’y étant pas présent on se coupe d’une bonne partie de la vie des gens. Et lorsqu’on y est ce que l’on y donne à voir est inséparable de ce que l’on est. D’ailleurs, d’une manière naturelle, à moins d’être complétement paranoïaque, on prend ce que l’on perçoit pour la réalité ; et à moins d’être un parfait manipulateur, on donne à percevoir ce que l’on est. Il ne peut y avoir dichotomie complète entre l’être et le paraître dans l’esprit des gens, et je pense que nos sites et nos blogs disent beaucoup plus sur nous que nous ne l’imaginons.
Ceci m’amène à aborder la question du témoignage, du témoignage chrétien, du témoignage du chrétien, de celui qui s’est laissé habiter par l’Esprit du Christ.
Voici ce que dit Nietzsche des martyrs dans son ouvrage L’Antéchrist : « Le ton avec lequel un martyr jette à la face du monde ce qu’il "tient-pour-vrai" exprime déjà un niveau si bas de probité intellectuelle, une telle indifférence bornée pour le problème de la vérité, qu’il n’est jamais nécessaire de réfuter un martyr. […] On peut être assuré que sur ce point la modestie, la modération augmente en fonction du degré de conscience que l’on apporte aux choses de l’esprit. […] Les martyrs ont fait tort à la vérité… Maintenant encore, il suffit d’une persécution un peu rude pour donner un renom de respectabilité au plus banal des sectarismes. » Pour Nietzsche, le martyre n’est pas autre chose que l’expression d’un fanatisme. Mais s’il ne différencie pas le fanatique du vrai martyr, c’est bien parce que les vrais martyrs sont rares. Nietzsche dénonce « le ton avec lequel un martyr jette à la face du monde ce qu’il "tient-pour-vrai" ». Faisons donc l’examen des sites internet qui se déclarent « chrétiens ». Lesquels peuvent ne pas donner prise à une telle accusation ? Combien sont de vrais témoins du Christ ? Combien peuvent se dire exempts de vérités assénées, exempts d’autosatisfaction, de dogmatisme, de langue de bois, de raccourcis, d’aveuglements, et même de manques d’amour, d’espérance, de foi même ?
Le concile Vatican II lorsqu’il traite de l’athéisme nous invite à faire notre examen de conscience à ce sujet : « Certes, ceux qui délibérément s’efforcent d’éliminer Dieu de leur cœur et d’écarter les problèmes religieux en ne suivant pas le « dictamen » de leur conscience ne sont pas exempts de faute. Mais les croyants eux-mêmes portent souvent à cet égard une certaine responsabilité. » (Gaudium et spes, 19)
Un site internet chrétien doit s’occuper du monde et non se couper du monde. Il doit éviter la langue de bois, éviter d’être lui-même idéologue cherchant à imposer sa vérité. Un site doit être ouvert au dialogue et au débat tout en montrant qu’il ne transigera pas avec certains principes acceptés par tous et partout. Il doit se contenter de proposer la vérité du Christ, fermement, tendrement, humblement. Et s’il s’agit de rendre compte de l’espérance qui est en nous à ceux qui en demandent raison (cf. 1 Pierre 3, 15), que ce soit « avec douceur et respect » dit Saint Pierre.
Le faux témoin du Christ cherche à exaspérer, cherche la provocation. Le vrai témoin du Christ, c’est sans le vouloir qu’il exaspère. Le site chrétien doit donc exaspérer sans provoquer. S’il vient à agacer, ce doit être comme on peut l’être soi-même lorsque notre conscience nous agace à nous pousser au bien et à éviter le mal. Le site chrétien se doit d’être un éveilleur de consciences en misant sur l’attrait de tout homme à la bonté, à la vérité, à la beauté.
Nous avons parfois tendance dans l'Église à séparer l'Église et le monde, le sacré et le profane. C’est oublier que Jésus ne fait pas une telle distinction, ou plutôt, la distinction est autre, elle passe par la frontière de notre cœur. « Qui n’est pas contre nous est pour nous », dit-il aux disciples qui s’étonnent qu’il y ait des miracles chez les autres (Mc 9, 40). Ce qui invite à élargir l’espace de notre tente. Saint Augustin disait déjà au sujet de l'Église « beaucoup de ceux qui semblent en dehors sont au dedans et beaucoup qui paraissent au dedans sont en dehors. » (De bapt.V, 27) Et le Père François Varillon a cette formule lapidaire : « L'Église est le monde en tant qu’il accueille le don de Dieu ».
A trop faire la distinction entre médias profanes d’un côté et médias intra-ecclésiaux de l’autre, on prend le risque de la ghettoïsation, de la victimisation, sans entendre ce que le monde a à dire de l'Église, ce qu’elle en comprend, comment elle le ressent, sans chercher non plus à savoir comment elle peut être présente à tous médias.
Mais heureusement, plus que jamais, internet redistribue les cartes, nous fait descendre de notre piédestal, de notre chaire magistrale, nous fait sortir de nos ghettos, de nos sacristies. Pape, cardinaux, évêques, prêtres, fidèles laïcs, nous intégrons avec internet une agora, un espace libre et spontané où tout se dit sur tout, où tout le monde peut débattre de tout, une agora virtuelle où les internautes se font une idée sur tel ou tel sujet au gré de leur pérégrination, de leur recherche, voire de leur zapping. L’internaute catholique ne déroge pas à cette règle. Tout en adhérant librement à la foi de l'Église, il veut se faire une opinion par lui-même, être le seul juge de là où se trouve son bien. Il surfe donc sur le net en fonction de ses centres d’intérêt, de là où il en est dans sa quête, et il exerce son jugement en fonction de là où il en est dans sa foi et ses connaissances.
Qu’un fidèle, ou que tout homme, se fasse son opinion par lui-même peut faire peur aux pasteurs que nous sommes. Nous aimerions protéger les plus faibles et les plus vulnérables. Mais il nous faut trouver des solutions autres que la censure et l’interdit pour cela. La censure est toujours une mauvaise réponse, même quand elle se pare des meilleures intentions du monde. Elle apparaît toujours comme erratique et arbitraire, et donc en fin de compte comme totalitaire. Or la vérité n’a pas besoin de nous pour s’imposer. Le concile Vatican II le rappelle : « la vérité ne s’impose que par la force de la vérité elle-même qui pénètre l’esprit avec autant de douceur que de puissance. » (Dignitatis humanae, 1) Un acte de foi qui ne serait pas un acte libre n’aurait aucune valeur. « dignité de l’homme exige de lui qu’il agisse selon un choix conscient et libre, mû et déterminé par une conviction personnelle et non sous le seul effet de poussées instinctives ou d’une contrainte extérieure. » (Gaudium et Spes, 17)
Le pape Benoît XVI, dans sa dernière encyclique, nous invitait à lier « vérité » et « amour » dans nos vies. Il ne peut y avoir de vérité sans amour ni d’amour sans vérité. La vérité sans amour est froide et l’amour sans vérité est aveugle. Prévenir sans censurer, avertir sans interdire, expliquer plutôt qu’imposer, tel doit être notre souci pastoral en ce qui concerne tout site et blog se déclarant catholique ou administré par des catholiques. Nous ne serons crédibles que si nous témoignons de la vérité dans l’amour, de la vérité de l’amour, de l’amour dans la vérité.
Le monde s’intéresse peu au fait que l'Église soit gardienne de la foi ou de sa foi – quelle religion n’a pas son instance de régulation et ne cherche pas à se protéger des déviances possibles en son sein ? Le monde attend de l'Église qu’elle vive d’une foi renouvelée, il attend de voir l’impact d’une telle foi dans la conduite du monde.
Internet est aussi un outil, et comme tel il n’est pas porteur de morale. Mais il est utilisé par des hommes porteurs de morale, capables d’en user en bien comme en mal. Comme tout outil démultipliant les capacités humaines, il est porteur de menaces comme de potentialités. Tout dépend de l’usage qu’on en fait. La moralisation d’internet ne se fera pas sans la moralisation des hommes, et en premier lieu de nous-mêmes. Quel Christ donnons-nous à voir sur nos sites ?
Ce que disait Paul VI dans Evangelii nuntiandi il y a trente-quatre ans peut être appliqué à internet : « Pour l'Église il ne s’agit pas seulement de prêcher l'Évangile dans des tranches géographiques toujours plus vastes ou à des populations toujours plus massives, mais aussi d’atteindre et comme de bouleverser par la force de l'Évangile les critères de jugement, les valeurs déterminantes, les points d’intérêt, les lignes de pensée, les sources inspiratrices et les modèles de vie de l’humanité, qui sont en contraste avec la Parole de Dieu et le dessein du salut. » (Evangelii nuntiandi, 19)
Avant de terminer je voudrais souligner un point d’attention tout particulier, celui des plus pauvres je cite1 : « L’une des (préoccupations) les plus importantes (…) se réfère à ce que l’on appelle aujourd’hui le « fossé numérique », une forme de discrimination qui divise les riches des pauvres sur la base de l’accès, ou du manque d’accès, aux nouvelles technologies de l’information.
Les individus, les groupes et les nations doivent avoir accès aux nouvelles technologies afin de prendre part au bénéfice promis par le développement afin de ne pas rester encore plus en arrière. Il est impératif, je cite maintenant le Pape Jean-Paul II, « Il est impératif que le gouffre qui éloigne les bénéficiaires des nouveaux moyens d’information et d’expression de ceux qui n’y ont pas encore accès ne devienne pas une cause insurmontable d’injustice et de discrimination ».
Tout comme la croix à son montant vertical et horizontal, ainsi doit être notre évangélisation sur la toile : horizontale par son étendue, verticale par sa profondeur et sa qualité.
Pour terminer, permettez-moi de citer un écrivain français, Jules Renard : « Quelques gouttes de rosée sur une toile d’araignée, et voilà une rivière de diamants. » Puissent les quelques gouttes de rosées que nous déposons sur l’immense toile internet la transfigurer aux yeux de tous en rivière de diamants.
Merci pour votre présence et votre attention.
† Jean-Michel di Falco Léandri
Évêque de Gap et d’Embrun
Président de la CEEM
Président du Conseil pour la Communication de la CEF
Notes
[1]« Éthique et Internet » (Publication du Conseil Pontifical pour les communications sociales, Cité du Vatican, le 22 février 2002)
17:16 Écrit par Père Walter dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : internet, commission episcopale europeenne pour les medias, eglise, mission, evangelisation, rome, la toile, culture, facebook, google, youtube, wikipedia, jean-michel di falco leandri, ceem, medias, williamson, recife, excommunication, preservatif, cameroun, internautes, communcation, curie, negationnisme, eveques, pape, benoit sxvi, web generation, evangile, societe, photos, emoticones, fichiers audio, videos, lol, mdr, kerygme, actes des apotres, icones, mosaiques, vitraux, sculptures, tympans, cathedrales, chants, musique, aggiornamento, jean xxiii, secularisation |
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